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CONSIDÉRATIONS MILITAIRES

La topographie de la frontière d'Espagne est telle qu'à égalité de force l'avantage de la défensive est toute à nous. L'armée espagnole qui serait opposée à la nôtre devrait néces-

sairement être plus forte pour n'essuyer aucun échec et nous tenir mutuellement en respect.

Lorsque deux armées sont sur la défensive, celle qui peut plus promptement réunir différents postes pour enlever celui qui lui est opposé dans Tordre défensif, a nécessairement besoin de moins de troupes, et, à force égale, obtient toujours des avantages.

La frontière de Piémont forme un demi-cercle ; les deux armées des Alpes et d'Italie occupent la circonférence ; le roi de Sardaigne occupe le diamètre.

La circonférence que nous occupons est remplie de cols et de montagnes difficiles.

Le diamètre qu'occupe le roi de Sardaigne est une plaine aisée, fertile, où il peut faire circuler les mêmes troupes, en peu de jours, d'une extrémité à l'autre du diamètre.

Le système défensif est donc toujours à l'avantage du roi de Sardaigne. Il nous faut le double de troupes qu'à nos ennemis pour nous trouver à égalité de forces.

Ces observations sont de la plus grande conséquence, il serait facile de le démontrer par une description détaillée des frontières d'Espagne et de Piémont, et par l'analyse des différentes guerres. L"on y démontrerait à l'évidence que toutes les fois que nous avons gardé la défensive sur les frontières du Piémont, il nous a fallu beaucoup de troupes et nous avons toujours, dans des affaires de détail, eu l'infériorité.

L'on doit donc adopter le système défensif pour la frontière d'Espagne et le système offensif pour la frontière de Piémont :

Les considérations tirées de l'esprit général de notre guerre;

Les considérations politiques ;

Les considérations militaires, se réunissent également pour nous en prescrire la loi.

Frapper l'Allemagne, jamais l'Espagne ni l'Italie.

Si nous obtenions de grands succès, jamais l'on ne doit prendre le change en s'cnfou(,'ant dans l'Ilalic, tant que l'Allemagne offrira un front redoutable et ne sera pas affaiblie.

Si l'orgueil national et la vengeance nous appelaient, dans les campagnes prochaines, à Rome, la politique et l'intérêt devront toujours nous diriger sur Vienne.

L'on doit réunir les deux armées des Alpes et d'Italie, leur donner le même centre, le même esprit. Réunies, elles sont assez fortes en infanterie ; il faudrait y joindre deux mille hommes de cavalerie ; y restituer les départements qui en ont été ôtés, l'accroitre de nouveaux, y joindre une partie des charrois de l'armée des Pyrénées, généralement de tout ce qui devient inutile dans cette armée, d'après le système défensif qu'elle adopterait.

Les armées des Alpes et d'ilalie ont assez d'artillerie ; il leur manque quelques assortiments de détail qui ont été demandés aux commissions précédemment. Il faut surtout des poudres, des harnais, et des chevaux. Il faudrait envoyer les fonds pour en acheter en Ilalie; l'on en propose six mille.

Progressivement, dans les campagnes prochaines, on accroîtrait cette armée pour lui permettre d'accomplir tout ce dont elle est susceptible.

La campagne actuelle s'avance ; mais si les armées de Piémont peuvent se procurer des quartiers d'hiver chez l'ennemi et obliger l'Empereur à une puissante diversion, elle aura, pour cette campagne, rempli sa lâche et sera en chemin d'achever les campagnes suivantes et porter un coup essentiel à la maison d'Autriche en Allemagne.

Les représentants du peuple près l'armée des Alpes aux représentants du peuple composant le Comité de Salut public de la Convention nationale, à Paris.

30 messidor (18 juillet).

Citoyens collègues,

Nous venons de recevoir votre lettre du 20 messidor, de laquelle nous concluons que vous approuvez le plan qui a dû vous être soumis par notre collègue Robespierre jeune, envoyé à cet effet près de vous. En conséquence, nous allons tout disposer pour les deux si'èges dont vous approuvez l'entreprise, et nous le faisons de telle manière qu'en attaquant de concert avec l'armée d'Italie, nous prendrons en même temps nos mesures pour mettre le Saint-Bernard et le mont Cenis dans un état respectable de défense

