‹ L'éducation en Angleterre: collèges et universitésChapitre 18 sur 24 · Rameurs · texte numérisé non relu

Rameurs

Cependant le carillon de Sainte-Marie la Grande, dont la tour carrée s'élève en face du palais sénatorial, annonce sept heures, et bientôt les cloches des collèges se mettent en branle; nouvelle procession et apparition des manteaux noirs et des toques plates : vieilles reliques qui sentent la basoche et constituent ici le costume de cérémonie. Il arrive encore des retardataires qui se trouvent bien dans leur tenue de sport et, pour y rester, s'en vont au restaurant : on ne les force point de dînera dans les halls; mais, présents ou non, ils payent le repas, ce qui est un argument en sa faveur.

En allant dîner à Trinity, je croise un élevant qui se rend à quelque invitation particulière; deux diamants pour boutons de chemise et une rose au revers de l'habit ; le cap and gown réglementaire fait là-dessus le plus singulier effet. Dans le hall, une rangée de domestiques rès corrects ; au fond, sur l'estrade, deux tables ransversales pour les maîtres, les fellows et eurs invités. Autrefois les étudiants nobles y menaient place aussi, mais ce privilège n'a été

naintenu que pour les princes du sang. Je

m'assieds à l'ombre dos armes d'Angleterr sculptées dans la boiserie, et sous le regar du grand William Pitt, dont le portrait occujx? la place d'honneur parmi les personnages qui décorent la salle. Autour de moi, il y a quelques vieux professeurs à la mode de nos facultés, mais la plupart sont des hommes vigoureux qui ont dû beaucoup aimer le cricket; les étudiants, dont le menu est un peu différent, dînent rapidement; d'autres leuT succèdent, que nous laissons à table en nous retirant; c'est une fournée de sportsmeft attardés.

On s'est ensuite rendu dans la CombinatioT*' room, grand salon de réception orné de po*"~ traits et de rideaux de velours à crépine d'o*~> chacun s'est installé à grignoter de peti*- 8 gâteaux secs, tandis que quatre flacons devî- 11 circulaient lentement . Quand ils ont ^ ^ accompli leur quatrième tour, le vice-maître * ramassé à terre un vaste câble qui sortait <^- e la muraille et se repliait sur le tapis... il y ^ ^ avait long comme d'ici à Pontoise; il s'e^^ 1 pendu à cette grosse corde et l'a tirée puissai*^ ftient; on a entendu alors dans la salle voisin* e

Uîl tout petit timbre argentin... Mucli ado a bout nothing *; on a apporté du café; dix minutes après, nouvel appel et le thé s'est avancé triomphalement. Tout cela est un peu Wg, et il était presque neuf heures et demie ?uand nous sommes sortis.

U Union est un club qui possède une belle bibliothèque, une salle de lecture bien fournie de toute espèce de revues et journaux et des valons pour écrire les lettres; simplicité, mais p éel confort. C'est en plus la conférence Mole dfc l'endroit, et tous les mardis il y a débat Politique ; les étrangers de passage sont admis s Ur présentation d'un membre. Tenue excellente, va-et-vient incessant; les uns veulent chercher un renseignement de sport, d'autres ^inquiètent des votes de la veille au Parlementes lecteurs sérieux épluchent consciencieusement la pâture politique du jour; comme Journaux français, Injustice et les Débats.

Chez un étudiant : il est eii train de discuter politique avec deux de ses amis déjà prêts

4, Beaucoup de bruit pour pas grand'chose.

pour les sports de l'après-midi ; son sitting* room est. grand, dans un coin la table d u déjeuner que prépare le gyp (domestique homme), quelques jolis bibelots, des étoffes indiennes et des étagères couvertes de livres ; à côté une toute petite pièce servant d'office et de débarras, puis la chambre à coucher meublée pour l'instant d'un petit lit de fer san3 rideaux, d'une grande armoire et d'un tub rempli d'eau. Êtes-vous curieux de connaître le budget d'un étudiant? Celui-ci paye son appartement 300 francs par an, il en a dépensé 450 pour le mettre en état et compte rentrer dans la moitié de ses frais à la fin de son stage ; la même somme représente le prix de l'enseignement, sans compter les frais d'inscriptions, d'examens, de diplômes. L'année dernière, son chauffage lui est revenu à 200 francs, le blanchissage à 150. Quant à l'argent de poche, il estime qu'on n'a pas trop avec 35 livres (875 francs), à cause de toutes les cotisations qu'on a à verser pour les boatclubs, \es cricket-clubs, etc. En ce moment) la grande cour de Trinity est pittoresque; on voit passer dans toutes les directions des m.ar-

SOUVENIBS UNIVERSITAIRE â 197

niions portant d'énormes boites de bois, peint eu bleu, qui contiennent les luncheons que la cuisine du collège envoie aux étudiants sur commande, depuis la côtelette du solitaire jusqu'aux folies gastronomiques de ceux qui invitent.

