‹ L'éducationChapitre 28 sur 38 · Morlon, Encyclopédie d'agriculture · texte numérisé non relu

Morlon, Encyclopédie d'agriculture

'2. M. Quetelet, né en 17<.><>, morl en 1874, < -t un savanl hel^o ^jui s'est principalement openpé <le statistique, au point de fuc sociologique.

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qu'un adulte; et ici nous devons faire observer que le désavantage dont souffre ainsi l'enfanl est très grand. Lehman dit : « Si l'acide carbonique produit par les en- » fiants ou les jeunes animaux esl calculé pour un égal » poids du corps, il résulte que les enfants produisent » presque deux fois autant d'acide que les adultes. » Ensuite la quantité d'acide carbonique exhalé varie à peu près en proportion de la quantité de chaleur produite. El ainsi nous voyons que, chez les enfants, le système organique, même quand il n'est pus placé dans des conditions désavantageuses, est appelé a fournir pour la production de la chaleur h peu près le double des matériaux que devrait proportionnellement fournir celui d'un homme.

Voyez donc alors l'excès de folie qu'il y aurait à peu vêtir les enfants. Quel père, bien qu'il soit tout développé, qu'il perde moins rapidement sa chaleur et qu'aucune nécessité physiologique ne le force à combler un vide chaque jour, quel père, disons-nous, croirait salutaire d'aller jambes nues, bras nus et tête nue? Et pourtant ce régime, qui lui paraîtrait absurde, il l'inflige à ses enfants encore moins capables que lui de le supporter ! ou, si du moins il ne le leur inflige pas, il souffre sans protester qu'on le leur fasse subir. Qu'il se souvienne donc qu'une once de nourriture dépensée mal à propos à maintenir la température du corps est autant d'enlevé à la nourriture destinée à la charpente organique, et que l'on a beau se guérir des rhumes, congestions ou autres maladies de même nature, il en résulte inévitablement une diminution de croissance ou une imperfection de structure.

<( La règle est donc, non pas de s'habiller dans tous les » cas d'une manière invariable, mais de porter des vête- » ments en qualité et quantité suffisait tes dans chaque cas » particulier pour protéger efficacement le corps contre » toute sensation de froid, même légère. » Cette règle, dont le docteur Combes indique l'importance en la mettant en italiques, est un point sur lequel les hommes de science et les praticiens s'accordent. Nous n'avons rencontré aucune personne compétente en pareille matière,

qui ne condamnât avec force l'habitude d'exposer à l'air les membres des enfants. S'il est un cas où Ton devrail se mettre au-dessus de la « pernicieuse coutume », c'est bien celui-ci.

Il est vraiment déplorable de voir des mères compromettre gravement la santé de leurs enfants par complaisance pour une mode déraisonnable. 11 est assez fâcheux déjà qu'elles se conforment pour elles-mêmes à toutes les folies que nos voisins de France se plaisent à inventée, mais il est monstrueux qu'elles habillent leurs enfants en saltimbanques, suc les dessins donnés par le Petit Courrier des dames, sans avoir égard à l'incommodité ni à l'insuffisance de ces vêtements. C'est infliger aux enfants une gêne plus ou moins grande, provoquer des maladies, entraver la croissance ou tarir la source de la vie; causer parfois une mort prématurée; et tout cela, parce qu'on croit utile de confectionnée des habits dont la coupe et l'étoffe sont indiquées par le caprice français. Non seulement, par respect pour la mode, les mères infligent un vrai supplice à leurs enfants et leur font beaucoup de mal en ne les couvrant pas assez, mais encore, pour le môme motif, elles leur imposent un genre de vêtement qui empêche toute activité hygiénique. Pour plaire aux yeux, on choisit des couleurs et des étoffes incapables de supporter la rude fatigue des jeux qu'on ne devrait pas songer à modérer; et alors, pour prévenir tout dommage, on interdit ce genre de jeux. « Allons, levez-vous, vous allez salir votre belle jaquette », voilà l'ordre donné à un maimot qui se roule par terre. « Venez ici, vous allez salir VOS bas », crie une gouvernante à un enfant qui a quitté le chemin battu pour grimper sur un tertre. C'est ainsi (pie le mal est doublé. Pour qu'ils deviennent une preuve du goût de leur maman, et soient admirés de ceux qui lui rendent visite, les enfants doivent avoir des vêtements qui ne les couvrent pas assez et dont le tissu soit trop léger; et, pour qu'on puisse conserver propres et intacts des \ éléments si faciles à endommager, il faut comprimer cette activité incessante si naturelle et si nécessaire aux

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enfants. Pour ne p;is gâter un habit, on coupe court à cette activité doublement nécessaire quand le vêtement ont insuffisant. Puissent les défenseurs de ce système en voir la terrible cruauté! Nous n'hésitons \>-<\< h dire que par cet affaiblissement de la santé, par l'insuffisance des forces et l'infériorité vitale qui en résultent, des milliers d'enfants sont annuellement voués au malheur à cause de cette imprudente concession faite aux apparences, quand ils ne sont pas, par une mort prématurée, sacrifiés au Molocb de la vanité maternelle. Nous répugnons h conseiller les moyens énergiques, mais vraiment, le mal est assez grand pour justifier, ou même pour réclamer une intervention péremptoire delà part des pères.

Notre conclusion est donc que, si d'une part les vêlements des enfants ne doivent jamais aller jusqu'à produire une chaleur accablante, ils doivent toujours être suffisants pour empêcher une sensation générale de froid l ; au lieu de coton mince, de fil ou d'étoffes mélangées, ils devraient être faits de quelque bon tissu mauvais conducteur, comme de drap de laine épaisse ; ils devraient être assez forts, n'éprouver que peu de dommage des rudes accrocs qu'y produisent les jeux de l'enfance ; enfin la couleur devrait en être telle qu'elle ne pâlisse qu'à la longue de l'usure et des intempéries.

çLv-ajam lin* *** Y

Quant à l'importance des exercices corporels, bien des gens y font quelque attention. Peut-être y a-t-il moins à dire sur cette partie de l'éducation physique que sur bien

1. Il est bon de remarquer que les enfants dont les jambes et les bras ont toujours été exposés à l'air dès le commencement ne s'aperçoivent pas que les surfaces nues ont froid; c'est ainsi que par habitude personne de nous ne s'aperçoit que sa figure a froid, même au contact de l'air du dehors. Mais, quoique chez ces enfants les sensations ne subsistent plus, il ne s'ensuit pas que le système général ne subisse aucun préjudice; pas plus qu'il ne s'ensuit que les Fuegiens ne souffrent point du froid, parce qu'ils supportent avec indifférence que la neige tombe et se fonde sur leur corps nu. (Note de M. H. Spencer.)

d'autres, du moins en ce qui concerne les garçons. Les écoles publiques comme les écoles particulières ont des

cours de récréations à peu près passables; une bonne partie du temps y est réservée pour les jeux en plein air; et on les reconnaît généralement comme indispensables. Ici, du moins, sinon ailleurs, il semble admis qu'on peut avantageusement s'en rapporter aux tendances instinctives des garçons; et, en réalité, dans la pratique moderne d'interrompre la longueur des cours de la matinée et de F après-midi par quelques minutes de récréation en plein air, nous voyons une tendance à conformer les règlements de l'école aux sensations physiques des élèves. Sur ce point, par conséquent, il y a peu à dire, soit pour réclamer, soit pour conseiller.

