‹ L'éducationChapitre 13 sur 47 · î'^ NOTKS · texte numérisé non relu

î'^ NOTKS

olles seront tabituées , non dans le couit intervalle d'un ou de deux ans, mais pendant au moins six années , d tine vie active et régrulière , à l'esprit d'ordre , à la soumission et à la patience.

Que la modestie, surtout, soit la cortpajine fidèle de leurs ronnaissanres et de ledrs talens ; car il n'est rien de hon ni de louable s;ins elle. L'orijueil g:àte les meilleures «jualités ; son salaire est le mépris et l'abandon. Que les jeunes personnes ne se laissent point séduire par les louanges ; fju'ellcs les ronsidérent comme venant de l'indulirence et de l'intérêt (prell^s inspirent. L'expérience leur apprendra combien cette monnaie, qui llatte tant par son éclat, perd de son prix , par l'alliaiîe (|u'clle coiiticnt , et que les encourajiemcns , les avis de l'amitié, sont bien préférables. — « Je vous croirais davanta«re (répondit avec esprit, une élève de douze ans, à quelqu'un . dont el!e recevait des eoniplimens outrés) , si vous me disiez où j'ai manqué. » Et l'on admira plus celle réponse, querexécution de son brillant morceau de piano.

'l'outes allacbenl quelque prix à leur liuMin> ; toutes désirent qu'elle inspire , en leur faveur, une llaltense préventon. Kh bien î (pi'elles se souviennent continuellement que leurs défauts s'y rénéchiss.tit comme sur un.' i^lace lidèle. La mistVe, le cba^rin, la .souflVance , Hétrissent le visa}i:e , y fîravent des traces prof<inde« , dont l'aspect excite l'iriléret el la pitié. Ia's défauts en altèrent eiu'ore plus «Misibleineiil 1rs traits; les divers moiivemens de l'ilines'y peiirnenl d'une manière frappante : l'orpucil . l'envie, la «olère.la haine, ^ l.iisjM'iit une empriMiite distincte; tontes les passions, en lin mot , y rra|)penl un (-aeliet indélébile.

Noii> ajoulerons que les nutiivaises qualilé> allèrent sin- (fiilièrenieiil l'or^'anede l:i voix ; «-'est ce «pie iioiisavtuis souvent olisci-M-. Les bonnes (pi.ililés lui iloiiiient. au contraire, b"* MMis ji-s |i|iis ll.illcnrs. coiuuie elji's ornt'iil l.i pbysioimmie du plus iloiix allr.iil. \iniii, la laiib'ur H'einliellil pir le» H'rtuH, au point d'acquérir les charmes b's plus Ion

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chaas , taudis que le vice dégrade la plus belle figure et la plus belle voix, jusqu'à faire horreur.

Dirai -je quelles ressources une boune éducation peut offrir aux femmes dans bî inalbeur? On en a eu de nombreux exemples , dans ces temps de triste mémoire. Celles qui se sont vues dépouillées de leur fortune ; celles qui , de leurs paisibles et saintes demeures , ont été jetées dans le niond^ , sans asile et sans pain , ont reconquis , par leurs talens, une existence honnête.

Nous croyons avoir déterminé le mode d'éducation qui convient le plus aux jeunes personnes, et avoir indiqué la mesure d'instruction qui leur est nécessaire , suivant le rang où la Providence les a fait naître.

Pour celles qui appartiennent à la classe où règne l'opulence , pouvant disj)0ser de tout leur temps , nous ne trouvons point d'inconvénient à ce qu'elles portent aussi loin que leurs facultés physiques et morales le permettent, le perfectionnement des sciences, et, surtout, des ar(s, qui leur conviennent encore davantage. En échange de ces dons divins, que leur transmettent des maîtres habiles, et qui ajoutent tant d'éclat à leur naissance , à leur fortune , à leur beauté, l'or coulant de leurs mains, comme d'une source abondante , va répandre nne lionnète aisance dans la famille du savant, de l'artiste, et animer tous les genres d'industrie.

(2) Il nous donne la vie, élève notre enfance.

Qui pourrait ne pas conserver un tendre souvenir de celle qui lui donna le jour ? Celte pensée ne revient jamais dans mon ûmc , sans y rappeler les douces joies de mon enfance. Quand, dcfrrand matin , pendant les beaux jours , ma pauvre mère me réveillait pour aller prier dans quelque chapelle aux environs de notre ville, lorsqu'on y célébrait la fête du saint, quel plaisir je trouvais à l'y accompagner I Je vois, encore, la loulc se presser dans le petit temple rustique , les cierges brûler en grand nombre autoiu de la relique sacrée ; je sens, encore, sur mon front l'étole du prôtre.

Les prières qu'il répandait sur moi , me touchaient sans que je les comprisse , et leurs grftces sont restées dans mon cœur. Je bénis la mémoire do relie avec qui je fus heureux, au sein de la pauvreté , pur l'iniitalion de ses pipuses piiitiqnes, v\ les simples inshuflions donr elle les arrompngnail.

I ÎO NOTES

Heureux les cnfans que leurs mères prennenl soin de nourrir de ce lait spirituel : Non, il n'est donné qu'à la Irndrcss? des lionnes mères do déposer dans CCS jeunes ca-urs , avec les senlimens religieux , les germes de toutes k-s vertus.

(.T Qui va racher ses jours dans l'onrointe sacrée , Quand on considère le grand nombre do ces vierges qui se consacrent , par amour de Dieu , à une TÏe dure et mortifiée , travaillant sans cesse , soit à l'instniclion de la jeunesse, soit au soulagement de toutes les misires humaines, soit au salut des ômes, par l'oiïrando continuelle de leurs austérités et de leuis prières; quand on songe (|ue ce nombre , loin de diminuer, va toujours en croissant , suivant les liesoins dcsélablissemons nouveaux qu'une inépuisable diarité forme , de toutes parts , souvent sans autres moyens qu'une entière confiance dans les ressources miraculeuses de la divine pro\ider.ce, on ne peut s'enipociicr d'élre pénétré d'admiration des étonnans effets de l'esprit religieux qui porte les ùmes d'un sexe que nous disons faible, et qui ne l'ost que de corps, à ces héroïques dévoueniens; oui, vraiment lu roiques , puisfju'ils s'exercent , sans l'espoir d'aucune récompense humaine , au sein de la pauvreté , de l'obscurité, loin de tous les regards du monde.

Trouve-t-on ilans l'ancienne nome , où, cependant, toutes les vertus iiiiiunlies furent portéos si loin, rien qui puisse cire comparé Ix une chasteté si sainte et si laborieuse? Cilera-t-on les Veslaioj .' Il est curieux, • i; effet , de s'arrêter à cette comparaison. Saint Ambroise dit , en riant , que dans tout l'empire romain on avait bien de la peine à trouver sept »e»lalcs. Aussi Théodosc les supprima avec tout le sac^-rdocc paycn. Dans le* ti'n)j)s les plus nori»sausd<: l'empire , c(^ vierge» , que le pieux Numa iii«litua, au nombre de (juatre seulement , et qui ne paraissent pas avoir été |tortéesù plui> de sepi, cl.iicnl détenues si rares, suus Aiigiisle, qu'il fut obligé d'augmenter leurs privilègj-s , d'adnu-tlre des lillfs de plébéiens, et imme d'affranchis , aux fonctions les plus augustes du culte paycn. Encore, «lait-on obligé , quand il ne s'en présentait pas lil)remenl , d'en élire une jir la voie du bOit , sur vingt cufaus de l'ago «le six à dix nn», que l'un r.i«S4'ndi!ail !t cet effet. Leur vœu ne les liait que pour trente uns , dont ciiek passaient dix ù k'iublruire de leurs funrliuns, dix ù les exerrcr , et les tlix autie* ii U» enseigner aux novices. Après ce temps , elles pouvaient se marier. Mai» . |M)ur le» rendre fidèle» à leur veru , quelle» rérompenses t-xlraordinaiic», et (puU rigoureux ch.'itimens u'euiplo)oil on pas !' Dans le (omnicnccuiinl de leur ioNlilulinn , elle» m' rrsMUlirenl de la pauvreté , qui était nioiv m honneur; mai», dans lu Miile , elles participèrent au faote i-t ttu luic dit Kuuiuiu» , qui leur fe>uiiut de si finie» |K>nsiuus , i|irrllv« Mfliciit en élut de poraltre avec An «équipage» miignifiqurs , e( un iMiudiri'Mi rmli'gr de dom<-»liquc!> de l'un cl de l'autre mac, l'.llr» avaient

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une place dislinguée aux jeux et aux spectacles , étaient vêtues des étoff' s les plus précieuses , et portaient le manteau de pourpre. Leur témoignage était reçu en justice suus serment. Ce respect qu'on avait pour elles , était si grand , que les premiers magistrats, les consuls môme, leur cédaient le pas et fe-aient baisser leurs faisceaux devant elles. Toujours précédé.'s d'un licteur , si , sur leur passage, elles rencontraient un criminel que l'o:! menât au supplice , elles pouvaient lui faire grâce ; quiconque osait les insulter , était puni de mort. Mais si rien n'était omis pour flatter la vanité , satisfaire l'ambition , les châtimens étaient terribles pour celles qui Uiissaient éteindre le feu sacré , ou qui violaient leur vœux. Dans ce dernier cas , elles subissaient In mort la plus affreuse , enfermées vivantes dans un caveau profond, où elles expiraient, dans les tourmens de li faim. Que l'on compare, maintenant, tout cet appareil de vaine gloire et de terreur , aux simples motifs d'une foi vive dans les promesses des récompenses du ciel 1 Ne s'écriera-t-on pas avec un saint enthousiasme : « Non , il n'est donné qu'à l'amour pour un Dieu crucifié , de faire pratiquer de si hautes vertus , avec cette inébranlable fidélité et ce zî hiiéroïque , à un nombre si considérable de personnes de l'un et de l'autr.: sexe , toujours prêtes à seconder les nouveaux efforts de la charité. »

(4) Elle est de sa maison l'ornement, le trésor.

« Millier dUige7is, corona viro suo. » Par. C'est la femme forte, plus précieuse que tout ce que l'on apporte des extrémités de la terre. « Et de ifllhuis finlbiis preiiinn cjits, »

Elle met la main aux plus forts ouvrages, et sait manier le fuseau. » iVnniim suant misit ad furtia, et digiti ejus apprelienderunt fitsuni. » ( Id. )

Elle connaît tous les sentiers de sa maison , et ne mange point son pain dans l'oisiveté. « ConsideravU semilas domùs suœ- , et panem oliosa no.i cumedil, » ( Id. )

Elle ouvre sa main au pauvre. « Mannm sunm nperuit patipcri » ( Id. }

Aussi le cœur de son mari met-il sa confiance en elle. Elle lui rend !;• bien et non le mal, " Coufidit in cù cor viri uni. lledlet ci honum et non malum, n ( Id. )

Voilà le chef-d'œuvre des principes religieux et de l'éducation dont ils sont lu base. Quelle dignité elle donne à la fenune !

(5) Claire dans sa maison , d'abord sut le fixer.

La femme sage et ménagère fait sa maison ; l'insensée détruit elle-même celle qui était faite, « Sapicnx miiticr (cdijicat domtim suatn : insipivns e.vtntcturu quoquc luunlbits dcstriu^ <> Pau,

(6) Se ternir et les lis et les roses charmantes ,

La beiiulé, relevée encore par les vcrlus et les talens , est d'un grand prix aux yeux des nu)rt(l% ^laisrlle passe non s'>ulemrnt a^issi vile que ces

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;iiniab!i'S ficurs , auxqui Iles on se plait à la comparer ; elle peut >o changer bien pins proniplenient f ncore en objet hideux , qu'on ne pe»;l \oir sans horreur. J'ai connu, à Paris, un bon vioiliar.i crclcsiaslique , grand amateur de tableaux, parmi lesquels il en conservait un , soigneuseacîit renremié daos une boite, et qu'il nous montra, un jour, avec quelque myst<-re, à mon épouse et à moi, qui étions alors dans le plus bel âge de la vie. li ouvrit d'abord cette boite par devant, et nous vîmes la plus belle ligure de femme qu'd soit possible d'imaginer, sous le rapport de la nature et de l'arl. «Noilà, nous dit-il, le portrait d'une pei'>onue qui unissait à cette «grande beauté que vous voyez, un talent supérieur en musique et en

• peinture. Ces talens abrégèrent ses jours. Avant de rendre le dernier

• soupir, elle voulut laisser la plus frapp^mle le<;on de la vanité des avan-

• lagos qu'elle avait possédés , en ordonnant que l'on fit son portrait

• plusieurs mois après sa mort. Aiusi, je vous préviens, avant de \ous

• ouvrir l'autre côté de cette boite, de l'horrible objet qui va frapper vos >ycux, aGn de diminuer l'impression qu'il va faire sur vous.»

ï.ei expressions me manquent pour dire ce que nous éprouvâmes à la \ ue de ce visage à moitié détruit , où l'on voyait sortir des yeux , du nez «t de la bouche , des vers qui les dévoraient , erraient sur la face , et déjà commençaient à découvrir les dents sous les lèvres rongées. A la tue de ces beaux cheveux souillés de pourriture : > Voilii, nous dit le bon ecclé-

• siaslique, avec un accent douloureux , ce que deviennent la beauté et h-

• talent. Ce tableau , ajouta-t-il, a décidé plus d'une personne à renoncer

• au monde pour posséder la beauté qui ne périt point, u

(7) Dans l'asile embelli des arls et des vertus.

Les maisons d'éducation des deux sexes se sont considérablement niiillipliées depuis la révolution, celles pour les lilles , surtout. 11 y a dr graves raijtoiis pour cela , sios doute. Une des principales est certainement qu'un M-nt , de plus en plus , le prix di' la bonne instruction , et la snperiorité de l'instruction pul)li(|ne, (juand elle réunit les conditions rcquiv-s. Les vuloult-3 de tous les païens sont unanimes sur ce |>oint. Les maivius religieuM-s et les pensions rivaliviit de zi'-le. (l'est de toutes les concurrencis celle qui tourne le plus directement an profit de lu sociélé. Notre ville est riche ta élabliss«-niens pour l'éducation di » jeunes filh'S de toutes les rIaMP». I><s niaitretiv-s , d'un mérite distingué, ) justifient la ronlianre (li-> famill»-^ , au M-in desquelles leurs élèves perpéluenl les précieUH>s qualités qui peuvent M-uIrs en assurer le boiihnir.

(8) Que j'.'iiin»' à rappclci cclU' é|i(Mjtie cluMic

si le» «acanccs «ont »i agréable» |iour lu jeunrMe , elles ne le sont pas •■•«lin» pour le» maîtres et tii,it(ie>*<s. (;«• irmps de Imnir est d'uiM* douceur iui-\priin.iUe |N>nr i eut i|ui . pendant plun de dis mois, ont é1(> ostmuls à

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une règle sévère , et i l'esclavage d'une exacte distri! ution des heures de toute la journée, d'une tâche pénible, difllcile. Car, pour être remplie avec honneur et conscience , elle exige des préparations assidues , de profondes méditations , du recueillement , une série de détails minutieux et d'une grande importance, qui préoccupe continuellem.ent l'esprit ; eufin , un effort habituel sur soi-même pour ne s'écaiter jaaiais de cette patience , df celte égalité d'humeur, indispensables pour assurer à ses soins des succès obligés. Cette carrière bien fournie a dû fatiguer l'àme et le corps : l'un et l'autre ont un égal besoin de délassement , de distraction , de gaîté , de liberté. Personne ne comprend donc , aussi bien que les écoliers et les maîtres, toute l'étendtie du nul VACANCES , qui est , sans contredit , le plus beau de la langue classique. Aussi , quand je considère toutes les autres professions , dans la plupart desquelles les travaux sont aussi pénibles, et sans vacances, je ne balance pas à préférer la nôtre, où quelques beaux jours , du moins, nous sont accordés pour respirer, oublier nos misères , goûter les douceurs de la vie , et reprendre des forces nouvelles. Il n'est point de fonctionnaire de collège qui ne consacre, volontiers, à un amusement honnête et nécessaire , une partie des |)etites épargnes qu'il a pu faire sur son modique traitement.

On ne trouve dans aucune autre partie , autant que dans l'Université , d'agréables compagnons, d'une humeur enjouée, d'un commerce facile, vivant et s'amusant bien , surtout à peu de frais, \ulle part on ne voit , aussi nombreux que dans l'Université, ces bons ménages, honorables par leurs mœurs , leur décence et leur piété , où se cultivent les talens qui font le charme de l'existence , celui de la musique , qui répand une délicieuse variété sur une vie livrée à l'application et à l'étude , et forme , entre ces aimables familles, de douces sociétés et d'intéressantes réunions. Ce talent charmant commence ù se propager parmi les professeurs, dans les grandes comme dans les petites villes. Il convient bien à ceux qui dirigent la jeunesse, d'offrir des modèles de bonne éducation.