Au reste, si la nécessité de nous tenir sur le mont Saint-Bernard et le mont Cenis dans un état respectable de défense nous enlève le moyen de porter beaucoup de monde du côté des Barricades, où doit se faire le siège de Demont et celui de Coni, nous pensons que l'armée d'Italie, forte de 80,000 bommes, peut y suppléer. Nous pensons encore que, du moment où nous déboucherons dans la plaine du Piémont du côté des Barricades, l'ennemi se trouvera forcé de retirer une grande partie des troupes qu'il a maintenant devant le Saint-Bernard et le mont Cenis, pour répondre aux efforts de l'armée attaquante vers les Barricades, et que dès lors les troupes du mont Cenis, du Saint- Bernard, de la vallée d'Oulx et autres vallées pourront facilement s'avancer et gagner du terrain pour faire diversion. Si nous prenons Demont et Coni et que nous puissions hiverner dans une partie du Piémont, au moyen des ressources que présente le pays, nous faisons une grande économie pour la République du côté des vivres, et à la campagne prochaine, nous nous trouvons maîtres d'entrer et de ravcr le roi des Marmottes

de la liste des tyrans. Si, au contraire, nous ne pouvions pas hiverner dans les places prises, au moins les détruirons-nous avant de nous retirer, pour qu'à l'ouverture de la campagne prochaine les deux places en question ne nous arrêtent point au passage. Ainsi, dans tout dlat de cause, nous ne voyons qu'à gagner à faire les deux sièges cette année.

Ci-joint une lettre pour notre collègue Robespierre jeune, que nous avons délégué près de vous

Après avoir pourvu a la sûreté du Saint-Bernard comme à celle du mont Cenis, nous comptons, avec le général Petit- Guillaume, porter nos pas vers les Barricades. Déjà nous faisons filer l'artillerie de siège à mesure qu'elle est disponible; elle aurait au moins servi à regarnir les places frontières des Alpes, si vous aviez persisté au système défensif, et elles serviront à l'opération convenue dès l'instant que vous lui avez donné votre approbation.

Enfin, vous devez juger combien a (lé sage et prévoyante la levée extraordinaire des 3 bataillons, puisque ce n'est que par ce moyen que nous pourrons tout à la t'ois maintenir d'un côté la défensive, et de l'autre seconder l'armée d'Italie dans l'offensive.

Les représentants du peuple près l'armée des Alpes au représentant du peuple Robespierre le jeune.

.30 messidor an ii.

Nous sommes bien impatients, cher collègue, d'apprendre positivement le résultat de ta mission à Paris; le temps de la campagne s'écoule et l'incertitude nous tue. Depuis le retour de l'armée d'Italie, nous avons reçu une lettre du Comité de ^alut public qui semblait insister sur le système défensif dans la partie des Alpes. Notre collègue Ricord, de son côté, nous écrit que le 2 thermidor est le jour désigné pour commencer les opérations offensives. Juge de la perplexité dans laquelle nous nous trouvions : il fallait, ou déplaire au Comité, en ne nous conformant

4o0 PIÈCES JUSTIFICATIVES.

j)as au vœu qu'il nous a inanifeslé par plusieurs lettres, ou risquer de voir le temps le plus favorable et le plus précieux de la campagne s'écouler inutilement et se perdre sans retour.

Nous avons répondu à notre collègue Kicord que nous ne pouvions nous déterminer à concourir au système offensif avant d'y être autorisés par le Comité de Salut public, malgré la bonne envie que nous avons de faire voir du chemin au roi des Marmottes, parce que nous pensons que le premier devoir des représentants du peuple près des armées est de se conformer aux vues du gouvernement ; nous avons manifesté à Ricord notre étonnement de ce que, depuis ton départ, nous n'avons eu aucune nouvelle directe ou indirecte du résultat de ta mission.

Cependant nous n'avons cessé de faire continuer les préparatifs, comme si, d'un moment à l'autre, nous avions dû recevoir de toi ou du Comité de Salut public un résultat favorable au plan d'attaque concerté.

Depuis, nous avons reçu une lettre du Comité de Salut public, qui semble être revenu au système offensif et qui parait approuver que les deux armées des Alpes et d'Italie entrent en Piémont et profitent du reste de la campagne pour enlever Dernont et Coni.

En conséquence, nous venons de réitérer les ordres, etc

Tu ne dois pas quitter Paris sans avoir fait sentir au Comité de Salut public la nécessité d'assurer notre approvisionnement en poudre et munitions de guerre; il sait mieux que nous qu'on ne peut pas faire de siège sans cela.

