ORDRE DE MARCHE
Colonne de Finale, commandée par le général Cervo>'I :
2 bataillons de la 3^ 1/2 brigade, Loano;
6 compagnies d'éclaireurs, hauteurs de Finale;
l^"" bataillon de la 101'= 1/2 brigade, hauteurs de Finale;
Il prendra avec lui les postes laissés en arrière à son passage.
Avant-garde, commandée par le général Laharpe : Bataillon de chasseurs de ligne, Balestrino ; l" bataillon de grenadiers, Saint-Bernard; 1" bataillon de la 89« 1/2 brigade, Albenga ; 1" bataillon de la 129% i Millesimo. 3« — — \ {Sic)
Corps de bataille, général IIammel :
2° bataillon de la 83« 1/2 brigade, Albenga ;
5" bataillon de grenadiers, Loano ;
2e bataillon de ia 56^ 1/2 brigade, Oneillc;
2« — 21* — Saint-Bernard;
2 compagnies de la 106"=, Loano.
Réserve : 46^ 1/2 brigade, Balestrino.
Escorte d'artillerie : l" bataillon de la 100^, Saint-Bernard. Le 9= régiment de dragons marchera à la tête du corps de bataille '.
' Une copie un peu différente de cet ordre de mouvement donne les elTectifs suivants :
Cervoni 1 ,988 hommes.
Laharpe i,60'6 —
Hammel 't, 620 —
Fiorella l,34l) —
Arrière-garde 6.33 —
Total 1 1 , 1 9i! hommes.
Ce total ne comprend sans doute pas le 9« régiment de dragons. En tenant compte de ce régiment et des conducteurs de charrois, la division française devait comprendre un peu moins de 12,000 hommes.
No 19.
Le Général en chef de l'armée d'Italie aux citoyens représentants du peuple composant le Comité de Salut public.
Du (juarlier gûiirral de Cairo, le â vendémiaire an m.
Citoyens Représentants,
Depuis l'expédition d'Oneille et de Saorgio, les rassemblements de l'ennemi à Cairo, au nombre de 12,000 hommes, avec 50 pièces de canon, menaçaient la droite de l'armée d'Italie. Des avis certains annonçaient un projet concerté de l'armée austro-sarde avec les flottes combinées d'Angleterre et d'Espagne, pour s'emparer de Savone, et porter la guerre chez une République sage et tranquille, pour nous faire perdre les ressources si avantageuses de sa neutralité.
L'exécution de leur projet allait s'effectuer, si les représentants (lu peuple Saliceti et Albitte, députés près cette armée, n'avaient ordonné de les prévenir, sur-le-champ, par une attaque que la bravoure seule des républicains, inférieurs en nombre, pouvait faire réussir.
Le 3"= sans-culottide, le poste de Saint-Jacques, situé sur la partie de l'Apennin qui sépare les forteresses de Savone et Finale des vallées de la Bormida, occupées par l'enneuii, fortifié par un douille retranchement, a été enlevé à la baïonnette avec une telle bravoure, que la terreur nous a préci^dés dans les postes de Mallere, Pallere, Altare. L'ennemi les a évacués avec une telle promptitude qu'on n'a pu le retrouver que dans la plaine de Carcare, où il avait fait avancer tous ses rassemblements du Cairo, pour en venir à une affaire sérieuse.
La marche d'une de nos colonnes, inconnue à l'ennemi, arrive le 4 très précipitamment au chAleau de Cossaria, force ce poste redoutable, et l'armée autrichienne allait être coupée et enfermée dans les gorges do la Bormida, loisqu'une fuite j)récij)itée est devenue son unique salut.
La nuit ne permettait pas de les atteindre, et l'armée a bivouaque autour de ses représentants.
Le 5 sans-culottide, les républicains poursuivent leur marclie et rencontrent l'ennemi à la Roquette de Cairo ; l'artillerie et la cavalerie ennemie y avaient des positions avantageuses, et l'infanterie y était protégée par des hauteurs d'un difficile accès ; il ne restait qu'une heure et demie de jour; une attaque aussi prompte que bien combinée les a repousses dans tous leurs points, et notre cavalerie allait fondre sur la leur et enlever leur artillerie, si un ravin imprévu n'eiit arrêté son impétuosité et si Ja nuit n'eût mis fin à une affaire qui nous promettait encore de plus grands succès.
La présence des représentants du peuple au milieu de nos frères d'armes, partageant leurs dangers et leurs fatigues, animait leur courage au point qu'ils combattaient encore après une heure de nuit obscure.
