LA PHONATION
core moins de communiquer ses idées, et surtout de les élaborer, que d'en acquérir suffisamment sur toutes choses autour de lui et sur lui-môme. Il convient davantage qu'il ait de bonne heure la distinction des intonations exprimant les sentiments les plus importants, et aussi, comme les animaux domestiques, le sens synthétique d'un certain nombre de petites formules, de phrases elliptiques, qui sont longtemps le type de son propre langage.
Mais de son langage, défiguration ou caricature du nôtre, n'imitons de notre côté, que ce qui nous paraît nécessaire, en attendant mieux, pour être bien compris de lui. Ne soyons toujours pas plus enfants que l'enfant.
Au surplus, si les exercices nécessaires pour développer la faculté de l'articulation peuvent utilement prendre ,de l'avance sur ceux qui favorisent Taccroissement du vocabulaire, celui-ci ne saurait être utilement pressé que s'il était beaucoup trop en retard sur les progrès de Tintelligence.
Les noms d'une cinquantaine d'êtres ou d'objets familiers, avec l'extension plus ou moins générale que son ignorance ou sa fantaisie leur prête, voilà, ce me semble, ce que peut raisonnablement comporter le vocabulaire d'un enfant de quinze ou seize mois. Môme plus tard, il doit connaître et bien distinguer beaucoup plus d'êtres et d'objets qu'il n'en doit savoir nommer. CTest pourquoi, par la répétition systématique des mots, et les appels réitérés faits à la mémoire de l'enfant, devrons-nous moins chercher le progrès en extension qu'en compréhension et en précision des termes et des phrases ayant pour lui une véritable signification.
48 l'éducation intellectublIë
Nous voyons d'ailleurs qu'en général, un enfant de quinze mois à deux ans, s'étudie plutôt à comprendre noire langage qu'à donner au sien une sigqification précise. L'a peu près lui suffit le plus souvent. Il imite en libre artiste, moins qu'en utilitaire rigoureux, notre propre vocabulaire. Cependant, à partir du vingtième ou du vingt-quatrième mois, plus il est intelligent, plus il commmence à sentir le prix d'une vraie langue, et on l'y voit parfois s'y appliquer avec tout le sérieux qu'il a montré dans ses efforts pour apprendre à marcher, à se redresser, à se tenir sur ses jambes. Dès lors, il peut apprendre, et quelquefois, sans effort de notre part, un plus grand nombre de nos mots ou de nos expressions. Nos phrases, toujours courtes, peuvent devenir moins elliptiques. En somme, alors comme auparavant, pas de hâte et pas d'inertie. Il ne faut négliger aucune occasion d'avancer, tout en restant, en revenant sur l'acquis, aussi longtemps et aussi souvent qu'on le jugera nécessaire.
IV. La question des patois, de l'accent. — Les Romains donnaient le plus grand soin à former, dès le berceau, leurs enfants à la pureté de la langue, et Quintilien recommande aux mères, aux nourrices et aux domestiques de veiller à ce qu'il ne leur échappe jamais d'expression ou de prononciation vicieuse en leur pré3ence, les premières impressions ge gravant avec une telle force qu'il est presque impossible de les déraciner parla suite. Je n'insiste pas sur la nécessité, dans la famille et à l'école, d'apprendre surtout le français, la langue générale, nationale, la seule littéraire, la seule écrite, la seule artistique et