‹ L'éducation du caractèreChapitre 6 sur 52 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

faits pour cela. Il n'est pas vrai en effet que la pleine possession de nous-mêmes, la fidclilé à notre caractère aille jamais sans effort ni souffrance, d'un mot, sans renoncement. Il n'est pas vrai qu'elle nous assure le bonheur personnel et intime. Il l'est encore moins qu'elle nous assure les avantages sociaux. D'une façon générale, les hommes sans doute estiment le caractère et font profession de l'honorer. Mais s'il leur impose, il n'est pas toujours de leur goût. Ils le jugent raide et distant, ils le considèrent comme une gène. Ils préfèrent à l'homme de caractère, qui est à lui-même sa fin, qui vit sa vie et suit sa voie, l'homme qui consent à être un instrument ou un moyen, qui a des talents, de l'habileté, du savoir-faire et de la souplesse, qui est l'ouvrier d'une tâche, le serviteur d'un parti, et c'est à ce dernier qu'ils réservent les situations, le crédit et les honneurs. Aussi l'éloge qu'ils font du caractère est-il suspect. Ce qu'ils appellent ainsi, c'est souvent l'abdication de la personnalité, quand celle-ci paraît une habileté et devient un moyen de succès. Si le caractère était véritablement conçu comme il doit être, il se trouverait peu de gens pour y aspirer et y prétendre et moins encore peut-être pour le prêcher à leurs enfants, car il paraîtrait alors ce qu'il est, une via dolorosa. Cependant il n'y a pas à craindre que ceux qui se sont élevés à l'idée de la dignité intérieure, que le mot de caractère implique et désigne, trahissent cette idée; car s'ils ne peuvent être heureux par le seul fait de suivre leur caractère, ils sentent aussi et plus encore qu'ils ne pou-

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