A la faveur des rideaux delà Bormida, l'ennemi avait pris une position en arrière de Dego qui, suspendant le combat, nous laissait pourtant l'espoir de le battre encore aujourd'hui, si la nouvelle de sa fuite à plus de cinq lieues de Dego pour se porter sur Alexandrie n'eût mis fin à nos victoires.
C'est aux talents du général d'artillerie (Buonaparte) que je dois les savantes combinaisons qui ont assuré nos succès.
Cette affaire a coûté à la République le sang d'environ quatrevingts de nos frères d'armes et autant de blessés.
La perte des ennemis se monte à plus de mille hommes tant tués et blessés que prisonniers , et il nous a laisse dans ses magasins de (juoi nourrir l'armée pendant un mois.
Tout le monde, tant officiers que soldats, a fait son devoir en brave républicain.
Parmi ceux qui se sont le plus distingués, je dois citer le général divisionnaire Masséna et les généraux de brigade Laharpe et Cervoni.
Lettre de Ritter et Turreau au Comité.
1 1 brumaire an m (l" novembre '1794).
Citoyens Collègues,
Depuis notre dernière lettre du 23 vendcniiaiie, notre situation devient de jour en jour plus s(5ricuse, et selon toute apparence, nous en serons bientôt aux mains avec l'armée austrosarde, qui dirige ses vues hostiles sur la forteresse génoise de Gavi, et de là peut-être sur Gènes même, où l'oligarchie semble l'appeler.
Lors des dernières affaires près de Caïero et Dego, les Picmontais n'étaient soutenus que par 10,000 Autrichiens ; aujoind"bui tous les rapports s'accordent à porter h 2i2,000 hommes l'armée autrichienne campée à Acqui, peu distant de Gavi. D'un autre côté, les avant-postes des Piémontais s'étendent jusqu'à Altare, d'où ils avaient été chassés dernièrement ; et déjà, les papiers piémontais se vantent que sous peu nous serons expulsés de Vado, et môme de Nice. Pour le coup, les coalisés auront encore une fois compté sans leur hôte : nos dispositions sont prises, et nous les attendons de pied ferme, mais le temps arrivera peutêtre bientôt où il ne nous suffira pas de nous tenir sur la défensive ; car si l'ennemi fait encore quelques pas en avant, nous ne pourrons nous dispenser de couvrir Gavi et Gênes, et de livrer bataille pour sauver notre commerce et garantir les débouchés de nos subsistances : en attendant, nous multiplions nos moyens de défense à Vado et sur ses hauteurs ; sous peu nous y serons inexpugnables.
Pour nous, Vado devient par là le point principal de nos opération, et d'où nous pourrons nous porter où le besoin l'exigera. Le peu|)Ie génois est toujours persuadé que nous n'occupons cette position que pour sa proj)re défense, et le gouvernement s'est borné à sa première protestation, que probablement il n'a faite que pour la forme, puisqu'il n'a jtris aucune mesure pour
mettre lui-nirme en défense, comme nous lui avions indiqué, les fort et fortins de Vado.
Pour être prêts à tous événements, nous renforçons la droite au fur et à mesure que les neiges nous permettent de dégarnir le centre et la gauche ; mais l'armée active, beaucoup affaiblie par la garde des côtes, et réduite elle-même à 3I,0U0 hommes par les maladies, et surtout par le retour dans leurs foyers des malades qui ne rejoignent pas après leur convalescence, ne nous présente pas des moyens en sul'tisance, si nous n'avons recours à celle des Alpes.
Nous avons déjà requis trois bataillons de celte dernière, et nous n'attendons ici que l'arrivée prochaine de notre collègue Casagniôs, pour en tirer tout ce qui s'y trouvera de disponible ; et en cela nous imiterons encore très faiblement l'ennemi, qui a porté tautes ses troupes sur sa gauche et n'a laissé que peu de monde dans les Alpes.
Nous vous avons écrit la dernière fois, que nous avons trouvé peu d'organisation dans cette armée, et que tout y était dans la confusion la plus désespérante; nous ne vous avons pas trop dit, et malgré tous nos soins, il nous faudra encore quelques décades pour y avoir pu remédier.
