Encyclopédie d'anatomie et de physiologie
Si on objecte, comme quelques-uns le feront probablement, qu'un régime alterné pour les enfants, et qui réclame en outre une variété dans les mets à chaque pepas, entraînerait à trop de peine, nous répondrons qu'il n'y a pas de peine trop grande, si elle conduit au développement mental des enfants; et que, pour le bienêtre futur, un bon développement corporel est encore d'une plus haute importance. Toutefois, il semble à la fois triste et étrange qu'une peine qu'on prend volontiers pour engraisser des porcs soit trouvée trop grande quand il s'agit d'élever des enfants.
Encore un mot d'avertissement à l'adresse de ceux qui se proposeraient d'adopter le régime que nous indiquons. Le changement ne doit pas se faire tout d'un coup; car la continuité d'une alimentation inférieure affaiblit le système digestif au point de le rendre incapable de supporter jamais un régime supérieur. Une nourriture insuffisante est même une cause de dyspepsie. C'est vrai môme des animaux. « Quand les veaux sont nourris de lait écrémé ou de lait caillé, ou d'autres aliments débilitants, ils sont sujets aux indigestions1. » En conséquence, quand les énergies sont faibles, le passage à un régime réconfortant doit être graduel : tout accroissement de forces obtenu justifie une nouvelle addition de matières nutritives. De plus, il faut bien se mettre dans l'esprit que la concentration des matières nutritives ne doit pas être poussée trop loin. Un volume suffisant pour remplir l'estomac est une des conditions nécessaires pour qu'un repas soit de bonne digestion; et cette condition fait préférer un régime môme insuffisant, pourvu qu'il soit composé de matières qui fournissent un volume convenable. Quoique le développement des organes digestifs soit moindre chez les races qui se nourrissent bien que chez les sauvages qui se nourrissent mal, et quoique leur étendue puisse encore diminuer à l'occasion, pour l'état actuel toutefois, le volume des aliments absorbés doit être déterminé par celui de la ca-
i. Morton, Encyclopédie d'agriculture,
pacité existante. Maie, en tenant un compte exact de i
deux conditions, nos conclusions sont que la nourriture des enfants doit Aire très nutritive; qu'elle doit être variée à chaque repas, et dans les repas successifs, et qu'elle doit être abondante.
H en est du vêtement comme de la nourriture : on tend à le rendre insuffisant, on reste au-dessous de la mesure. Ici encore, l'ascétisme reparaît. C'est une théorie courante, vaguement entretenue, sinon passée en formule définitive, qu'il ne faut pas tenir compte des sensations. Elles n'existent pas pour nous servir de guides, mais pour nous égarer : telle semble être à leur égard l'opinion réduite à sa forme nue. C'est une grave erreur : nous sommes plus généreusement traités. Ce n'est pas d'obéir aux sensations, mais de leur désobéir, qui est la cause de tous les maux corporels. Ce n'est pas de manger quand on a faim, mais de manger en l'absence de la faim qui est mauvais. Ce n'est pas de boire quand on a soif, mais de continuer à boire quand on n'a plus soif, qui est un vice. Le mal ne résulte pas de ce que nous respirons cet air frais qui réjouit toute personne bien portante, mais de ce que nous respirons un air vicié, malgré les protestations de nos poumons. Le mal ne vient pas de ce que nous prenons tout l'exercice auquel pousse si fortement la nature, comme nous le voyons chez tous les enfants, mais de ce que nous persistons à négliger les impulsions de la nature. Ce n'est pas cette activité mentale, à la fois spontanée et salutaire qui cause la douleur, mais celle qui se continue après que réchauffement et l'alourdissement de la tête a commandé le repos. Ce n'est pas cette activité corporelle, agréable ou indifférente, qui nous cause préjudice, mais celle qui se continue quand l'épuisement nous la défend. Il est vrai que, chez les individus qui ont longtemps mené une vie languissante, les sensations ne sont
pas toujours des guides infaillibles. Les gens qui ont été des années presque constamment enfermés, qui ont beaucoup exercé leur cerveau et presque point leur corps, qui, pour manger, ont consulté leur pendule et non leur estomac, peuvent très bien être trompés par des impressions ainsi viciées dans leur source. Mais leur état anormal est lui-même le résultat de la désobéissance à leurs impressions. S'ils n'avaient jamais désobéi, dès leur enfance, à ce que nous pouvons appeler la conscience physique, elle ne se serait pas corrompue, elle serait restée un moniteur fidèle, un guide sur.