Mais le plus grand plaisir des jeunes maîtres , pendant les vacances , c'est la promenade. Les petits voyages leur offrent mille attraits. Le mouvement leur est salutaire, après les longues veilles d'une vie casanière. C'est un besoin , alors , (jue d'aller, au loin , respirer un autre air, et réjouir sa vue d'objets nouveaux. La plupart regagnent leurs familles pour revoir les objets de leurs tendres affections. Ceux dont la bourse est bien garnie , effectuent le voyage, long-temps projeté, de la capitale. La vue de ses chefsd'œuvre , et d'une foule d'objets curieux , agit sur leur imagination, l'enrichit , la meuble d'une multitude de choses intéressantes , qu'ils sèmeront dans leur enseignement. On entend parler les savans * , on s'approvisionne

* On ne peut ;iiière jouir alors de cet avantage (jue dans les réunions

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de leurs ou»raj;cs. Or. on ne peul avoir beaucoup vu , l)oaucoup cntoïKjn , sans avoir obsené, réfléchi ; on rt-vienl donc , avec plus de valeur, reprendre son eaiploi.

Oui , le plus grand plaisir des jeunes maîtres , c'est de voyager; el les vieui même, aiment à le partager. Les épouses, les enfans, en font le charme ; et nous oublions entièrement, alors, nos fatigues et nos peines. Je me plais donc à me rappeler une des plus agréables parties que j'aie faites, dans les derniers temps de mon professorat. Etant allé voir mon gendre , aussi professeur au collège royal d'Angers , nous nous associâmes à l'aimable famille d'un de ses jeunes colligucs , pour aller voir la mer, spectacle encore nouveau pour nos dames. Vous vous figurei aisément la joie avec laquelle s'embarquent nos trois ménages sur le bateau à vapeur, qui vogue arec une telle vitesse , que , quoique nous descendions le fleuve , sou onde par.iit remonter et fuir rapidement derrière nous. La mutinée est superbe. Oui peut peindre le ravissement qu'on éprouve à voir la rive , tantôt escarpée, couvert*-- de buissons et d'épais taillis, tantôt offrant une masse im|>osante de roches qui affectent mille positions pittoresques! Tout-à-coup, le fleuve s'élargit par la jonction de la profonde Maine avec la Loire sablonneuse et Inconstante , où l'on a soin de planter de distance en distance des bilises pour diriger la navigation des bateauv. La vue est ravie de CCS jolis villages , de ces nobles ruines , qui décorent les deu\ rive";. Saint- Florent, La Mcillcraye, rappelionl de trisl(.s sou\enirs. Vous entendez rapporter, par des voyageurs, les grands faits d'armes qui ont illustré ces trop fameuses contrée». Le spirituel auteur du Voyage iP Angers à POcéan , »ous amuse et vous instruit. Ce petit livre que vous lenei ù la main , assis , ou vous promenant sur le pont , xous enlrelienl delà manière la plus agr^-able , en vous montrant les lieux les plus inténssans qui passi-nt sous \o» regards. Quel plaisir de »oir toutes ces barques légères, accourir «le «liaqoe village au son de !a cloche du bateau , donner et reprendre d. s >ovagcur» '. Quelle pr^Tision , quelle promptitude dans tous ces mo«ivemen» !

Mai* la fjiui S4- fait sentir. Nous di-scendons dans un joli salon , où l'on nous M-rt d'excellentes rùlelettes . et tout ce qui pi-ul coinpo-er un dèjeunei runtenable ii notre appétit. Kst il au monde de plus douce joie i|uc celle

parti, uli^re» . puiMpie le» cours v)nl fermé» ; re|Mnd..iit h au« otip de jeun, s profrsM-urs . déMri'^ de la ««if des srirnces et de leur avanrenu-nt , n'ont que ce leiiip» d.-» \aranre» pour vili^faln- le besoin qu'iU éprouvent de v nnonvrliT. Il M-r..il donc à d^-*irer qu'on rivorif-Al li urs ri^union^, il Paris jKMir un but »i louiible ; rt . qu'.ilor» , louti-s l«-^ sourn « de linstrnrtion leur

rn»M'iil «.nw-ftii». (ineniéu.i' d.s Ri.ililiralinn» leur fu.v nt jurordees pour

un idiRl ipii scrnil m-llemml «l'tililité publique.

DU HUITIEME CHANT. 1 io

d'un semblable repas ? Quel bonheur pour de vieux parens de le partager avec d'aimables enfans , et de jeunes époux qui semblent commencer le pèlerinage de la vie sous de si heureux auspices ! Puisse-t-il , tout entier, s'accomplir, pour eux , aussi heureusement que ce charmant voyage !

Arrivés à Nantes, cette ville commerçante nous rappelle la capitale par ses édifices, la surpasse même par son beau port, ses îles populeuses, cette forêt de mâts et de vaisseaux qui bordent ses quais magnifiques. A l'extrémité de ses ponts , est le bel établissement du Saniias , où nous H'élvf*./. avons été introduits par un heureux hasard , et dont nous avons admiré , à notre aise , les vastes cours ornées de jardins , les superbes galeries à colonnes, les salles immenses , l'élégante chapelle, la lingerie, la buanderie, dont le bassin est alimenté par une pompe à feu qui fait circuler partout des eaux abondantes ; établissement superbe, qui honore l'humanité ; c'est le palais du malheur. Nous revenons de ce lieu par la même voiture qui nous y avait conduits , Y Omnibus, qui , pour un prix modique , varie nos promenades et nos plaisirs.

Nous voici sur la vapeur qui court à Paimbœuf. Ce bateau , tout neuf, est d'une propreté remarquable. Il contient , comme l'autre , 150 à 200 voyageurs. Les dames ont déjà pris possession du petit salon, où, commodément assises , elles charment leur voyage par la conversation et leurs divers ouvrages , tandis que les amateurs de vues pittoresques se délectent sur le pont, où le doux zéphyr caresse leur visage, à considérer l'immensité de cette plaine liquide que sillonnent, en sens opposés , de petites escadres aux voiles roses, et cette onde , doucement agitée , où flottent les légers nuages d'un ciel azuré. De jolies villes, des habitations riantes, brillent sur les deux rivages, qui s'écartent de plus en plus ; enfin on signale la rade de Paimbœuf qui, par ses bricks nombreux, présente l'aspect d'un port de mer.

Nous déjeunons ; et déjà nous sommes tous placés dans une assez commode voiture qui nous conduit à Pornic. A moitié chemin, la roule s'élève, et le conducteur nous dit : " Voyez-vous la mer ? » No.is apercevons , au fond de l'horizon, comme un coteau verdoyant : « C'est la mer, répèle-t-il. « En trois heures , nos cinq lieues sont franchies ; et nous voici dans la petite ville de Pornic. A peine débarqués, et assurés d'un gîte, nous sommes bientôt sur le bord d'iui petit golfe que forme la marée montante ; un enfant nous reçoit dans sa barque. Nous nous élançons sur la rive opposée , et gravissons le promontoire , d'où notre vue se repaît de >, l'immensité. Ma femme qui , toute sa vie, avait soupiré après ce bonheur, s'assied et garde un silence d'admiration. jQue faire autre chose à la vue d'un spectacle si ravissant ? La parole est impuissante pour exprimer les sensations que fait naître la majesté de cette œuvre du Créateur. Pendant que nos jeunes gens se promî'noni , au loin , sur cette éniinenco , nous

deux , restons assis ù conlempler ce roulement des Tagucs de la mar<?c Boutante , ce loup Ilot qui accourt de cent pas en bondissant , et se brise arec le rugissement du tonnerre , contre les rescifs qu'il blanchit de son écume, et dont le rent pousse la plus fine rosée jusqu'à notre visage. A peine ce Ilot s'est-il retiré , laissant la griîve unie comme un marbre luisant , qu'il accourt de nouveau , semblable à une longue fdc de moulons blancs. Il s'avance dix pas plus loin , et mugit plus forU On ne peut se défendre, à la vue de cette scène croissante , d'une secrète terreur, quoique l'on doive être rassuré par l'élévation du lieu. * Levons-nous, cela me fait peur, • me dit ma timide compagne ; et de plus loin , nous tournons, de nouveau , nos regards sur le plus imposant de tous les spectacles. 3

J'avais vu autrefois l'océan ; mais j'en avais conservé le souvenir d'une surface plane, sans doute parce que je l'avais vu du haut des murs de Saint-Malo ; ici , j'obsenai avec attention que la mer s'élevait insensiblement comme une colline verdûtre ; ce qui prouve bien la convexité du globe.

Itcunis à dîner, quel plaisir d'entendre chacun de nous faire part de ses découvertes et de ses réilcxions ' Dijà un de nos compagnons avait pris un bain de mer. 11 avait , en uagcant , posé le pied sur une substance molle. Il obscna que celte masse nageait ; il en vit de semblables échouées sur la rive. La forme en était ronde , le poids d'environ dix livres ; le corps était une substance blanchâtre , transparente, gélatineuse, cl se laissant aller en morceaux , quand on l'enlevait de terre. On nous dit que c'était une méduse.

Le soir, nos jeunes gens nrcmnieiu'rcnt a\ec eux faire une promenade nocturne sur un autre rivage , Irés-escarpé , d'où l'on pouvait observer le phare de l'ile de Noirmouliers , et ui^ nuire encore. F.n tournant sur elleménic, leur lumière disparaît, et brille ensuite de nou>ean. (.elle intermiltenre indique, par sa duré»', le lieu aux marins. Nous nous étions éloignés d'environ un quart de lieue de Poniic, et nous retenions par une obscurité assez profonde, le long de la ct'tle , par un sentier étroit et in^-gal , qui, dans a-rlains endroits, n'était qu'à trés-pru de distance de l'angle intérieur des précipices pratiqués par la mer dan» les anfrnrluosilt>s des rf)cbers. Ses Ilots s"> engouffraient avec un brnil époiivanlahle, qui rendait, quelquefois, mes pas mal assurés, et je me blAmais de relie coupm.', comme d'une imprudence. A notre arrivée, une scène ■musante me fil oublier mes timides fn))eurs. Ma petite Anna élait restée avir sa grand-mère; et d'aulrr< ctifans de son Age s'étaient aniuM-rs ù l'bahillrr en |)ornicaisc avec la roifTure éle<»y que portent les femmes du povs. D'abord , nous ne In riconnfimrs pa^, i-l rn<iiiir non* feignîmes de ne pas In reronnnilrc, rr qui fil Ir Mij<'l d'une prtitr romédir qui non* di«crlil Ix-ancoup ; «près (|uni , nnirr li<'ilf-«M- , qui euit iiiu' Utiinr iru\e, dont le maii avait péri

sur mer, nous raconta ses malheurs d'une manière fort touchante. Comme elle ne put nous coucher tous, elle nous procura deux lits chez une voisine, qui, apprenant que nous étions du Mans, nous témoigna une aflection particulière dont elle nous apprit la cause. Elle avait logé , avec son épouse , un médecin de notre ville *, dont elle avait reçu , dans une grave maladie , des soins si efficaces et si désintéressés , qu'elle en conservait une vive reconnaissance. Ce ne fut pas la seule maison où nous entendîmes l'éloge de notre cher compatriote. Ce sont là de ces épisodes qui ajoutent beaucoup de charmes aux voyages.

Le lendemain, nous voulûmes voir le lever du soleil réfléchi par les eaux de la mer. C'est le spectacle le plus pompeux que puisse offrir la nature. Nous fîmes ensuite , mon épouse et moi , un petit pèlerinage à une église appelée Sainte-Marie , située à une demi-lieue de Pornic , sur la partie la plus élevée de la côte, et d'où la mer se montre, encore, dans un plus graud développement. Mais plusieurs tombes récentes que nous vîmes dans le cimetière de cette église, et qu'on nous dit renfermer des victimes du choléra, vinrent accroître la mélancolie qu'inspire le spectacle austère et monotone de l'immensité des flots. Nous descendîmes, et regagnâmes la grève unie , près de laquelle est situé le bel établissement des bains. Le sable fin était couvert d'une quantité de petits coquillages dont ma petite fille s'empressa de faire provision , avec une avidité que nous partagions nousmêmes. Des enfans nous en apportèrent bientôt des collections nombreuses qui nous engagèrent à faire un meilleur choix. O vacances, quelles sont vos délices ! quels plaisirs doux et innocens I on se croit dans l'ftge d'or. Quelle variété de promenades et de sites enchanteurs , olfre le cùteau de Pomic 1 Nous visitâmes son beau Calvaire qui occupe le plateau le plus élevé , d'où la vue jouit d'un magnifique panorama. Il offre , du côté de la terre , une campagne agréablement traversée par la petite rivière de la Haute-Perche, qui se jette dans la baie.

Mais on veut étendre ses plaisirs : le jeune couple qui nous accompagnait désira visiter l'île de Noirmoutiers. Nos enfans délibérèrent s'ils ne seraient pas de la partie. Notre hôtesse, nouvelle Cassandre, leur dit : « On sait bien quand on s'embarque, mais non quand on revient. » En effet, le vent qui , en moins de deux heures, peut conduire des voyageurs à l'île, est , quelquefois , si contraire pour leur retour, que des passagers se sont vus obligés de jouer de la rame avec les matelots pour regagner la côte. Il arrive même des contre-temps plus fâcheux , d'être jeté par un coup de vent à une grande distance, surtout à l'époque de l'équinoxe où nous étions alors. Nous ne voulûmes donc point nous exposer à ces hasards , et

" Le docteur Vallée, dont le zèle charilahlo ri généreux égale la science. %

1 ÏH NOThS

Dou» rcvinœi's tniiiquillenteul à Paimbœuf, où , dans la rue voisine du port , notre petite prit un plaisir extn^mc à voir les perroquets et les perruches qui éluiciil à toutes les portes. Trois jeuues anglaises, de son ôge, en euiportôrenl plusieurs sur le bateau à \apeur, et la gailè de ces aimables i-nfans, jouant avec leurs oiseaux, nous amusa beaucoup dans notre retour à Nantes , où nous prolongeâmes notre séjour, engagés par le beau temps. .Nous ue nous lassions point de nous promener sur les deux cours , et dans les superbes quartiers qui les avoisineut ; de visiter les riches musées, quelques rares églises, Saint-Cypricn, Suinte-Croix, la ralhédralc de Saint-Pierre, qui n'est qu'une courte nef; mais elle posside un bil orgue , et offre aux curieux le magiiiliquo tond)eau d'Aruie de Bretagne, dont le cœur, seulement, a été déposé auprès de sou père François II, duc de Bretagoe , et de ses deux Temmes, Marguerite de Bretagne et Aune de Fois. Ce tombeau , qui présente un grand nombre de figures sculptées a»ec un fini précieux , passe pour un des plus beiuix monumcns de la renaissance des arts.