Le plus grand des obstacles que nous avons à surmonter, c'est l'approvisionnement en fourrages ; nous l'aplanirons aussi, si Jean-Bon Saint-André, auquel nous avons écrit à ce sujet, consent à nous rendre, pour quelques décades, les allèges et autres bâtiments de transport sur lesquels il a mis un embargo, et qui, avant notre arrivée, servaient à jjorler à l'armée tous ics fourrages nécessaires à la gauche, au contre, aux diÊTérents parcs du quartier général, ei à alimenter encore une partie de la droite. Si les mesures que nous avons prises ne sont pas contrariées, nous parviendrons non seulement à faire face à nos besoins journaliers en ce genre, mais encore à former des magasins sans lesquels il faudrait renoncer à toute expédition ; car nous espérons joindre à ce qui peut nous venir par mer le peu de fourrages qui se trouvent dans la rivière de Gênes. Il aurait été à désirer que, pour concilier les intérêts divers de la République, on n'eût pas enlevé à l'armée d'Italie, tout d'un coup, ses vaisseaux de transport ; nous n'aurions pas perdu, par la disette, une infinité de chevaux et de mulets.
Nous prévoyons que l'armée d'Italie deviendra active au moment oîi la nature semble appeler toutes les autres au repos, car il parait que les coalisés cherchent à se venger sur Gênes et
sur les subsistances du Midi, des pertes qu'ils ont essuyées au Nord, sur le Rhin, et aux Pyrénées.
Les nouvelles de Gûnes nous annoncent que les vaisseaux anglais et espagnols ne cessent d"y vomir des bandes d'émigrés qui se dispersent dans la Rivière pour tenter quelques coups de main dont nous tâcherons de leur éviter la peine. Le triste Viclor-Amédée, ci-devant duc de Savoie, et bientôt rcx in partibus, vient de faire la revue de ses troupes, qu'il a essayé d'encourager par l'espérance que tout le peuple piémontais se lèverait en masse pour la défense de la foi et de son trône : les prêtres piémontais, secondant ses efforts, prêchent partout des croisades contre nous ; mais si la masse italienne se lève, nous la prierons fort poliment de se coucher ; aussi n'est-ce pas là ce qui nous inquiète ; nous craignons plus la ruse italienne que ses canons, ses piques et ses baïonnettes.
Notre position est telle, que nous serons obligés de sauver Gênes malgré les meneurs de son gouvernement.
Au fur et à mesure que l'ennemi augmente ses forces, nous augmenterons les nôtres, et s'il ose rentrer en lice, nous ne l'en tiendrons pas quitte à aussi bon compte qu'à Caïero et à Dogo. Les riches campagnes du Piémont pourraient alors très bien faire oublier à nos chevaux la disette de fourrages qu'ils ont essuyée dans le département des Alpes-Maritimes.
Tilly, qui est parti avant-hier d'ici pour se rendre au Comité de Salut |)ublic, vous détaillera plus au long les avantages qu'il y aurait de faire la guerre pendant l'hiver dans le plus beau climat de l'Europe, plutôt qu'en été où les excessives chaleurs tuent plus de nos soldats que le feu ennemi, et où, après avoir agi très laborieusement pendant trois mois, on a toujours été obligé, dans le système suivi jusqu'ici, de rétrogradera l'approche des neiges avec perle de presque tous les fruits de la campagne. Nous n'avons aucun de ces inconvénients à craindre, en agissant par notre droite, où nous sommes à poi'tée des plus belles routes qui peuvent nous conduire droit à Alexandrie et à Turin.
Tilly, que nous vous prions d'écouter très attentivement, vous proposera plusieurs plans ; ils peuvent devenir essentiellement bons suivant les circonstances : nous n'avons donné à aucun la préférence, parce qu'ils dépendent tous d'événements que nous ne pouvons prévoir, et qui, dès qu'ils arriveront, seront cependant la règle de notre conduite.
Donnez-nous un général en chef actif, expérimenté, et nous vous répondons de tout. En attendant que l'ennemi se déclare,
nous rotiforçons la droile autant qu'il nous est possible ; et s'il nous laisse encore quelque temps, nous lui ferons danser la plus belle carmagnole qu'il ait jamais dansée. Vado nous est très utile pour celte expédition. Nous espérons que dans un mois et demi, nous y aurons formé, ainsi qu'à Loano et dans ses environs, tous les établissements pour une armée active de 50,000 hommes. Et que les coalisés ne s'imaginent pas que nous les laisserons passer tranquillement à Acqui la plus belle saison, et nous tenir continuellement en échec sur nos subsistances, et celles de nos frères du Midi. Nous avons fait partir le général de la cavalerie pour faire son inspection de tous les corps, détachements et dépôts de son arme, hâter l'armement, l'équipement et les remontes. Dès qu'il sera de retour, nous vous enverrons les résultats de ses opérations ; nous prévoyons bien que ces résultats ne seront pas aussi satisfaisants que nous le désirerions; car celte armée n'a eu jusqu'ici de la cavalerie que pour la forme, n'ayant jamais pu ni dû être employée dans cette guerre qui n'a été uniquement faite que dans les montagnes. Nous la fortifierons par deux compagnies d'artillerie légère, en attendant que vous ayiez jugé à propos de lui envoyer des renforts, soit du Rhin, soit du Nord, l'armée des Alpes ne nous présentant aucune ressource en ce genre, et la cavalerie ennemie étant forte de 8,000 à 10,000 hommes. Cela dépendra du plan que vous adopterez ; et si ce renfort n'arrive que dans deux mois, nous serons encore en mesure, car ce ne sera qu'alors qu'à tout événement, nous pourrons être dans la plaine.