Mais nous avons été obligé, en faisant cet aveu, d'y joindre cette restriction : « du moins pour ce qui concerne les garçons. » Malheureusement, il en est tout autrement en ce qui concerne les filles. Il se trouve que, par un hasard exceptionnel, nous avons chaque jour l'occasion de faire la comparaison. Nous avons vue à la fois sur l'intérieur d'une école de garçons et d'une école de filles; et le contraste qu'elles présentent est remarquable. D'une part, presque tout un grand jardin est converti en un espace découvert, sablé, formant une large carrière pour les jeux, et garni de mâts et de barres horizontales pour les exercices du gymnase. Chaque jour avant le déjeuner, puis à onze heures, puis vers midi, puis dans l'après-dinée, et une fois encore après la lin des classes le voisinage est éveillé par un chorus de cris et de rires quand les garçons sortent pour jouer] et, aussi longtemps qu'ils restent dehors, les yeux et les oreilles subissent la preuve qu'ils sont absorbés par cette activité de jouissance qui fait bondir le pouls, assure la santé et l'activité de tous les organes. Combien différent est le tableau que présente « rétablissement pour jeunes demoiselles. » Nous avons été longtemps à nous apercevoir qu'il y avait une école de lilles aussi rapprochée de nous que l'école de garçons. Le jardin, aussi vaste que l'autre, ne présente absolument rien de

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ce qui peut servir aux récréations de la jeunesse; m <• • i s il est entièrement garni de bancs de gazon, d'allées sablé d'arbrisseaux el de fleurs, à la façon d'un jardin ordinaire. Pendant cinq mois notre attention oe fut pas une seule fois attirée par an cri ou par un rire. Quelquefois on pouvait voir des jeunes filles se promener un livrée la main, ou encore marcher en se donnanl le bras. Une fois cependant, nous en vîmes une en poursuivre une autre autour du jardin; mais sauf cette exception nous n'avons rien remarqué qui ressemblât à un véritable exercice physique Pourquoi cette différence étonnante? Est-ce que la constitution d'une fille diffère si entièrement de celle d'un garçon qu'elle n'ait pas besoin de cette activité? Est-ce qu'une fille n'a aucune de ces tendances aux jeux bruyants qui passionnent les garçons? Est-ce donc que chez les garçons ces tendances doivent être regardées comme des stimulants pour une activité corporelle sans laquelle il n'y a pas de développement convenable, tandis que la nature les aurait données à leurs sœurs sans aucun but, à moins toutefois que ce ne soit pour le tourment des maîtresses d'école ! Peut-être nous trompons-nous sur les intentions de ceux qui élèvent le sexe faible ; mais nous avons un vague soupçon qu'on ne tient pas à produire un physique robuste, qu'on considère comme un avantage plébéien une bonne santé et une grande vigueur ; et qu'on croit plus digne d'une femme du monde, une certaine délicatesse, des forces tout juste suffisantes pour une promenade d'un ou deux milles ; un appétit dédaigneux et promptement satisfait, joint à cette timidité qui accompagne ordinairement la faiblesse. Nous n'espérons pas qu'on l'avoue ingénument, mais nous soupçonnons que l'esprit de la gouvernante est hanté par l'idéal d'une jeune fille qui aurait plus d'un trait de ressemblance avec ce type. S'il en est ainsi, il faut admettre que le système établi est admirablement combiné pour la réalisation de cet idéal. Mais supposer que tel est l'idéal de l'autre sexe est se méprendre profondément. Que les hommes ne soient pas attirés vers les femmes au type masculin, c'est absolument

vrai. Qu'une certaine faiblesse relative, qui semble demander la protection d'une force supérieure, soit un élément d'attraction, nous l'admettons complètement. Mais La différence qui répond à ces sentiments de l'homme est une différence naturelle, préétablie, qui s'affirmera assez d'elle-même sans ces moyens artificiels. Et quand, par ces moyens artificiels, le degré de différence est exagéré, il devient un élément de répulsion plutôt qu'un élément d'attraction.

« Ainsi, on devrait permettre aux filles de courir comme » des folles, de devenir aussi bruyantes, aussi tapageuses » que les garçons ! » s'écriera quelque défenseur des convenances. C'est, à mon avis, la crainte perpétuelle des maltresses d'école. Il paraît, informations prises, que dans les « pensionnats de jeunes demoiselles » les jeu\ bruyants, analogues à ceux qu'on permet journellement aux garçons, sont punis comme des fautes; et nous en concluons qu'ils sont défendus, de peur qu'ils n'engendrent des habitudes indignes d'une femme du inonde. Cette crainte est cependant sans fondement. En effet, si l'activité permise aux garçons ne les empêche pas de devenir des gentlemen, pourquoi une activité de même nature empêcherait-elle les filles de devenir des dames du meilleur monde? Si rudes qu'aient pu être leurs jeux dans la cour de récréation, les jeunes gens qui ont quitté l'école ne jouent plus au saut-de-mouton dans la rue, ni aux boules dans un salon. Avec leur jaquette, ils quittent en même temps les jeux des petits garçons, et font preuve d'un désir sérieux, et parfois même risible, d'éviter tout ce qui n'est pas digne d'un gentleman. Si donc, grâce aux progrès de l'âge, ce sentiment de dignité masculine met un terme et une limite aux jeux de l'enfance, le sentiment de la modestie féminine, graduellement fortifié par l'approche de la maturité, ne mettra-t-il pas une limite aussi parfaitement marquée aux jeux delà jeune pensionnaire? Les femmes ne font-elles pas plus attention encore aux convenances que les hommes? et en conséquence ne naitra-t-il pas en elles une plus grande répugnance pour

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tout ce qui est grossier ou turbulent ? Quelle absurdité que

de supposer que l<is instincts de la femme ne s'affirmeraient pas eux-mêmes sans la rigoureuse discipline des maîtresses d'école !

Ici comme ailleurs, pour remédier aux inconvénients d'un système artificiel, on a introduit un autre système artificiel. L'exercice naturel, spontané, ayant été interdit, et les conséquences de la privation d'exercice ayant été trouvées mauvaises, on a adopté un système d'exercice factice, la gymnastique. Que ce soit mieux que rien, nous l'admettons; mais que ce soit l'équivalent du jeu, nous le nions. Les défauts sont à la fois positifs et négatifs. En premier lieu, ces mouvements musculaires réglés, nécessairement moins variés que ceux qui accompagnent les exercices des jeunes gens, n'assurent pas une distribution assez égale d'action à toutes les parties du corps ; d'où il résulte que l'effort, portant spécialement sur certaines parties, produit plus rapidement la fatigue : a quoi nous ajouterons en passant que, s'il est souvent répété, cet effort de certaines parties du corps conduit à un développement hors de proportion. Si la quantité d'exercice ainsi pris reste insuffisante, à cause de son inégale distribution, elle sera encore bien plus insuffisante, en raison du manque d'intérêt. Môme quand ils ne répugnent pas, comme il arrive si souvent, à ces leçons imposées, ces mouvements monotones deviennent promptement fatigants, car ils n'amusent pas. L'émulation, il est vrai, sert de stimulant ; mais ce n'est pas un stimulant continu, comme la jouissance qui accompagne les jeux variés. L'objection la plus forte cependant reste encore à faire. Outre son infériorité à l'égard de la quantité de mouvement musculaire qu'elle assure, la gymnastique est encore plus inférieure sous le rapport de la qualité. Le manque relatif de plaisir, que nous avons indiqué comme une cause qui fait abandonner de bonne heure un exercice artificiel, est aussi une cause d'infériorité dans les effets qu'il produit sur le système. L'opinion vulgaire qu'il importe fort peu que l'action corporelle soit agréable ou non, si