J'avais vu Nantes, il \ i>vail cin(|uunte ans, dans un vn>age pédestre que j'y fis, avec lécher condisciple dont j'ai parlé dans la note de l'éloge de l'amitié. Nous nous délectons (ucore, quelquefois, à non^ rappeler U-s rbarmans détails de notre oxcuision , dans une partie de la Hretagne. C'est eu revoyant une ville connue Nantes , après un denii-siirle , qu'on est réellement frappé des progrès de la civilisation. Embarqués de nouveau 6ur la vapeur , chacun passait son temps dans une sécurité parfaite. Je m'entretenais fort agréablement avec un ancien principal , chanoine de Nantes , qui allait fairu ses vendanges dans la fameuse coulée <le Serrant , cl y prumeltuil déjà de >endre son vin trois cents francs la barrique, lor»que le patron vient nous dire (|ue nous sommes engravés , qu'il Tant (|ue tous les hommes descendent dans la clialuupt* , et que peut-être seral-il obligé de nous ranuuiT à Nantes. A celle triste nouvelle , charnu s'in- (|uiéte : enfin , après une heure d'ellorts , les bras vigoureux des matelots di'g.igent k- bâtiment. Chacun reprend lrani|nillenienl sa pl.iie ; mais la nasigation est lente, parfois intirionipiic; on parle de déposer sur la rive, a^tc leur* paqueli*, les deux cents peixiiuies qui remplisNnt le bateau ; aqui .irri»a, eu effet, le lendemain, la Loire ayant enatte baissé. La nuit vient cl nous enveloppe d'une ombre époisH- ; nous sentions le bateau lou* <hn !•• fond de la rivière, rouler sur les cailloux «vei. un bruit sinisti-v. Notre pelitr- dormait trani|uillen>enl sur une linn(|uetti'. Pour moi, je ne ««));ii« d'jiitri' danger (|u<- de passer la luiil sur l'eau, les rotas de la machine ne pouvant plus jouir dan<i le subie. On n'montuit, repiiidunl, tout (lourrnient & forer de bros et de longues perches. l'nfln , on annonce que l'on entre dan* l<-« eaux de la Maine, et que l'ofi est a<«uré nuiintenanl de H' Diidn- fk Angir«, où nnii» alMirdaines au tiiili*'ii delà nuit. Le contre-

DU HUITIÈME CHANT. l49

temps que nous venions d'éprouver nous Gt rentrer, chez nous, avec encore plus de plaisir que nous n'en étions partis , et nous trouvâmes dans nos lits le plus doux sommeil. La fin de nos vacances de 1834 , continua d'être une suite d'agréables journées, tft nie fait répéter avec plaisir qu'il n'est point de profession qui vaille la nôtre, pourvu qu'on n'ait point la folle ambition de la richesse, et qu'on se contente de l'honnête médiocrité si vantée dans <ri'S^i< le plus aimable de nos poètes latins. Que l'on me pardonne donc d'avoir consacré une matinéee de mes vacances de 1835 à retracer les plaisirs de celles de l'année précédente. Les frnits des études se mûrissent dans ces délicieux loisirs. Les écoliers, comme les maîtres, reprennent leurs travaux avec un nouveau courage. Je rêvais ma retraite à la fin de chacun de mes cours ; et les vacances qui me ravivaient me fesaient toujours ajourner ma demande.

(11) Tanlôt de la moisson !a dernière journée.

La levée de la gerbe est une fête champêtre que je me plais à décrire.. Le fermier, qui ne perd jamais de vue son intérêt , presse la batterie , afin qu'elle se termine dans la journée, et que la soirée, qui doit être consacrée au plaisir, ne retarde point ses travaux. «Dépêchons-nous, dit-il à ses gens, afin que nous ayons le temps de nous divertir. » Et il envoie chercher au bourg des fleurs qu'il n'a point dans son jardin , pour olTrir un bouquet au mEûlre qui se trouve sur le lieu. On lui cache, avec soin, tous les préparatifs de la fête. Le soir étant arrivé , tous les gens de la ferme, jusqu'aux petits enfans, alfublés de liens de gerbes, croisés en bandoulière sur la poitrine, et plusieurs ayant le fusil sur l'épaule , sereadeat, rangés en bon ordre , au logis du maître. Le fermier heurte à sa porte qui s'ouvre , et il lui dit : << Nous veoous vous prier de nous aider à lever une gerbe si pesante que nous ne pouvons la lever sans vous. » Il s'y prête avec complaisance , et marche en tête du cortège. Des coups de fusils partent ù droite et à gauche ; on arrive à la grange , oi!i l'o» a eu soin de poser une sentinelle , de peur que quelque luaavjis plaisant n.^ profite, comme il est arrivé, d'un moment d'absence , pour enlever adroitonipnt les poulets et les bouteilles de vin qui garnissent la gerbe. Le bouquet orné de rubans en est détaché pour être présenté au maître , en le priant d'aider à soulever: la gerbe que plusieurs enlèvent et portent au milieu do l'aire. Là, tous les batteurs se rangeant à l'cntour ; il est prié de frapper le premier trois coups de fléau , et aussitôt le fermier , comme un commandant , s'écrie : « Portez , armes » , et tous de lever leurs Iléaux; puis, au nouveau signa! , de frapper en cadence et à plusieurs reprises, suivant le commandement, tantôt par mesure de six , de huit, de dix, tantôt par coups impairs de sept ou do neuf, avec une rapidité et une précision qui plaisent à l'oroillp , rli;iiniéo de celte variole do mesure. Quolquei'ois ils s'entendent

pour ue frapper tous à la fois qu'un seul coup , de toutes leurs forces , et a\fc un bruil terrible, qui rttenlit au loin ; la gerbe est mife en luieltes, et de graud cris accompapneiil le dernier coup. On revient au logis , avec de Domelles décharges de fusils. Le festin champêtre commence, et les bouteilles, qui appesantissaient tant la gerbe, sont rendues légères. Les rondes se prolongent avant dans la nuit, et le plaisir fuit oublier la fatigue.

(10^ Rarement y gémit la romance plaintive.

Je dis rarement , parce qu'une bonne romance n'est pas une production commune. Les paroles en sont le plus souxout incouMuanlos, dans la bouche d'une jeune personne qui ne peut les chanter sans rougir , et la musique en est plus sou\enl encore insigniliaute ; mais il en existe, aussi, dont les paroles sont aussi pures, que la musique eu est délicieuse. Il faut du talent pour les bien chanter, surtout quand on >e les accompagne, ce qui en augmente bien le charme. Je fus, un jour, invité par mon élève, M. Mariin, ù distribuer des prix de musique il ses jtunesécolières. Ce fut un vrai plainr pour moi que d'adresser à chacune un mot d'encouragement en lui remettant sa récompense. Il s'en trouva une dont j'avais enseigné la grand-mère , et il me semblait que c'était d'hier. Une autre petite me charma par la manière dont elle chanta l.i jolie rnmancr: Enfant que la brise embaumée , Ralance ton berceau It-ger, etc.

l'air en est ravissant par sa mélodie simple et suave; et l'aimable enfant l'embeilil encore par une expression naturelle et touchante.

Ces souvenirs de l'art innocent me sont doux. On ne se plaît pas autant qu'il le faudrait aux premiers essais de l'enfance : ils sont, eepend.inl, bien inlérMvaiis par les heureux ai;giires (|u'ils |)cuvent fournir. Mais ils rét^^iaiueiit uneextrfme indulgence dont on est bien récompensé, quand on sait se prêter à ces jeux qui nous rappellent nos jeuni'S ans. Nos soiri-es mufiicales offriraient un tendre intérêt par ces timides essais de Vùgc de l'innocence , qui délasseraient de la iR-rfeclion des choses difliciles , cl rapprocheraient nos beaux conceris des douces réunions de famille.

Je me suis plu à orner ce chant de quelques-uns des nioireaux (juc j'uimais tant à composer pour les charmantes soirées qui , pendant vingt an», firent 1101 délices dans l'excellente r.iinille Daudin, (12" Il est une beauté , des vertus si'ir partiii;»' ,

La b4-auté, »jns vertu, est trompeuse et vaine. La femiiie vertueuse u fh'»rbarnie» qui lui allin-nt de grand» éloge». • Gralia fallnx- , ia»a pulrlittludo; mulier i/utr liniil Donuniim ip$it laudabUur. • P*n.

Mai» la malice change et ilrfornie le» trait» de Mm vi^Hge, rumine le »oii ( t l'acceiil «le m voix. Mffuitia multtrii iminutal fatum r/ui. EccL^

M> r>K- NiiFF.S 1)1 IIIIMIMI MIVM.

POEME

ARGUMENT

Le siircés do l'éducation vient de la iiirtiiodc (jm- Ion suit, et surtout di* loxemple dos maitros ot dos parons. — Laquelle est préférable de l'éduration publique ou partioulioro. — L'éduration du prouiior àjxo so fait mieux dans la maison paternelle, «piand les mœurs > sont bien réj-Iées. — Exemple de l'éducation particulière dans l'histoire du jeune de Saint-An'je. — L'éducation publiipie l'entporto, quand elle réunit les conditions nécessaires. — Kxomjilo de (elle éducation dans l'histoire do l'aul. — LluiNorsilé; sagesse de ses statuts. — Suppression des chillinions corporels. — Leurs jrraves inconvéniens. — Moyens qui les on! remplacés a\ec a\anta<:e. — Hommage rendu aux anciennes ctuijçréfçalions onseif^nanles des deux s«'xos. — Histoire d'Alhan. — Kcole Normale. — De la liberté do l'enseignement. — Llle doit être réj,'lée.

' iTE d'utiles leçons un zèle ardent m'inspire !

.: Aux deux sexes j'ai dit le secret du bonheur Pour fasciner leurs yeux quel ennemi conspire? De ses maux la jeunesse est-elle donc l'auteur? Son sort est-il , toujours, son véritable ouvrage? D'une autre source, encor , lui vient vice ou vertu , Ignorance ou savoir. Aux leçons de cet âge , Aux exemples , surtout , son avenir est dû.

Oui, les mœurs des parens, le maître, la méthode. De son instruction décident les progrès. L'enfance , à toute loi se plie et s'accommode , Ainsi que d'un cachet la cire prend les traits. En vain un sol heureux vous promet l'abondance : Le vice y peut , aussi , produire sa moisson. S'il y jette , une fois , sa funeste semence , On la voit pulluler , plus le sol est fécond. L'âme stérile , au mal comme au bien se refuse :

loi l'éducation.

Quels fruits un fonds ingrat peut-il vous accorder ?

Mais d'un esprit fertile , ah ! si l'erreur abuse ,

En nuisibles produits on le voit abonder.

Trenddez , vous dont la voix dirige la jeunesse ,

Et qui lui fournissez le lait qui la nourrit :

Des vi'ais biens, c'est par vous qu'elle acquiert la richesse,

Ou qu'un savoir tromjjeur , en l'ornant , l'appauvrit.

Oui garantiia mieux une pure doctrine?

Est-ce l'œil des parens , au sein de leurs foyers ,

Ou des maîtres publics la stricte discipline ,

Oue seconde l'espoir de glorieux lauriers?

Important examen , (pi'une raison sévère

Ici , doit éclairer d'irrécusables faits !

0 païens ! avez-vous le savoir nécessaire .

Le temps , l'expérience , une maison de paix ,

Où les vertus, les mœurs, l'ordre, régnent sans cesse ( I ) ?

Elevez vos enfans : dans un emploi si beau ,

nien ne remplacerait vos soins, votre tendresse:

Mais, s'il faut renoncer à j)orler ce fardeau.

Et d'un guid(^ «•liangei- n^couiii* aux lumières,

Oii'nn conseil hier» nuni décide votre choix.

T;mIioiis de dis^ipiM" les alarmes des mères :

f)<' li'iir .iiiKiiM' , aussi . n'éloulTons poiul la voix .

Ellerst . pour le jf'uiie âge. une antre providfnce.

rhez vous, ou tout auprès , présidez au «lonx soin De jeter dnn% l'espiil la premièie srrtieiue.

Semez peu , de bonne heure, et ne vous hâtez point ;

Car les premiers sentiers sont hérissés d'épines.

Epargnez , épargnez des larmes aux enfans.

Gardez qu'un ton fâcheux , que des leçons chagrines

Comme un poison mortel , n'aillent glacer leurs sens ;

Une invincible horreur de maître et de science ,

Viendrait d'eux , aussitôt , s'emparer pour jamais.

Pressez-les doucement : usez de patience.

Qui se hâte perd tout , et ces premiers essais ,

Pour payer vos efforts , veulent le temps et l'âge.

Voyez ce blé récent poindre sur vos sillons :

La nature , sans doute , autant que vous est sage :

Quand les champs sont blanchis de frimas , de glaçons

Qui montrent à nos yeux la sagesse éternelle ,

Elle veut que Cérès , sans progrès apparens ,

Faible moisson , attende une saison nouvelle ,

Et s'enracine bien , pour épaissir ses rangs.

Puis , dès qu'un soleil pur attiédit l'atmosphère ,

Sa tige plus solide , et s'élève , et grossit :

L'épi déjà s'élance , et sa tète légère ,

De grains plus beaux que l'or , bientôt s'appesantit.

Au dixième printemps , l'enfant quittant votre aile ,

Doit venir se mêler aux rangs de ses égaux.

Si vous craignez que loin de la main paternelle ,

Il n'aille s'égarer , sous des guides nouveaux ,

Appelez , près de lui , ([uclque mentor habile ,

Et non pas un flatteur , aux beaux airs , au front laid ,

tô6 L'Ém (:\TiON.

1) un ( arncièro faible , aux caprices docile ,

Oui sdii inoius un mentor , qu'un bas et plat valet.

Le comte de Saint-Ange , au seul fils qui lui reste ,

Donne pour précepteur le vertueux Crilon ,

\'ieil ami de collège , et qu'un savoir modeste ,

Laissa dans son pays , siuis fortune et sans nom.

Du plus noble des arts , jeune , il sentit éclore

El le rare udent , et les goûts sérieux.

Heureux de consacrer , dans sji vieillesse , encore ,

Au fils de son ami , son zèle ofïicieux ,

GaNnent il entreprend celte tâche nouvelle ,

Oui lui fait entrevoir un liant avenir.

Du noble rejeton l'esprit vif étincelle ,

Saisit du premier coup , semble tout prévenir ;

Mais rien n'égale, aussi , son inionslance extrême :

II \ eut tout ('baucber . et ne termine rien.

lu lival <|ui lui peut ravir l'honneur suprême (2) ,

J)ans iHie égale ai'dcui* jamais ne l'enti'elient.

Des amis du château rim|»i'U(ltMite louange.

L'enivrant , < liaque joui- . d'un vain et sot orgueil ,

Dans les plans du ment«n\ cause un dt'sordic etiange ,

Kt les meilleurs avis n'ont qu'un fâcheux accueil.

Il eioii loiii sui'pas^^er : el (|uaii(l !<• l'iine ai rive .

Oui <1 lin i'iii^' iiii|Mii°liiii \it'iii niliii l'anVanchir ,

l'Niii «je ( f fol ((l'^'iK'iJ (|iii toujours le capli\<' .

Aveiigle. il <lia(pie pas mi le vi'na faillir.

Ihriliei de l'irial d iiih' iJliisii»' laiiiillc .

CHANÏ NEUVIÈME. 157

Pour briguer une charge , il se met sur les rangs. D'un langage flatteur , chez lui , la grâce brille ; L'œil séduit le distingue entre ses concurrens. Son nom est prononcé , la faveur le préfère. Tout enflé des grandeurs de son premier emploi , Il se croit au chemin qui mène au ministère , Sur lui seul vont pleuvoir les bienfaits de son roi . Inhabile , il échoue à la première épreuve , Et sa témérité l'entraîne en mille erreurs. De reproches sanglans , alors , chacun l'abreuve : Il va cacher , au loin , sa honte et ses douleurs.

Rien ne peut égaler de l'école publique Le succès merveilleux pour former les esprits. Pourtant , sans nul détour, il faut qu'ici j'explique A quels titres sacrés je lui donne le prix. Temple de l'innocence , elle doit du jeune âge Captiver les amours par les vertus , les mœurs , Et de la vie offrir l'utile apprentissage ; Elle y doit exercer et façonner les cœurs. Mais si , dans le secret , y fermente le vice , Ou si , le chef s'endort , et , négligent gardien , D'un coupable désordre est ainsi le complice ; Enfin , si l'on rougit do s'y montrer chrétien , Ah ! mille fois , philôt , préférer l'ignorance , Où , dans votre maison , votre fils languira , Au pompeux verbiage , à l'impure science , A ce goût dépravé qui bientôt le perdra.

Vous le conduirez donc en quelque sûr asile , Moins vanté , d'autrefois , qu'aujourd'hui bien connu El que dirige un chef actif , doux , ferme , habile, Chez qui soit la science unie à la vertu. Là, d'un ordre constant, soumise au doux empire, l'ne aimable jeunesse est l'espoir de l'état. Le servir , est le terme où sans cesse elle aspire ; Son orgueil , d'espérer en accroître l'éclat. De doctes professeurs l'accord si nécessaire , En liant tous les cours, offre un ensemble heureux. Des sciences , des arts , l'enseignement sait plaire , Dii'igé vers un but toujours religieux.

Des magistrats , aussi , l'utile surveillance , Est , pour la disciitline , un soutien d'un grand poids. Le roi par eux , enfans , signale sa présence : Il vous voit par leurs yeux , vous parle par leur voix. Ou*' de garans sacrés! Est-il un plus sur gage De l'éducation , au foyer paternel?

Souvent , c'est à l'école , où commence cet âge A ( r.iindre ses panMis , à bcnii" r»'l(MJU'l! . .

l'aiil ( ausail la douleur d'inie nirre liop Iciidre , Ne montrait, poui" l'étude , aucun p(Muliaiil encor; Toutef«)is , il avait ce qu'il faut pour ap|)reudre . >!<''moire e| juj^MMiient ; mais il redoutait lorl . l'oiii ( iiiliver ces dnns . I.i |Miiie tjii'il en n>ù\*' ; Non |i;is (|ii)- If s;i\nii lui |i()iii' lui ^;ims .illrails; Il liill.iil que de ilcins on lui sciii:'it l.i mule , l.l i|iii- . |Miiii l:i lr( nii , il ne jil .ni( iiii^ li':ii'>.

