EMPIRE SUR LÀ DOULEUR
la médecine amère, sans laisser paraître aucune trace de sensation désagréable. Au contraire, on lisait sur son visage le plaisir évidemment produit par le triomphe de la volonté *. »
Lorsqu'un enfant se résigne à subir une opération désagréable, ou même cruelle et dangereuse, a-t-il l'idée nette de la douleur qui l'attend, du danger qui va le menacer, et les affronte- t-il de parti pris par un effort véritablement héroïque de savolonté?On n'ose répondre affirmativement, si l'on se rappelle les circonstances des petites opérations que l'on a pu subir dans son enfance, comme l'avulsion d'une dent, l'ouverture d'un abcès, etc. On y est allé avec un sentiment de terreur vague, et on s'est laissé faire sous l'influence de volontés plus fortes, avec un mélange d'ignorance, de défaillance, de révolte, et aussi d'acquiescement; car il est rare que l'enfant essaye de témoigner sa colère à l'opérateur par un acte de violence, comme le chien ne manque presque jamais de le faire. Mme Necker de Saussure cite à ce sujet un fait touchant. (( Ceux qui soignent les enfants malades dans les hôpitaux, dit-elle, les trouvent souvent beaucoup plus doux, plus patients que les adultes. Une petite fille à laquelle on s'était vu obligé de couper la jambe avait subi toute l'opération sans proférer une seule plainte, en serrant étroitement sa poupée dans ses bras. « Je m'en vais, à présent, couper la jambe à votre c( poupée, » lui dit le chirurgien en riant quand il eut achevé l'amputation. La pauvre enfant, qui avait tant souffert sans dire mot, à ce propos cruel fondit en larmes *. » Que s'était-il passé au juste dans cette petite âme? Avait-elle dominé sa douleur au point de s'interdire les cris et les larmes? Était-elle plongée, par l'excès