‹ L'éducation en Angleterre: collèges et universitésChapitre 19 sur 24 · Mot à mot * levez vos têtes · texte numérisé non relu

Mot à mot * levez vos têtes

places sont occupées , et, çà et là, les robes

rouges des docteurs tranchent sur les cos-

;•„ tûmes noirs; ils ne sont pas tout à fait assez

nombreux pour que l'effet soit « flambant ».

; C'est que Ton attache moins d'inportance à ce

^ titre honorifique de docteur, à présent que les fellowships mis aux concours sont devenus des marques de distinction si recherchées.

Les grilles sculptées qui ferment les trihunes au-dessus de la porte sont ouvertes, et u ne foule féminine s'y presse curieusement four nous regarder manger. Le spectacle doit tore beau ! Les lumières font briller les dorur(J s des boiseries et des cadres : il n'y a que la v °ûte immense aux traverses de chêne, dont ' e sommet se perd dans une demi-obscurité.

Quand les « bateaux garnis de glaces variées » Ont déposé leur marchandise sur les assiettes de chacun, on apporte l'eau de rose. C'est un immense plat creux en argent avec deux grandes cuillers de même métal, il glisse sur la table desservie et chacun dépose quelques gouttes de la liqueur parfumée dans un petit verre adhocipouTy tremper ses doigts. Puis tous se lèvent ppur la prière : l'hymne, qu'un

ancien organiste du collège a composée, est un chœur sans accompagnement, à grande allure, rappelant la musique de la chapelle Sixtine.

Dans la Combination-room, autre festin qui dure jusqu'à dix heures et demie. La cour est remplie d'une vapeur blanchâtre : les fenêtres du hall projettent des plaques lumineuses sur Therbe et, quand un docteur traverse les parties éclairées, il devient incandescent comme un échappé de l'enfer.

En me promenant dans la ville, où tout e^ fait pour les étudiants, je détaille les étalageafin de voir ce qu'ils préfèrent et ce dont il ont besoin : « Dis-moi ce que tu achètes et j* te dirai qui tu es. » Il y a beaucoup de vendeurs de bibelots et d'articles de ménage :

c'est que si les jeunes gens ne font pas lem marché, il leur faut du moins s'inquiéter d'une foule de détails intimes et du prix courant de beaucoup de choses dont ordinairement on n'est guère occupé à leur âge. « Ils sont ici, m'a dit un Anglais, pour apprendre à dépenser, pour apprendre la vie. » Apprendre

la vie, en France, cela veut dire faire la noce!

En dehors des flanelles multicolores, le goût de rhabillement est peu développé, le chic est de ne pas en faire. Absence de selliers, c'est là une réforme égalitaire que nul décret sénatorial n'a accomplie, mais qui s'est faite d'elle-même sous la pression de l'opinion; il y a beaucoup de très bons chevaux de selle à louer et, si les plus riches en ont à eux, ils les mettent en pension et vont les chercher sans tambour ni trompette ; on ne voit plus, comme jadis, des livrées voyantes, des tandems et des four-ùi-hands.

Les relations de town h gown sont beaucoup moins tendues : il n'y a plus de chahut le soir dans les rues, et les batailles homériques ont cessé. L'autre jour, dans Trinity Street, trois larges fenêtres étaient ouvertes, et des groupes d'étudiants y chantaient à tue-tête un chœur que le piano accompagnait dans l'intérieur, concert pour rire exécuté avec le plus grand sérieux; en bas, on s'attroupait h écouter, et à la fin on a applaudi bruyamment au milieu d'une folle hilarité.