elle reste la môme, est une grave méprise. Une excitation mentale agréable a une inlluence tout à fait fortifiante. Voyez FelTet produit BUT un malade par une bonne nouvelle ou par la visite d'un vieil ami. Remarquez comme les médecins recommandent avec soin une société agréable aux personnes faibles. Souvenez-vous combien est bon pour la santé le plaisir procuré par le déplacement. La vérité est que le bonheur est le plus puissant des toniques. En accélérant la circulation du sang, il facilite l'accomplissement de toutes les fonctions; et ainsi contribue à augmenter la santé quand elle existe et h la rétablir quand elle a été perdue. Telle est la supériorité intrinsèque du jeu sur la gymnastique. L'extrême intérêt que prennent les enfants à leur jeu, et la joie débordante avec laquelle ils se livrent à leurs rudes amusements, ont autant d'importance que l'action musculaire qui les accompagne. Et, comme elle ne fournit pas ces stimulants mentaux, la gymnastique est radicalement insuffisante.

Accordant donc, comme nous le faisons, que les exercices réglés des muscles valent mieux que rien; accordant encore qu'on peut les employer avantageusement comme auxiliaires; nous maintenons cependant qu'ils ne peuvent jamais tenir lieu des exercices auxquels pousse la nature. Pour les filles aussi bien que pour les garçons, les activités physiques auxquelles poussent les instincts sont essentielles à la santé du corps. Quiconque les méconnaît, méconnaît les moyens providentiels qui ont pour fin le développement physique.

Un point reste encore à étudier, et il exige peut-être un plus grand effort de réflexion que les précédents. Bien des gens affirment que. dans les classes élevées, les jeunes gens adultes et ceux qui approchent de la maturité ne sont ni si grands ni si forts que leurs pères. En entendant celle assertion pour la première fois, nous fûmes porté

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à la prendre pour une des mille manifestations de la vieille tendance à exalter le passé aux dépens du présent. Nous nous rappelions que, sil'on s'en rapporte aux anciennes armures, Les modernes sont plus grands que leurs ancêtres, et que les tables de mortalité montrent, non une diminution, mais plutôt une augmentation dans la durée delà vie; nous faisions alors peu attention à ce qui paraissait une croyance sans fondement. Cependant, un examen scrupuleux a modifié notre opinion. Laissant de côté les classes laborieuses, nous avons noté une majorité de cas où les enfants n'atteignent pas la taille de leurs parents ; et sous le rapport du poids, en tenant compte de la différence d'âge, il semble y avoir chez eux une notable infériorité. Les médecins disent qu'aujourd'hui on ne pourrait plus supporter la saignée comme autrefois. La calvitie prématurée est bien plus commune qu'elle ne l'était, et la carie des dents se rencontre dans la génération présente dès la jeunesse et très fréquemment. Quant à la vigueur générale, le contraste est également frappant. Les hommes des générations passées, avec leur vie de débauche, pouvaient plus supporter que les hommes de la génération présente avec toute leur sobriété. Us buvaient sec, vivaient irrégulièrement, passaient leur vie dans des appartements mal aérés, se souciaient médiocrement de propreté, et cependant ils étaient capables d'une application prolongée sans en souffrir, même à un âge très avancé : témoin les annales de la magistrature et du barreau. Cependant, nous qui pensons beaucoup au bien-être corporel, qui mangeons avec modération et ne faisons aucun excès de boisson, qui veillons à l'aération de nos appartements et usons fréquemment d'ablutions, qui faisons chaque année des excursions et bénéficions de connaissances médicales plus étendues, nous succombons presque toujours h notre tâche. Quoique nous donnions beaucoup d'attention aux lois de l'hygiène, nous semblons plus faibles que nos grands-pères qui, à maints égards, bravaient ces mêmes lois. Et, à en juger par les apparences et par les fréquentes indispositions de la génération nais-

L'ÉDUCATION. 2LÏ

santé, nos enfants semblent devoir être moins robustes que nous-mêmes.

Qu'est-ce que cela veuf dire? Est-ce que les repas copieux d'autrefois, pour les adultes comme pour les enfants, valaient mieux que l'excès contraire qui, nous l'avons montré, est si généra] aujourd'hui? Est-ce qu'il faudrait condamner absolument cette habitude de peu vêtir les enfants, encouragée par la théorie illusoire de l'endurcissement ? Est-ce que la cause en est que l'on détourne plus ou moins les jeunes gens des exercices de leur Age par déférence pour un faux raffinement? De nos raisonnements, on peut conclure que chacune de ces causes a une part dans la production du mal1 ; mais il y a eu encore une autre influence nuisible, peut-être plus puissante qu'aucune autre : nous voulons parler de l'excès d'application mentale.

Les exigences de la vie moderne exercent une pression de plus en plus forte sur les vieux comme sur les jeunes. Dans toutes les affaires, dans toutes les professions, l'énergie et L'habileté de tout adulte est contre-balancée par une concurrence de plus en plus intense; et, pour rendre les jeunes gens capables de conserver leurs places malgré l'intensité de celte concurrence, on les soumet à une discipline plus sévère que jadis. Le mal est ainsi doublé. Les pères qui se trouvent eux-mêmes obligés de lutter vigoureusement à cause de leurs concurrents nombreux, et qui, tout en travaillant dans ces conditions désavantageuses, ont à se maintenir dans un genre de vie plus coûteux, sont toute l'année obligés de travailler du matin au soir, sans prendre d'exercice ni jouir de longues vacances.

I. Nous no sommes pas surs que la propagation de certaines formes adoucies de maladies constitutionnelles par la vaccination ne soit pas en partie cause du mal. Plusieurs faits pathologiques autorisent a penser que. quand le lème organique d'un enfant vacciné exerète le virus do vaccin par le moyen des pustules, il tend aussi s excréter par le moyen de ces pustules d'autres matières morbiflques, surtout si .•.■s matières sont de nature à être exer< par la peau, ce qui est le cas des pues d'entre elles. En conséquence, il est possible, probable même qu'un enfant affecté d'un vice constitutionnel trop faihle pour se manifester visiblement par une maladie peut, par le véhic du vaccin vicié qu'on recueille sur lui. communiquer un vie constitutionnel à d'autres enfants, et ceux-ci à d'autres encore. (Note île M. 11. Spencer.)

2t(> HERBERT SPStfClR.

Les constitutions ébranlées par cette application continuelle se transmettent aux enfants. Et ces enfants, coin* parativement faibles, prédisposés à succomber sous la pression qui B'exerce habituellement sur leurs facultés,

ont à suivre un cours d'études bien plus étendu que celui qui était prescrit aux ('niants non encore affaiblis des générations précédentes.