Par le cri du devoir sa mère , enfin , pressée , Dans un lointain collège , en pleui^ant le conduit ; Et là , plus affermie en sa sainte pensée , Elle y laisse ce fils , dont l'image la suit. Paul était né sensible ; et , souvent sa tendresse , A son cœur retraçant les maternels chagrins , En bannit les langueurs d'une indigne paresse (3), Et l'anime , bientôt , de généreux desseins. L'exemple du travail et l'excite et l'enflamme : D'un maître clairvoyant les aimables discours (4) , Qui s'adressent à tous , arrivent à son âme , Et des goûts sérieux charment , déjà , ses jours.

Quand un son matinal en sursaut le réveille , Par le sommeil , encor , ses yeux appesantis , Refusent de s'ouvrir : mais dès que son oreille Entend ses compagnons s'élancer de leurs lits , La honte l'aiguillonne ; il s'habille , il se presse , Et dans les rangs nombreux on le voit accourir. Fier de sa diligence , il en ressent l'ivresse , Et pense d'un doux rêve , en ce moment , sortir. A peine il s'aperçoit qu'il arrive à l'étude : Le commun mouvement seml)le l'avoir porté.

Là , du réveil , enfin , l'heureuse certitude , Est le premier bonheur qu'il ait jamais goûté. Avec quel plaisir pur il entend la prière , Qu'une loiirhnnh* voix récite lentement !

160 l'éditxtion.

Il ouvre , à ces accens , son àme loiit entière , Se plait à la nouiTir d'un tendre sentiment. Il se rappelle , alors , une mère pieuse , Et ses sages avis immolés aux plaisirs. Ah ! que cette pensée est, pour lui, douloureuse! Mais de son cœur brisé , Dieu reçoit les soupirs. « Je tiendrai mes sermens , se dit-il h lui-même ; » A réparer mes torts , 6 ciel , daigne m aider ! »

Ce vœu sacré le rend plein d'une ardeur extrême : Un céleste rayon , aussilôl , vient guider Son esprit , (ju'au travail avec joie il ai)i»li(|ue. L'œil du mailre l'observe actif, silencieux. L'exemple de son zèle à tous se connnunique : Cet émule nouveau déjà fixe leurs yeux. Son noble effort reçoit la palme la i)lus belle ; D.'uis la classe son nom retentit le premier. Pour en porlti' , «lie/ lui , la joyeuse nouvelle. Que ii;i-l-il ii >(>n ordre un rapide courrier! Dans son cxlasc , il voit les larmes de sa mère , Oue ne foui jilus , nilin , < <»ul<u' d'amcis regrets. (^)uel tiiomplie ! il a pu uH'iiter de lui plaire: Voilà le seul orgueil qu'il ait de son succès.

De ses ni.iiiies r.nnoui- . de ses égaux l'estime, \ ieniiriii .mimer P.nii de ^tiu rciix |)eiielians. O cé'iesie :imili<' ! r.ii- l.i ll.iinine ^iiMinie rliey lui «Kn'lmiii . Iiiciiiôi . 1rs \( rhis. les i:dens.

CHANT NEUVIÈME. IGl

Le cœur du bon Edmond avec le sien se lie : Toujours tendres amis , et généreux rivaux , Ce nœud du premier âge embellira leur vie , Et fera prospérer leurs utiles travaux.

Tels sont, chez nous, les fruits de l'école publique, Quand de maîtres zélés elle offre un heureux choix. C'est le ferme soutien de l'état monarchique , Le grand et digne objet de la faveur des rois.

Notre Université , dans les sources divines , A puisé de ses lois l'esprit religieux : Et sur toute la France étendant ses doctrines , Voyez comme reluit son llambeau radieux ! Quels étonnans progrès l'unité de méthode (5) Opère , chaque jour , dans notre enseignement ! Ses statuts rassemblés ne sont-ils pas un code (6), De l'ordre reconquis le plus beau monument?

Ce code , pour jamais , d'un châtiment barbare (7) Proscrit l'indigne abus , riiulécente rigueur. Il veut que l'on relègue , au fond du noir Tartare , Les férules , les fouets , instrumens de douleur. La douleur n'apprend rien : est-ce dans les tortures (8), Les pleurs et les sanglots , est-ce au milieu des cris , Des scènes de fureui* , des coups et des blessures , Que la lumière anive aux timides esprits? Dès qu'à l'impatience ayant lâche la bride , Il 11

Dr la triste colère il suit l'affreux transport ,

Le maître , n'ayant plus la prudence |X)ur guide ,

Dans un accès fougueux, qui peut donner la mort,

Au délit de l'enfant mesure-t-il la peine ?

S'il est méchant , lui-même, a-t-il encordes droits

A prêcher la bonté ? La remontrance est vaine ,

Quand on blâme un défaut , où l'on tomba cent fois.

Par ces actes cruels, un maître se dégrade :

Et qui s'est avih ne peut plus enseigner.

De son raie mérite en vain il fait parade :

Le battu qui l'entend , comme il doit s'indigner !

Que la justice unie avec la patience , De nos maîtres soit donc la première vertu ! Mais , pour siivoir instruii'C et gouverner l'enfance , Il faut l'avoir ajipiis , et s'être revêtu Des dons (le rKs|»ril-Saint , méditer la sagesse. Se travailler soi-même, et d'exemples pieux Apjtuyei' les disnuns (juji l'élève on adresse. Pensez avant d'agii* : dans votrr.iir. d.ins vos yeux , D'iiii s<'((mrs lassmaiil |ii('sfiiir/.-lui rau^iiic. Kt (ju'il lègue, mire \«mi^, une profonde paix. Volir (iixiriiic, jilois, |»;ii- une route sûre, A , dans lous les espiils , le |»his facile accès. Si . |i:ir fois, de piniir la iiécessitt' presse. (iard«v.-v<»us de jxirlei- le Irouble d;m>^ \os sens. Montrez, en cbâliaiil . «luor dr h Itndresse; Vos juges , sonj^ez-y , sont <es mêincs rnfans.

Des cris plaintifs, jamais , n'attristent notre école : La Discipline , au front toujours calme et serein , Y règne avec vigueur , par la seule parole. Oui , c'est un fait constant , à graver sur l'airain : La crainte , sans les coups , gouverne le jeune âge. Comme il fleurit au sein de la sécurité ! Art descendu des cieux, d'un beau règne heureux gage. Prospère sous les lois de l'Université !

Elle a fait de cet art un état honorable. Egal au médecin , au juge , à l'avocat , Le professeur revêt un titre vénérable , Qui ne commande point un riche et vain éclat.

€orps savant , que l'amour de la jeunesse anime , Quel respect elle doit à votre autorité ! Qu'ils sont saints vos devoirs ! Quelle tâche sublime ! Présidez aux destins de la société !

Ahl que mon cœur vous paye un juste et pur hommaqe, Vous , qui m'avez nourri des préceptes divins , Ordres religieux , que regrette le sage (9) , Où brillèrent , jadis , tant de grands écrivains ! Là , fuyant les honneurs , méprisant la richesse , Des amans de l'étude allaient chercher la paix ; Et se vouant à Dieu pour former la jeunesse , Pauvres , enrichissaient l'état de leurs bienfaits , Des sciences , des arts , pi(»pat;cai(Mil les lumières.

Liihivaiciil rebcaii cliainn do leur habile main ,

Et , joignant au travail de ferventes prières ,

N'en recevaient , pour prix , ipiun lialtil et du pain.

Des jours exempts de soins étaient leur doux partage ;

Entre eux , le gai propos n'était point ouMié ;

La vieillesse y trouvait le bien qui la soulage ,

Les (barmans entretiens de l'aneienne aiuilié.

Là , j'avais fait le vteu d'aller passer ma vie , D'y suivre des amis (où pouvais-je être mieux?), Quand de l'impiété le funeste génie (101 , Sur la France planant d'un vol audaciinix , Vint dépeuplei- , hélas ! ces utiles retraites , Va <(invrir nos pays de ruines , de deuil. Mais après que du ciel les volontés secrètes , Eurent , par Uml de maux , châtié notre orgueil ; Ou'ajtrès un si luiigioursde troubles el de crimes , L'«»i-die el riiuinaiiité icspii'èrent , enfin , Asiles (!<• l'enlance , alors , nous vous revîmes :

Kll Iniile elle accniii iil , lijeillùl . dailS \t)lVO sein.

Des So'iiis de ( li.irili' la salutaire ('eole , Dr la fille (In |i,iiimc ;i leslaui'J' les imiiiis. La , l'ciliK aiioii n'offre rien de fii\(>|r ; l)u lr:i\:Ml el dn « id nii (iri'ii|ie les rn>nrs.

\ «)Us , \ i\;nil l'iiii ('Il Dnii . So'ins de l.i l'idvidence, Qui d'un monde iroinpcnr fn\e/ les vanités,

Celle qui vit le jour dans une honnête aisance (11), Vient puiser , près de vous , d'utiles qualités. L'infirme , le vieillard , la veuve infortunée ,

Y coulent , doucement , leur vie à peu de frais. Ah ! d'un ordre si saint , que d'année en année , Les fruits de ses travaux accroissent les progrès !

Dames du Sacré-Cœur , que du riche la fille (12) Vous doive de ses biens le sage et digne emploi ; Apporte vos vertus dans sa chère famille ,

Y maintienne, en honneur, et les mœurs et la foi ! Quand , sous vos toits sacrés , la timide indigence De l'éducation reçoit les tendres soins ,

La voyant , tous les jours , de si près , l'opulence Saura mieux ressentir , soulager ses besoins.

Vous avez reparu , Frères de la Doctrine (13) ;

Et , partout , votre nom a des amis nombreux.

L'enfant , docile encore à votre discipline ,

Même quand, hors de classe, il n'est plus sous vos yeux,

Sans rixe , sait gagner la maison paternelle ,

Et donner quelque joie à ses pauvres parens.

La cité ne craint ])lus celte engeance rebelle

De petits vagabonds , sur ses places errans.

Devenus , sous vos mains , des artisans honnêtes ,

Leur active industrie orne nos ateliers ;

Et du riche , à s'ouvrir les mains sont toujours prêtes ,

Pour faire prospérer leurs ails et ieiu^s métiers.

L EDliCAllON

Des soutiens de la foi, par un jaloux silence (14), Je n'insuilerai point \o dévoùmont pieux. Pourcjuoi craiiuliiiMis-nous leur noble concurrence. Si, dans l'enseignement, nous sommes purs comme eux? Quoi ! l'Université , jalouse de leur zèle ! Son plus cher intérêt, est la rivalité (15). Tout languit et s'endort , tout dépérit sans elle : C'est d'elle que l'esprit tient son activité.

Excitons , à l'envi , l'aideur de la jeunesse , A Iticn aimer son Dieu , son i>rince , son pays ; Et tâchons que ses goûts , voués à la sagesse , Do nos constans efforts soient l'honorable prix.

De ces ordres éteints , ô vénérables Pères , De mon sincère hommage agréez les tiibuls. Sur des l)ords étrangers , vos touchantes misères , Enng-tcmps ont oxei-cé vos talens , vos vertus. IMais de retour, enfin , dans la douce patrie. Sur SCS nouveaux cnfans arrêtant vos regards , " l{nii\r-oim , ave/.-vous dit , la carrière chérie ; >• Eli iiKiiiranl. légjions-leur les sciences, les arts ! »

Ainsi \niiliif , rri( (»rr . .m IkhiIk iir du jiniieàge, !.<• Nciiiiciix Albaii ( oiisacrrr ses vieux j«»uis. I) un iinltlr r.iiij^r |'('.(lai , en vain , esl s(»u paitage. Des son prinlciiips . l/'inde a lixe ses amours. Il \oil loii> les pl.iisirs a\rc iudilTcreiur ;

GHANT NEUVIÈME. 167

S'instruire et servir Dieu , voilà tout son bonheur. Avec quelques amis cultivant la science , Entr'eux on admirait même esprit , même cœur.

Un jour, Alban leur dit : « Mes amis , sur la terre , » Pour de si doux loisirs Dieu nous a-t-il placés ? » A ses justes desseins croyons-nous satisfaire , » Par des jours innocens , dans l'étude passés ? » Déjà , nous le sentons , sans un utile usage , » 0 le vain ornement qu'un immense savoir ! » Semons-le ; c'est l'emploi qu'en doit faire le sage ; » Former des citoyens est son premier devoir. »

Tous , alors , excités par une ardeur si belle , Gagnent un saint asile , aux Muses consacré. Là , depuis trente hivers , des maîtres le modèle , De respect et d'amour Alban vit entouré , Quand des malheurs publics l'effroyable tempête , Le chasse loin des lieux dont il était l'honneur. Le croirez-vous ? à peine il peut sauver sa tête , Tant nous étions en proie à l'affreuse terreur ! Il tremble d'exposer l'amitié courageuse , Qui lui doime , en son sein , un asile secret. Il s'enfuit , traversant une mer orageuse , Le cœur gros de soupirs , accablé de regret. Mais il entend ta voix , ô sainte Providence ! Il n'interroge point tes décrets éteinels , Docile , il s'y soumet. Les vertus , la science ,

168 LÉDl CATION.

Sont los (Ions les plus heaux (juoDieu fil aux inorlels. Parloui . toi iiilérc'l qui prouve qu'on sait plairo . D'Alhau vient aeeueillir hs modestes discours. De ses doctes travaux llionoiable sidaire A de chers compagnons fournit de prompts secours , Et sur ces bords lointains, j>endant longues années , Adoucit les rigueurs d'un doulouieux exil. Lorsque le ciel . enfin , changea nos destinées , Et cpi'il ]>ut regagner son pays, s;ms péril , L'étranger, en parlant , lui «lonna de ces larmes Qu'il «ivait vu répamlre à ses ]»remiers amis. O qui de son retour saurait peindre les charmes , Les doux pleurs (|u'il versa sur des lieux si chéris. Où , dans les souveniis , son n(»m c roissait encore ! L'amour public lui rend ses anlKjues honneurs. Pour tons, d'un jour serein sa présence est l'aurore ; Le gymnase bcnii ses soins ré|)arateurs.

Pour raviver ces lieux , oîi s'instruit la jeunesse . V faire prospérer im s;ige enseignement . Une école est fondé»' . où ta voix, ô s;jgesse ! Monin» à former l'esprii . le ( (cui-, le jngcmenl. Puisse-t-elle remplir sa liante destinée. Et d'un peuple éclair»' ne jioint tromper les vœux ! Puissf^t-ell»' , en snc< «"'s . viii|i;iv,s(r son aînée (Itî), Oui iiCiit <|iriMi ( oiiri (•( |;ii dans nos jours orageux ! De nos pr<'nn«'r> s.ivans \ brillai«'nt les hiiniéres , I es Muscs V si»''^eai<'nt » oiiim»' sur llhli» «m

Des disciples nombreux suivirent ses bannières ; Mais d'École Normale elle n'eul que le nom. On y parlait de tout , excepté de l'art même , Malgré le vain projet d'en refondre les lois.

De bons maîtres, long-temps, la disette est extrême, Et l'école renaît une seconde fois.

Les précieux trésors des lettres , des sciences , Furent , de toutes parts , réunis dans son sein. Ses fils étaient dotés de riches connaissances , Et paraissaient répondre à son vaste dessein. Lui manquait-il , encore , un élément de vie , Puisqu'elle disparut en des jours plus heureux , Quand tous les cœurs brûlaient d'une sincère envie De diriger au bien leurs élans généreux ?

D'habiles professeurs aurait tari la source , Si l'on n'eût , sagement , du bel art de Rollin A de jeunes élus rouvert la noble course , Au gymnase fameux dans le pays latin.

Là , d'un mâle savoir poursuivant la carrière , Sous des maîtres profonds , dans un âge plus mûr, Us appreiment , ontin , au degré nécessaire , L'art d'un enseignement aussi savant que pui-.

Qu'ils entendent, surtout, l'aimable conférence (17) De (|uel(|uo bon do( leur dans la chaiie blanchi , Qui, joignant au savoir sa vieille expérience.

170 L*ÉDl.C\T10N.

Se stMl li'aulorilé , de venus enrichi !

Ministre du Seigneur, aumônier de l'école ,

Long-temps , il a de maître accompli les travaux ;

Sa bouche d'or ornant la divine parole ,

Nul n'offie autant de charme à des maîtres nouveaux.