Le hasard m'a conduit devant le Christ'- Collège, fondé en 1506, et reconstruit au xvn e siècle. Milton y étudia et y planta un mûrier qui se porte très bien, mais que je n'ai pu arriver à rencontrer. En revanche, au Sidney Sussex, le collège d'Olivier Cromwell, j'ai pu contempler le buste de cet homme célèbre, exécuté par le Bernin. On m'a fait voir ce même jour le laboratoire de l'université : la physique, la chimie et surtout la mécanique y sont magnifiquement logées; je constate que les étudiants mettent eux-mêmes la main à la pâte et apprennent à soigner les machines; de grandes ardoises, couvertes de chiffres à la craie, tapissent les murs, et la vapeur s'échappe en fusant des tiroirs. Décidément on apprend de tout à Cambridge, i ne manque que l'enseignement agricole.

On étudie ici la théologie, les science!

morales et politiques, le droit, l'histoire, le! sciences naturelles, la mécanique et les science: appliquées, et enfin la musique : j'oubliais le langues orientales et la médecine. Il y a uni différence à établir entre les pollmen (qui si contentent du degré ordinaire) et ceux qui tra

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vaillent pour les honneurs. Les programmes sont chargés et surtout les épreuves sont sérieuses; il y a des examens qui durent huit et dix jours.

Ce que poursuit une bonne moitié des étudiants, c'est le B. A. degree, le degré ordinaire qui donne droit au titre de Bachelov of Arts. Pour conquérir ce grade, il faut un stage de trois ans et la réussite de 3 examens, 1 à la fin de chaque année. Le premier comprend une sorte de revision des études antérieures; il est facile et on le désigne communément sous le nom de lût le- go. Le programme du second est plus compliqué : il y a du latin, du grec, de l'algèbre, de la géomé- We, de la physique, etc. Ensuite on a un an pour préparer la dernière épreuve, qui est spéciale; elle porte. au choix sur la théologie, ks sciences morales et politiques, le droit, l'histoire, les sciences naturelles, la mécanique et les sciences appliquées, ou la musique.

Bien plus difficiles sont les examens pour les « honneurs ». Ceux qui y prétendent passent d'abord le little-go comme leurs cama-

rades, çvec cette différence qu'il leur est pos des questions supplémentaires sur les logï rithmes et la trigonométrie élémentaire. Maïs ils n'ont plus d'autre obstacle à franchir avart t l'épreuve définitive qu'ils préparent pendant deux ans. Gelle-là est longue et laborieuse ; pour les mathématiciens, elle comprend le calcul différentiel et intégral, la géométrie 1 analytique, etc. Pour les littérateurs, elle dure 6 jours (latin et grec). Ceux qui étudient le s sciences naturelles sont examinés pendant 10 jours sur la chimie, la physique, la minéralogie, la géologie, la botanique, la zoolc* - * gie, l'anatomie, la physiologie. On peut aus^* se présenter pour le droit, l'histoire, la théologie ou les langues orientales. Nous n^ parlons pas des grades pour la médecine, qui forment une classe tout à fait à part.

Celui qui échoue pour les « honneurs »

obtient souvent en compensation son B. A> degree, ou du moins a le droit de passer immédiatement le troisième des examens qui y donnent accès.

En France, l'idée que nous nous faisons de renseignement universitaire chez nos voisins

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est enveloppée de quelques préjugés; on croit volontiers qu'ils ne sont bons qu'à débiter des discours en latih prétentieux et à fabriquer des vers grecs; tous ces examens sont eii définitive" sérieux, d'autant qu'il est nécessaire d'y réussir presque du premier coup ; il n'y a point de ces diplômes de consolation que la Sorbonne accorde parfois à la seule persévérance; il n'est guère admis qu'on se présente plus de deux fois. Les épreuves sont longues et ne comprennent plus que des compositions écrites. On peut considérer la disparition de l'interrogation orale comme un fait accotnpli; à Cambridge, on là regardait comme une prime à l'injustice, donnant une sélection de hasard et ne présentant aucun &vantage 7 puisque les questions brèves et toultiples qui nécessitent une mémoire exercée peuvent aussi bien être posées à l'écrit; mais, à Oxford, les professeurs pensent différemment.

