HYPOTHÈSE
Il se peut que nous n'ayons pas 8,000 à 9,000 combattants à réduire dans Toulon : il est possible que nous n'ayons pas d'abord plus de 25,000 hommes à y employer, 50 pièces de gros calibres, 15 mortiers, 10 obusiers, etc
(Dans ce cas, M. d'A. propose d'attaquer d'abord le Faron, et il donne de longs détails sur la manière d'en conduire l'attaque; puis de passer à l'attaque de Malbousquct) :
Les troupes déboucheroient en très grande force du lit de la rivière neuve du Las, qui leur servirait de tranchée : il n'y a d'eaux dans ce lit que dans les temps d'orage ; on aurait eu le temps, au surplus, de les détourner et de les faire rentrer dans l'ancien lit au point où ils se séparent, au bas du mamelon de Pietayas. Une division de nos assaillants se porteroit h cette attaque, jusques sous les revers des hauteurs do Missiessij, non seulement pour couper la retraite aux ennemis occupant Malbousquct, mais encore pour les étourdir en les attaquant de tous côtés ; c'est encore ici une de ces occasions où les feux de la place seroient nuls, pendant la crise de l'action dans la crainte où seroient les défenseurs de tirer sur leurs propres gens.
On ne laissera pas de favoriser cette attaque de Malbousquct par des diversions, en simulant dos dis]tositions pour attaquer le cap Brun ET même les presqu'îles de Balaguier et de la Croix-des- Signaux, toujours dans l'objet do tromper l'ennemi et de l'obliger de subdiviser ses forces et de partager son attention.
Mailres de Malbousquet et de ses dépendances, on établira d'abord une batterie de 6 pièces de canon de 24 et de 3 mortiers sur le rocher de la Beaumelte : cette batterie, pré|)aréc j)Our tirer à boulets rouges, éloignera décidément tous les vaisseaux qui, rangeant la côte dans cette partie, ne manqueroiont pas de gêner nos dispositions extérieures.
(M. d'A. passe ensuite à l'établissement de batteries à Missiessy pour bombarder la ville de Toulon, puis de batteries sur conlroforts du Faron. Ce développement est assez long).
â^" HYPOTHÈSE
Si la répartition des forces de la République (qui est subordonnée à plusieurs circonstances éventuelles), permet de porter les troupes employées devant Toulon de 50,000 à 60,000 hommes et de doubler au moins le nombre des bouches à feu indiquées ci-dessus ; dans ce cas, on augmenteroit d'abord le nombre de pièces des batteries de la tête de Missiessy, profilant pour cela de toutes les circonstances locales et des points couverts qui en facilitent l'établissement et les communications. Mais le grand objet serait de profiter de ces forces pour interdire complètement tous les mouillagas des deux rades. Dans cette vue, il faudra nous rendre maîtres des pointes de Balaguier et de l' Aiguillette ; puis de la position des hauteurs attenantes au cap Brun, et surtout de la presqu'île de la Croix-des-Signaux .
Comme d'après la disposition qui existeroit dans Thypothèse précédente, nos bombes de la tête de Missiessy, ainsi que celles de la Beaumelle, pourroient atteindre jusques vers la grosse tour, les mouillages de la petite rade seraient déjà à peu près interdits : il semble donc que ce quil y auroit de plus pressant seroit de procéder à l'interdiction des mouillages de la grande rade ■ et, pour cela de s'emparer du cap Brun et du promontoire de la Croix-des- Signaux. Cependant, vu le voisinage des caps de Balaguier et de l'Aiguillette, vu la faculté que l'ennemi aurait d'y déposer d'un moment à l'autre de très grandes forces ; considérant aussi que de là it pourrait menacer nos établissements et même nous prendre à revers dans les dispositions que nous aurions à faire pour nous emparer de la presqu'île de la Croix-des-Signaux, je pense que dans l'ordre des objets d'abord les plus utiles, il faudrait en chasser l'ennemi.