Vous serez convaincus que nous ne pouvons rester plus longtemps sur une défensive ruineuse, si vous considérez que les coalisés n'attendent que de nouvelles forces pour nous attaquer, et que peutrêtre les flottes combinées (car les Espagnols pourraient bien revenir) ne manqueront pas de couronner leur perfidie en coopérant avec les Austro-Sardes à s'emparer de Gênes, et de Gavi ; alors il nous faudrait des moyens bien plus puissants que ceux qui sont en notre pouvoir, pour rétablir la liberté de noire commerce et l'indépendance, si utile pour nous, du peuple génois, trahie par ses gouvernants, et asservie par nos ennemis communs.
11 semble que les ennemis nous tracent eux-mêmes aujourd'hui le plan de campagne que nous devons suivre : si nous en profilons, ils payeront fort cher leurs leçons
P.-S. — Nous vous avons fait sentir combien il était néces-
saire de reporter tous nos soins sur la partie droite de l'armée, partie menacée par de nombreux ennemis.
Peut-être cherchera-t-on à attirer en même temps les vôtres sur l'expédilion de la Corse. Nous devons aux succès de nos armes, à celui de celle expédition, de vous prévenir qu'elle ne peut être que très secondaire dans nos opérations, que ce serait les contrarier, que ce serait atténuer nos ressources et nos moyens, que de nous en occuper dans ce moment. Nous serons maîtres de la Corse quand nous voudrons, ayant des succès en Italie. Déconcertons les projets des Austro-Sardes ; empêchons les flottes coalisées de vomir sur nos côtes le vil ramas des brigands de toute espèce, dont elles nous menacent ; attendons que notre marine, complètement organisée, aille punir à Livourne l'inso- IcQce de nos ennemis, qui en ont fait l'entrepôt de leurs magasins, et le réceptacle infâme de tous les faux assignats qu'ils fabriquent à Londres ; et pour lors la Corse tombera d'elle-même entre nos mains; et nous ne serons pas réduits à regretter que la promptitude qu'on apporterait à cette expédition, eût diminué nos moyens pour des opérations plus importantes.
Donnez toute votre attention à ces dernières réflexions, et ne vous laissez pas entraîner par celles que des intérêts particuliers peuvent chercher à faire naître.
Lettre de Ritter et Turreau à Carnot.
lo bruiuairc an m (i- novembre 1704).
Nous t'envoyons, citoyen collègue, copie de nos dernières réflexions au Comité de Salut public.
Tu verras que nous insistons j)0ur le plan de campagne d'hiver en Italie. Tous les débouchés nous sont ouverts pour celte campagne ; nous n'avons que près de deux lieues c\ faire depuis Vado jusqu'au chemin appelé le chemin du canon; cl Vado, en cas de
non-succès, ce que nous ne craignons pas, nous offre, par les ouvrages que nous y faisons faire, un puissant appui pour la retraite.
La saison des pluies une fois passée, nous pourrons aller droit à Ceva, que nous emporterons sans dilficulté, et de là porter nos armes victorieuses dans les fertiles plaines du Piémont, et terminer la campagne avant les grandes chaleurs.
Tu pèseras ce plan dans ta sagesse ; il est le seul qui paraisse adoptable à tous ceux qui, comme nous, connaissent les localités; si le Comité donne son assentiment, fais, nous te prions, hâter les secours que nous demandons.
Salut et fraternité.
Mémoire sur les opérations de la campagne
en Italie.
Janvier 1793.
(Forces des ennemis, environ 100,000 hommes, dont
30,000 dans les places)
Quelques combinaisons que l'on fasse, quelques mesures que l'on prenne, l'armée d'Italie n'a que deux chemins pour pénétrer dans cette contrée : l'un sort de Gênes, passe par la Bocchetta et va se rendre dans l'Alexandrin ou surTortone, le second part de Nice et va droit à Turin, par le col de Tende.