Le Comité de Salut public vient d'appeler près de lui le général en chef Dumas, commandant l'armée des Alpes. Nous avons eu lieu de soupçonner que le plan de campagne, concerté entre nous à Colmars et Mce, n'a jamais été trop de son goût. Nous soupçonnons que le motif de cette espèce de répugnance, que nous avons cru remarquer, pouvait provenir : 1" de ce que le plan a été concerté sans sa participation; 2" de ce que les deux armées des Alpes et d'Italie, une fois rendues dans la plaine de Piémont, semblent destinées à ne plus faire (ju'une armée; et comme une armée n'a pas besoin de deux généraux en chef, il nous a paru que Dumas a redouté la réunion, parce qu'il craignait de trouver dans le général en chef de l'armée d'Italie un rival pour le commandement. Si nos conjectures à cet égard ont quelque fondement, comme nous le croyons, il nous parait que le Comité de Salut pul)lic fera très sagement d'employer d'un autre côté le général Dumas et de laisser le commandement provisoire de l'année des Alpes entre les mains du général Petit-

Guillaume, qui est inaccessible aux petites jalousies de métier et qui conduit les opérations de la meilleure foi du monde. Nous l'invitons, en conséquence, à communiquer la présente au Comité de Salut public et à le déterminer à prendre le plus tôt possible sou parti à cet égard; car il est plus nuisible qu'on ne pense de laisser les généraux d'une armée dans l'incertitude sur le retour de celui qui la commandait en chef; le compère et la commère se glissent partout, et quand une fois il sera décidé que Petit- Guillaume conservera le commandement provisoire et que Dumas ne devra plus revenir, nous pensons que chacun marchera d'un pas plus ferme à l'exécution du plan d'attaque concerté; et, si les préparatifs ont éprouvé jusqu'à ce jour des lenteurs, nous ne sommes pas à nous apercevoir que la cause peut en partie en être attribuée à celte espèce d'incertitude où sont les chefs sur la question de savoir laquelle des opinions l'emportera au Comité de Salut public, ou celle des représentants du peuple qui ont concerté le plan d'attaque à Colmars et à Nice, ou celle du général Dumas qui, comme nous te l'avons dit plus haut, nous paraît avoir des raisons particulières pour que ce plan ne soit pas effectué.

Ainsi donc, cher collègue, en nous résumant, nous t'invitons à insister près du Comité : 1° pour qu'il nous fasse passer deux ou trois corps de cavalerie ; 2" pour qu'il assure notre approvisionnement en poudre et munitions de guerre; 3° pour qu'il mette tin à toutes les petites jalousies qui lui ont à lui-même donné des inquiétudes, en employant le général Dumas à une autre armée quelconque et en laissant le commandement provisoire au général Petit-Guillaume, dont le sans-culottisme nous est parfaitement connu et à qui les petites menées sourdes d'étatmajor sont étrangères; il marche d'un pas ferme et solide dans la carrière de la Révolution et il lui sera égal de quitter le commandement demain si le bien de la chose publique exige qu'il soit confié à un autre. Voilà des hommes tels qu'il nous en faut pour assurer nos succès. Nous attendons ta réponse, ou plutôt celle du Comité, car, envoyé à Paris par nous, nous te chargeons d'être aussi notre organe pour faire décider promptemenl sur ces points. En attendant, nous marcherons vers le but pour organiser le grand concert républicain que nous espérons donner bientôt sous les murs de Demont et de Coni.

Salut et fraternité.

Albitte. Laporte.

No 15.

Au NOM DU Peuple Français. Libeuté, Égalité.

Les représentants du peuple près l'armée des Alpes et d'Italie aux représentants du peuple composant le Comité de Salut public de la Convention nationale.

Barcelonnclte, le 6 août ■1795-. 1t) lliermidor an ii de la République une et indivisible et démocratique.

CiiERs Collègues,

La tète du tyran est tombée et le voile se déchire. Saliceti arrive après avoir échappé à la mort que des assassins lui avaient préparée sur sa route. Ils ont abattu, à sa place, La Converserie, chef estimable de la 100" demi-brigade, qui était à la suite de notre collègue.

Enfin, nous respirons ensemble, mais, en rapprochant tous les faits, la trahison nous parait évidente, et nos cœurs, comprimés jusqu'à ce jour, ont besoin de s'épancher. Depuis trois mois La Porte et Albitte étaient à l'armée des Alpes ; ils n'ont vécu que d'incertitude, tandis qu'à l'armée d'Italie Saliceti était à charge à Robespierre et Ricord, et que ceux-ci l'éloignaient le plus qu'ils pouvaient des conseils.