En conséquence, on se mettra en état d'attaquer la tour de Balaguier, ainsi que le fort de l'Aiguillette. Les coups de main ne pouvant avoir lieu vis-à-vis de ces deux points de force, on en attaquera les murailles avec des canons de gros calibres, et avec des mortiers, pour les accabler de bombes. L'emplacement de ces batteries sera choisi, en profitant autant qu'on le pourra de l'abri procuré par les revers des mamelons qui aboutissent à ces deux forts ; mais, il sera bien essentiel de faciliter ces attaques en établissant (à la faveur des abris de ces mêmes mamelons) des batteries de canon avec des grils, pour tirer à boulets rouges sur toutes les plages environnantes, afin d'en éloigner les vaisseaux ennemis qui ne manqueroient pas de venir s'embosser.
pour prendre en flanc ou à revers les balteries que nous aurions pn^parées contre ces deux forts.
Maîtres de ces deux points, nous serons en état de croiser des feux de bombes et de boulets rouges, qui, pouvant atteindre jusqu à la pointe de la Grosse Tour, interdiront décidément l'entrée de la petite rade ; mais cela ne suffit pas, par la raison que l'ennemi, sans passer sous ces feux, pourroil toujours aborder au pied de La Malyue, ou au débouché de VEygoiUier, sous la protection du fort Saint-Louis, d'où les renforts et rafraîchissements de tous genres pourroient encore aborder librement dans Toulon.
Il faudra donc de toute nécessité s'emparer du cap Brun et maintenir sur les hauteurs qui l'avoisinent des forces capables de résister au maximum de celles que l'ennemi pourroit employer dans ses sorties.
(Détail de cette opération).
On observera ([ue par notre ('■tablissement au cap Brun l'ennemi ne seroit encore que gôné dans l'accès de la grande rade; mais, il pourroit mouiller encore en toute sécurité en serrant l'isLhme de la Croix-des-Signaux, il pourroit même toujours aborder au débouché de l'Eygoutier sous la protection du fort Saint-Louis, d'où il conlinueroit de ravitailler librement Toulon. Il faudia donc ABSOLLME^T se rendre maître de ce promontoire de la Croix-dcs-Signaux.
(Suivent les détails de cette opération).
11 seroit infiniment à désirer que toutes ces différentes
attaques et opérations, ainsi que d'autres simulacres, que l'on mullipîieroit dans toutes ses parties, pussent s'exécuter le môme jour, au même moment, et surtout de très bonne heure, avant que les ennemis n'aient eu le temps de renforcer leur confiance par des travaux et par dos dispositions qui ne sont que trop favorisées par les circonstances locales.
J'en reviens à dire qu'il seroit du plus grand intérêt d'étourdir l'ennemi, de partager son intention et de diviser ses forces par les diversions que produiroit une attaque générale simultanée
(Suit le détail des altacjucs contre la place de Toulon).
3<= HVrOTllÈSE
En annonçant le fort et le faible, les espérances et les obstacles, je i:e dois pas dissimuler que si les ennemis avaient arcu-
mule des forces beaucoup au delà de ce que nous avons supposé, s'ils avaient été en état de traverser quelques-unes des opérations indiquées ci-dessus ; nos succès seraient alors encore différc's ; mais s'il leur avait été possible de se mettre en état de tenir la campagne, et que de la possession d'une montagne à une autre, ils fussent parvenus à prendre une sorte de consistance ; dans ce cas il nous reste un mot à dire sur le nouvel état de la question.
Une armée ennemie de 40,000 ou 50,000 hommes, ou davantage, qui serait ainsi enracinée sur une place maritime, qui recevrait à pied d'œuvre toute espèce de renforts et de munitions, serait peut-être plus à craindre que tous les despotes du Nord ; je ne parle pas des dispositions morales des peuples du iMidi ; je veux les croire bonnes ; je ne suis que machine militaire, et comme tel je persiste à penser que, quoiqu'il en coûtât, il ne faudrait pas marchander sur les moyens, etc Nous ne parlerons pas ici d'une suite de manœuvres et de combats à livrer pour obliger l'ennemi à se replier sur ce port, première base sur laquelle il se serait appuyé ; je suppose qu'on l'y aurait ramené de force.