Tous les autres chemins intermédiaires entre les deux désignés, qui versent de l'Apennin dans l'Italie, sont impraticables à une armée qui doit trainer après elle son artillerie et ses vivres, au moins pour un certain temps; les vallées de la Bormida et du Tanaro, qui descendent de la côte de Gênes dans le Piémont ou l'Alexandrin, sont absolument impraticables pour l'artillerie de position.
11 ne reste donc à l'armée d'Italie que le ciiemin de Gênes ou de Nice pour percer avec une armée capable de s'y soutenir et munie de tout l'attirail de guerre nécessaire.
Il s'agit à présent d'examiner lequel de ces deux chemins il convient à l'armée de la République de suivre pour agir en Italie, et le choix ne doit point en être douteux.
L'exemple de Maillebois, qui pénétra en Italie par la vallée de la Bormida avec l'armée française, pendant que sa grosse artillerie débouchait par la Bocchetla et se portait sur Tortone, et que l'armée espagnole, partant des environs de Gênes, couvrait la marche de l'artillerie, ne peut être dans ce moment-ci une autorité pour nous pour plusieurs raisons :
1° C'est qu'alors les intrigues de la cour d'Espagne forcèrent celle de France à établir le siège de la guerre dans le Tortonais et l'Alexandrin, pour pouvoir ensuite s'emparer avec plus de facilité du Parmesan et du Plaisantin, même du Milanez, pour satisfaire l'ambition de la reine d'Espagne et faire un établissement à l'Infant. Or, celle direction d'opérations de campagne devait nécessairement, après une bataille perdue, faire reculer l'armée battue jusqu'au Var (et c'est ce qui arriva après la perte de la bataille de Plaisance) ; établir donc le siège de la guerre dans cette partie serait une faute impardonnable à mon avis, quand même les Génois seraient nos alliés, et fourniraient les mêmes secours qu'ils accordèrent à l'armée Gallispane en 174o-, 2° Les Génois ne sont pas nos alliés; il s'en faut de beaucoup ; leur neutralité ne nous offre pas des avantages assez considérables pour pouvoir risquer de suivre la marche tracée en 1743;
3° Il faudrait protéger sa communication sur une étendue immense de terrain, ce qui emploierait des forces considérables dont on peut se servir bien plus utilement ;
A° Quand la cour de France et Maillebois se décidèrent à percer en Italie par la vallée de la Bormida et le col de la Bocchetla, le grand chemin do Nice à Turin n'était point encore exécuté ; il était impossible à une armée de pénétrer en Italie par ce chemin, rendu depuis le plus commode pour les armées, el il est probable que, s'il eût existé, toutes les intrigues de la cour d'Espagne n'auraient pu déterminer celle de France à faire suivre à ses armées le chemin qu'elles prirent en 1745 ;
5' Enfin l'armée de la République est en possession du grand chemin qui, de Nice verse dans le Piémont; les sommités sont en notre pouvoir, el quelques forces que puissent nous opposer nos ennemis, il n'est plus en leur pouvoir de nous empêcher de pénétrer en Italie et de leur livrer bataille dans les plaines du Piémont.
Il résulte de cet aperçu que la saine politique el la raison de
PIÈCES JUSTITICATIVES. 469
guerre veulent impérieusement que l'armée d'Italie débouclie dans le Piémont par le col de Tende, puisque nous en sommes les maîtres et qu'aucune puissance humaine ne peut nous empêcher d'y pénétrer avec toute l'artillerie de campagne et de siège nécessaire. Une communication large, siire et courte assure nos subsistances et nos derrières, et quand même nous ne serions pas en possession d'une grande étendue de pays par où nous menaçons les provinces de Mondovi et de Ceva, cette communication ne pourrait pas encore être interromjiue par nos ennemis.
En débouchant par le col de Tende dans le Piémont, on trouve au confluent du Gesso et de la Stura, la ville de Coni, place forte du premier ordre dont les fortifications ont été considérablement augmentées depuis la guerre de 1743.
Quelqu'imposante que semble cette barrière, il faut pourtant s'en emparer, mais on ne peut espérer de le faire avec succès, qu'après avoir battu les ennemis.
(Développement sur les difficultés et les conséquences de
la prise de Coni)
Puisque la prise de Coni doit décider du succès des opérations de toute la campagne, il est de la dernière importance de s'occuper promptement de toutes les mesures qui peuvent en assurer la conquête, et de préparer les moyens qui peuvent assurer le succès de la bataille qui doit se livrer sous les murs de Coni ; à cet effet, voici le plan d'opérations de campagne que je propose au Comité de Salut public.