Dans ces jours que l'on aime, au sein de la chapelle ,

Qui captive les yeux par son luxe sacré,

Un airain diligent , près de lui , les appelle ;

Sa voix grave , en leur àmc , a déjà pénétré.

Du grand art d'enseigner il leur peint la noblesse,

Ses austères devoirs , ses peines , ses douceurs ,

Et les soins vigilans «juil conunande sans cesse ,

Kt le ( iilie assidu tju'exigent les neuf Sœurs ,

l'oni- puiser, dans leurs arts, ces richesses de styles,

Dr niilir .liuiables (leurs assortiment heureux,

Dont il r.iiii ('mailler les campagnes fertiles

Qui fnmuiionl Irur miel à des essaims nombreux.

<( Le baireau , leur dit-il , la tribune , la chairr ,

» Deviendront les échos de vos màhs acceiis.

»> Que tout iu()rt<'l reçoive un secours salutaire

» De ceux (prauiont formés vos exemples puissans ! »

Il leur ;i|i|iteii(| m lire ,111 lund des jfMUie^ àuies, A iniiriiei- Ncis je lijm leiii-^ deuils passagcrs ; l'.ii elles. :i iiumiii- ijc veilueiises llanunes ; ï'.ir r«'*tude . il fixer leins goûts encor Ic'geis , Kl >oiis le joli;,' divin ;» s;i\(iir les n'-duiie.

Tel est de ses leçons l'intarissable cours :

C'est ainsi qu'il instruit ceux qui doivent instruire ,

Et les dons de la grâce ornent tous ses discours.

D'une autre bouche , encor, coule-t-elle , plus pure ,

La source qui féconde et l'esprit et le cœur ?

« Oui , s'écrie une voix : l'école , où la nature ,

» Par l'enseignement libre , a repris sa vigueur ,

» De l'antique méthode abjurant la routine ,

» D'un art plus excellent connaît et suit les lois (18) .

» Plus donc d'autorité , qui , seule , nous domine !

» Sur l'âme , la raison a reconquis ses droits.

» L'enfant, pour une aride et vaine connaissance ,

i> Ne perdra plus , ainsi , les plus beaux de ses ans ;

» Il n'arrivera plus à son adolescence ,

» Vide de vrai savoir et d'utiles talens.

» Ne recueillant des pleurs , des ennuis du jeime âge ,

» Que le cruel regret de n'être propre à rien ,

» A la hâte , il lui faut s'armer pour le voyage ,

» Quand on l'avait flatté de l'équiper si bien.

» Ainsi , ses bons parens , bien mieux que la patrie ,

» De son instruction présideront aux soins ;

» Et des progrès , en tout , la concurrence amie ,

)) Du siècle et des esprits répond mieux aux besoins. »

Quelle prévention a dicté ces murmures?

Eh quoi ! dans tous les arts vous l'emportez , Français ,

Et vous ignoreriez les routes les plus sûres

Oui imi^soiit vous coiuliiire à ces brillaus succès ! Ciraiids liommes , j'en apiielle à votre expérience : Ali ! vos sages «conseils seraienl-ils méprisés ! Vos trésors de vertus , de Uilens , de science , Dites, il tiuelle source ont-ils été puisés? \ Ons me répondez tous : « Dans les fortes éludes , » Où nous avons du beau pris les sévèi'es goûts , ►) Et des mâles vertus ces chastes habitudes , » Oui l'ciidiront nos noms immortels parmi vous. »

Pour renlance il n'est point de meilleure cidliu'e ,

Plus propice à tous grains , plus féconde en moissons ,

Qui lui fournisse autant <le siiine nourriture ,

Pour tout genre de vie , et pour toutes saisons ;

Va chafiuc jom- (|ni vient accroître nos lumières,

A de (('lie < ullure activé les progrès.

Nous avons, après eux, dû surpasser nos pères:

Ne chanf^'cons point lem* marche, el montrons-nous discret^

Si rcdiicalion p<-iit . liltrr ou domcsticpic , Sons les veux des |»;ir<'ii^ (|ii('|(piefois réussir, l/tl.il . seul , rcfiiicra sur Ic-iolc publi(|ue : (^' doiii.iiiir rs| le ^im , iiid ne doil l'cnvahii . Prnli.iil-il (If ses di'oils la noble jalousie':* La mère pourrait «loin d«''laisser ses enfans? I/«M(>le est de r('|;ii resp(''i-:mce el la vie : .Sur elle , il d<»il (i\ei- ses ieg:uds \igil;ms. S;ms cesse siu \eillri lis neiurs cl les miMhodes ,

Uniques élémens de ses prospérités.

11 ne livrera point aux caprices des modes ,

Aux calculs d'intérêt , le bonheur des cités.

D'animaux précieux il propage les races ,

Montre à mieux cultiver les présens de Cérès ,

De Flore , en ses jardins , nous étale les grâces ,

D'Apollon fait fleurir tous les arts , à grands frais ;

Et l'éducation de sa belle jeunesse ,

11 l'abandonnerait , sa gloire , son soutien !

Ce sol , dont les produits font toute sa richesse ,

Peut-il le confier h d'autre bras qu'au sien ?

Que deviendrait , aloi^ , la sainte garantie

Qu'il a promise à tous de leur sécurité ?

Sur l'ordre , sur les mœurs , sa vigilance amie ,

Quel gage n'est-ce pas de sa stabilité !

La patrie , à ses droits , à ses devoirs fidèle ,

De tout maître public doit donc régler la voix (19) ,

Offrir de chaque école un plus parfait modèle ,

Où vivent , mieux connus , Dieu , nos arts et nos lois.

(1) Où les vertus, les mœurs, l'ordre régnent sans cesse.

Ces conditions ne se rencontrent pas communément ; cependant elles ne sont pas aussi rares qu'on pourrait le croire. C'est dans les familles nombreuses que j'en ai vu le plus d'exemples. I,h doivent habiter, en effet , l'ordre et les bonnes mœurs. Je cln-ris siui^ulièrcmcnt le soutenir d'une famille où les cnfans n'claiont jamai'i punis, l.i- jh^re et la mère ne leur adressaient que de légires réprimandes , pour faire cesser leur bruit ou leurs querelles , les rendre plus dociles aux petites instructions qu'ils recevaient, selon leur âge ; ncais jamais de pénitence. A la vérité, il régnait dans cette maison une parfaite intelligence, une vie n'-glée , de pieux exercices, qui apaisent admirablement toute dissipation ; et avec une patiente indulgence , un peu d'adresse et de fréquens amusemuns , lout t'arrangeait au mieux. Les cnfans ne tutoyaient point leurs parens et ne les en aimaient pas moins. Cette trop grande familiarité détruit le respect. Cependant, de bons parens la tolèrent, comme laissant un plus libre cours aux senlimcns du cœur , aux doux accens de l'amitié. C'est une tendre faiblesse qui peut avoir, dans la suite, de graves inconvénicns. Trop de laisser-aller nuit à toutes sortes de liaisons , et amène souvent de tristes ruptures. Une certaine retenue, un Ion respectueux, en font le charme, et en assurent la durée.

(2) In rival qui lui p<'iil r.ivir li- i.in^ suproine ,

l.'émulalion ("st le grand mobile de ri'«liiration publique. C'est par la qu'Hle l'emporte kur l'éducation privée. L'émulation n'est ni l'nndiition . ni l'orfueil , ni la ranlté , ni la jalousie , ni l'envie. C'est un vif et noble M-ntiment qui «xcilc h bien faire , par la comparaison dr mm travail avec relui dr w-s énuilfs. Mais réiniilatinn ne peut exister pure de ce» défauts i|ut In tiMirbi-nt dr si pn-s , que dans un nnir religieux. \.i religion s«miIc peut donner a»»rt «le nwxb'slie et de générosité pour v wnr surpasvr san* ialoutir , ou jwur iurpo»<«r les autre» son» orgueil. <''st un grand elTori Mir «ol-roAme qu'une vertu »i pure 1 Je ne l'ai ob»er»i^" telle . que dan» un petit nombre des mnlleiirs élé»e«. Mais plu* ou inoin» combinée avec Ir»

passions qui l'avoisinent , elle est encore le moyen le plus efficace pour faire surmonter les grands obstacles qu'éprouve le développement de rintelligence. Car quel autre moyen peut-on lui substituer ? L'amour de la science ? Les enfans n'en connaissent guère que les amertumes. Sera-ce la nécessité du travail pour se faire une existence ? Ce n'est que dans un âge un peu plus avancé que les jeunes gens sont accessibles à de sérieuses réflexions sur leur avenir ; le présent est tout pour eux. L'espoir des récompenses, la crainte des punitions , le désir d'égaler ou de surpasser des camarades , voilà le grand avantage de l'éducation publique pour tons les degrés de force.

J'ai cependant fait, dans tous mes cours, une observation que je ne dois pas taire ici , c'est que certains élèves n'obtenant point les succès dont ils s'étaient flattés , leur amour-propre blessé se décourage , s'exaspère, croit à d'injustes préférences. Alors , ils s'abandonnent à la paresse , ou à la légèreté , deviennent ù charge au maîli'e , et nuisibles aux progrès de leurs condisciples. L'éducation privée n'est pas aussi sujette à ce grave inconvénient; impuissante pour exciter cette émulation qui vivifie, elle a, pour remonter l'esprit abattu , et tirer parti des plus faibles sujets , mille ressources qui ne peuvent ûtre employées dans l'instruction publique. Il faut beaucoup de vertu pour être le premier ou le dernier d'une classe , sans que le moral en souffre. Conserver la modestie et le courage, dans ces deux situations opposées, ne peut être que l'ouvrage d'une sincère et solide piété.

Tous les enfans ne conviennent pas à l'éducation publique. Lorsque , par le vice d'une première éducation , l'indiscipline est portée chez eux à un certain degré , ceite maladie ne fait que s'accroître par l'orgueil et la présence de nombreux condisciples , auxquels elle peut se communiquer. L'absencedes sentiinens religieux rend même les punitions sans effet; alors, le seul parti à prendre, est d'éloigner de tels élèves, de les isoler dans l'éducalion privée , où leurs mauvais penchans ont moins d'activité sur euxmêmes , et n'en peuvent plus avoir sur les autres. Un ou deux mauvais sujets peuvent perdre une classe. Leur maladie gagne les meilleurs ; et l'enseignement en souffre, malgré les efforts du maître le plus expérimenté.

(3) En baiinil les langueurs d'une indigne paresse.

lier pigrorum (/iiaxi scpcs spinariim, (Paii.)

(hi exagère l'empire de l'habitude. Quelque grand qu'il soit, on peut en triompher ; c'est un puissant motif d'encouragement pour ceux qui ont h vaincre un tel obstacle. Ne changc-t-ou pas les habitudes des animaux , des plantes mêmes, de la sensitive, par exemple , en l'enfermant , le jour, dans l'obscurité , et en l'exposant, la nuit, à la lumière? On change aussi leur couleur. La rose, grcIVie sur le houx, devient jaunr. l'no boutura'

triiortcnsia mso , i-li-\ii' duns uiie loriv nitUV' tlo cliailion rulvérisé, donne des fleurs bleues. Les procédés de l'éducalion opèrent des chanfrcmens semblables dans les habitudes et dans les raractt'res lie l'espèce liumaiDC ; mais il faut gagner le cœur ; tout ameDdenieol est possible avec la bonne volonté.

(4) D'un maître clairvoyant les aimables discours,

La première qualité du maître d'étude est cet œil pénétrant qui lit au Tond de ces jeunes cœurs. De In chaire où il siège , son action doit être continuelle sur la division qui lui est conOée. Sans bruit , son regard avertit , ranime ; il ne s'isole point , occupé d'une lecture ou d'un travail étranger à ce qui se passe autour de lui ; une telle incurie laisse décliner tout. Les élèves abandonnés à cu\-nièmes , perdent ou emploient mal leur temps, et, arrivant dans leur classe avec des leçons mal apprises , des devoirs faits sans application , et des explications non préparées , ils font le tourment du professeur zélé qui gémit des abus , sans pouvoir remédier au mal. Le maître d'étude , consciencieux et digne de ses importantes fonctions , surveille sans cesse , se promène , quelquefois , en silence autour des tables , donne un coup-d'œil aux devoirs , loue la propreté et l'ordre, blûme tout Las et doucement ce qui doit èlr»- repris, donnée l'oreille uu petit avis qui lire d'embarras un pauvre enfiinl qu'une dillicullé arrête et décourage ; il préside, surtout, à cette précieuse distribution du temps (jui est le principal élément dii succès et du bonheur. Un bon maître d'étude est l'ame de sa division ; il mérite l'encouragement des supérieurs ; et malheureusement c'est le dernier emploi. .Mettons chaque chose i M place. Si nous voulons obtenir d'heureux résultats , assurons-en la cause , et honorons cette magistrature populaire de la jeunesse. Le traitement du maître d'études devrait arriver, graduellement , à celui des pn)fesM'urs de première classe. Alors, on fixerait .'i son emploi celui qui s'en montrerait digne, en lui olant , par un avantage équivalent , toute ambition ira\anccment. On éviterait, ainsi, dans ces fonctions \itales, le très-grave inconvénient des fréquens n'mplacemens qui changent la faa- d'un pcnsiiiiinul , et peuvent fain- crouler un élabli«senunt , du f.iile même de sa prospérité.

i r>) Quels étonnans profrrès l'unité dr inclliode

Tant qu'existèrent les congrégations enseignante» , la méthode de l'i nsriKneiniiil fut h peu près la même. La révolution cbnngcu le» iilé<H dans le* M-ienct-set le» art» comme dan» la politique , et l'on vil de nombreux r<»ai» de diaérenle» m.inirre» d'enseigner. Celle fermenlalion géuerule di s eftpriU , celle ardeur t\<- m- frayer de» roule» nouvcllo , dut ronduiiv .1 de» dérouTcrt«t qui llxèrcnl Inllrnlion. I.e grand noinlm ilèilucalitHis parliruliêrni qui iC fitaienl alor» , et d'élalili»««-miiis ipii s'ele»aienl , de lou»

côtés , ouvrirent un libre cliamp ;uix divers procédés qu'il plut à chacun d'adoplcr. Tous curent des partisans. Quelques espérances se réalisaient heureuseitent ; un plus grand nombre furent déçues. Cependant , l'observation et la comparaison s'étant établies, les bons esprits, éclairés par l'expérience , surent apprécier les méthodes, et discerner les vrais perficlionnemens d'avec ce qui n'en offrait que la trompeuse apparence.

L'Université fut créée, elle réunit tous les établissemens d'initruclion épars et languissans. Cette grande création caractérise le génie qui gouvernait alors la Franco. Son autorité absolue, dictature militaire, apporta le seul remède efficace à la dissolution sociale, la centralisation. Au milieu de guerres sanglantes et de victoires qui moissonnaient une partie de la jeunesse, il sut profiter de l'incroyable activité des esprits, pour les mettre en état de servir sa gloire, en les appliquant aux hautes études qu'il releva par une noble institution, capable de leur rtndre leur ancien éclat.

Les hommes éminens (jui composèrent la tète de ce vaste corps , rappelèrent dans son sein les saines doctrines qu'on avait trop négligées, et s'attachèrent, surtout , ù faire revivre l'unité de méthode dans tous les collèges, qui commencèrent alors à sortir de leurs ruines , ce qui n'empêcha pas de continuer de faire divers essais dans le dessein de perfectionner l'art. Mais l'unité du pouvoir enseignant , donnant aux éludes une même direction , ne mettait en circulation que la monnaie marqué*; au bon coin. Les nouveautés éprouvées ne furent admises qu'avec la plus prudente réserve ; les améliorations suivirent la marche naturelle de toutes choses ; et l'ensemble qui présida à leur lente gradation , les fesanl goûter peu à peu, en assura le succès.

L'unité de discipline consacrée par de sages réglemens, modifiés au besoin par l'expérience, contribua beaucoup à celle unité de l'enseignement ; les instructions répandues par les recteurs dans toutes les académies, les bons ouvrages adoptés ou recommandés par l'Université , et enfin les examens , furent de puissans moyens pour propager partout le môme esprit, et donnera l'émulation des maîtres, pour qui l'enseignement devint une profession fixe et honorable, une impulsion forte et continue. Je me plais à m'arrèter sur les examens , parce que , bien faits , ils sont le grand mobile des études, les préservent de cette langueur mortelle , où elles tomberaient inévitablement sans ces commotions salutaires , qui , tx certaines époques, raniment maîtres et élè\es , et les portent, spontanément*, à redoubler d'efforts pour recueillir les fruits de leurs pénibles travaux. Les anciennes éludes ne manquaient pas de ce mobile ; il ne me parait pas sans utilité de le comparer î» celui qu'on emploie aujourd'hui. Je puis juger de l'un et de l'autre , ayant passé par leurs épreuves. J'en parlerai avec une franche impartialité, et dans le seul intérêt des études.

