‹ L'éducation du caractèreChapitre 83 sur 228 · De natura rerum, liv. II, trad. Crouslé · texte numérisé non relu

De natura rerum, liv. II, trad. Crouslé

Dans le Songe de Scipion, la contemplation des sphères célestes inspire à Gicéron de très belles paroles touchant les vanités de la terre. Que d'amplifications on a faites sur rinfluence moralisatrice des arts, sur ce culte de la beauté qui fait prendre en dégoût toutes les laideurs, sur le beau qui est la splendeur du vrai, la parure du bien, etc.

Or une étude assez superOcielle de l'histoire nous montre que les beaux-arts , les belles-lettres et les sciences peuvent prendre un très grand essor au milieu d'une société immorale^ et que les vices les plus divers peuvent élire domicile dans une âme avec le génie du poète, de l'artiste, ou avec le goût pur et délicat du dilettante. Qu'on lise, par exemple, la vie si curieuse de Benvenuto Cellini écrite par lui-même, et Ton verra jusqu'à quel point un sentiment artistique puissant et exquis se concilie chez le même homme avec toutes sortes de vices et de petitesses. Ici encore il est, croyons-nous, plus juste de dire que le fonds primitif de l'âme, le caractère, résiste à l'influence de la culture, esthétique ou scientifique, lorsqu'elle lui est contraire, mais qu'il en profite lorsqu'elle s'exerce dans le même sens que ses inclinations naturelles. Ainsi l'âme d'un Benvenuto Gellini gardera sa violence, sa ridicule vanité, ses ruses, tous ses vices, lorsque l'art exaltera encore l'âme naturellement sublime d'un Michel-Ange. Le président de Brosses écrivait un jour à Voltaire : c( Malgré vos faiblesses, vous resterez toujours un très grand homme... dans vos écrits. Je voudrais seulement que vous missiez dans votre cœur le demi-quart de la morale et de la philosophie qu'ils contiennent.... En vérité, je gémis pour l'humanité de voir un si grand génie avec un cœur si petit, sans cesse travaillé par des misères de jalousie ou de lésine ^ »

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