Les désastreuses conséquences qui pourraient en résulter sont visibles de toutes parts. Allez où vous voudrez, vous entendrez nécessairement parler d'enfants ou de jeunes gens des deux sexes qui ont plus ou moins souffert de l'excès dans leurs études. Ici, une année de séjour à la campagne a été jugée nécessaire pour remettre en état de santé un organisme débilité. Là, vous observez une congestion clironique du cerveau qui dure déjà depuis bien des mois et menace de durer encore longtemps. Puis, vous entendez parler d'une fièvre qui résulte d'une surexcitation contractée d'une manière ou d'une autre à l'école. Ailleurs, il s'agit d'un adolescent qui a déjà été une fois obligé d'interrompre ses études, et qui, depuis qu'il s'y est remis, a été souvent pris, à la sortie des classes, d'un accès de langueur. Nous établissons des faits, — des faits que nous n'avons pas cherchés, mais qui sont tombés sous nos yeux pendant ces deux dernières années. Et encore sommes-nous loin d'avoir épuisé la liste. Tout récemment, nous avions l'occasion de constater que le mal devient héréditaire : il s'agit d'une dame née de parents robustes, dont l'organisme avait été si altéré parle régime d'un pensionnat écossais où elle avait été mal nourrie et surchargée de travail, qu'elle souffre invariablement du vertige en se levant et en se couchant, et dont les enfants, héritant de cet affaiblissement cérébral, sont, pour la plupart, incapables de supporter un travail intellectuel même modéré sans maux de tête ou étourdissements. En ce moment, nous avons sous les yeux une jeune dame dont la santé a été ébranlée pour la vie par ses années d'études. Elle était obligée à tant d'efforts qu'elle n'avait aucune énergie de reste pour l'exercice physique, et maintenant

que son éducation est terminée, elle est continuellement malade. Son appétil faible et très capricieux répugne surtout à la viande; les extrémités sont continuellement froides, môme par an temps chaud ; sa faiblesse lui interdil tout autre exercice qu'une promenade à pas lents, et seulement pendant un temps très court; elle a des palpitations en montant les escaliers; sa vue s'est beaucoup altérée : voilà, outre une croissance incomplète et des tissus lâches, quelques-uns des résultais obtenus. A cet exemple, nous pouvons ajouter celui d'une de ses amies et compagnes d'études qui est si faible, qu'elle ne peut supporter les émotions d'une tranquille partie de plaisir entre amies, et qui, finalement, a été obligée d'abandonner tout à fait ses études par ordonnance de son médecin.

Si des inconvénients d'une telle gravité sont si fréquents, combien doivent être plus nombreux les inconvénients plus faibles et moins évidents! Pour un cas où une maladie est positivement attribuée à un excès d'application, il y en a au moins une demi-douzaine où le mal est à peine observable et s'accroît lentement; cas où il y a un dérangement fréquent des fonctions attribué à telle ou telle cause spéciale, ou à une faiblesse de constitution; cas où il y a un retard et un arrêt prématuré de la croissance corporelle, cas où naît et s'établit une tendance à la consomption, cas qui engendrent une prédisposition à ce trouble cérébral si. commun aujourd'hui1, dont la cause déterminante est le travail de la vie adulte. Quiconque aura noté la fréquence des indispositions dues à l'excès de tra « vail chez les hommes de cabinet ou d'affaires, et réfléchi aux effets plus désastreux encore que doit produire une application exagérée dans des tempéraments d'enfants à peine formés, verra clairement combien la santé générale est ainsi compromise. Les adolescents ne peuvent supporter ni autant de fatigue, ni autant de travail physique, ni

i. T.* néorose, nom générique d'une foule de maladies où les norfs sont principalement atteints» C'est la maladie du siècle, comme le pessimisme; il est vrai qu'un médecin (Moreau de Tour?) est allé jusqu'à soutenir que « le génie est une néorose. »

218 BBRBBRÎ BP SUCER.

autant de travail intellectuel que Les adultes. Jugez alors si ces derniers souffrent manifestement d'un effort mental

exagéré qui leur est demandé, quel doit être le préjudice qu'un effort mental souvent excessif doit causer à la jeunesse.

En vérité, quand on examine la discipline impitoyable

de l'école, on s'étonne, non pas qu'elle fasse tant de mal, mais plutôt qu'elle puisse être supportée. Prenons l'exemple cité par sir John Forbes, et tiré de son expérience personnelle. Il affirme, après contrôle sérieux, que c'est un échantillon ordinaire du système appliqué en Angleterre dans les écoles destinées aux jeunes filles de la classe bourgeoise. Laissant de côté l'emploi détaillé du temps, voici la distribution des vingt-quatre heures en résumé :

Au dortoir 9 heures

les plus jeunes. . . 10 —

A l'école, temps consacré aux leçons et aux devoirs 9 —

A l'école ou à la maison, les plus âgées pour des travaux à l'aiguille ou des études facultatives, les plus jeunes pour le

jeu 3 1/2

les plus jeunes. . . 2 1/2

Au réfectoire 1 1/2

Exercice en plein air, sous forme de promenade, souvent avec un livre d'étude à la main et seulement quand il fait beau à l'heure indiquée 1 —

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Et quels sont les résultats de ce « stupéfiant régime » comme l'appelle sir John Forbes? Evidemment la faiblesse, la pâleur, la langueur, un malaise général. Mais il ajoute encore quelque chose. Cet absolu mépris du bienêtre physique, dû à la préoccupation exclusive de cultiver l'esprit; cet exercice prolongé du cerveau et ce manque

d'exercice des muscles sont habituellement suivis non seulement de désordres dans 1rs fonctions vitales, mais de difformités. Voici ses paroles : « Nous visitions derniè- » rement dans une grande ville un pensionnat contenant » quarante jeunes filles et nous apprîmes, à la suite d'une » enquête sérieuse, qu'il n'y avait pas une seule des » jeunes filles ayant passé par cette école au moins deux » ans (et c'était la majorité d'entre elles) qui ne fut plus » ou moins contrefaite /* »

Depuis lH.'tt, époque où ces lignes ont été écrites, il se peut qu'on ait fait quelques réformes. Nous l'espérons du moins. Mais que ce système soit encore communément appliqué, et même que dans certains cas il soit encore plus que jamais poussé à l'extrême, nous pouvons personnellement l'affirmer. Nous visitions récemment une école normale déjeunes gens, une de celles qui ont été instituées durant ces dernières années dans le Lut de fournir aux écoles des professeurs bien instruits. Ici, sous le contrôle de l'Etat, de qui l'on pouvait attendre mieux que d'une simple maîtresse d'école, nous trouvâmes la routine journalière établie ainsi qu'il suit :

A 0 heures on éveille les élèves.

De 7 à 8, étude.

De 8 à 9, lecture de la Bible, prières et déjeuner.

De 9 a 12, étude.

De 12 à 11/1, récréation consacrée, dit-on, à la promenade ou à d'autres exercices, mais souvent passée à étudier.

De 1 1/1 à 2, dîner, le repas durant généralement vingt minutes.

De 2 à 5, étude.

De 5 à 6, thé et récréation.

DeO à 8 1/2, étude.

De 8 1/2 à 9 1/2, étude particulière et préparation des leçons pour le lendemain.

1. Encyclopédie dé médecine pratiquerai. I,pp. 6'J 7 . OU S (t'-ditiou anglaise).

2*20 HKRBER1 SPBNCRR.

A 10 heures, coucher.

