CHAPITRE IV
L'influence de l'hérédité sur le caractère. Faits qui la monlreift. Hérédité des instincts d'ivrognerie, d'avarice, du vol, du meurtre. Exemples historiques. — Hérédité du caractère provincial et national. — Constitution des éléments du caractère par l'hérédité. — La question du proférés par rérohilion. Opposition du progrès dans Tordre naturel par la sélection et dans Tordre moral par Tamélioration du caractère. — Les lois de l'hérédité. — Importance de ia question de Thérédité en pédagogie.
L'éducation se propose d*agir sur les différents pouvoirs que nous avons étudiés jusqu'ici dans Tànie de Tenfant, pour les modifier, ou de se servir d'eux pour arriver à ses fins. Il est nécessaire qu'elle les connaisse bien, et surtout qu'elle se rende bien compte de leur énergie. La question de leur origine, leur bistoire, doit avoir, à cet égard, une grande importance. Le temps influe beaucoup, tout le monde le sait, sur la force de résistance que les cboses peuvent présenter à Thomme. Il est plus malaisé de déraciner un vieil arbre qu'un jeune. Les babitudes réceotes changent facilement, les babitudas invétérées résistent souvent à tous les efforts. Or la plupart des éléments qui constituent notre caractère sont plus anciens que nous; ils existaient avant nous chez nos parents, qui nous les ont transmis et qui les
avaient eux-mêmes reçus de leurs ascendants. C'est un héritage qui passe de génération en génération, par la loi de rhérédité, dont une multitude de faits démontrent lexistence. Attachons-nous particulièrement à ceux qui se rapportent au caractère *.
Nous pouvons, sur ce point encore, rapprocher les animaux de Thomme. « Un cheval naturellement hargneux, ombrageux, rétif, dit BufTon, produit des poulains qui ont le même naturel. » Girou de Buzareîngues remarque que l'hérédité s'étend chez les bêtes aux dispositions les plus bizarres. « Un chien de chasse pris à la mamelle et élevé loin de son père et de sa mère était d'un entêtement incorrigible, et, chose remarquable, il craignait au point de n'en plus chasser l'explosion de la poudre, qui excite tant d'ardeur chez les autres chiens. Sur la surprise qu'une personne en témoignait, on lui répondît : « Rien n'est moins surprenant, son père était « ainsi. »
Étudiez attentivement le caractère des enfants d'une famille qui vous est connue, ainsi que celui de leurs parents, et recueillez le plus de renseignements possible sur leurs ancêtres : vous constaterez que les traits du caractère se sont transmis des uns aux autres comme les traits du visage, suivant des combinaisons variées. On dit parfois d'un enfant : « C'est tout le portrait de son père, ou de sa mère, ou de son grand-père », etc. Rarement cette assertion est exacte, et en général il serait plus juste de dire : « Il tient ceci de son père, cela de sa mère, cela de son grand-père », etc. La ressemblance des traits du visage frappe tous les yeux; celle du moral n'échappe même pas au vulgaire. La ressemblance physique tient évidemment à l'hérédité. La res-
1. Voir sur cette question le remarquable travail de Ribot, f Hérédité psychologique, auquel j*ai fait de nombreux emprunts.