‹ L'éducation du caractèreChapitre 91 sur 228 · RÔLE PKÉPONDÉRANT DU CARACTÈRE · texte numérisé non relu

RÔLE PKÉPONDÉRANT DU CARACTÈRE

yeux. « On passe ainsi, dit Dupanioup, de longues années avec des défauts que tout le monde aperçoit, dont tout le monde souffre, qui ont produit en mille occasions des fruits d'amertume, et Ton ne s'en doute même pas. C'est de la sorte qu'on trouve des personnes parvenues à l'âge de quarante, cinquante ans et au delà, sans jamais avoir eu le moindre soupçon d'un défaut qui a fait le malheur de leur vie. Un ami courageux ose-t-il enfin, un jour, dans une circonstance favorable^, leur révéler le mal : Vous croyez? lui disentelles tout étonnées. — Oui. Examinez-vous à ce point de vue, et vous verrez qu'il y a là de quoi expliquer telle imprudence, tel malheur, peut-être tous vos chagrins et toutes vos fautes ^ » Ce ne sont pas seulement les graves imprudences et les grandes fautes qui gâtent une vie; les petites fautes quotidiennes, résultant de l'action constante d'un défaut, ont à la longue, en s' accumulant, une action aussi funeste. De petits efforts quo-^ tidiens, produits par une énergie vigilante, qui s'exerce sans éclat, mais aussi sans défaillance, finissent au contraire par mener au succès.

Ce rôle prépondérant du caractère, que chacun, en y réfléchissant bien, pourrait vérifier dans sa vie, semble pourtant être méconnu. A entendre le langage des familles, à suivre les préoccupations des éducateurs, on croirait que l'intelligence tient de beaucoup la première place. Lorsque des parents me disaient de leur fils : « Il est très intelligent, il a beaucoup de facilités pour apprendre, mais il est insouciant et paresseux », que de fois me suis-je aperçu, à leur sourire plein d'indulgence, que la satisfaction vaniteuse qui leur était causée par les « facilités » plus ou moins réelles de l'enfant était à peine troublée par son insouciance et sa paresse ! Il y a

• 1. L'Enfant^ chap. vm.

plus : on éprouve un réel orgueil à dire que les résultats obtenus par un enfant lui coûtent peu d'efforts, qu'il réussit en se jouant, et Ton parle avec une compassion dédaigneuse des camarades qui, moins bien doués sous le rapport de l'esprit, ont le travail difficile. Dans la plupart des établissements où Ton élève la jeunesse, presque tout l'effort porte sur Tintelligence, presque tout le temps de la journée est consacré aux exercices de l'esprit, qui sont, au fond, la grande préoccupation des maîtres. Les prospectus, les discours officiels disent peut-être le contraire ; ils reconnaissent, ils proclament l'importance de l'éducation morale; mais, bien qu^on soit, à cet égard, très sincère, on laisse s'établir, par la force du préjugé, le désaccord entre les discours et les actes. Les enfants auxquels on réserve les récompenses brillantes et flatteuses, ce sont ceux qui réussissent dans les concours de l'intelligence. Ce succès, il est vrai, est dû souvent aux qualités morales d'application, d'énergie et de suite dans le travail; mais il n'est pas nécessairement en rapport avec elles, et ce ne sont pas elles que Ton admire, mais bien ce don brillant et séduisant de l'intelligence.

La question des programmes d'enseignement paraît capitale; il semble que de ce qu'on enseignera dans les collèges dépende, tant on y attache d'importance, l'avenir des jeunes gens et celui même de leur pays. Mais la question de l'éducation morale, pour laquelle il est beaucoup moins facile de rédiger des program^ mes, est reléguée au second plan. On discutera longuement^ par exemple, pour savoir s'il convient de remplacer les langues mortes par les langues vivantes, d'enseigner les sciences naturelles dans les classes inférieures, de donner à la géographie une large place. Mais on s'occupe moins de rechercher les moyens de développer chez les enfants des qualités comme la

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