‹ L'éducation économique du peuple allemandChapitre 1 sur 33 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Ce petit volume reproduit, avec quelques additions et un certain nombre de statistiques récentes, les traits essentiels de plusieurs rapports présentés au ministre de Tlnstruction publique, à la Société d'enseignement supérieur, et à la Chambre de commerce de Paris.

Le distingué président de cette compagnie en me priant^ il y a quelques mois, d'assister à l'inauguration de la nouvelle école des hautesétudes commerciales de Berlin, m'avait exprimé son désir de recevoir un travail d'ensemble sur les progrès que l'enseignement industriel et commercial a faits dans ces dernières années chez nos voisins. J'essaye de répondre, dans la mesure de mes forces, à ce désir. Je me plais h espérer qne ce modeste travail aidera quelques Français à mieux comprendre la nécessité pour notre pays

vni PRÉFACE.

de s'armer plus fortement en prévision de luttes économiques qui ne sont encore qu'à leur début et dans lesquelles cependant toutes les grandes nations sont déjà engagées.

Oui, notre éducation en matière industrielle et commerciale est défectueuse. C'est là, j en suis persuadé, Tune des principales raisons qui permettent d'expliquer pourquoi la France, si bien douée à tant d'égards, s'adapte moins aisément que les autres peuples à l'évolution contemporaine et perd peu à peu une partie de sa clientèle et même de son prestige.

Lorsqu'on se demande quelle a été, au cours des derniers siècles, spécialement au cours du dix-neuvième, l'orientation- donnée à la jeunesse française, on est frappé de l'importance qu'a prise dans notre pays la culture dite « classique ». Cette forme de culture a tendu essentiellement à nous faire connaître et admirer le passé. Elle s'est faite principalement par l'intermédiaire des langues mortes, langue grecque et langue latine. Elle a nécessité une étude approfondie des civilisations et des peuples de l'antiquité.

La culture classique a certainement rendu de grands services à la France. On a pu dire avec raison qu'elle a été le levain de notre génie. Elle

PRÉFACE. ft

nous a permis de travailler, plus qu'aucun autre peuple, à Téducation de Thumanité; elle a contribué à rendre notre pays éminemment propre à l'élaboration des idées générales. Ce serait une grande faute de renoncer à ce qui fait notre grandeur dans le passé, à ce qui, dans Tavenir, peut, à défaut d'autres supériorités, nous conserver une certaine primauté intellectuelle. L'abandon de la culture classique diminuerait notre situation ; elle serait pour nous une sorte de suicide.

Gaston Paris écrivait, il y a quelques années, qu'il y aurait intérêt à retarder pour nous le moment où il faudrait couper « le cordon ombilical qui nous rattache à notre mère, l'antiquité ». Il craignait que cette opération ne fut le point de départ d'une sorte de décadence dans la culture générale. Mais il avait cependant le pressentiment que l'enseignement classique était destiné à disparaître « en tant que formant la base de l'éducation secondaire générale ».

Il faudrait fermer les yeux de parti pris pour ne pas reconnaître que cette culture classique a eu aussi, pour une partie de ceux qui l'ont reçue, de graves inconvénients. Les enquêtes que j'ai entreprises depuis quelques années me permettent d'affirmer qu'une partie notable des élèves de

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