Un plan de campagne avait revu votre approbation; il devait être secret, et surtout il devait être exécuté. Eh bien ! le pian est devenu public à l'armée d'Italie. Nos ennemis le connaissent ; ils savent si bien que l'armée des Alpes a été affaiblie, et ils comptent si fort sur l'inaction de celle d'Italie, qu'ils se montrent en forces supérieures sur tous les points, depuis le Sainl-Bcrnard jusqu'aux Barricatles, et qu'ils cherchont à prévenir le coup qui les menace par les préj)aralifs d'une attaque générale sur la ligne des Alpes.

11 n'y avait que des opérations vigoureuses de l'armée d'Italie du coté de Coni et Ceva qui pussent dérouler le plan d'attaque

de l'ennemi par une diversion puissante; mais depuis trois mois cette armée n'a fait aucun mouvement; c'est sans son secours que nous avons pris les Barricades, et lorsque, depuis longtemps, vous lui ordonnez de marcher sur Coni, on la laisse croupir dans la plus inconcevable stagnation. La formidable artillerie de siège est encore en ce moment sur les sables d'Anlibcs, où les chevaux, exposés depuis trois mois aux rayons du soleil, périssent de la manière la plus alarmante.

Enfin, il faut que vous sachiez que Bonaparte et Ricord luimôme ont avoué à Saliceti qu'on ne ferait que semblant d'assiéger Coni, mais qu'il ne fallait en rien dire aux représentants près l'armée des Alpes.

De là nous concluons que nous étions joués par les intrigants et les hypocrites; qu'on ne voulait pas exécuter votre arrêté, qu'on voulait; au contraire, laisser dans l'inaction une armée de 80,000 hommes, qu'on voulait préparer des revers à l'armée des Alpes, flétrir les lauriers dont elle, s'est couverte par son courage; livrer, par conséquent, les portes du mont Cenis et du Saint-Bernard, que le général Dumas n'avait pas suffisamment garnies de troupes, et nous attirer devant Demont, sur la bonne foi, pour nous y abandonner et nous livrer à de nouveaux échecs.

Tel était, citoyens collègues, le plan bien connu aujourd'hui de Robespierre et Ricord ; il cadre parfaitement avec tous les mouvements de l'ennemi. Bonaparte était leur homme, leur faiseur de plans auxquels il nous fallait obéir. Une lettre anonyme, datée de Gênes, nous a prévenus qu'il y avait un million en route pour corrompre un général. Tenez-vous sur vos gardes, nous disait-on. Saliceti arrive, il nous apprend que Bonaparte s'est rendu à Gênes, autorisé par Ricord. Qu'allait faire ce i,énéral en pays étranger ? Tous nos soupçons se fixent sur sa tète; Saliceti nous apprend que d'un autre côté Ricord a placé ses beaux-frères et ses parents à la tête de la partie des vivres et des charrois de l'armée, et nous savions déjà que ces deux administrations étaient dans l'état le plus déplorable. On dit de tous les côtés que Robespierre et Ricord ont manigancé sur les vivres avec Haller, leur homme de confiance. Celui-ci vient d'émigrer pour se soustraire au mandat d'arrêt lancé contre lui ; nous soup- (.'onnons Ricord de l'avoir prévenu et même de lui avoir donné un passeport pour se retirer à Gênes

Il importe qu'il n'y ait qu'une députation pour les deux armées des Alpes et d'Italie, parce que les opérations de l'une et

de l'autre tendent au même but : c'est à vous, citoyens collègues, à prononcer notre réunion, et à nous distribuer la besogne selon le besoin des circonstances; c'est encore à vous à nous adjoindre, si vous le croyez ns^cessaire, un collègue prudent, habile et capable, pourvu que, comme Ricord, il ne soit pas du pays.

Nous venons de faire renforcer la partie du Saint-Bernard et du mont Genis par le 10" bataillon de l'Isère; un bataillon de la colonne de gauche de l'armée d'Italie, vient de recevoir l'ordre de passer aux Barricades pour y remplacer un bataillon de la colonne Vaubois, qui se porte plus sur la gauche, pour arrêter les projets de l'ennemi sur la partie de Château-Dauphin; nous venons d'appeler 12,000 hommes des dépôts de Commune- Affranchie pour renforcer encore celte partie, et la diversion que nous espérons faire opérer bientôt par l'armée d'Italie, en forçant les ennemis de se dégarnir sur tous les points des Alpes où ils se montrent en force, doit nécessairement en dérouter les projets et mettre les deux armées de la République à portée de cueillir des lauriers nouveaux.

