‹ L'éducation du caractèreChapitre 41 sur 228 · L'Éducation progressive, liv. III, chap. i · texte numérisé non relu

L'Éducation progressive, liv. III, chap. i

l'imitation 87

en reste, toute leur vie, Thabitude de juger avec précipitation, et de dire des choses dont ils n'ont point d'idées «laires; ce qui fait un très mauvais caractère d'esprit *, »

D'après les circonstances, et l'inclination y aidant ou résistant, les enfants sont susceptibles de prendre l'habitude du mensonge, de l'insolence, de la peur, ou bien de la sincérité, de la modestie, du courage. A quoi bon multiplier les exemples? tout le monde en connaît. L'habitude fortifie l'instinct naturel, ou l'affaiblit, ou même crée des instincts qu'on peut appeler acquis, à moins qu'ils ne soient que des instincts naturels qui sommeillaient et qu'on éveille. On sait qu'elle pousse des racines profondes qu'il est parfois fort difficile et parfois impossible d'extirper.

Il y a dans l'âme de l'enfant un autre pouvoir que oous aurions pu étudier lorsque nous avons parlé des instincts, mais que nous avons négligé alors, parce qu'il n'avait pas un caractère nettement marqué d'égoïsme ou d'altruisme ; nous voulons parler de l'imitation. Cependant nous y avons déjà touché en parlant de la suggestion de certaines attitudes et de certains sentiments; il y a bien des rapports entre la suggestion et l'imitation.

« L'ignorance des enfants, dit Fénelon, dans le cerveau desquels rien n'est encore imprimé, les rend souples et enclins à imiter tout ce qu'ils voient *. » D'après Aristote, cette tendance est naturelle à l'homme en général; « l'homme, dit-il, est un animal imitateur. » Darwin l'observe dès l'âge de quatre mois chez son fils, qui paraît imiter des sons. Tiedemann, chez le sien, au même âge, croit en saisir aussi la première manifestation : « S'il voyait quelqu'un boire, il faisait avec 1^

i« De Véducation des filles, chap. m.

2, Idem, chap. v.

bouche un mouvement comme s'il goûtait quelque chose. » Egger pense Tavoir vue nettement vers neuf mois dans Faction de se cacher et de se montrer tour à tour par manière de jeu, de jeter une balle après ravoir vu jeter, de souffler sur une bougie, d'essayer d'éternuer en singeant la personne qui vient d'éternuer, etc. *.

Sans préciser Tépoque, nous pouvons dire que l'imitation s'exerce de très bonne heure, et que Tenfant lui doit une grande partie de ses acquisitions les plus précieuses, en ce qui concerne les mouvements, le langage» les opérations des sens et de l'intelligence . Elle a aussi une grande influence sur le développement de se& facultés morales, de son caractère. L'imitation d'une certaine attitude, d'un certain langage, suggère à l'enfant les sentiments que cette attitude et ce langage expriment. « Il se peut, dit Mme Necker de Saussure,^ que l'intérieur se moule chez l'enfant sur l'extérieur. Il voit une action qu'il copie, accompagnée d'une certaine expression de physionomie qu'il copie aussi, et bientôt il s'ouvre je ne sais quel jour au dedans de lui. Il devient grave par l'imitation du sérieux, tendre par celle de la sensibilité, et, une fois sur la voie de ces impressions^ son âme est de plus en plus modifiée '. » Bernard Ferez en donne un exemple significatif. « Une petite fille a commencé à prendre, seulement à l'âge de quinze mois, les froncements de sourcils de son père, ses habitudes d'irascibilité, son ton de voix criard, et bientôt ses formules expriment l'impatience ou la colère. A trois ans elle disait gravement à un visiteur avec lequel elle s'était mise à discuter, selon la manie paternelle :

1. Le Développement de l'intelligence et du langage chez les enfants, p. 10 et suivantes.

Page 1