J'ai vu les Pères visiteurs de l'Oratoire; giavde est certainen ont la

1 78 SOT F s

HiDTéroncc de leur conduite et de celle des inspecteurs unÎTeriilairos , quf'iqu'épaiement louable pour rintrntion et le but. Ce rapprochement est curieux, et siîtnale bien le caractère des deux époques. Les uns s'occupaient spécialement de l'éJucation ; les autres ne songent guère qn'."! l'instruclion. Le Père visiteur arrirait-il ? Une messe, plus solennelle que celle de chaque jour , annonçait sa présence. Il oOiciait , et ces augustes fonctions le rendaient vénérable , et disposaient à écouter ses paroles avec un saint respect. Il se présent>iit dans nos classes , accompagné des plus anciens de la maison. Sa présence ne nous fesail point trembier. Quelle noble douceur, quelle dignité calme respiraient sur le front du Père Duvivier ! Une grftce céleste semblait émaner de ses yeux îur chacun de nous qu'il considérait tour à tour , pendant que le Père Barthélémy , notre professeur de seconde au colK'ge de Tours ( neveu du célèbre auteur ù'j^nacliarsis ) , le haranguait en latin. Son discours élégant , orné d'un débit simple et accentué , était, pour nous, un modèle de ce style pur et harmonieux, qui fait, à la fois, les délices de l'esprit et du cneur. Il était compris et senti de tous. C'était une excellente Iccnn-pratique , et qu'on ne soupçonnait pas itre une leçon. Les meilleurs de la cla>;se expliquaient ensuite quel(|ues morceaux , et la séance se terminait par un f'orydon , petite pastorale en vers latins , dont le sujet était toujours un événement intéressant de l'époque et même du pays. Le Père visiteur fesait entendre peu de paroles , donnait quelques encourageroens , quelques exhortations tendant à exciter l'éraulation des élèves , et îi les porter à la vertu. Ces visites étaient rares , aussi leur influence sur les études était peu sensible.

Il n'en était pas «le même des exercices publics. Il est certain qu'ils excitaient une vi\e émulation parmi les bons de chaque classe, qui , seuls , y étaient admis. Les faibles étaient , idors, presque entièrement laissés de cAlé ; on ne s'occupait plus que de ceux qui pouvaient faire honneur & l'établivsement et à eux-niémci.

l'n petit drame, ou un entrelien sur quelque partie des études , était l'ornement de ces séances. Ceux qui y figuraient en retiraient l'avantage d'être exercés à parler distinctement , avec accent, et prenaient quelque habitude de se prév^nter en |)ul)lir. Mais un grand abus s'était introduit , c'isl que les interrogations pouvaient élr»- roniniuniquées , et (lu'alors les répnndans brillaient à peu de frais. A lu vérité , il n'en était pas toujours nin«i ; rt , irnilleurs , le» longues préparations qui s»* fesaient de toutes les matières de l'exercice , mettaient lr«s l)ons élèvi*s m état de bien satisfaire aux questions , et re lra\nil devait nécessairement contribuer beaucoup * leurs projfn'-s.

Aujourd'hui, le» moyens employés pour propager l'unité de méthode, pour rxrltrr l'émiilatinn et améliorer les études , sont il'une utilité plus réelle . pUu Rénérule, I j Inurnée de l'in^perteur «ra(a<lémic corn-

prend tous les coîL-ges, sans en excepter aucun, et même toutes les institutions. L'examen du principal a eu lieu d'abord , à l'époque du milieu de l'année , fixée par le règlement. Aucun élève n'a été oublié. Des notes exactes ont été prises sur tous et envoyées à l'académie. L'inspecteur arrive plus tôt ou plus tard , mais il ne manque jamais. Muni des notes de l'examen qui précède le sien , il en vérifie l'exactitude. Tous les élèves , ou au moins la plus grande partie , passent à son interrogation ; de sorte qu'il peut avoir la mesure de la force des élèves comme du maître. Cet examen ne peut guère être assez approfondi , le temps ne le permet pas , d'où il résulte que si les élèves, après de grands frais de travail pour se faire honneur, ont été peu ou point interrogés, ils pourront bien ne pas se donner tant de peine , une autre fois. Cependant , chacun d'eux espérant ou craignant l'interrogation , le plus grand nombre , stimulé par le zèle du maître , qui n'est pas moins mis en jeu que les élèves , se tient sur ses gardes. L'examen , ainsi rendu profitable , a , sur les exercices publics, l'incontestable avantage que les questions n'ont pas été communiquées; mais l'épreuve n'est pas, pour cela, toujours certaine. Tel bon élève se trouble , et répond mal sur ce qu'il savait bien ; tel élève médiocre , mais plus hardi , se tire bien d'affaire ; de là , des appréciations défectueuses. Le maître souffre, et peut craindre qu'on ne rende pas toute justice à son zèle. Il doit donc tirer sa force et sa patience d'une source plus élevée , et savoir supporter des échecs qui ne sont pus d'ailleurs sans remède, O quian bon inspecteur , à la vue pénétrante , aux regards à la fois graves et bienveillans , suflisamnient instruit dans les diverses parties soumises à son examen , plutôt que spécial dans une seule , inaccessible à l'irritation qui paralyse tout , et dont la parole , toujours calme, lucide et prudente, aide l'élève à montrer ce qu'il vaut et insinue au maître des améliorations utiles; qu'un tel homme , dis-jc , est précieux pour l'instruction ! Que sa présence dans une classe y peut faire de bien , surtout s'il ne se borne pas à la science seule , et que la partie morale , qui en est la base, soit le premier objet des observations que lui fournit en abondance l'explication des auteurs 1 II ravive , parmi les élèves , le goût de la vertu comme de la science , accomplit sa mission tout entière , contribue puissamment aux progrès de l'esprit humain, et mérite bien de la génération soumise à son action fécondante. Tels ont paru parmi nous le spirituel M. Mazure, le judicieux M. Delisle, le savant M. Legrand , et d'autres d'un égal mérite. Arrivent MM, les inspecteurs généraux qui, à leur tour , vérifient le travail de tous. Une haute et mCire instruction , une prudence consommée , doit être leur partage. C'est à eux qu'appartient de juger l'ensemble d'un établissement , tant pour l'enseignement que pour le matériel , d'améliorer les méthodes dans leurs entretiens avec les maîtres r<'unis , en indiquant les progrès obtenus par l'expi^rienre. II ne ^s'.iRit pa<

1 80 NOTKS

là d'une barangue ou d'un Coryilon ; ils voiil au fait , se font présenter te devoir du jour, culendent les meilleurs élùvcs , s'cnquif'rcnt do l'ordre que l'on suit , font faire la classe au niaitre , qu'ils jugent en niî'tnc temps que ses élèves. Voili ce qu'on peut appi-ler du posiiif. J'ai passé par celte épreuve, pour la preuiicre fois , en 1812 ; le collège du Mans commença alors à être visité par des inspecteurs généraux ; ^IM. Rendu et Lcfcbvro- Gineau s'en acquittèrent avec autant de sagesse que de discernement. Ils établirent l'allirnat entre les deux professeurs de seconde et de rhétorique. J'ai éprouvé qu'il était avantageux aux élèves de faire ces deux cours sous le même maître ; j'y trouvais, aussi, de l'avanlage pour le maître lui-même.

Il serait peut-être utile qu'un professeur , après un long exercice , offrit un résumé consciencieux , non de tous hs examens qu'il a vu subir h ses élèves , mais des différens procèdes qu'il a vu employer pnr les examinateurs , avec quelques réflexions sur ceux dont il a obst^rvé les meilleurs effets pour le progrès des études; mais je n'ost^rais remplir celle lùrlie délicate. Les remarques que je vais nie permellre ne poii\ent tirer à conséquence. J'ai exposé les a^antagos et Us inconvéniens des examens ou exercices publics. Dans les examens particuliers, surtout ceux des classes nombreuses, lorsque quelques élèves seulement étaient interrogés, il arrivait ( et cela devait être ainsi ) , que ceux qui ne l'avaient pas été , se relâchaient du travail nécessaire pour l'examen suivant, qui leur paraissait pi u redoutable; tandis que tous étant inlerrogès,^omme cela se pratique , depuis que les examens de la moitié de l'annt^ ont été établis , les bons espèrent l'encouragement , et les mauvais craignent le bUnie. Les uns el les autres , assurés de ne pas prendre une peine inutile , sont excités à soigner, autant qu'il est en leur pouvoir, la révision des matières de l'examen (pie doil faire le principal, puis l'iivspecteur d'académie.

Le procédé suivi par les inspecteurs généraux , doil différer «le celui des examen» précéden», principalement dans no^ collèges communaux, auxquels ils ne peuvent consacrer que peu de temps. Leur haute mission est de roiirialtre , en résumé , la force des études de cliaqiu* éInblisM'ment , et de la manière d'enseigner qu'on y suit. C'est pourquoi , les uns sr Iwmenl ft interroger trois ou quatre des nieilleurH élèves sur I» s m.ilièret qui ont été »ue» ; d'autres font faire la classe au maître m leur préw-nce. Quelquesuns prennent la classe sur le fait, cl s'emparent de la correction du devoir qui r»t & l'ordre. Leur arriuV étant imprévue, rien n'a pu êlre préparé ; cr moyen e*l donc excellent pcitir u>ir le cour» tel qu'il est ; car un l)on élève, interrogé inopineminl sur un endroit pris au hasard, dans une partie qu'il a déjà p<rdue de vue ijepui'» avui long-tenip« , peut ne pas retueillii luuri promptenieiit vs idées, w troubler, s'inliniidrr, et, loul bon élèt

DU NELVIËME CHANT. i81

soîl-i!, donner de lui et de sa classe, dans ce moment fâcheux, une opinion défavorable , non méritée. Le devoir du jour n'a point cet incon- Aéniont, et fait connaître la vérilé.

Je me rappelle avec plaisir la visite d'un vieillard nommé Deluynes , qu'on nous dit n'être point du métier , et qui , dans toutes nos classes , s'acquitta parfaitement de sa mission. Après diverses interrogations , il se fbsait apporter une des compositions déposées dans les cartons du principal , et dont il avait désigné la faculté. Il examinait ces copies avec une allcntion clairvoyante et rapide, fesant, sur les meilleures, des observations critiques fort justes, soit en les lisant lui-même, soit en les fesant lire aux élèves. Un autre inspecteur général entre uu jour dans ma classe. C'était un jeune homme , nommé Dutrey. Que faites-vous , en ce moment , me dit-il ? — Nous corrigeons un discours latin. — Voyons cela. Il prend la copie , s'approche de l'élève , nommé Blanchard. Il lui fait lire ce devoir , et, voyant qu'il s'en acquittait avec intelligence, iU'arrêlait souvent, soit pour lui adresser des questions sur les préceptes de l'art et leur application, sur la philosophie, qui est l'àme de l'éloquence; soit pour lui faire des objections critiques sur les défauts de son style, ou l'impropriété des expressions, objections auxquelles l'élève répondait , quelquefois mûme pour défendre son œuvre , avec une libre aisance qui lui en attiraient de nouvelles , l'inlerrogaleur l'encourageant et le mettant à son aise avec une aimable indulgence. Puis, l'ayant fait asseoir avec un témoignage de satisfaction , il se tourne , tout en se promenant dans la classe , vers le banc du premier, alors occupé par un pensionnaire, nommé Fleuriot, à qui il demande de lire le même devoir ; et, entendant le même sujet, traité d'une manière toute différente , il vit que les élèves n'étaient point astreints à suivre servilement leur matière , et qu'on les formait à développer leurs propres idées, en s'idcntiGant avec le sujet. Il engagea donc, dans une nouvelle analyse oratoire, une argumentation semblable à celle qu'avait soutenue le précédent ; et , dans cet entretien familier , qui lui montrait l'intelligence du répondant , il eut l'art de le faire manœuvrer sur toutes les parties de la rhétorique , et de lui fournir les occasions de faire valoir plusieurs notions diverses , qui lui donnèrent la mesure de notre enseignement.

Je conserve, encore, l'agréable souvenir de la visite de M. Laurenlie, qui, en fesant expliquer les auteurs, appuya sur les idées religieuses qui s'y rencontraient. Dans ses questions sur l'art de bien dire , entendant que nous en signalions les principes religieux, comme la principale source , il insista spécialement sur ce point par des motifs qui excitèrent un vif intérêt, et laissèrent une impression profonde, dont le reste do notre année se ressentit avantageusement. Je ne dois pas oublier que , dans la réunion que font ordinaircKicnt les insiicclcurs généraux de tous ks maîtres , pour

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connaître le personnel de l'établissement et faire les observations générales qui leur paraissent utiles, M. Laurentie, apprenant qu'il y avait un musicien parmi eux, m'honora de sa visite. Quel fut mou étonnement, quand je l'entendis préluder sur le piano en savant harmoniste, et se tirer habilement des partitions que je mis sous ses yeu\ ! Nous passùmes plusieurs heures délicieuses à faire de la musique. Rien n'est égal aux senlimens de bien- Teillancc qu'inspire le doux commerce des arts, d>: la musique surtout , qui fait mieux connaitre le cœur. J'ai regretté que l'L niver^iilé ait perdu cet amateur distingué , qui aurait pu concourir à encourager le bon enseignement de cet art dans les collc-ges, ù en faire sentir TimporLince dans l'éducation. Grâces au goût des bonnes choses qui s'accroît chaque jour , les forts an)afeurs de musique commencent à être n>oins rares dansl'L'ni- Tersité. Quand un savant du premier ordre , tel que M. OrDla , a fait admirer son beau talent dans toutes les villes où l'ont appelé ses missions médicales, qui pourrait, d'aprî-s un si célèbre exemple, ne pas ambitionner de joindre à la science un si précieux orneinoiit !

0$erai-je former ici lo vœu qu'une opération aussi décisive qu'une inspection , pour le succès des études, soit rendue solennelle par la majesté d'une cérémonie religieuse, et l'imposante dignité du costume ?

Tout ce qui est important parmi les hommes, et spécialement dans l'éducation de la jeunesse , ne devrait-il jjas se faire sous les auspices de la religion , qui seule peut en assun'r les b«)ns fruits ?

Si la raison et l'humanité nous ont dissuadé d'agir sur In jeunesse par la crainte servile des punitions corporelles, ne doit-on pas f-tre Soigneux d*v substituer tout ce qui peut la frapper d'un saint respect , cl assurer le développement le plus avantageux de ses facultés intellectuelles?

(le qui peut contribuer fx'aucoup au perfectioiuienu'iit des méthodes et à leur unité, c'est un bon journal d'instrurlion publique, où les gens du métier puisent uix- foule de précieux dorumens , ou d'excellens résumés srienti(i(|ue5 et littéraires qui leur sont d'une grande utilité. Cette voix . (|ui «G fait entcodne de toute la grande famille enseignante, met en commun tes biens, ses richesses , l'anime d'une même pensée,

(6) Sp8 statuLH ra.vM'mbIrs ne sont-ils pas iio rode ,

r.'est un Ix-.ui nom que relui d'Université ! Il embrasse tout le domaine de Tt-^pril humain , toutes le^ branches «renseignement. Les ennenùs de ITuiTersilé arriitcnt M«» r^-glemi-ns d'être un chaos. Que l'on *e n*porle au Irrop» ou ri niwrsité fut créé**, SI l'homme puissant qui tira la France de l'anarchie , avait m le génie pociAquc aussi bien que le génie guerrier, il aurait porté fi un tn-s-haul degré de perferlinn une inslilutinn qui fui wui plus M ouvrage |»onr Ir rétablisM'ment de l'ordre. Mais son rxlravag«nlr ambition n jrl»- h Fr.inr< Huns des position^ si diverses, qu'il n tHt

DU NEl\!ÈME CHANT. 183

impossible que les réglemeas universitaires ne s'en soient pas ressentis. Toutefois , sa législation , tirée au clair , par un membre du conseil royal , * habile jurisconsulte, olïre une grande sagesse. Les réglemens qui concernent les étudesontété dictés par l'expérience. Par exemple, celui qui prescrit, en rhétorique , d'exercer les élèves, chaque semaine, sur autant de devoirs </ic<c« qu'il y a de facultés, est excellent dans la pratique, parce qu'un bon choix de devoirs dictés devient, par une variété non capricieuse, mais bien ordonnée , des diflërens genres de composition, uu sûr moyen de progrès. De l'organisation et des réglemens du corps universitaire résulte son esprit , qui ne doit pas être le même que celui des autres administrations. Quoiqu'il y ait du rapport , pour le matériel , entre elles et l'université , une différence très-grande existe cependant. Si un désir d'honneur , d'avancement et de bien-êlre , est commun à tous , la haute mission du corps enseignant y doit entretenir ce noble esprit des lettres , sobrement désireux des avantages temporels qui ne constituent que la moindre partie de l'existence d'un membre de l'Université. Sans préfendre être le sage d'Horace qui regarde l'or oculo irretorto, il ne partage point, cependant, la cupidité de la foule qui se rue avec fureur sur les richesses et les dignités. Modeste dans ses désirs, autant que borné dans ses besoins, il vit d'une autre vie quelamullitude, et tire la plus grande partie de sa félicité, de la culture de ce beau domaine de l'instruction, qu'il est appelé à faire fleurir au profit de la société. Il lui forme des citoyens vertueux et instruits , auxquels il doit l'exemple de ces vertus qu'il leur a enseignées avec la science. C'est d'une source si abondante et si pure qu'il tire principalement sa joie et son bonheur. Mais une honnête existence lui doit être assurée pour le temps du repos , qui est souvent celui des infirmités, tristes fruits d'une vie si laborieuse.