Ainsi, sur vingt-quatre heures, huit Boni consacrées au sommeil; quatre el un quarl occupées parla toiletlte, les prières, les repas H les courts instants qui accompagnent

ces exercices; dix el demie sont données à L'étude; et une et un quart aux exercices physiques qui sont facultatifs cl dont on se dispense souvent. Et qoe seulement

ers dix heures el demie d'éludés réglementaires en deviennent fréquemment onze el demie, si Ton consacre aux livres le temps réservé aux exercices physiques; mais quelques-uns des élèves se lèvent à quatre heures du malin pour préparer leurs leçons et sont actuellement encouragés par leurs maîtres à le faire! Les matières à voir dans un temps donné sont si étendues, el les professeurs, dont l'autorité dépend de la façon dont leurs élèves amont réussi à l'examen, sont si pressants, qu'il n'est pas rare que ces jeunes gens soient amenés à consacrer douze ou treize heures au travail intellectuel !

11 n'est pas besoin d'être prophète pour affirmer que le dommage causé au corps doit être énorme. Gomme nous le disait l'un des pensionnaires, ceux qui arrivent avec un teint frais ont bientôt pâli. La maladie est fréquente : il y a toujours quelqu'un sur le tableau des malades. Le manque d'appétit et les indigestions ne sont pas rares. La diarrhée est la principale affection : souvent il y a un tiers des élèves qui en souffre. Ils se plaignent généralement de maux de tête, et quelques-uns en souffrent presque tous les jours pendant des mois entiers. Un certain nombre ne peuvent résister et sont obligés de partir.

Que ce soit le régime d'une sorte d'institution modèle, établie et surveillée par les corps les plus éclairés de ce siècle, cela a lieu de nous étonner. Que la sévérité des examens, jointe à la courte période assignée pour la préparation, oblige à recourir à un système qui ruine inévitablement la santé de ceux qui passent par là, c'est une preuve, sinon de cruauté, du moins de coupable ignorance.

Ce cas est sans doute tout à fait exceptionnel et ne peut

guère se rencontrer que dans d'autres institutions du môme genre. Mais que pareille chose soit possible, c'est une preuve que les intelligences delà nouvelle génération sont bien surchargées. Gomme elles expriment les sentiments de la classe instruite, les exigences des écoles spéciales, même en l'absence de toute autre preuve, semblent indiquer la tendance générale à un système trop hâtif de culture intellectuelle.

Il semble étrange qu'on ait si peu conscience des dangers qu'on fait courir Ma jeunesse en la surchauffant ainsi, alors qu'on a si généralement conscience des dangers qu'on ferait courir en pareil cas à l'enfance. Bien des parents savent en partie les tristes conséquences de la précocité chez les enfants. Dans toute réunion mondaine, on entend blâmer ceux qui stimulent trop tôt l'intelligence de leurs enfants. Kt la crainte de les stimuler trop tôt est d'autant plus grande qu'on en connaît mieux les effets. Témoin cette parole d'un de nos professeurs de physiologie les plus distingués, qu'il ne laisserait apprendre aucune leçon à son fils avant l'Age de huit ans. Mais tandis que pour tout le monde c'est une vérité familière qu'un développement intellectuel forcé chez les enfants entraîne soit la faiblesse physique, soit la stupidité, soit une mort prématurée; il n'apparaît pas que l'on regarde la même vérité comme applicable à la jeunesse. Il en est cependant ainsi de toute évidence. Il y a un ordre et une mesure donnés pour le développement des facultés. Si les cours d'études se conforment à cet ordre et à cette mesure, c'est

bien, si, au contraire, les facultés supérieures sont de bonne heure écrasées sous un ordre de connaissances trop complexes et trop abstraites pour qu'elles puissent se

les assimiler si tôt: si, par un excès de culture, l'intelligence, en général, est développée à un i\ei:n'> qui dépasse la portée de cet âge, l'avantage anormal ainsi obtenu sera inévitablement accompagné d'un mal équivalent ou môme supérieur.

C'est <pie la nature est un comptable rigoureux, et, si vous lui demandez dans une direction plus qu'elle n'est

222 BRRBKR1 SPElfCBR.

préparée a produirai elle rétablit la balance par au emprunt fait ailleurs. Si voua la laissez suivre son propre cours en prenant soin de lui fournir, en quantité et en qualité raisonnable, les matériaux que réclame chaque âge pour le développement corporel et intellectuel, elle produira spontanément un individu harmonieusement développé. Si vous cherchez à produire un développement prématuré ou exagéré sur un point quelconque, elle vous le permettra, non sans protester ; mais, si elle accomplit tel travail extraordinaire que vous lui demandez, elle doit laisser inachevé quelque autre travail qui l'occupait. Qu'on n'oublie donc jamais que la somme d'énergie vitale que possède le corps à un moment donné est limitée, et que, par conséquent, il est impossible d'en tirer rien au delà d'une certaine quantité de résultats. Chez l'enfant ou chez l'adolescent, la dépense de cette énergie vitale est variée et impérieuse. Gomme on l'a déjà dit plus haut, il faut combler les vides produits par l'exercice corporel de chaque jour, réparer l'usure cérébrale qu'entraîne l'étude journalière, pourvoir à un certain accroissement du corps et aussi à un certain accroissement du cerveau, à quoi il faut ajouter la somme d'énergie employée à digérer la grande quantité de nourriture nécessaire pour subvenir à ces besoins multiples. Maintenant, si l'on détourne un excès d'énergie dans l'un de ces canaux, on l'enlève nécessairement aux autres; et c'est évident a priori, aussi bien que démontré a posteriori par l'expérience de chacun. Qui ne sait, par exemple, que la digestion d'un repas copieux exige une telle dépense de force qu'il produit une lassitude générale de l'esprit et du corps aboutissant sou-, vent au sommeil? Qui ne sait encore que l'exercice corporel, quand il est excessif, diminue le pouvoir de penser? Ainsi la prostration temporaire qui suit un effort soudain, ou la fatigue produite par une marche de trente milles détourne de l'effort mental. Après un voyage à pied d'un mois, l'inertie intellectuelle est telle qu'il faut quelques jours pour la surmonter. Chez les paysans, dont la vie est consacrée au travail musculaire, l'activité de l'esprit est

très faible. En outre, c'est une vérité familière que, pendant ces accès de croissance rapide qui se rencontrent chez les enfants, la grande dépense d'énergie se manifeste ensuite par la prostration du corps et de l'esprit. Ajoutons encore qu'une violente dépense musculaire après le repas arrête la digestion, et que les enfants qui sont prématurément livrés à de durs travaux deviennent rabougris. De part et d'autre, l'antagonisme est évident, car de part et d'autre l'excès d'activité dans une direction entraîne une insuffisance de développement dans l'autre. Et la loi qui est manifeste dans ces cas extrêmes est applicable à tous les cas. Il y a aussi bien dépense préjudiciable d'énergie quand les demandes inutiles sont faibles et continues que quand elles sont grandes et soudaines. En conséquence, si, pendant la jeunesse, la dépense en travail intellectuel excède les prévisions de la nature, le disponible destiné aux autres fins tombe au-dessous de ce qu'il aurait dû être ; et il s'ensuit, sous une forme ou sous une autre, un dommage réel. Considérons brièvement les formes qu'il affecte. Si l'activité cérébrale n'excède que d'un faible degré l'activité normale, il n'en résulte qu'une faible réaction sur le développement du corps : la taille tombe un peu au-dessous de ce qu'elle aurait été, ou bien le volume est un peu moindre qu'il aurait pu être, ou bien la qualité des tissus n'est pas aussi bonne. Il se produit nécessairement un ou plusieurs de ces effets. La quantité de sang supplémentaire fournie au cerveau pendant le travail intellectuel et pendant la période suivante où se réparent les pertes de la substance cérébrale, est du sang qui aurait circulé dans les membres ou dans les viscères; et la croissance ou le travail de réparation pour lesquels il aurait fourni des matériaux ne se produisent pas. Cette réaction physique étant certaine, la question est de savoir si le gain résultant de la culture intellectuelle équivaut à la perte? si le défaut de croissance corporelle, ou l'absence de cette perfection de formes qui donne la vigueur et la force est compensée par le supplément tic connaissances acquises.

