BUONAPARTE
' Boreo-San-Dalmazzo.
Note sur l'armée d'Italie'.
Si l'armée d'Italie laisse passer le mois de février sans rien faire, comme elle a laissé passer le mois de janviei-, la campagne d'Italie est entièrement manquée. Il faut bien se convaincre que l'on n'obtiendra de grands succès en Italie que pendant l'hiver. Si l'on suppose que l'armée d'Italie se mette en mouvement le plus tôt possible, elle peut marcher sur Ceva, y forcer le camp retranché avant que les Autrichiens, qui sont à Acqui, ne soient joints aux Piémontais.
Si, à la vue des préparatifs que feraient les Français, les Autrichiens, longeant derrière le Tanaro, venaient se réunir avec les Piémontais, il faut que notre armée fasse deux marches sur Acqui, c'est-à-dire aille à Cairo et à Spigno; l'on peut être assuré qu'alors les Autrichiens s'empresseront de s'en retourner défendre leurs communications avec le Milanais.
L'opération que l'on doit faire est simple : les Piémontais sontils seuls? Marcher sur eux parGaressio, Bagnasco, la Solta, Castelnuovo, Montezemolo. Eux battus, le camp retranché forcé, faire le siège de Ceva (opération préalable à toute autre, quelle que soit la marche que l'on veuille tenir).
Les Autrichiens ont-ils le boQ esprit de se réunir à Montezemolo avec les Piémontais? Il faut les en séparer et, pour cela, marcher sur Alexandrie, et, dès l'instant qu'ils seront séparés, avoir vingt-quatre heures à soi pour forcer le camp retranché de Ceva.
Une fois le camp retranché de Ceva occupé par nous, il faudrait alors des forces doubles pour nous obliger à lever le siège de la forteresse.
L'artillerie de siège débarquera à Vado; l'on ne doit pas craindre
Correspiiiiddiicc de ISajiolron, il" 83.
de manquer de charrois, le pays des Langes étant très abondant en moyens de transport, et le siège de Ceva n'exigeant pas plus de vingt-quatre à trente pièces de canon.
-Maitre de Ceva, l'on ne doit pas perdre un instant à faire avancer la division qui garde Tende, Briga et les hauteurs du comté de Nice jusqu'à Borgo; l'on doit opérer sa jonction par Mondovi, investir Coni avec la division du centre et marcher droit sur Turin. Le roi de Sardaigne fait alors des propositions de paix. 11 faut que le général dise qu'il n'a pas le droit de faire la paix, qu'il faut que l'on envoie un courrier à Paris, et, pendant ce temps-là, il arrivera que le roi de Sardaigne sera obligé de faire des propositions telles, qu'elles ne pourront pas être refusées et rempliront parfaitement le but du Gouvernement; sans quoi l'on brûlera Turin sans se soucier de la citadelle.
Au reste, comme la guerre en Italie dépend absolument de la saison, chaque mois exige un plan de campagne différent. Il faut que le Gouvernement ait une contiance entière dans son général, lui laisse une grande latitude et lui présente seulement le but qu'il veut remplir. Il faut un mois pour avoir réponse à une dépêche venant de Savone, et, pendant ce temps, tout peut changer.
Lorsque Turin sera à nous, les sièges des forteresses d'Alexandrie et de Tortone seront inutiles; nous entrons dans le Milanais comme en Champagne, sans obstacles.
Le Gouvernement doit ordonner que l'équipage de pontons sur baquets, pour le Mincio et l'Oglio, que j'avais fait préparer, soit achevé. L'on trouvera en Italie tout ce qu'il faut pour les ponts du Pô, de l'Adige, du Tessin et du Tanaro.
L'on trouvera charrois, habillements et subsistances pour la brave armée qui s'emparerait des plaines du Piémont et du Milanais.
BCONAPARTE.
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