Parmi les sensations qui servent à nous diriger sont celles du chaud et du froid, et une manière de vêtir les enfants qui ne tiendrait pas compte de ces sensations doit être condamnée. L'opinion commune relative à leur « endurcissement » est une illusion dangereuse. Plus d'un enfant ainsi « endurci » est parti de ce monde; et les survivants en souffrent constamment, soit dans leur croissance, soit dans leur constitution. « Leur apparence ché- » tive fournit une ample indication du dommage qui leur » a été causé, et leurs fréquentes attaques de maladies » sont un avertissement môme pour les parents qui n'y » voudraient pus prendre garde », dit le docteur Combe. Le raisonnement sur lequel s'appuie cette théorie de l'endurcissement est extrêmement superficiel. Des parents riches voyant les petits p,i\ sans jouer en plein air à moitié habillés, et concurremment avec ce fait la santé générale des classes laborieuses, en tirent celte conclusion erronée que cette santé résulte de ce qu'ils sont exposés à l'air, et décident en conséquence de ne vêtir que le moins possible leurs propres enfants! On oublie que cette marmaille qui gambade sur la place du village est, à maints égards, entourée de circonstances bien favorables; qu'elle passe sa vie presque continuellement à jouer; qu'elle respire tout le jour un air frais; et que ses fonctions ne sont pas troublées parle surmenage du cerveau. Malgré les apparences contraires, sa santé peut se maintenir bonne, non à cause de l'insuffisance de ses vêtements, mais en dépit
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de cette insuffisance. Nous croyons que cette conclusion est la vraie, et qu'il résulte un inconvénient inévitable de celle perte de chaleur animale à laquelle on expose les enfants.
En effet, si leur constitution est assez robuste pour supporter le froid, les enfants qui y sont exposés ne s'endurcissent qu'au détriment de leur croissance Celte vérité se vérifie chez les animaux comme pour l'homme. Les poneys des Shetlands supportent plus d'intempéries que, les chevaux du sud, mais ils sont nains. Les moutons et les bestiaux d'Ecosse sont rabougris en comparaison des produits anglais. Dans les régions arctiques, comme dans les régions antarctiques, la race humaine tombe bien audessous de sa taille ordinaire : les Lapons et les Esquimaux sont très petits; et les Fuegiens, qui vont nus sur une terre glacée, sont décrits par Darwin comme étant si rabougris et si hideux que « l'on peut difficilement croire » que ce sont nos semblables » .
La science explique leur petitesse par une grande déperdition de chaleur; on démontre que ce résultat doit inévitablement se produire, la nourriture et toutes autres choses égales d'ailleurs. En effet, comme il a été signalé déjà, pour compenser ce refroidissement par rayonnement que le corps subit continuellement, il faut qu'il y ait une constante combustion de certaines matières qui font partie de la nourriture. La quantité de ces matières nécessaires à la combustion doit être proportionnelle à celte perle de calorique. Or, le pouvoir des organes digestifs est limité. Donc, quand ils ont à préparer une plus grande quantité de substance nécessaire pour maintenir la température, ils ne peuvent préparer qu'une petite quantité de matière destinée à constituer l'économie. Une dépense excessive de combustible entraîne une diminution des matériaux à employer dans un autre but. D'où résulte nécessairement pour le corps petitesse de taille, infériorité des tissus, ou l'un et l'autre à la fois.
De là une grande importance à donner au vêtement. Comme le dit Liebig : « Le vêtement est, à l'égard de
» la température du corps, le simple équivalent d'une •• certaine quantité de nourriture. » En diminuant la perte de chaleur, il diminue la quantité de combustible nécessaire pour maintenir la chaleur; et, quand l'estomac a moins de combustible à produire, il peut préparer d'autres matériaux en plus grande quantité. Cette déduction est confirmée par l'expérience de ceux qui élèvent des animaux. Ceux-ci ne peuvent supporter le froid qu'aux dépens de leur graisse, de leurs muscles ou de leur croissance, selon le cas. « Si les animaux à l'engrais sont » exposés à une basse température, ou leurs progrès » seront retardés, ou bien il faudra recourir à un fort » supplément de nourriture1. » M. Apperley insiste fort sur ce point, que, pour mettre des chevaux de chasse en bon état, il est nécessaire que l'écurie soil tenue chaude. Et c'est une vérité établie chez les entraîneurs, qu'il faut surtout éviter le froid.
La vérité scientifique ainsi démontrée par l'ethnographie et reconnue par les agriculteurs el les éleveurs de chevaux s'applique aux enfants avec une double force. Le danger que leur l'ait courir le froid augmente en proportion de leur petitesse et de la rapidité de leur croissance. En France, les nouveau-nés meurent souvent en hiver d'avoir été portés à la mairie pour leur inscription à l'état civil. «M. Quetelet9 a remarqué qu'en Belgique il » meurt deux enfants en janvier pour un qui meurt en » juillet. » En Russie, la mortalité des enfants est considérable. Même quand ils approchent de la maturité, l'insuffisance de leur développement fait qu'ils sont incapables de supporter le froid : témoin la rapidité avec laquelle succombent les jeunes soldats dans une campagne pénible. La raison en est évidente. Nous avons déjà fait remarquer qu'en conséquence de la différence du rapport entre la surface el le volume de son corps, un enfant perd relativement une plus grande quantité de chaleur