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Quand l'excès de travail Intellectuel est trop grand, alors Les suites sont bien plus graves, el le préjudice causé ne l'est pas seulement à la perfection du corps, mais encore à la perfection même du cerveau. C'est une loi physiologique, observée pour la première fois par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire1, et sur laquelle l'attention a été appelée par M. Lewes dans son Essai sur les nains et les géants, qu'il y a antagonisme entre la croissance et le développement. Par croissance, dans ltsens de cette opposition, il faut entendre accroissement de taille; par développement, accroissement de structure. Et la loi est qu'une grande activité dans l'un entraîne un retard ou un arrêt dans l'autre. Le cas des chenilles et des chrysalides en fournit un exemple familier. Dans la chenille il y a une augmentation de volume extrêmement rapide; mais la structure est a peine plus complexe quand la chenille a tout son développement que quand elle est petite. Dans la chrysalide, le volume n'augmente pas; au contraire, il se perd du poids pendant cette période de la vie de l'animal ; mais l'élaboration d'une structure plus complète se poursuit avec une grande activité. L'antagonisme évident ici est moins saisissable dans les êtres les plus élevés, parce que les deux progrès se continuent simultanément. Mais nous le voyons parfaitement démontré pour nous-mêmes, quand nous comparons les sexes. Une fille se développe rapidement de corps et d'esprit, et ■ cesse de croître relativement de bonne heure. Le développement corporel et intellectuel d'un garçon est plus lent, et sa période de croissance plus longue. A l'âge où l'une est mûre, adulte, et possède toutes ses facultés dans leur complet épanouissement, l'autre, dont les énergies vitales se sont portées de préférence vers l'accroissement de la taille, est relativement inférieur en structure , et le montre par une gaucherie relative du corps et de l'esprit. Cette loi est vraie de chaque

1. Fils du grand zoologiste Etienne Geoffroy de Saint-llilaire ; lui-même, zoologiste de premier ordre, s'attacha à confirmer et à développer la plupart des idées philosophiques de son père (1805-1861).

L'ÉDUCATION'. 22o

partie de l'organisme prise séparément, aussi bien que de l'ensemble. Le développement rapide et anormal d'un organt; sous le l'apport de la structure amène un arrêt prématuré de son accroissement ; et il <mi est ainsi pour j'organede l'esprit aussi bien que pour tout autre organe. Le cerveau, qui dans les premières années est relativement grand en volume, mais imparfait de structure, atteindra, si on le lui demande, un surcroît d'activité dans l'accomplissement de ses fonctions, un développement supérieur à celui qui convient à son âge; mais en définitive l'effet produit sera un arrêt forcé dans le développement de la taille et de la force qui auraient été réalisées plus tard. Et c'est en partie la cause, probablement la cause principale, pour laquelle les enfants précoces, et les jeunes gens qui jusqu'à un certain temps ne sentaient point de limites à leur intelligence, s'arrêtent court sans réaliser les hautes espérances de leurs parents.

Mais ces résultats d'une éducation surchauffée, si désastreux qu'ils soient, le sont peut-être moins que les effets produits sur la santé : ruine de la constitution, affaiblissement de l'énergie, sensibilité morbide. De récentes découvertes en physiologie ont montré l'énorme influence du cerveau but les fonctions du corps. La digestion, la circulation du sang, el par celle-ci tout le progrès organique est profondément troublé par L'excitation cérébrale. Quiconque a vu comme nous L'expérience faite poui' la première fois par Weber1 pour montrer les effets produits par l'irritation du nerîvagus qui unit le cerveau aux viscères; quiconque a vu l'action du cœur subitement arrêtée par l'irritation de ce nerf; puis le cœur recommençant à battre lentement quand L'irritation était suspendue, et s' arrêtant de nouveau si celle-ci se renouvelait; quiconque a vu cela se fait une idée exacte de l'influence funeste qu'exerce sur le corps un cerveau surmené. Les effets ainsi expliqués physiologiquement sont

l. Comparez Cl. Bernard, le Coeur et le Cerveau, dans son ouvrage sur la Science expérimentale*

en réalité démontrés par l'expérience ordinaire. Il n'y a personne qui n'ait senti les palpitations qui accompagnent l'espoir, la crainte, la colère, la joie; personne qui n'ait observé combien devient pénible l'action du coeur quand ces sentiments sont violents. Et, bien que beaucoup n'aient jamais souffert cette excitation émotionnelle à son point extrême où elle est suivie de la cessation des battements du cœur et de la défaillance, tout le monde sait cependant reconnaître la cause et l'effet. C'est aussi un fait familier à tous que le trouble de l'estomac résulte d'une excitation mentale qui a dépassé une certaine intensité. La perte de l'appétit est une conséquence ordinaire aussi bien d'un grand plaisir que d'une grande douleur de l'âme. Quand l'événement qui produit un état agréable ou désagréable de l'âme survient peu après le repas, il arrive assez fréquemment que l'estomac rejette ce qu'il a pris, ou bien qu'il le digère avec une grande difficulté et comme malgré lui. Et, comme peut en témoigner quiconque fait beaucoup travailler son cerveau, une activité même purement intellectuelle produit des effets analogues si elle est excessive. La relation qui existe entre le cerveau et le corps, si évidente dans ces cas extrêmes, ne l'est pas moins dans les cas ordinaires et moins caractérisés. De même que ces excitations violentes, mais passagères du cerveau, produisent sur les viscères des troubles violents, mais passagers, de même des excitations moins violentes, mais chroniques, produisent sur les viscères des troubles moins violents, mais chroniques. Ce n'est pas une simple conséquence analogique : c'est une vérité dont peut témoigner tout médecin, et qu'une longue et triste expérience nous permet d'affirmer personnellement. Différents degrés et différentes formes de dérangement corporel, qui demandent parfois des années de repos forcé pour disparaître, sont le résultat de cet abus prolongé du travail intellectuel. Quelquefois le cœur est principalement affecté : palpitations habituelles, pouls très faible, et très généralement diminution dans le nombre des battements, qui tombe de soixantedouze h soixante, et même au-dessous. Quelquefois le

désordre se manifeste dans l'estomac : une dyspepsie fait de la vie un véritable fardeau, et il n'y a de remède a attendre que du temps. Dans bien des cas le cœur et l'estomac sont atteints à la fois. Ordinairement, le sommeil est court et agité, et très généralement il y a plus ou moins de dépression mentale.

