‹ L'éducation du caractèreChapitre 220 sur 228 · CONCEPTION DE LA 'VIE · texte numérisé non relu

CONCEPTION DE LA 'VIE

sur le mal avec un doux reproche, mais le félicite et le rend heureux de ses progrès dans le bien.

Ainsi Tenfant acquiert peu à peu une idée des plus précieuses, à savoir que la vie est, non pas une suite d'actions sahs lien, qui se succèdent au hasard, mais un ensemble dont toutes les parties se tiennent, et dans lequel chaque acte, influencé par ceux qui le précèdent, doit influer à son tour sur ceux qui le suivront. Il ne s*agît pas de montrer à Tesprit mobile et léger de Tenfant les conséquences lointaines de sa conduite; nous avons déjà dit qu'il est à peu près incapable de prévoir ainsi à longue échéance. Mais on peut très bien lui faire comprendre comment telle semaine, telle année de sa vie se relient à celles qui précèdent, comment les progrès qu'il a faits se sont accumulés et lui ont rendu la tâche de plus en plus facile, comment au contraire les fautes ont été non seulement mauvaises en elles-mêmes, parce qu'elles sont des manquements au devoir, mais mauvaises aussi par leurs conséquences, qui pèsent forcément sur le coupable. A cet âge, où le caractère se forme, l'œuvre du perfectionnement moral peut être à chaque instant compromise par une rechute. Tel enfant par exemple était en train de se corriger du mensonge; il gagnait de plus on plus, par une suite d'efforts sur lui-même pour être sincère, la confiance de son entourage ; un moment de défaillance a suffi poui: tout remettre en question. L'examen de conscience, bien dirigé, lui fera sentir la gravité de son nouveau mensonge, plus léger peut-être en lui-même que les précédents, mais très regrettable cependant, parce qu'il vient mal à propos interrompre une série heureuse et qu'il risque d'être le point de départ d'une série mauvaise.

A ridée dont nous venons de parler s'en ajoute nécessairement une autre, qui résulte de la première : c'est

que la vie, où tout s'enchaîne ainsi, est une œuvre, à laquelle nous nous mettons dès la première heure pour la poursuivre sans interruption, et dont nous sommes les ouvriers responsables. Je ne vois pas de mal à ce qu'on imprime cette idée jusqu'à l'exagération dans Tesprit de Tenfant. Pour le spéculatif, elle n*est pas entièrement exacte et comporte de sérieuses réserves : au dedans de nous le pouvoir de l'hérédité, qui détermine en partie la constitution de notre organisme et même de notre esprit, au dehors le pouvoir des circonstances extérieures, influent grandement sur notre destinée, dont notre libre effort n'est pas, tant s'en faut, le seul facteur.

Mais l'éducation , qui est éminemment pratique et qui n'a pas de raison d'être si elle ne procède point d'une foi profonde en la liberté humaine, l'éducation doit s'attacher à fortifier le plus possible cette foi chez les enfants et à développer en eux l'énergie morale. Or rien n'est mortel pour l'énergie comme le sentiment de notre faiblesse, sinon de notre impuissance, en présence des forces qui pèsent sur nous. On ne peut pas tout ce qu'on veut; mais le meilleur moyen de ne pas vouloir tout ce qu'on peut, de se laisser aller à la mollesse et à l'inertie, c'est de considérer les difQcultés et les obstacles de préférence aux ressources dont on dispose pour les surmonter. A quoi sert d'éclairer l'enfant sur les fatalités qui prendront une trop large part dans la direction de sa vie, sinon à augmenter cette part, à réduire celle de son activité propre? Il vaudrait bien mieux, fût-ce en entretenant quelques illusions, illusions bienfaisantes I le convaincre qu'il est le principal artisan de sa destinée, qu'elle sera ce qu'il l'aura faite, que toutes ses actions concourent à cette œuvre, tantôt pour l'améliorer et la mener à bien, tantôt pour la compromettre et la faire avorter. Loin de nous ces

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