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LE SENTIMENT PRATIQUE DE L IDÉAL

pensées énervantes, où se complaît Tesprit moderne, sur la vanité de Teffort humain, sur les duperies dont la nature nous rend victimes, nous, ses jouets, qui avons la naïveté de nous croire libres ! Ne nous lassons pas au contraire de répéter devant les enfants les affirmations encourageantes, comme celle-ci, de Rousseau : « G^est la seule tiédeur de notre volonté qui fait notre faiblesse, et Ton est toujours fort pour faire ce qu'on veut fortement. »

Tâchons de mettre en eux la conviction que Tœuvre de la vie ne doit finir qu'avec la vie même, que l'homme n'est pas sur la terre pour acheter un long repos par un court travail, mais que son activité doit s'exercer jusqu'à la fin, pour améliorer sa situation matérielle, étendre son intelligence, perfectionner son âme, et aussi pour contribuer, à l'amélioration du sort, au perfectionnement de l'âme des autres.

Ce souci constant du mieux pour soi et pour autrui, c'est le sentiment pratique de l'idéal, qui doit animer notre cœur, en même temps que notre raison doit nous prémunir contre l'impatience et la chimère. Il ne faut pas trop exiger de l'enfant, pour ne pas le décourager; mais il faut l'habituer à exiger le plus possible de lui-même, à ne pas s'endormir dans le contentement que lui causent des résultats partiels, à ne voir en tout qu'un commencement, un acheminement vers un but très éloigné, qui recule à mesure qu'on avance dans la vie. Si satisfaisant que soit, à un moment donné, l'examen de conscience, il ne doit jamais attirer à l'enfant, de la part de l'éducateur, une approbation sans réserves : sa conduite, son caractère s'améliorent, on est heureux de le reconnaître, on rend justice à ses efforts et l'on y applaudit; mais on lui en demande de nouveaux, parce qu'on le sait capable de mieux faire encore. Si l'on ne trouve pas autour de lui d'autres

enfants auxquels on puisse le comparer pour lui montrer son infériorité à leur égard, qu'on le compare & ce qu'il peut être lui-même.

Nous ne doutons pas qu'on n'arrive ainsi à développer en lui un sens moral exigeant et délicat, une ardeur pour le bien, grâce à laquelle la vie lui présentera sans cesse un objet nouveau, un intérêt toujours renaissant. Devant le mal qui existe en nous, même chez les meilleurs, devant les misères dont on souffre autour de nous, il faut rougir, comme d'une lâche faiblesse, de trouver la vie monotone et vaine. Il y a immensément à faire. Ouvrons les yeux, et voyons la tâche qui nous appelle, qui réclame toute notre énergie. Le plus beau résultat que puisse obtenir l'éducation, c'est de faire que les enfants voient de bonne heure cette lâche et qu'ils s'y appliquent avec une foi vaillante. .

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