Que l'on considère maintenant le dommage causé aux enfants et aux jeunes gens par une excitation intellectuelle excessive. Tout effort cérébral supérieur à la moyenne entraînera nécessairement un trouble constitutionnel; et, quand il ne sera pas assez exagéré pour produire une véritable maladie, il causera certainement une dégénérescence physique qui s'aggravera peu à peu. Comment le corps pourrait-il se développer heureusement avec un appétit faible et capricieux, une digestion imparfaite et une circulation affaiblie? Les actes vitaux ne s'accomplissent régulièrement que grâce à un afflux suffisant de sang riche. Sans une quantité suffisante d'un tel sang, aucune glande ne peut sécréter comme il faut, aucun viscère fonctionner régulièrement. Sans une quantité suffisante d'un tel sang, aucun nerf, aucun muscle, aucune membrane, aucun autre tissu ne peut compenser ses perles. Sans une quantité suffisante d'un tel sang, la croissance ne sera jamais ni complète ni régulière. Qu'on juge alors combien doivent être funestes ces conséquences, quand h un corps qui grandit l'estomac affaibli ne fournit qu'un sang pauvre et en quantité insuffisante, quand le cœur languissant n'envoie ce sang pauvre et rare qu'avec une lenteur anormale et morbide.

Et si, comme l'admettent tous ceux qui s'occupent de cette matière, la dégénérescence physique est une conséquence d'un excès dans l'étude, combien il serait grave de passer condamnation sur ce système tYengaver l'esprit auquel on faisait allusion précédemment! Il est absolument erroné, de quelque point de vue qu'on le regarde. Il est erroné en tant qu'il concerne l'acquisition de la connaissance. En effet, l'esprit, comme le corps, ne peut plus rien s'assimiler au delà d'une certaine limite; et, si

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on lui présente plus de faits qu'il ne peu! s'en assimiler, il les rejette bientôl : au lieu d'être utilisés comme matériaux de l'édifice intellectuel, ils échappent au souvenir aussitôt que sont passés les examens en nie desquels ils avaient été acquis. Il es! encore erroné parce qu'il tend à dégoûter de l'étude Suit à cause des associations douloureuses que produit la continuité de l'effort mental, soit à cause de l'état anormal du cerveau qui en résulte, il engendre souvent l'aversion pour les livres; et, au lieu de cette culture spontanée vers laquelle on est porté à la suite d'une éducation rationnelle, il se produit un mouvement rétrograde. Il est encore erroné en tant qu'il suppose que l'acquisition de la connaissance est tout et qu'il oublie qu'il y a une chose Lien plus importante, l'organisation de la connaissance, qui demande du temps et la spontanéité de la pensée. Humbold remarque, à propos du progrès de l'intelligence en général, que «l'interprétation » de la nature est obscurcie quand la description languit » sous une trop grande accumulation de faits isolés » ; on peut faire la même remarque à propos du progrès de l'intelligence individuelle : l'esprit est surchargé et embarrassé par un excès de matériaux mal digérés. Ce n'est pas la connaissance entassée comme un amas de graisse intellectuelle qui est de quelque valeur; mais celle qui est convertie en muscles intellectuels. Cependant voici en quoi ce système est encore plus erroné : fût-il excellent en tant que produisant un véritable développement intellectuel, ce qui n'a pas lieu, Userait encore détestable, parce que, comme nous l'avons montré, il est fatal à cette vigueur physique nécessaire pour rendre l'éducation intellectuelle utile dans la bataille de la vie. Ceux qui, dans leur empressement à cultiver l'intelligence de leurs élèves, négligent le corps, ne se souviennent pas que le succès dans le monde dépend plus de l'énergie que des connaissances et qu'un système politique qui détruit l'énergie pour multiplier les connaissances prépare sa propre défaite. La force de volonté et l'activité infatigable empruntée légitimement à la vigueur animale suffît largement à

compenser même de grandes lacunes dans réducation; et, quand elle est jointe à cette éducation bien réglée qui peut s'obtenir sans le sacrifice (le la santé, elle assure une victoire facile sur des concurrents affaiblis par une application excessive, lussent-ils des prodiges de science. Une machine a vapeur relativement petite et mal construite, mais marchant a haute pression, fera puisqu'une énorme machine bien construite marchant à basse pression. Quelle folie est-ce alors, sous prétexte de perfectionner la machine, que d'endommager la chaudière au point qu'elle ne puisse plus produire de vapeur! Une fois encore, le système est erroné, en tant qu'il implique une fausse appréciation du bien-être et de la vie. Même en supposant qu'il soit un moyen de réussir dans le monde et non une cause d'échec, cependant, par la mauvaise santé qui s'ensuit, il serait à lui seul un mal irréparable. Une sert d'avoir acquis la richesse, si elle est accompagnée de continuels inconvénients? Qu'est-ce que la considération, si elle amène avec elle l'li\ pocondrie? Assurément il n'est pas besoin de dire qu'une bonne digestion, un pouls énergique et un bon courage sont des éléments de bonheur qu'aucun avantage extérieur ne peut contrebalancer. Un désordre chronique du corps jette un nuage sur les [dus brillants horizons; tandis que la vivacité d'une santé robuste met un rayon de soleil jusque dans le malheur. Nous affirmons donc que cette culture forcée est vicieuse de toutes façons; vicieuse puisqu'elle procure une science qui sera bientôt oubliée; vicieuse, puisqu'elle produit le dégoût de la science; vicieuse, puisqu'elle compromet l'organisation de la science, plus importante cependant que son acquisition; vicieuse, puisqu'elle affaiblit ou détruit l'énergie, sans laquelle une intelligence développée n'est d'aucune utilité; vicieuse, puisqu'elle enlraine à sa suite la perte de la santé, que tous les succès du monde ne seraient pas une compensation suffisante, ei qu'ainsi

cette perte est doublement amère.

Sur les femmes, les etl'ets de ce système de culture forcée sont encore pires, si c'est possible, ([ne sur- les

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hommes. Privées, en grande partie, del'agrémenl de ces vigoureux exercices du corps par lesquels les garçons corrigent les inconvénients de l'excès dans les éludes, les filles éprouvent ces inconvénients dans toute leur intensité. De là vient que si peu d'entre elles deviennent robustes et bien faites. Dans ces jeunes femmes pâles, anguleuses, à poitrine aplatie, si nombreuses dans les salons de Londres, nous voyons le produit de cette application incessante, jamais interrompue par les jeux de la jeunesse; et cette dégénérescence physique nuit bien plus à leur bien-être que le nombre de leurs talents n'y peut contribuer. Les mères désireuses de rendre leurs filles agréables pourraient difficilement choisir un moyen plus détestable que celui qui consiste à sacrifier le corps à l'esprit. Ou elles ne tiennent point compte du goût de l'autre sexe, ou bien leur manière de concevoir ce goût est fausse. Les hommes se soucient peu de l'érudition chez les femmes; mais ils prisent beaucoup plus la beauté, le caractère et le bon sens. Combien de conquêtes le bas-bleu fait-il par l'étendue de ses connaissances en histoire? Quel homme est jamais devenu amoureux d'une femme parce qu'elle savait l'italien? Où est l'Edwin qui tomba aux pieds d'Angelina parce qu'elle savait l'allemand? Au contraire, des joues roses et des yeux brillants sont de puissants attraits. Un visage bien arrondi attire les regards et l'admiration. La gaîté et la bonne humeur qu'engendre une santé florissante contribuent puissamment à faire naître l'amour. Tout le monde est témoin que parfois les perfections corporelles, en l'absence de toute autre recommandation, ont fait naître une passion irrésistible. Qui donc, au contraire, pourrait signaler un seul cas où l'instruction d'une femme, à part ses qualités physiques ou morales, a suffi pour exciter de pareils sentiments1 ? La vérité est que de tous les éléments qui s'unissent en

