BIENFAISANCE
pauvres ne voient autour d'eux que la gêne, et ne peuvent guère encore conipatir à des privations semblables aux leurs; ceux des familles plus aisées sont tellement habitués au bien-être dont on les entoure qu'il leur semble une condition naturelle de la vie; ils se trouvent rarement en contact avec les misérables, et, lorsqu'ils les rencontrent, la vue de la misère les étonne et les effraye plutôt qu'elle ne les touche, parce qu'ils n'ont pas encore l'idée des souffrances qu'elle comporte. « J'ai vu, dit Bernard Ferez, donner bien maladroitement une leçon de charité par une mère à son fils âgé d'environ deux ans. Ayant aperçu un vieux mendiant sous une porte cochère, elle s'arrêta, mit un sou dans la main de l'enfant, et, le tirant par le bras, lui dit : « Donne à ce pauvre homme! » Le petit, qu'effrayaient le visage et l'accoutrement du misérable, recula d'abord avec une horrible grimace, se colla contre les jupes de sa mère, et lui remit le sou dans la main *. » Dans un autre fait, cité par le même auteur, la mère, plus intelligente, et d'un cœur plus délicat, explique à son enfant ce que c'est que la pauvreté d^un petit ramoneur. « Il travaille tous les jours, lui dit-elle; il prend beaucoup de peine, il n'a pas, comme toi et ton frère, une bonne mère pour lui donner de quoi manger, pour l'habiller, le promener, le caresser et s'amuser avec lui. » Alors l'enfant se fait une idée de cette misère, qui lui était inconnue; sa compassion s'éveille, elle ne reste pas stérile, elle arrive tout de suite à la bienfaisance et il dit à sa mère : « Alors, quand on est pauvre, on est bien malheureux ! Maman, je voudrais lui donner une tartine et un joli pantalon : veux-tu, maman? il ne sera plus pauvre ^ » Cet enfant aurait-il été capable,