Autorisé à jeter un furtif coup d'œil dans une salle où Ton composait, j'ai été surpris d'y voir fort peu de surveillants, des pupitres très rapprochés les uns des autres et des étudiants

libres de sortir s'ils en ont besoin... comme cela ne se fait pas en Sorbonne. J'exprimais à mon guide des doutes relativement aux textes cachés qu'on va consulter au cabinet; il m'a dit en haussant les épaules : « Ça les regarde ! S'ils veulent tricher et prendre la responsabilité d'une si honteuse action, on ne peut les en empêcher. » Sans doute que l'opinion ferait justice des coupables, et puis la manière dont sont posées les questions prête peu à ce genre de fraude.

King's collège a cela de spécial qu'il ne contient pas depollmen, mais seulement des candidats aux honneurs. Le nombre de ses étu* diants est, par conséquent, assez restreint, et il en résulte un caractère tout particulier de gravité et de majesté. Le hall est petit, mais fort curieux ; la chapelle, une merveille de l'ai* gothique anglais ; King's fut intimement relié à l'École d'Eton , près de Windsor, par Henri VI * leur commun fondateur, et longtemps on n'y reçut que des etonians. Encore à présent, le^ scholarships leur sont réservées.

M* Waldstein, l'éminent archéologue biec^

mm, qui réside à King's, s'est aimablement 'ert à me montrer le Fitzwilliam muséum, mt il est directeur. C'est un bel édifice du fie grec, renfermant la galerie de tableaux, bibliothèque et les objets d'art que le comte Fitzwilliam a légués à l'université, escalier-vestibule qui donne accès au musée t tout de marbre et d'or.

La collection contient de beaux spécimens f toutes les écoles. J'admire une suite d'aqua- Hes de Turner, le peintre anglais tant célébré p ses compatriotes. Incontestablement, il a Sminents mérites de coloriste, mais ce devait re un homme sans suite dans l'idée, habile, rtout, à fixer les fugitives impressions du >ment ; ses aquarelles ont ce caractère d'im- Wu et d'instantané ; ce sont des notes prises passant, et si justes, que, en ne les regar- \i pas de tout près, on croit voir des détails i ne sont pas sur la peinture. Il y en a une Venise, réussie au point que deux traits et îx touches suffisent à rendre le paysage Lier!

Jl. Waldstein, qui m'a aussi fait visiter le it amphithéâtre dans lequel il donne ses

leçons, me montre à présent... une très jolie jument avec laquelle il va aller se promener : il monte beaucoup en chasse l'hiver, chez des amis d'Irlande, et a même couru en steeple incognito! Il m'avait défendu de le dire, parce que ce n'est point d'un « professeur sérieux », Mais il me pardonnera ma désobéissance, car je n'ai en vue que le bien de ses collègues de France, parmi lesquels je voudrais que ce sportsman, aussi aimable que savant, fît école; l'archéologie s'en trouverait fort bien; cela lui donnerait beaucoup de relief.

La may-week approche : c'est la série des fêtes qui termine bruyamment l'année scolaire; il y a des concerts, des régates et des bals dans les collèges. Ce soir, pour commencer, grand banquet du Carlton-club, sous la présidence de lord George Hamilton : il a lieu à l'hôtel de ville, et on portera des toasts politiques qui, dans l'université, auront autant de retentissement que le discours du Premier à l'installation du lord-maire. Dans quelques jours, le même local subira une transformation pour le bal des francs-maçons, durant lequel

il y a un changement de costumes entre les principaux dignitaires. La franc-maçonnerie, qui compte pas mal d'étudiants dans ses rangs, h en Angleterre, un caractère ouvertement onservateur.