1. Voy. dans les Principes de Psychologie de M. Spencer, l'analyse extrêmement ingénieuse du sentiment complexe de l'amour. (Synthèse spéciale, chap. vin.)

différentes proportions pour produire dans le cœur d'un homme cette émotion complexe que nous appelons l'amour, les plus puissants sont encore les attraits physiques ; immédiatement après, sous le rapport de la puissance, viennent les attraits moraux : et, en dernier lieu, les attraits intellectuels; et encore sont-ce des qualités qui dépendent moins des connaissances acquises que de dons naturels, comme la vivacité, la finesse et la pénétration de l'esprit. Si l'on croit que c'est là une opinion outrageante pour l'homme et une injure gratuite à l'adresse de son caractère parce qu'il se laisse entraîner par des motifs d'ordre inférieur, bous répondrons que c'est ignorer ce que l'on dit que de mettre ainsi en suspicion une loi naturelle et divine. Môme s'il n'y avait pas un ordre évident dans cet arrangement, nous pourrions être sûrs qu'il cache quelque fin importante1 : mais l'ordre est évident pour tous ceux qui y prennent garde. Si nous nous souvenons que l'une des fins delà nature, on plutôt sa On suprême, est Je bien-être de la postérité; et que de plus, en ce qui concerne la postérité, une intelligence cultivée accompagnée d'une mauvaise constitution physique est de peu de valeur, puisque sa descendance est destinée à s'éteindre dés la première ou à la seconde génération; et qu'au contraire une bonne constitution physique, si pauvres que soient les dons intellectuels qui l'accompagnent, mérite de survivre, car les avantages intellectuels peuvent être indéfiniment développés dans les générations futures; nous comprenons alors l'importance de l'équilibre des instincts indiqués plus haut. Mais, avantage à part, l'équilibre des instincts étant ainsi établi, c'est folie de persister dans un système qui compromet la santé d'une jeune fille afin de surcharger sa mémoire. Qu'on élève l'éducation aussi haut que possible, le plus haut sera le meilleur, pourvu qu'il ne s'ensuive aucun préjudice pour le corps. Nous pouvons remarquer en passant que l'on pourrait atteindre un degré

1. La perpétuité de l'espèce, «lirait Sehopenhauer, assurée ainsi par l'attrait des contraires. Voy. sa métaphysique d<' l'amour, dans i,s extraits publiés par M. Bourdeau, sous le titro de Pmêéet <■( fragmenté. (Paris, Alcan.)

assez élevé si l'on cultivait moins la mémoire, (acuité propre au perroquet, el davantage la faculté bumaine, la

raison, et si l'on continuail les études pendant la période maintenant inoccupée, qui s'écoule entre la sortie de l'école et le mariage. Mais cultiver l'intelligence comme on le l'ait, et l'étendre au point d'amener une dégénérescence physique, c'est méconnaître la raison capitale de la fatigue, des dépenses et des soucis qu'on s'impose. En soumettant leurs filles à ce système de culture forcée, les parents brisent souvent leur avenir. Et non seulement ils leur infligent une santé affaiblie avec tontes les douleurs, les incapacités et les chagrins qui en résultent, mais encore ils les condamnent souvent an célibat.

L'éducation physique des enfants est donc profondément défectueuse sous plus d'un rapport. Elle l'est, par l'insuffisance de l'alimentation, par l'insuffisance du vêtement, par l'insuffisance de l'exercice, du moins pour ce qui concerne les filles, et par une application intellectuelle excessive. A considérer le régime dans son ensemble, sa tendance est de trop exiger : il demande trop, pour rendre trop peu. A la façon dont il met à contribution leur énergie vitale, il rend la vie des adolescents beaucoup trop semblable à la vie des adultes. Il méconnaît cette vérité que, de même que dans le fœtus toute la vitalité se dépense en croissance, de même que dans le petit enfant la dépense de vitalité en croissance est si grande qu'il en reste fort peu pour l'action physique et l'action intellectuelle, de même dans l'enfance et dans la jeunesse, la croissance est la nécessité dominante à laquelle toutes les autres doivent être subordonnées. C'est cette nécessité qui impose de donner le plus possible et de soustraire le moins possible; c'est cette nécessité, par conséquent, qui doit faire restreindre la dépense du corps et de l'esprit en proportion de la rapidité' de la croissance; c'est cette néces-

site qui rie permet d'augmenter l'activité mentale et l'activité corporelle que dans la mesure où la croissance du sujet diminue.

La raison d'être de celte éducation forcée^ c'est qu'elle résulte de la plias.' de civilisation que nous traversons. Dans les temps primitifs, quand attaquer et se défendre étaient les principaux actes sociaux, on ne demandait que la vigueur corporelle et le courage qui l'accompagne; et alors l'éducation était presque entièrement physique :1a culture intellectuelle était peu considérée, et en réalité,

comme à l'époque féodale, était souvent traitée avec mépris. Mais maintenant que notre état est relativement pacifique; maintenant que la force musculaire n'est presque plus utilisée que pour le travail manuel, puisque le succès dans la société, sous presque toutes ses formes, dépend beaucoup plus (lu pouvoir intellectuel, ootre éducation est devenue presque exclusivement intellectuelle. Au lieu de respecter le corps au détriment de l'âme, nous respectons l'àme au détriment du corps. Ces deux conduites sont blâmables. -Nous ne tenons pas encore compte de cette vérité que, connue dans notre partie le physique et le moral sont solidaires1, le moral ne doit pas être développé aux dépens du physique. 11 faut combiner les conceptions anciennes et les conceptions modernes.

Rien peut-être ne bàtera-t-il autant l'arrivée du moment où le corps et l'âme obtiendront des soins égaux que la diffusion de cette croyance : la conservation de la santé est un devoir. Peu de gens semblent avoir conscience qu'il \ a une sorte de moralité physique. Les paroles et les actes habituels des hommes impliquent cette idée qu'ils sont libres de traiter leur corps selon leur bon plaisir. Les maux occasionnés par cette désobéissance aux ordres delà nature, on les regarde comme de purs accidents, non connue les effets d'une conduite plus ou moins coupable. Quoique les inconvénients qui en résultent pour

I. Voy. li' livre de Cabanis sur les Rapports du physique et <lu mont! de l'homme. Os idées y sonl supérieurement dévelopi

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les coupables eux-mêmes et l<iur descendance soient aussi grands que ceux que pourrail entraîner un crime, on ne se croit cependant criminel h aucun titre. Il est vrai que, dans le cas de l'ivrognerie, on reconnaît qu'une transgression de ce genre est un vice, quoiqu'elle ne regarde que le corps; mais personne ne semble en conclure que, si celle-là est un vice, toutes les autres sont aussi des vices. La vérité est que toute infraction aux lois de l'hygiène est un péché physique. Quand on sera généralement convaincu de cette vérité, et peut-être pas avant, l'éducation pbysique de la jeunesse obtiendra l'attention qu'elle mérite.

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