(7) Proscrit l'indigne abus , l'indécente rigueur.

C'est une question que j'ai entendue souvent agiter parmi les personnes expérimentées dans l'éducation de la jeunesse. Quelques-uns croient, encore, que les punitions corporelles sont nécessaires, mais qu'il faut les employer avec une sage mesure. Voilà ce qui est presque impossible. Il y a des caractères dont l'indocilité et l'extrême légèreté rendent les difficultés de l'instruction si irritantes, il y a des momens si malheureux , que le maître le plus patient ne peut répondre de sa modération, et que si tout ch;Himent corporel ne lui est interdit , des scènes déplorables surviennent et excitent en lui d'amers repentirs par leurs suites fi^chcuses. J'en ai appris , j'en ai > u de trop tristes exemples, pour que je ne sois pas convaincu de la sagesse du règlement qui défend au mailrc d'employer un moyen qui l'avilit. En un mol, la verge n'est plus dans le goût moderne. 11 faut chercher de?

" M, Rendu.

1 s \ NOTKS

équivaU-iis, el tloiiiior ù ce m >l acerbe un sens plus approprié à nos mœurs. Le maUre , obligé de se |)Obséder , trouvera , dnns le calme de sa raison , d'aulrrs procédés pour faire germer et fruclifier ses semences. Une douce rosée f.iil croître la moisson naissante, rond les pui-rots rians ; la tcrop^Hc les dévaste, en fait un spcclarle hideux , aflligeant pour nos yeux.

Confirmons ces réflexions par raulorilé décisive d'un grand maître. Voici ce que dit Quintiinen ( Liv. 1 , cli. 3 , de l'Instit. de l'orateur ) : • Il y a une chose que je ne puis souffrir , quoique l'usage Taulorise , c'est de fouetter les enfans. Ce cliilimenl me parait bas et servie, et il faut convenir qu'à un autre ûge, ce serait un affront cruel. D'ailleurs, un enfant mal né, qui n'est point louché de la réprimande, s'endurcira, bientôt, aux coups, comme 1rs plus vils esclaves. Si vous n'avez pas d'autre secret pour le réduire , étant enfant , qu'en ferez-vous quand il sera grand , etc. ? »

Le Haiio ftudiorum dit que le maître emploiera avec plus de succès les moyens d'encouragemcns , que les chAliniens : • Qiiod spc honoris ac • prirntii , mctiique dedecoris , facUlus quàm lerlifrilms ronscqiietur. ■

Je parle ici des élèves des colléjïcs qui appartiennent i"» la classe civilisée. Quant aux cnfaus qui fréquentent les écoles primaires où ils sont si nombreux , et où il est si difficile el si nécessaire d'établir , par la crainte , une bonne discipline , ji- sens que des enfans , pour la plupart , grossièrement é!e\és, peuvent uvoir liesoin, parfois , de qm-hiues chfttimens qui ne bli'sM-iit point la décente. J'en ai vu des exemples que je n'ai pas osé blâmer. Mais, plus ils sont rares, plus ils produisent d'effet. L'ascendant d'un maître qui peut s'en passer, l'inldligenre ingénieuse it trouver d'autres moyens, sonl des dons duciel, bien précieux dans l'éducation delà jeunesse.

(8) Li doiilfiii iia|»iii<Mi(l lien : cst-co dans los tt'rtmi's ,

• Mais, peut-nn répondre, la ciainle de la douleur force îi l'allention qui Psl le moyen indispensable pour apprendre. • Sans dissimuler ici que de graves , rpie de saintes autorités, mainliennnni la nécessité des punitions corporelle» ( noii mltlrnhrrr à piirro dUriplinnm, Si cnlm perriistrrit fiim tirfiii , non morietur. l'nov. ) ; que mém" des philosoplu*s , d'une morale Irit-reli^cliée , en ont fait le principe de l'éducation ; sans blftmcr l'emploi modéré que de» lionnnes sapes en font, (|ui Iquefois, dans les écoles, je penche luuiouro , ù raiiM" du danger d'im pareil moyen , pour que l'on y supplée pjr d'autres plun en rapport avec les mo-ur» netuelles. Les longm-s t.Vhes que l'on donne en punition sont encore un mauvais moyen , quand elles u'onl pn* un but d'utilité, ou qu'elles ne sont pas dan< une proportion ronven ible. (> n'«-*t pas une rhoM- facile que de trouver ce qui convient , que d'iri»pirrr In rriiiiite , »;ini ne mettre en colère (' iniK-trriùii ri iio/iVr pirritr»), que d'obtenir une Imoni- iliMipline , qui eut le pien>i<'r besoin de 'iMil rnseignemenl. Le» h<<nlnle^ qui sâvcni l'inspiier sonl rares, cm

DU NEl VIÈML CHANT. 185

Pcxfculioii maiéricUe des léglemens est insuflisanle. Il faul parvenir ù régler l'iiilérieur, pour assurer l'ordre extérieur, qui, sans celle condition, n'est qu'un vain fantôme de discipline.

(9) Ordres religieux, que regrette le sage ,

Ces ordres, si précieux pour l'éducation de la jeunesse, étaient, encore, des barrières par lesquelles la société était défendue contre l'invasion des mauvaises doctrines. Ils avaient un esprit, une conscience inflexibles. Il fallait les renverser pour bouleverser. L'art d'enseigner était devenu par eux une profession sainte ; ne l'cst-il pas encore ? Cette pensée est au fond de la conscience de tous les gens de bien , en état d'apprécier les conditions d'un bon euseigiiement, dont la première est une vie de paix, retirée du trouble et des embarras du monde.

(10) Quand de l'impiété le funeste génie ,

Toute la jeunesse de celte époque fut séduite par les doctrines pernicieuses d'une philosophie qui llattait , alimentait ses passions. Puisse la terrible histoire de tous les malheurs qu'elle a éprouvés , garantir d'un pareil sort la jeunesse de l'époque actuelle , par une éducation qui la protège contre toutes les illusions, dont un si i^rand nombre de jeunes gens ont été et sont trop sou\ent encore les tristes victimes! Un homme sage a dit ces remarquables paroles : « A mesure que la fermentation s'apaise , l'esprit des bonnes doctrines surnage et s'étend. »

(11) Celle qui vit le jour dans une honnête aisance,

Deux choses sont à considérer dans l'éducation des enfaus qui appartiennent à des familles, qui n'ont que de l'aisance par le travail et une , sévère économie , c'est que cette éducation soit bonne , peu coûteuse , et appropriée à leur condition. On trouve ces deux grands avantages dans les maisons des Dames de la Providence , el dans les divers établissemens des sœurs. Les jeunes personnes , accoutumées à une tenue propre cl modeste , n'y puisent point le goCit de la parure cl du monde. Lllcs y sont exercées à toutes sortes d'ouvrages, et, cepi-ndant, celles qui ont quelques dispositions pour les arts , en peuvent aussi recevoir de très-bonnes leçons. De telles élèves deviennent d'excellentes mères de famille, dans la condition la plus heureuse de toutes, celle qui jouit d'une honnête médiocrité.

Le grand avantage de Téducalion des maisons religieuses , c'est la discipline, garantie par une règle que doivent maintenir, invariable, des maîtresses qui , ne travaillant point par un motif d'intérêt personnel , ne sont point assujetties à certaines exigences. Celte bonne discipline est le poinl (■■senliol dans l'édiiralion des deux sexes , mais plus encore de celui des deux qui doit être soumis à l'autre , et dont on doit réprimer ,

a«ec \e plus de io\n , les caprices de la volonté , et cultiver tes douces \erlus, |K)iir son bonheur et celui de la famille.

Trois dos quatre paroisses de notre ville , possèdent des écoles do Sœurs , qui ont , avec des classes pour les pauvres , des pensionnais où les jeunes personnes , de médiocre fortune , reçoivent une éducation solide et convenable à leur condition. Ces bonnes Sœurs , par un bienfait de la Providence, se sont multipliées , par toute la France , sous diverses dénominalionî. Dans les campagnes , elles joignent, quelquefois , ù leur enseignement le gouvernement des malades ù domicile. Il s'en est même établi , au Mans, et dans plusieurs >illes, qui se li\rent spécialement à ces charitables fonctions.

(12 Dames du Socré-Cœur , qui' du riche la fille

L'éducation est trî-s-soignée dans ces maisons , qui reçoivent les enfans des classes les plus aisées. La bonne musique y est cultivée avec un zèle particulier; elle y fait l'omement de l'ollice divin. Je n'en ai point entendu qui m'ait flatté davantafre et qui prouve un meilleur enseijniemenl que dans la chapelle du Sacré-Cœur de notre ville. Des voix d'une justesse et d'une pureté parfaite, y donnent une evpression anpéliquc à des morceaux d'une evcellenle écolo. Accompagnés par un orpue, dont les doux sons se marient admirablement avec ces voix célestes , ils vont 5 l'ùrae qu'ils remplissent d'une joie divine. Rien, sur la terre, n'est plus délicieux que celte musique sacrée. Il faut , pour la sentir et la bien rendre , le recueillement de ces saintes et paisibles demeures , où la jeunesse puise les douces vertus qui viennent purifier la vie sociale.

Le Sarré-Co'ur du Mans a quatre classes très-nombreuses do petites filles pauvres, qui apprennent non seulement à lire et écrire, mais qui sont encore exercées aux ouvrages d'.iiguillo.

(l.T) Vous avez reparu , Frores de la Doctrine ,

On doit regretter qu'il n'y ait pas de pensionnats dans toutes les maliens des Frères. Quel bieiifail eu r«-ce»rait la classe un peu aisée, qui ne donne ù m-s enfans que l'éduralion niVessaire aux aris et métiers 1 Quelle tource d'aisance et de |)rospérilé pour re.s établivsemens ujèmo , (|ui se multiplieraient et se soutiendraient bien plus facilement !

Les Frères de Saiut-Joseph , récemment établis au Mans, ont ud pcotionnal déjà nombreux. C'est une heureuse idée que d'ouvrir aux enfans d'une Diédiorre fortune, uni- niaivin qui reniplace pour oui la maison p^tiTuelle. Oite mjiM>ii , niluée près la roule de Paris, a pris, »ou> la dirertion de M. rat>l><- Moreau i dont le lèle a\ail dej.'i obtenu un iti pmmpi saco'-t dan* l'HahliMenu'ul du Don Pasteur ) , un accroisscmeiil riiraordinairc. C'e^l uni- venlulile croie normale d'm»rigneniriil primaire, dont les sujH* «onl demandés de lou« nMe< , d'<iprè« l'opinion f.itorable

qu'en ont donnée ceux qu'elle a déjà fournis à plusieurs communes, même éloignées de noire département. Heureuse concurrence que celle des instituteurs laïques et des Frères 1 Elle assure la prospérité des uns et des autres.

Les écoles normales, établies dans chaque chef- lieu de département, en vertu de la loi nouvelle sur l'enseignement primaire ( si elles sont partout organisées et dirigées comme celle du Mans ) , peuvent fournir l'heureuse espérance que l'instruction populaire aura pour garantie l'éducation religieuse , sans laquelle elle deviendrait un iléau , au lieu d'être un bienfait.

(14) Des soutiens de la Foi , par un jaloux silence ,

Les écoles ecclésiastiques qui reçoivent dans leur sein un grand nombre d'élèves, que leurs parens ne destinent point au sacerdoce, rendent le plus grand service aux familles qui ont à cœur d'éloigner leurs chers enfans du commerce d'un monde corrupteur. Qui oserait les blâmer d'une si tendre sollicitude ? Cette éducation est peu coûteuse, et doit otTrir une sûre garantie sous le rapport des mœurs, deux points essentiels pour des parens sages et peu fortunés. La concurrence de ces écoles ne peut, au reste, qu'exciter l'émulation pour améliorer ou maintenir la partie morale de l'éducation dans les autres établissemens.

(15) Son plus cher intérêt , c'est la rivalité.

Que serait l'éducation publique avec un seul corps laïque , à qui elle serait exclusivement confiée ?

Que serait-elle , dirigée par un corps ecclésiastique seul ?

Cette double question ne peut paraître diflicile fi résoudre pour tout isprit juste, impartial , sincèrement ami du bien. Dans ces deux hypothèses, l'éducation serait languissante, incomplète. Les raisons en sont si sensibles, qu'il est inutile de les déduire ici. Quant au personnel des maîtres , il est évident que si le corps enseignant ne pouvait être qu'ecclésiastique , une foule de jeunes gens, sans vocation pour un état si saint , s'y engageraient pour se faire une profession , et que de-là naîtraient de grands désordres ; si, d'un autre côté, le corps enseignant était tout laïque, il ne présenterait plus les garanties nécessaires pour l'instruction religieuse, qui doit être appuyée par des exemples. La tiédeur, l'indifférence , le respect humain, finiraient par la perdre. L'ordre actuel est, selon nous, le meilleur qui puisse exister. Les écoles ecclésiastiques et les collèges doivent se communiquer, sans jalousie, une noble et réciproque énmiation , pour les mœurs comme pour les sciences. Les Ecclésiastiques employés dans les collèges doivent y produire beaucoup de bien par l'inlluence de leur miuistère , leurs bons exemples, et les rapports de confraternité qu'ils éta-

blissent ciilrc deux corps cnçeignans qui , quoique dislincls, n'en forment, ccpendaul, qu'un seul pour la doctrine. Parlons avec la franchise consciencieuse que commande une aussi grave matière. Un chef ecclésiastique, qui connaît bien l'enseignement et l'administration, prudent, conciliant, inspire plus de confiance ; il s'adjoindra des sujets plus recommandables ; son aumônier aura plus d'influence , cl remplira mieux ses devoirs. Ses maîtres d'études , jeunes ecclésiastiques , ou jeunes laïques vertueux, seront soutenus, écoutés, sans craindre le ridicule. Le mouvement moral et religieux élant donné par le chef, entraînera tous les fonclionnaircs; ecclésiastiques et laïques n'auront qu'un môme esprit, c Les écoles eccléMasliques se maintiendront sans doute, a dit quelqu'un, un peu par l'esprit contraire à l'Université, un peu plus encore par le bon marché de la pension, mais beaucoup par le désir bien naturel dos parens de placer leurs enfans là où ils les croiront le plus en sûreté pour les mœurs et les princii)e« religieux. » C'est aux collèges à présenter K^ mêmes garanties dans leur organisation mixte. Ce qui doit donc assurer Ij prospérité des uns et des autres établisscmens , ce sont les bonnes études jointes aux bonnes mœurs. Là , où l'une de ces deux choses viendra 5 se perdre, l'école périra. Les écoles ecclésiastiques n'abuseront point de leur indépendance pour se iTliclier sur l'élude des langues anciennes et des sciences. Si les éludes faiblissaient quelque pari, c'est dans les établisscmens ecclésiastiques qu'elles de\ raient consener toute leur force , car c'est là que les bonnes doctrines et les traditions doi>ent vivre dans toute leur pureté.