A Trinity, quand le temps est beauj on élaisse, après le dîner, la Combination-room, ^ur aller jouer aux boules dans un ground tué entre le collège et les bâtiments voisins ^ Saint-John : il est réservé aux professeurs t. aux fellows, qui aiment encore ce jeu Utique si à la mode dans la vieille Angleterre : ^ parterre de gazon est entouré d'une muraille ^ verdure taillée avec une symétrie mélanco- Lque. Le jardinier, qui est homme de goût, a aisi le caractère du lieu et tenté dy réunir les leurs qu'aimaient nos ancêtres ; plantes longues et minces, très simples, avec de gros létales aux nuances éclatantes, s'alternant lans un dessin géométrique; c'est une vraie •estitution digne des costumes moyen âge qui ;e détachent sur ce paysage. Il ne manque que 'emploi de la langue latine, pour compléter iette excursion dans le passé.

Miss Gladstone, fille du Grand old man, est vice-principale de Newnham collège, l'un des deux lycées féminins que le sénat a reconnus par décret du 24 février 1881, en admettant leurs élèves à subir les épreuves finales. Newnham est hors de la ville, mais à une faible distance : cinq minutes de marche, après le petit étang; on tourne à gauche et des deux côtés d'une route poudreuse paraissent les bâtiments. Le North hall est une assez jolie construction, élevée malheureusement dans un désert, et dont les briques rouges aimeraient à se détacher sur une fraîche et profonde verdure.

Miss Gladstone pousse la gracieuseté jus~ qu'à me faire elle-même les honneurs de so n collège. Partout une peinture uniforme et d# s lambris de sapin. Quelques portes s'ouvre* 1 * pour me montrer des chambres d'étudiantes :

la plupart égayées par des fleurs et des bib#" lots; ce sont toujours de petites pièces, presque des cellules. Le réfectoire a une apparence de table d'hôte avec un petit cachet de tem^ pérance; on dirait la salle à manger d'un hôtel suisse perdu dans la montagne.

Le South hall, où réside la principale, miss lOiigh, qui a beaucoup fait pour l'émancipaan des femmes, contient une vaste et conrtable bibliothèque, dont les rayons sont larges de livres de science, d'histoire et de roit; par les fenêtres, j'aperçois, dans le irdin, quelques toilettes coquettement chif- >nnées. Il y a des étudiantes un peu partout, sant, écrivant, rêvant. Dans les corridors, on encontre de petites bonnes à tabliers blancs t à guimpes.

Le collège contient environ cent seize èves; il est administré par un conseil cornue de douze hommes et de neuf femmes. La incipale a un pouvoir très étendu : à elle de ger si les élèves profitent de leur séjour à 'Wnham ou s'il est préférable qu'elles se dirent. Le prix est de 25 guinées par terme : la fait 1950 francs par an tout compris. On it être rentré le soir à six heures trente, et il xt une permission spéciale pour accepter des citations en ville.

Le sénat n'admet les femmes qu'aux honurs. Il leur refuse le diplôme ordinaire, afin * n'avoir que des candidates sérieuses. Ce

qui est étonnant, c'est le nombre de mathématiciennes depuis la fondation. La plupart sont devenues maîtresses dans des maisons d'éducation en Angleterre ou dans les colonies et jusqu'en Nouvelle-Zélande; j'en note une qui est visiting teacher of mathematiçs in London \ Miss Gladstone et miss Clough vont participer à la may-week en donnant une garden-party , pour laquelle les invitations sont déjà lancées.

Autre collège de femmes; celui-là (Girton)

« est situé .en pleins champs, très loin de Cambridge; les élèves sont conduites en voitures aux lectures universitaires qui leur sont

+ ouvertes, ou bien s'en abstiennent. C'est un grand château de briques avec beaucoup de plantes grimpantes et des velléités d'architecture. En me montrant ses jolis corridors en sapin ciré, miss Welsh, la principale, a comparé son établissement à un couvent; c'est bien cela : un couvent modernisé, libéral, démocratique; mais après tout, la règle est assez

♦ sévère ; ce sont des « Oiseaux » laïques. Une

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