Arrêté du 9 fructidor an II (26 août).

Les représentants du peuple près l'armée d'Italie, Délibérant sur les moyens de mettre à exécution les ordres du Comité de Salut public, qui prescrivent h l'armée d'Iialie de se tenir sur la défensive, de protéger la côte contre les débarquements que l'ennemi pourrait avoir en vue; de prévenir toute tentative que les coalisés pourraient concevoir pour couper les armées de la République en passant sur le territoire de Gènes, et de surveiller les intentions et les démarches du gouvernement génois ;

Instruits par les lettres du général commandant la divisicn de droite, du chargé d'affaires et consul de la République à Gênes, que les ennemis rassemblent des forces con>idérables, tirées en partie du Tyrol, à Caire, Allare et Mallare, positions situées aux environs de Savona ; qu'ils se préparent à faire transporter de la grosse artillerie d'Acqui à Alexandrie;

Con>idérant que tous ces pn'paratifs ne peuvent avoir pour objet, de la part des ennemis, que de se rendre, de concert avec le gouvernement gc^nois, maîtres de la forteresse de Savona, afin de pouvoir, non seulement intercepter nos relations commerciales avec l'Italie, forcer la neutralité de Gènes, mais même se concerter avec leur escadre, pour nous chasser des vallées de Loano et d'Oneille; ce qui pendant l'hiver pourrait avoir les conséquences les plus funestes pour la partie importante des approvisionnements et même pour la con'^ervation du département des Alpes-Maritimes ;

Considérant qu'il n'est pas possible de garder une respectable défensive si on permet à l'ennemi de s'emparer de Savona, ou de se fortifier dans les positions de Caire, Altare et Mallare, surtout à l'approche de l'hiver, et lorsque l'énergie du soldat a été ébranlée par la malveillance et l'inaction ;

Arrêtent qu'il sera fait sans délai une expédition, dont le but est d'assurer la défensive de la division de droite, en chassant l'ennemi des positions de Caire, Altare et Mallare ;

A cet effet, le général en chef de l'armée tirera des divisions de la gauche et du centre toutes les forces dont il pourra disposer, sans compromettre la défensive qui lui est prescrite, pour les réunir à la division de droite, qui sera chargée de l'expédition ci-dessus.

Le général en chef est, en outre, autorisé à prendre toutes les mesures qu'il croira nécessaires au succès de l'expédition.

Prost. Saliceti.

No 17.

Les représentants au Comité de Salut public.

28 août (11 IVuclidor).

Citoyens Collègues,

L'ennemi menaçait notre droite vers Gênes. Des préparatifs nous étaient annoncés pour fortifier les postes de Caire, Allare et 3Iallare, s'emparer de la position importante de Savona, tomber ensuite sur Loano et Oneille, intercepter l'arrivage des comestibles, forcer la neutralité de Gènes et couper notre armée. La défensive que votre arrêté nous prescrit était sur le point d'être compromise, si nous eussions permis que l'ennemi se renforçât, s'emparât de ces postes et exécutât les projets que d'ailleurs la lettre du chargé d'affaires à Gênes nous annonçait comme certains.

Il n'y avait pas à différer. Il eût été plus qu'imprudent d'attendre votre réponse à notre précédente dépêche, qui vous a été transmise par un courrier extraordinaire. Nous avons cédé à la circonstance et nous avons arrêté de faire sans délai une expédition dont le but est de chasser l'ennemi des positions qui, fortifiées, pouvaient le mener à la réussite de ses projets. Les préparatifs sont faits, tous les mouvements sont combinés, et, dans peu, l'affaire sera décidée.

Vous trouverez ci-joint l'arrêté que nous avons pris en conséquence. Nous avons d'autant plus lieu de penser que vous l'approuverez, que vous n'y verrez que la nécessité de maintenir la défensive qui, jusqu'à présent, est la lâche imposée à l'armée d'Italie.