(15) Puiss<^-l-eIIe. en succès, surpasser son aînée 1

Ayant parlé, dans mon discours préliminaire, de celte première école normale, je n'ajouterai ici que quelques délaiis. Le spectacle de crlle vaste siille scmi circulaire C autrefois l'amphillié.'itre de chimie du Jardin des IManlis ), dont les murs et les gradins étaient richement drapés, frappait d'admiration. Le bureau des profi-sscurs était placé en bas, afin que leur \oix nous orrivàt plus facilement ; cl , en elTel , le célèbre mathématicien Lagrange, dout l'organe était faible, et la prononciation défectueuse, se fosait , cependant, distinriement entendre. De chaque c«Mé du bureau, étaient deux tribunes pour les étrangers , les uniliassadeurs , les savans de diTer«tpjys. Au-de>susdu professeur, était une estrade où siégeaient deux rq)K-««-nlans , en grand costume; et douie cents élèves-maitres garnissaient le* gradin». O Kjtectaclc était inrposant, mognifigue ; les premiers hommes du monde tarant se fesaienl successivement entendre. Leur n'-le fui mis à une rude épreuw par rhi»er le plus rigoureux ; et pend.iut <|ue nos jeune» et v>r|nticu«n ornoVs eii\ahissai<iii li HoHandi' , et bi^ouarpi.iienl sur ses canaux glacé* , Iv* «étérani de la science i-n étendaient les conquête» plus gloricu»r» encore. l.'jlluMrr émule tl< nulTon , Daubenton , alors plu»

qu'octogénaire, lisuit d'uue voix tremblante , qui était écoutée dans lo plus rc'îpeclueux silence. Je l'enlcnds encore, en parlant du lion, nous dire d'un ton solcunel : « Pourquoi l'avoir appelé le roi des animaux? il n'y a point de roi dans la nature. » De longs applaudissemens seniblèreut alléger le poids des ans qui courbait sa tête , car il leva vers nous sa ligure vénérable , toute rayonnante de l'exaltation qui lui avait inspiré ces mol?. Tel était l'esprit du temps. Sous une plus heureuse influence, on aurait pu attendre de grands résultats d'une semblable réunion , pour le progrès des méthodes d'enseignement. Tous les jours, cinq professeurs parlaient , une heure chacun , depuis huit heures du matin jusqu'à une heure, les uns lisant leur leçon, les autres la fesantde mémoire. Six sténographes, assis à une table placée au-dessous du bureau, recueillaient ces leçons, dont le cahier imprimé était remis, le lendemain mutin, à chacun de nous, à l'entrée de l'école, sur la présentation de sa carte. Elles ont formé un recueil de huit volumes , intitulé : Leçons des Ecoles Normales. Elles ont élé traduites dans plusieurs langues , accueil bien mérité , sans doute , par des hommes tels que l'abbé Sicard , professeur de métaphysique des langues ; Buache et Mentelle , de géographie ; Laplace et Lagrange , de mathématiques; Laharpe , de littérature; Bertholet, de chimie; Daubenton , d'histoire naturelle ; Bernardin de Saint-Pierre , de morale ; Monge, de géométrie descriptive, dont il était le créateur, comme l'abbé Haiiy, de la cristallograiihie , etc. Tous s'attachaient plus ou moins à la partie favorite de la science qu'ils étaient chargés de professer. Ainsi , l'abbé Sicard nous entretenait de ses sourds-muets, dont un ou deux figuraient toujours aux séances ; Lagrange employa plusieurs leçons à son arithmétique duodécimale ; Hauy s'attacha presque exclusivement à sa cristallographie ; Bernardin s'engagea de suite dans ses Harmonies ; Buache , Mentelle, Monge , Laplace, Bertholet, suivirent leur partie ; mais aucun ne traita spécialement de la méthode d'enseignement , pour en établir l'unité , ce qui , comme le nom de l'école l'annonçait , devait en être le but principal. Aux conférences même, qui avaient lieu tous les dix jours , il en fut peu question ; on se bornait à proposer aux professeurs des diOicultés à résoudre sur la science, et, très-rarement, sur]la meilleure manière de la transmettre. Au reste, la plupart d'entre eux, savans de cabinet, devaient manquer d'expérience dans la pratique de l'enseignement.

(16) Qu'ils entendent, surtout, l'aimable conférence!

Autrefois, chaque congrégation enseignante avait une maison d'institution , oii les candidats passaient au moins une année , avant d'être envoyés dans les collèges. Mais on ne les y occupait ni du perfectionnement de leurs études, ni de méthode et de pratique dans cet enseignement qu'ils laient destinés à exercer. On s'en reposait sur leur pieux nie, et le»

frâœs qui raccompagnent. Ou s'appliquait donc uDiqueoient à les pénétrer des principes religicui , dans des conférences que leur fesaicnt d'anciens membres de cette congrégation; de là, un espriî de corps unissait tous ceux qui la composaient, par des liens qui n'étaient pas rompus, s'ils \enaient à la quitter. Us respectaient ces nœuds de confraternité , dont ils ne cessaient point , pendant toute leur vie , de se donner des preuves par un mutuel échange de bonsoflices et de témoignages de bienveillance. Il existe peu de semblables rapports entre les membres de l'Univcrsilé, et l'on ne |>eut leur en faire un reproche. On doit le regretter, mais ou ne peut en être surpris , puisque la plupart entrent dans ce corps, sans avoir passé par l'institution , qui est l'Ecole Normale , où l'on n'admet qu'un petit nombre d'éltves. Cependant, c'est aujourd'hui une belle profession que celle de renseignement, et ceux qui se trouvent ensemble à l'Ecole Normale , y puisent ces sentimens de bienveilljnce qui honoraient les membres des anciennes congrégations. Ils y perfectionnent leur instruction, et les trois années qu'ils y passent, doivmt ks mettre en état d'aller, dans les divers établissemens , ra\iver les études par leurs bonnes roéthodes , et par de bons exemples de conduite.

Pour arriver ù ce haut degré d'instruction et de vertu, combien ne seraient-ils pas aidés par les éloquens entretiens d'un ancien maître, qui joindrait à une amabilité entraînante, une science profonde, une mémoire ornée de toutes les traditions des ditTérens ftges de l'instruction publique I Un cours de l'histoire et de la philosophie de l'enseij;nt'mi'nt, cpii nous manque encore , rendrait ses auditeurs des hommes riches tle connaissances positives. Je voudrais que ce savant directeur de jeunes gens destinés à la plus dinicile , la plus grave et la plus noble des professions , fnt un vénérable Ecclésiastique, aumAnier de l'école, qui serait sa famille, et dont il serait comme le pire. Son caractère sacré donnerait un grand poids à son haut ( nM-igncment. Les jeunes gens qui ne sont jamais en nlanl d'affection et de ri-connaissanre , l'aimeraient autant qu'il les aimerait lui-mfme. Son ( sprit pnsserait en rux, avec ses paroles qui exhaleraient un parfum céleste de doctrine et de vertu. Nouveau Rullin , il serait leur oracle , leur modMe. D'intérrssans épisodes , dont sa longue expérience aurait nM-ublé sa nu'-moire, viendraient toujours à l'appui de m-s discours, et rien n<- lui manquerait pour former des niaiires capables de travailler an grand (ruvre de la régénération sociale (|u'u|R*re l'iuslruclion publique.

I.et anciennes congrégations possédaient de ces aimables vieillards, dont l'etprilf orné de la iM)nne liltératun' classique, avait conservé toute sa IrunrMT. I,r Pén- Lmierrirr, rr savant profi-sseur dr llu'-ologie , dont j'oi parlé , n'était pas viilrmenl rempli «le la lerliire drs iSri-i» de l'i'.glise , mais mrore des poHni anciens. Je mr souvims qu'étant ftgé de plus dr qiMirr vinglt ans, il nu- nia , un jour, 1rs pins In-uiii pnssagrs drs Mêla-

DU NELVIÈWE CHANT. 191

morphoses d'Ovide. Une autre fois , lorsque nous commençâmes à enseigner le grec, il me conseilla de faire voir à mes élèves quelques morceaux choisis d'Anacréon qu'il me désigna, et qu'il avait présens à la mémoire, entre autres, la jolie ode sur le printemps, qu'il compara à celle d'Horace sur le même sujet, mais d'un genre très-différent, en me disant (comme je l'ai éprouvé , en effet) , que rien n'était plus propre à former le goût des élèves , que ces analyses comparatives des morceaux recoramandables pour le fond des pensées , et l'élégance du style.

Mais comment un vieillard , me dira-t-on , pourrait-il , avec le caractère de cet âge , si bien peint par Horace , convenir à un tel emploi ? Je parle ici d'un vieillard chrétien , comme j'en ai connu plusieurs , en qui une longue pratique d'enseignement , c'est-à-dire , de patience et de toutes les vertus religieuses , auraient porté la nature au plus haut degré de perfection. Ce n'est plus là ce vieillard avare, glacé, pusillanime, grondeur, censeur, impitoyable, grand apologiste du temps de sa jeunesse, tel que le donne généralement la nature seule, que le poète a dû prendre pour modèle. Le mien serait un sage tel que la religion en offre de fréquens exemples , rempli d'une charité indulgente , doué de cette aménité d'humeur et de langage , qui gagne de suite les cœurs. « Cor saplentls erudiet os ejus ; et labiis ejiis addet gratiam. ( Par. ) » Ayant traversé toutes les imperfections humaines , il saurait que la jeunesse est l'âge le plus porté à l'amour du bien , le plus près de la vertu. Il aimerait à citer l'exemple du plus jeune des disciples du Sauveur, qui fut le seul dont la fidélité ne se démentit point. Ce bon vieux maître , encore plein de vigueur, et d'un généreux dévouement , riche d'une expérience qu'on ne trouve point dan» les livres , et qui serait le fruit de ses longues méditations , loin de vanter exclusivement les hommes et la science de son jeune fige , rendrait un éclatant hommage aux immenses progrès de l'esprit humain. Par cet aven noble et désintéressé , il obtiendrait une entière confiance, quand il signalerait les défauts du siècle , dont tous les écrits offrent les reflets ; il montrerait les écueils de la science et des mœurs , les moyens de les éviter, et d'aplanir les obstacles au perfectionnement. Combien son accent sénile , mais harmonieux , rendrait plus vénérable et plus touchante , son éloquence encore pleine de verve ! Les cœurs qui en seraient pénétrés , ne connaîtraient jamais les rivalités jalouses, ni les ambitieux désirs, La modestie ornerait ces jeunes savans, qui seraient unis pour la vie par une douce confraternité.

Un bon cours normal présente un bel avenir; il doit consolider l'éducation autant que l'instruction. L'agrégation ne garantit que la dernière , sans offrir aucune garantie de bonne méthode d'enseignement et d'expérience. Mai"! la plnpnrt des snjcls qui recrutent renseignement secondaire, n'y entrent encore , ni par rprole \(trninle, ni par ragrégalion , et n'ont

fait aucun apprentissage. Les écoles ecdésiasllqucs trouTi nt , en pnrtic , leur inslilulion en cllcs-m^mes : c'est un avantage biin précieux Le complément nécessaire û'un cours normal, pour l'enseignement secondaire, comme pour l'enseignement primaire , est l'application à la pratique , comme la clinique dans les cours de médecine , le stage au barreau.

Je ne puis omettre ici une observation importante , attestée par tous ceux qui ont vieilli dans la pratique de l'enseignement , et qui achèvera de démontrer que la philosophie religieuse de cet art doit faire la base du cours normal , c'est qu'il ne suffit pas d'être fort dans les sciences pour bien enseigner ; il faut encore être habile à tenir une classe par cet ascendant moral que peut seul donner la pratique des vertus chrétiennes. On sait qu'un professeur qui n'est que savant , s'acquittera souvent fort mal do son emploi , tandis qu'un autre moins éminenl en sa\oir , mais qui posscdc les dons spirituels , obtiendra de .'olides succès. Compléter le savoir et les qualités dont il tire son prix, telle est le véritable but de l'École Normale.

Les conférences 1 voilà le grand moyen de transmettre l'expérience et d'opérer le perfectionnement. J'ai quelquefois rivé qu'il serait pos>ible et bien utile d'appeler, chaque annét\ dans un des grands établissemens de Paris, resté vide pendant les vacances , et où ils seraient rtvus gratuitement , un certain nombre de jeunes professeurs , pour leur faire entendre de*, conférences faites par des maîtres habiles et connus par leurs suça s dans une longue pratique. Les bibliolh» ques leur seraient ouvertes , il leur serait permis de fréquenter les cours de la grande Él-oIc Normale. Leurs vacances, ainsi passées dans la capitale , leur seraient aussi agréables qu'utiles à leurs progrès et à leur avanccnienL Ils reviendraient à leur poste avec un vernis de savoir cl d'autorité qui les rendrait plus rccommandables et leur donnerait plus d'a'cendaiit sur U'urs elrvis. Tous les membres du corps enseignant pou» unt, tour-.'itour, protittrde ce bienfait, rin>>truclion publique en recevrait partout une sensible amélioration.

I^ résultat de ces conférences devrait être , principalement , d'accroître dans les maîtres, le goût de leur noble profession, de leur faire préférer leur honorable médiocrité au sein des doiiaMirs de l'élude et d'une vie retirée . à une position brillante qui détourne de la culture des scienC4>s par les dé*irs d'une folle anibilioii. (iontens du modique revenu attaché à leur emploi , ils ne se fatigueraient point pour accroître leur aisance , par des rtpélitiooi qui nuisent à leur santé autant qu'à leur» cours. Le profintscur ne peut «épuivr en Ira» aux aussi fastidieux , sans que sa classe n'en Muffre, «oit iKJurlm prép.iraliqns qui en vint l'aliment néce^-iaire , toit pour l'Intérêt drsdévrloppemcns, soit pour la patience. Le^ hautes class4>s, d'aillcurt , exigent des études approfondies qui prennent tout le lemp« qu'elle* lai*M-nt libre. Je tourbe ù regret ce |>oint délicat , dans l'intérêt de l'cnselgneinrnl , «i rn fr*nnl les v(rux In plus ^innrrs pour que le sort des

professeurs soit rendu tel qu'ils puissent subsister honorablement, sans être obligés de recourir à une ressource qui nuit à leur considération ainsi qu'à leur avancement. Les membres des congrégations avaient le double avantage d'exercer libéralement , et d'avoir plus de temps pour l'étude. Cependant, et c'est une chose merveilleuse , les membres de l'Université ne le cèdent point à ceux des anciennes congrégations pour les travaux scientifiques , et la publication d'ouvrages remarquables , dans tous les genres, qui perpétuent la gloire de l'enseignement et des lettres.

(16) D'un art plus excellent connoît et suit les lois.

Les partisans de la liberté illimitée de l'enseignement sont aussi aveugles «ur ses conséquences , que l'ont été les partisans outrés de la liberté politique , ou de la liberté illimitée de la presse. On connaît, aujourd'hui, le danger des extrêmes ; celte expérience a coûté assez cher pour qu'on en profite. La liberté illimitée serait l'anarchie dans l'enseignement , et conduirait inévitablement à une dissolution sociale. Lecharlatanisme , habile h multiplier les illusions , offrirait, de tous côtés, ses appâts séduisans à la crédulité , accommoderait ses doctrines à tous les caprices , à toutes les passions , à tous les partis. Dès-lors , plus de principes fixes de morale , plus d'esprit national , seuls gages de paix et de prospérité ; en un mot , plus de patrie. L'intérêt public ne peut permettre que les es^jrits se développent ainsi à l'aventure. Il serait d'un grand danger de s'en rapporter uniquement à la concurrence et à l'intérêt privé , du soin de faire fleurir les études , il n'en est pas de l'enseignement comme d'une marchandise : peu de personnes sont en état d'en bien juger ; et l'erreur est trop funeste à la société , pour qu'elle se passe de l'intervention des juges compétens. Il y a, maintenant, des méthodes bien connues pour l'enseignement des lettres , des sciences et des arts. L'état doit veiller à ce qu'il ne puisse se corrompre, sans être privé, cependant, de recevoir les perfectionnemens du progrès. C'est à l'état qu'il appartient d'offrir des modèles pour tous les degrés d'instruction. Aucun deces degrés n'est omis ; il en est pour toutes les capacités , pour toutes les vocations. L'enseignement intermédiaire existe, à présent, dans l'école primaire supérieure, indépendant du latin et du grec , contre lesquels tant de gens ont réclamé. Les cours de ces langues y gagneront , étant débarrassés des élèves qui les suivaient sans goût ou sans aptitude. Une règle était donc indispensable, c'était là le point le plus important et le plus difficile. T/avcnir en éprouvera la sagesse.

(17) De tout maître public doit donc régler la voix.

Qui peut raisonnablement se plaindre que l'enseignement ne soit pas libre, ou soit insuffisant? Quelle méthode est proscrite? quels parensdisent manquer d'écoles ou de maîtres, pour faire instruire leurs onfan» à leur

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