Dans ce cas, toutes les opérations indiquées pour les hypothèses précédentes devraient avoir lieu, mais avec un tout autre caractère : toutes les mesures alors seroicnt combinées et pré'parées, pour dès le jour même et en même temps attaquer la montagne de Faron, les hauteurs du cap Brun, celle de Malhousquet et dépendances, le promontoire qui aboutit aux caps de V Aiguillette et Balaguier, et enfin, la grande péninsule de la Croix-des- Signaux : Quelles que soient les forces de l'ennemi dans cette situation, dès que les nôtres (que je me dispense d'évaluer ici) auroient été capables de le resserrer dans les dépendances de Toulon, elles sut!lroient pour résoudre toutes ces opérations ; d'autant que dans ce cas, 0)i pourroit les exécuter coup sur coup, simultanément et sans que l'ennemi puisse prendre le temps de respirer, etc
D'ailleurs, l'ennemi pressé de toutes parts ne pourroit plus guère être occupé que des moyens de se soustraire et même de préparer sa fuite. L'enlèvement du cap Bkun et de la Croix-des- SIG^•Al;x suffiraient déjà pour faire déguerpir les escadres. Toutes nos batteries seroient poussées avec la plus grande activité ; bientôt l'ennemi seroit réduit à l'espace très circonscrit d'une ville dévorée par les flammes et par la fureur des divisions et du désespoir.
On avanceroit des tranchées du côté de Sainte-Anne, mais seulement dans l'objet d'intimider par une marche plus rapide et ])lus audacieuse, et sans préjudice des dispositions indiquées contre les fronts de l'Ouest.
Entin, les ennemis, privés des relations de la mer, seroient obligés de céder à l'activité simultanée de tant de moyens réunis. Heureux encore s'ils pouvoient s'esquiver furtivement pour regagner leurs escadres, qui dès l'instant de nos établissements au cap Brun et à la Croix-des-Signaux, auroient été forcées de prendre le large.
Pod'Scriplum. — Il se pourroit que nous aurions intérêt de ménager la ville de Toulon; car il est très douloureux que, pour punir des rebelles, nous soyons comme forcés d'envelopper dans la ruine totale des établissements très précieux à conserver relativement à nos prospérités ultérieures dans la commune du Levant, eu égard aussi à la prépondérance d'une marine imposante sur les côtes de l'Italie et de l'Afrique, etc 11 seroiî
donc possible que, d'après ces considérations, il y eût une aulre combinaison à faire dans l'ordre de la succcssibilité des opérations à faire pour réduire cette ville.
Dans ce cas, il faudroit toujours se rendre maître de la montagne da Faron et de toutes les hauteurs attenantes au cap Brun pour y établir les batteries indiquées ci-dessus, puis s'emparer de la pointe de Balaguier et du promontoire de la Croix-des- Signaux. Alors la grande rade se trouvant décidément interdite aux mouillages des vaisseaux ennemis, la petite le seroit nécessairement aussi; et Toulon, dépourvu de ses relations maritimes, pourroit être forcé de se rendre, et il le seroit effectivement après avoir consommé ce qu'il auroit pu réunir d'approvisionnements.
Cette idée peut mériter d'autant plus de considération qu'outre la conservation de nos immenses arsenaux, il existe vraisemblablement dans Toulon un nombre de bons républicains réduits au plus cruel silence et qui se trouveront englobés dans la ruine générale. C'est une disposition à concerter entre le Comité du Salut public, les généraux et le ministre de la guerre, d'après les moyens qu'il sera possible de fournir et ce que l'on pourra connoitre de la disi)Osition des esprits dans la ville de Toulon.
Je n'ai pas pu traiter la question sous ce rapport, par la raison qu'étant obligé d'agir d'abord avec peu de moyens, nous avons été conduits de force à employer des attaques qui de leur
nature sont destructives ; mais, si l'on pouvoit être en mesure • l'entreprendre et d'emporter d'entrée de jeu les grands objets, Faron, cap Brun, Balaguier et la Croix-des-Signaux , rien n'empècheroit alors qu'on ne suivit une combinaison par laquelle les ordonnateurs seroient les maîtres d'épargner la destruction ; si d'ailleurs elle convenoit à l'étal politique des choses.
(Suit l'éiat des batteries projetées).
Comité de Salut public.
(Extrait des correspondances militaires.)