INFLUENCE DS L'ESPRIT SUR LE COEUR
une entière bonne foi pour découvrir de nouvelles lois ou de nouveauie faits ne doit pas être confondu avec Técolier qui étudie les sciences physiques. Évidemment le premier, pour arriver à la vérité et pour mériter la confiance, ne peut se départir un instant des habitudes de sincérité qui s'imposent à la repherche scientifique; mais l'autre, par le fait même qu'il s'approprie les résultats de cette recherche, ne contracte pas nécessairement les habitudes de sincérité qu'elle implique. De même, il a fallu d'admirables vertus au célèbre voyageur Livingstone pour faire ses découvertes en Afrique; mais il n'en faut aucune pour lire le récit de ses voyages. Si cette lecture suscite quelque nouveau Livingstone, elle ne sera, comme on dit en philosophie, qu'une cause occasionnelle, et ne servira qu^à manifester une vocation qui était en puissance; car des milliers d'autres lecteurs de Livingstone ne songeront pas à quitter le coin de leur feu. De plus, l'expérience de la vie montre que le savant lui-même peut fort bien, en dehors de ses études spéciales, ne pas montrer les qualités qui lui sont nécessaires pour y réussir; tel qui est très sincère comme chimiste ou entomologiste sera rusé, intrigant et hypocrite dans la vie ordinaire.
On dit que l'étude des lettres, des arts et des sciences en général donne à l'âme une certaine hauteur qui l'élève au-dessus d'une foule de misères et de bassesses où le vulgaire se consume. Lucrèce a exprimé cette idée en termes magnifiques, pour ce qui regarde la philosophie et la science. « Rien n'est plus agréable, dit-il, que d'occuper les citadelles élevées par la science, asile inexpugnable des sages, d'où l'on peut voir sous ses pieds les autres hommes errant à l'aventure ^ », etc.