L'état de l'armée que nous avons dépeint dans nos précédentes lettres exigeant un travail très suivi, très multiplié, le mouvement qui va s'ertecluer nécessitant, à raison do la surcharge d'opérations qui va en résulter, un concours do lumières et do secours ; d'ailleurs, les événements ])ouvant amener la néccs^^ilé de concerter des opérations également utiles h l'armée d'Italie et à celle des Alpes, nous avons trouvé indispensable (ju'Albilti', l'un de nous, prolonge son séjour à l'armce d'Italie, jiour le temps

nécessaire à cette expédition, qui ne peut être de longue durée. Nous vous transmettons également l'arrêté que nous avons pris à ce sujet.

Nous désirons bientôt avoir des succès à vous apprendre. Soyez bien persuadés du zèle que nous y apporterons.

Salut et fraternité.

Prost. Salickti.

No 18.

Dispositions de marche pour la division de droite de l'armée d'Italie.

4" complémentaire an u (17 septembre).

9,000 hommes avec l'état-major do l'armée se réuniront à Bardineto. Le chef d'état-major donnera les ordres pour qu'ils y soient rendus dans la journée du 2<^ sans-culottide.

Le 3, on attaquera le poste que l'ennemi a à Saint-Jean, et toute la division se mettra en marche pour suivre les hauteurs de la branche de gauche de la Bormida.

Si l'ennemi évacue Bormida, Pallere et Mallere, l'on se portera droit à Milleaimo.

S'il se tient fort dans l'une quelconque de ces trois positions, l'on fera faire les mouvements nécessaires pour le tourner dans le temps que la colonne de Final l'attaquerait de front.

Arrivé à Millesimo, l'on verra les mouvements qu'aura faits l'ennemi, s'il s'est renforcé à Carcare, ou s'il s'est replié sur Cairo.

1500 hommes partiront de Loano pour arriver à Monte-San- Giacomo, c'est-à-dire en suivant la crête de la hauteur de gauche de Final jusqu'à l'intersection du chemin qui va à Ferrera, et d'un chemin de droite qui va à Asilia; elle sera arrivée dans cette position le 3, passé 8 heures du matin.

Arrivée dans les positions qu'elle choisira, si elle ne rencontre point l'ennemi, et qu'elle ne provoie aucun inconvénient, elle envolera un avant-poste à Ferreria pour communiquer avec la division. Elle sera prévenue que le 3 au matin les postes de San- Giovanni doivent être attaqués.

Si l'ennemi se trouvait en très grande force à Monte-San-Giacomo, et qu'elle craigne d'être attaquée, elle se replierait sur Loano, se serrant le plus possible à sa gauche, c'c^t-à-dire en suivant une ligne droite autant que les localités pourraient le permettre ; elle aurait soin d'en prévenir le plus promptement possible, par un double exprès à Calissano et Bardinetto, le général.

La division s'avançant du côté de MUlesimo pendant la journée du 3, la colonne de Finale envolerait reconnaître la position de l'ennemi à Bormida et ne quitterait sa position que lorsqu'elle serait assurée de l'évacuation de Bormida.

Le 4 sans-culoltide, cette colonne, après avoir eu pendant la nuit des nouvelles du lieu où a couché la division, se portera sur la crête qui de Noli va près de Mallere, et elle prendra là une position, se tenant toujours du côté de Loano.

Elle communiquera avec la division par Bormida, en supposant que l'ennemi occupe Mallere.

Si l'ennemi se trouve en force dans cette position, elle n'attaquera point sans avoir de nouvelles de la division.

Et si l'ennemi était en très grande force et qu'il menaçât de l'attaquer, elle se replierait toujours pour couvrir Loano.

Si l'ennemi a évacué Mallere, elle continuera le même jour sa route sur Pallere et prendrait également une position qui lui permit, si l'ennemi était en forces, de rétrograder sur les hauteurs de Final.

Si l'ennemi évacue Pallere, elle passera la nuit dans la meilleure position entre Pallere et Mallere, en se tenant en garde sur ce que ])0urrait faire l'ennemi par le tlanc de VAltare.

Elle pourrait communiquer avec la division par Biestro ; elle recevra dans cette position de nouveaux ordres.

Artillerie. — 11 y aura 40 cartouches et 2 pierres à fusil par homme, portées à dos de mulet, et 40 cartouches et 2 pierres à tusil par homme dans sa giberne.

11 y aura 2 ])iôces de 3 avec la colonne de Finale, et un détachement de 30 sajteurs.

Il y aura 2 obusiers, G pièces de 4 et 6 pièces de 3.

Génie. — 11 y aura 3 compagnies de sapeurs avec la division.

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