Les appartements mis à. la disposition des jeunes gens comprennent deux ou trois Mandes pièces, le plus souvent deux et une Ptas petite ou au moins un cabinet de "ébarras. Parfois les glaces, boiseries, papiers " e tenture appartiennent au collège et cela est Co **ipris dans la location ; d'autres fois ils sont *■ propriété du dernier occupant, qui les cède Moyennant finances à son successeur. Au reste u *Xe énumération estimative de tous les articles ^^^il laisse est remise à celui-ci, qui a droit d'y c **oisir ce qui lui convient. Meubler ses « chamk**es » (rooms) et faire achat du costume académique (cap andgown) un reste du moyen âge *Jui est encore de rigueur dans les cérémonies, ^ la chapelle et tous les soirs au dîner, — ce sont les premières dépenses du débutant dans la vie universitaire (freshmàri).Le freshtaan, élevé de la sorte à la dignité de maître

de maison, débarque à Cambridge ordinairement vers dix-huit ou dix-neuf ans, apportant de chez lui des meubles, de la vaisselle e= du linge, et il s'installe dans ce home qui ser — le sien pendant trois ans et dont il ne se sépj rera au bout de son stage qu'avec de vil regrets. C'est dans son ntting room qu- « chaque jour la cuisine du collège lui cnveri— » sur sa demande son repas de midi (luncheorCy •» qu'il prendra rarement seul, car il a des voï- — sins et des amis qui n'aiment pas plus que lu» 1 la solitude; le soir, son dincr l'attend dans 1~ ^ grand hall aux boiseries sombres, aux vitraw: ^ armoriés. De la cuisine et des butter ies vienner^* 1 le pain, le beurre, la bière, le fromage et mêu^^ e en certains cas le soda, le thé, le café rtfflflT*» made, tenus à leur disposition. Les extras serv^^ au diner, parts ou portions suplémentaire^^' s'appellent sizings.

Tout étudiant reçoit chaque semaine deu ^- x notes : Tune contenant le montant de cequ'oïC^ 1 fourni les butteries ainsi que le chauffage ^^ l

les quelques amendes encourues soit pour êti e

rentré trop tard, après la fermeture des gii les, soit pour un livre de la bibliothèque q\

n ^ pas été rapporté à temps, etc. ; l'autre com- P r ^nd les dîners du hall, les portions ajoutées e *- tout ce que le cuisinier a servi aux étu- ^Onts chez eux, sur leur ordre. Ces notes s °nt hebdomadaires, afin que les erreurs puiss ^nt être aisément réparées et que les jeunes êT^ns soient toujours à même de contrôler la t *Voyenne de leurs dépenses. Le collège peut *-^*urnir aussi une quantité ordinairement limi- *-^e de liqueurs fortes. Mais les abus auxquels *^^)tte mesure devait parer ont quasi disparu. En somme, c'est aux étudiants h tenir leur ^^laison en rapport avec leur budget, à prendre ^oin de ne pas demander plus qu'il ne leur est Xiécessaire, à prévoir d'avance ce qu'il leur îaut, etc. Sans doute pendant le premier trimestre, encore un peu novices à ce genre d'existence, ils dépenseront trop, ne sauront pas bien tenir leurs comptes et ne penseront pas toujours à demander le prix de ce qu'ils commandent; mais ils s'y font, et assez rapidement : « Sinon, dit le Studenfs Guide, la faute doit en être rejetée, non sur l'inexpérience, mais sur l'incapacité et la légèreté de l'étudiant (helplessness andthoughtlessness). »

Un certain degré de self government est présupposé chez ceux qui viennent à l'Université, et c'est cela qu'on prétend y développer.

Dans chaque set of rooms (ensemble de 3 ou 4 logements avec un escalier spécial) le service est fait par une femme appelée bedmaker; quelquefois il y a un ménage : en tout cas on peut se procurer un domestique homme (gyp)> Le gyp reçoit de 1 à 2 livres sterling par terme.

L'estimation moyenne de ce qu'a à dépenser un étudiant peut se faire à l'aide des chiffres et des tableaux suivants.

