HÉRÉDITÉ DES INSTINCTS
semblance morale pourrait être attribuée à Tinfluenee de rimitation, s'il n'arrivait souvent qu'un enfant reproduit certains traits du caractère d'un aïeul qu'il n'a jamais connu et que, par conséquent, il ne peut imiter. Du reste, si l'imitation était seule en jeu, on ne s'expliquerait pourquoi l'enfant aurait reproduit certains traits de préférence à d'autres : il faut faire intervenir une prédisposition naturelle, qui résulte de l'hérédité. Chaque famille pourrait donc être, à ce point de vue, l'objet d'une intéressante monographie, qui apporterait, pour confirmer l'existence de l'hérédité, des faits soit entièrement nouveaux, soit analogues à la multitude de ceux que l'on connaît déjà. Parmi ces derniers nous choisirons quelques-uns des plus saillants.
Il en est toute une catégorie qui offre aujourd'hui, malheureusement, un grand intérêt; ce sont ceux où se montre l'hérédité de cette forme de l'instinct de gourmandise qui s'appelle l'ivrognerie. « Gall parle d'une famille russe où le père et le grand-père avaient péri tous deux prématurément, victimes de leur penchant pour les liqueurs fortes ; le petit-fils, dès l'âge de cinq ans, manifestait le même goût au plus haut degré.... De nos jours, Magnus Huss et Morel ont recueilli tant de faits sur l'hérédité de l'alcoolisme, que nous n'avons qu'à choisir. Un homme adonné aux boissons alcooliques a un fils qui montra dès l'enfance les instincts les plus cruels. Contraint de s'engager, il vendit ses efi'ets militaires pour se procurer de l'eau-de-vie, et n'échappa à la peine de mort que sur les rapports des médecins, qui conclurent à l'irrésistibilité du penchant ^ » Remarquons, dans cet exemple, que le fils d'un alcoolique manifeste dès son enfance les instincts les plus cruels. C'est que le penchant est transmis, non pas seulement sous forme