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DE LA PHONATION

philosophique, celle qui, de tous les dialectes d'avant le quatorzième siècle, a été le mieux fécondée par le labeur incessant de nos meilleurs écrivains. Ceux qui ont d'abord parlé le patois dans leur enfance ont eu à souffrir de leurs idiotismes, des fautes de genres, de syntaxe, de prononciation, quand il leur a fallu apprendre la langue française. Ayant à parler ou à écrire au milieu de ce qu'on appelle les gens bien élevés, ils étaient considérés par leurs compatriotes comme des gens grossiers ou comme des étrangers dont il faut rire.

Nous devons donc amener nos enfants à parler le mieux possible la langue qui doit le plus servir à toutes leurs relations avec leurs concitoyens, et, au besoin, les aider seule à être compris des hommes des autres nations. Que la mère apprenne d'abord à son nourrisson le bon français, si elle le sait ellemême, en corrigeant, s'il y a lieu, les exagérations de l'accent provincial. Je dis les exagérations ; car si « Paris comme l'a dit M. Sarcey, finit toujours par avoir raison de la province, et par lui imposer sa prononciation », la province a contre lui ses légitimes « revanches » : exemple, le maintien ou le rétablissement de l mouillé, et la tendance, d'origine méridionale, « à prononcer des lettres que la prononciation française laissait tomber autrefois, comme dans mœurs prononcé mœurss , et ftls prononcé fiss (1) ».

Mais, quand l'enfant est pourvu d'un vocabulaire suffisant et que son accent est presque définitivement formé, je vois plus d'un avantage à l'initier

(1) Feuilleton dramatique du Temps, sept. 1895. Fisja, — L'Education Intellectuelle. 4

avec réserve à la langue du terroir. C'est ridiome qui a ses racines les plus profondes dans le sol de la vieille France, celui qui s'est imprégné des plus fortes sèves de l'âme française. De môme qu'il est bon d'avoir une petite patrie dans la grande, il l'est aussi de penser et de sentir tour à tour dans la langue de ces deux patries. « Le vieux langage se fait regretter, disait Fonelon, quand nous le retrouvons dans Marot, dans Amyot, dans le cardinal d'Ossat, dans les ouvrages les plus enjoués et les plus sérieux : il avait je ne sais quoi de court, de naïf, de hardi, de vif et de passionné (1). »

Eh bien, ce je ne sais quoi de si précieux et si regrettable se retrouve encore dans beaucoup de nos patois, comme dans les airs, les légendes, les contes dont chaque province avait sa provision.

C'est une bien vieille et bien mauvaise querelle que celle que les pédagogues ont depuis longtemps suscitée au patois, sous prétexte de francisation de l'école, de respect de l'unité nationale. Aux parents qui penseraient comme eux, il convient de redire comment un maître de la plus haute compétence entendait jadis les rapports du patois et du français.

« Ce ne sont pas des ennemis ; si la guerre s'établissait entre eux, ce serait pour le dommage de l'un et de Tautre. A\x point de vue pédagogique, je crois que c'est toujours une chose dangereuse d'apprendre à l'enfant à mépriser ce qu'il doit à la maison paternelle. C'est une chose dangereuse aussi, dans l'aire intellectuelle des nations comme dans celle des individus, de provoquer des solutions de continuité ;

(1) Lettre à ^Académie,

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quand elles se produisent, c'est toujours un malheur... Quelques personnes paraissent craindre que Texistence des patois ne soit un péril pour l'unité française. Je croirai cela, quand on m'aura fait voir que dans nos récents malheurs, les enfants de nos provinces qui ne parlent pas français se sont montrés devant l'ennemi moins français que les autres...

« Je ne demande pas que vous enseigniez le patois à l'école. Vous continuez Tœuvre de nos grands ministres, de Richelieu, vous continuez l'œuvre de la Convention, vous êtes les représentants de l'unité française en ce qu'elle a de meilleur ; mais cette œuvre d'assimilation est aujourd'hui assez avancée pour qu'on puisse faire grâce à ce qui reste de diversités provinciales.

« Laissez donc les patois vivre à côté de l'école. L'administration, le journalisme, le service militaire les feront assez vite disparaître. Le monde ne subsiste que par la lutte de forces contraires qui se tiennent en équilibre, et ce qui est vrai pour le monde sidéral Test également pour les sociétés humaines. Trop de variété produit la division et la faiblesse, mais trop d'unité appauvrit la vie et empêche le renouvellement. Ces patois sont une source de rénovation pour la langue ; beaucoup des écrivains qui ont parlé le français avec le plus de saveur avaient parlé patois dans leur jeunesse ; pensez aux charmants romans berrichons de M™« Sand (1). » Pensez à la savoureuse et verte façon de parler et d'écrire de Montaigne et d'Henri IV ; et ausssi à ce que Rabelais doit à l'esprit et aux dialectes du Midi.

(1) Michel Brôal, L'enseignement de la langue française dans les Conférences pédagogiques do 187&

LJL mémoire: 58

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