Les droits d'admission et d'inscription payables au début sont de 3 et 5 livres; pour les— trois examens qui terminent chacune des trois années on paye 2 livres 10, 1 £5 et 3 £ 3; enfin pour le diplôme final, 7 livres. km déboursés de la première année on peut^ajouter :

Pour le costume universitaire £ 4

Pour le trousseau, les achats préliminaires.. 7 Et pour l'ameublement 16

Total 27

Quant aux dépenses annuelles on peut sans ^gération les estimer ainsi que suit :

Enseignement £ 18

Loyer 10

Service, impôts, etc 6.5

Chauffage 6

Collège payments 5.7

Blanchissage 5.8

ennent ensuite les notes de la cuisine et des 'tleries, qui peuvent varier beaucoup selon e Ton mène une existence plus ou moins ondaine, que Ton « reçoit » ses amis, etc.

>ux qui sont dans ce cas, il est vrai, apporit le plus souvent du vin de chez eux et on xv envoie du gibier, du poisson, etc. Les tes d'épicerie varient de 12 à 20 livres. Il ut compter 6 livres pour les déplacements entre 30 et 70 livres pour achats de toutes rtes chez les fournisseurs de la ville, lesquels nt tenus d'envoyer chaque semestre aux tuurs des collèges les notes dépassant 5 livres, îant à l'argent de poche, 12 livres sont le 3ins qu'on puisse avoir à dépenser; le chiffre 3yen serait 30.

En résumé un étudiant raisonnable a besoin 200 livres (5 000 fr.); celui qui vit avec

beaucoup d'économie peut se contenter de 140 (3500 francs) ou moins encore, si c'est un boursier (sizar). Et cela sans compter les droits d'entrée et d'examens et les dépenses d'installation dont j'ai déjà parlé. Dans 1' « argent de poche » sont comprises les cotisations pour les boat and cricket clubs, lesquelles varient de 7 sch. à 1 livre par terme, et généralement une entrée à 1' « Union », soit 1 livre par terme et 1 livre d'entrée. Il y a aussi d'autres clubs aménagés avec tout le luxe que comportent, en Angleterre, ces établissements.

Tout cela est réglé pour trois termes, qui vont : du 1 er octobre au 16 décembre, d u 13 janvier au vendredi avant les Rameaux, ^ du vendredi de Pâques au milieu de juin à peu près. Mais ce sont seulement les deux tiers du terme qui forment la période obligatoire de résidence.

Certains, qui viennent à l'Université à un âge plus avancé qu'il n'est d'usage ou bien qui ont d'autres motifs de le préférer, se font matriculer comme non-collegiate students, c'est-à-dire étudiants libres, n'appartenant à

aucun collège; d'autres, inscrits à un collège, demandent à résider en ville dans des lodgings reconnus et approuvés par l'autorité.

Mais la grande majorité réside dans les dixsept collèges dont l'ensemble forme Y Université.

L'organisation des collèges n'est pas rigoureusement la même; ils n'ont surtout pas une égale importance numérique. Tandis qu'il y avait en 1885 à peu près 630 pensioners à Triûity et 230 à Saint-John, Magdalen n'en comptait qu'une cinquantaine, et Sidney Suss ex, 40. Naturellement dans les moins peuplés les élèves sont liés par une plus étroite camaraderie.

Les prix offerts aux concours de fin d'année **e sont pas partout les mêmes; de plus, certains collèges ont des spécialités : Trinity ilall est surtout fréquenté par les étudiants On droit et Gonville et Caïus par les étudiants ou médecine.

L'Université a des pouvoirs d'ordre public; elle les exerce par le moyen des proctors, au nombre de deux, élus chaque année et ayant mission de surveiller la conduite des étudiants :

ils ont sous leurs ordres quatre pro-proctor$ et des agents en assez grand nombre, formant une sorte de police universitaire. Les punitions dont ils peuvent faire usage sont les amendes, les arrêts dans le collège ou dans le lodging-house, l'expulsion temporaire ou définitive. Le surintendant de tout ce qui concerne l'éducation et l'autorité à laquelle recourent les étudiants, c'est le tuteur. Il y en a au moins un dans chaque collège : c'est souvent un professeur comme les autres, mais ladiscipline est dans ses mains et c'est à lui qu^ Ton doit s'adresser pour toutes les difficulté^ qui peuvent surgir.

La fête de l'Ascension est célébrée tout spé — cialement à Trinity : le hall est resplendissant -^ Sur les menus, d'une longueur interminable <* la liste des mets recherchés que nous allons avaler est suivie de l'indication de l'antienne Lift up your heads l , qui sera chantée par la* maîtrise du collège; après les grands dîners* on remercie Dieu en musique! Toutes les

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