‹ L'éducation du caractèreChapitre 31 sur 228 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La volonté dans l'enfance considérée comme faculté de se déterminer entre plusieurs actes, comme activité personnelle, comme autonomie, comme pouvoir dominateur et régulateur des inclinations. — L'habitude. — L'imitation. — Variété des caractères. — Une classification scientifique des caractères est-elle possible? — Le système de la faculté maltresse. — Difficulté de définir un caractère, et môme les éléments qui le constituent. — Le diagnostic dans l'éducation. — Difficulté de l'observation morale pratiquée sur les enfants.

Les différents instincts peuvent entrer en lutte les uns avec les autres dans le même homme. Non seulement il y a souvent conflit entre Tégoïsme et Taltruisme, mais les instincts égoïstes eux-mêmes nous poussent vers des actes différents, qu'il est difficile ou impossible de concilier, et parmi lesquels il faut choisir. Une remarque semblable s'applique aux animaux. La faim, par exemple, attire le renard vers un poulailler; mais les observations qu'il a déjà faites et la crainte héréditaire qu'il a de l'homme lui insp rent des inquiétudes sur sa conservation personnelle et l'éloignent. Le chien se trouve partagé entre sa gourmandise et la peur des coups. L'enfant est tiraillé en divers sens par la gourmandise^ le besoin d'action, la crainte des réprimandes, la paresse, le désir des louanges, etc.

On dit généralement que Tinstinct le plus fort remporte. Ici encore, nous nous abstiendrons de faire une incursion sur le domaine de la philosophie pour étudier la question du déterminisme et du libre arbitre. Contentons-nous d'affirmer une fois de plus notre croyance à la liberté. Pour nous, si, dans certaines occasions, un instinct est le plus fort, cette force par laquelle il l'emporte n'est pas intrinsèque ; c'est la volonté qui a choisi et la lui a donnée. Sinon, pourquoi la force d'un instinct serait-elle variable suivant les moments et les circonstances? Ce qui varie, n'est-ce pas plutôt la force de la volonté? Un même acte de gourmandise sollicite plusieurs fois un enfant; il résiste d'abord et finit par succomber. Est-ce parce que la relation de force entre les mobiles en lutte a varié pendant le cours de cette expérience, ou parce que la volonté elle-même a varié? La prédominance d'une impulsion sur l'autre, sans intervention de la volonté, pourrait être admise à la rigueur lorsque l'intérêt seul est en jeu, et qu'il ne s'agit que de se procurer un plaisir ou de s'éviter une souffrance. Mais, lorsque l'intérêt est sacrifié au devoir, et lorsque nous choisissons une privation, une souffrance certaine, non point par calcul, pour nous procurer un plaisir qui est à ce prix ou éviter une privation, une souffrance plus pénibles, mais simplement pour obéir à des principes en quelque sorte abstraits, on ne peut guère nier, à moins de recourir à des subtilités vaines, qu'il intervient dans notre choix un agent autre que les impulsions fatales de l'instinct. Cet agent est la volonté.

On confond sous le terme de volonté des idées qu'il importe de distinguer. Lorsqu'un homme, au lieu de se laisser diriger par les autres et d'adopter le parti qu'ils lui proposent, a l'habitude de se décider par lui-même^ on dit qu'il a de la volonté. Souvent cette volonté persiste en dépit des meilleurs avis, des faits les plus défa-

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