PLAN D'OPÉRATIONS DE CAMPAGNE
L'armée d'Italie sera portée à 60,000 hommes d'infanterie disponibles, 3,000 hommes de cavalerie et -4 compagnies d'artillerie légère (Détail.)
Le rassemblement du gros de l'armée, fort de 33,000 hommes d'infanterie et 4,000 de cavalerie, qui devra déboucher par le col de Tende, se fera dans les environs de Nice, ainsi que celui de toute l'artillerie de campagne et de siège.
La droite, composée de 13,000 hommes d'infanterie et 1000 de cavalerie avec une compagnie d'artillerie légère, si l'on a pu rendre les chemins praticables à cette espèce d'artillerie, se rassemblera du côté de Saint-Bernard.
Les 10,000 hommes venant de l'armée des Alpes se rassembleront à l'entrée de la vallée de la Stura pour se porter au moment indiqué sur la place de Demont.
Au moment où toute l'armée se mettra en marche pour pénétrer dans le Piémont, le corps de droite marchera par Carcare, de là enfilera la vallée de la Bormida jusqu'à Cairo, fera mine de former l'avant-garde de toute l'armée pour se porter sur Alexandrie par la vallée de la Bormida ; ce corps d'armée, arrivé au Cairo, après avoir poussé sur Dego une avant-garde d'infaHtorie et de cavalerie, pour en imposer à l'ennemi et masquer son mouvement, tournera tout à coup à gauche et viendra prendre Ceva par ses derrières ; si les ennemis tiennent encore le camp retranché derrière cette ville, elle les y forcera, et verra s'il est possible de s'emparer du fort de Ceva par un coup de main. Si ce corps d'armée doit mettre plus de quarante-huit heures à s'emparer de ce fort, elle l'abandonnera, marchera sur Mondovi, ramassera toutes les subsistances qui sont dans le pays, et viendra se réunir au gros de l'armée qui aura débouché du col de Tende sur Coni.
Pendant que le centre et la droite exécuteront ce mouvement, la division de l'armée des Alpes descendra dans la vallée de la Stura, marchera sur Demont, chassera les troupes ennemies qui pourraient être campées aux environs. Ce corps pourra être soutenu par une portion de la gauche du gros de l'armée, qui pourra descendre sur Demont par Lanlosca et le col de Fenêtre ; au reste, l'armée qui aura pénétré jiar le col de Tende pourra couper la retraite au corps ennemi placé sous Demont en se portant à Rocca Sparviera, mouvement qui forcera nécessairement les ennemis placés sous Demont à se retirer à la
hâte de peur d'être coupés (Examen des particularités qui
peuvent se présenter.)
Les mouvements combinés qu'exécutera l'armée d'Italie à son entrée dans le Piémont ont cet avantage :
1° Ils allégeront la marche de l'armée
2° Le mouvement et la marche qu'exécutent la droite de l'armée par la vallée de la Bormida, fera craindre aux ennemis pour l'Alexandrin et le Tortonais, retiendra leurs forces dans cette partie, fera par conséquent une diversion très utile au gros de l'armée sur Coni. Cette droite manœuvrant habilement ne peut être entamée (?) par des forces du double supérieures; elle peut envelopper le corps près de Ceva et le battre complètement. . . . Si l'ennemi est battu sous les murs de Coni, comme on doit l'espérer, il est repoussé jusqu'à Turin; alors les vallées (jui descendent dans le Piémont sont ouvertes pour l'armée des Alpes, qui vient ensuite agir de concert avec l'armée d'Ilalir^
(Pendant qu'on assiège Coni, on envoie des détachements assiéger Ceva et Démonte).
No 23.
Lettre de Schérer au Comité de Salut public.
17 yentùse on m (7 mars 1795).
Citoyens Représentants.
Je viens de recevoir une lettre de notre envoyé de Gênes par laquelle il me fait part des craintes qu'il a que les Autrichiens ne s'emparent du passage de la Bocchetta; par cette même lettre il me témoigne le désir de faire faire un mouvement à la droite de l'armée vers Gênes pour arrêter la marche des Autrichiens, si elle avait lieu et leur imposer, par ce mouvement, de la circonspection.
Il paraît que l'envoyé de la République à Gênes regarde le passage de la Bocchelta comme des plus importants pour nous dans le cas d'une invasion du Piémont.
Toutes mes lettres précédentes vous prouvent que je n'ai jamais été et que je ne suis pas encore de l'avis de porter le théâtre de la guerre, dans le cas d'une invasion, dans le Tortonais et l'Alexandrin, comme on le fit en 1745. La raison de guerre et toutes les probabilités imaginables militent invinciblement contre un pareil projet ; je vous conjure de vous faire représenter la lettre et le mémoire que je vous ai adressés le 15 nivôse; vous y verrez les raisons qui démontrent jusqu'à l'évidence la défectuosité d'un plan de campagne qui aurait pour base de pénétrer en Piémont en passant par la Bocchetta.
D'ailleurs, quand il serait vrai que le projet de pénétrer dans le Piémont par la Bocchelta fût praticable, mes précédentes lettres vous ont prouvé que l'état de faiblesse oîi était cette armée ne me permettait pas de m'étendre davantage sur la rivière de Gênes où l'on n'a déjà que trop disséminé cette armée.
Je vous prie enfin, citoyens représentants, de vous rappeler que si cette armée doit envaiiir le Piémont la campagne prochaine, je suis maître des chemins qui y conduisent sans en aller chercher de plus éloignés; que ces cliemins que l'armée a conservés malgré la rigueur d'un hiver extraordinaire, au prix de son sang et des fatigues les plus excessives, sont plus que suffisants pour inonder dans six jours de temps le Piémont d'une armée française de soixante mille hommes, nombre que je vous ai mandé être absolument nécessaire si l'on veut s'assurer des succès pendant la campagne.
Laissez les Autrichiens s'emparer de la Bocchelta s'ils le veulent; cela ne peut être qu'utile à nos opérations de campagne en ce que le mouvement sur Gênes disséminera leurs forces et nous facilitera les moyens de les battre en détail à l'entrée de la campagne. Ne craignez pas pour la ville de Gênes, en supposant que vous preniez intérêt à ce que les ennemis ne s'en emparent jms, car tant que j'aurai la droite de l'armée appuyée à Savone, tant que je serai maître des chemins qui conduisent dans le Piémont, je forcerai bien les Allemands à abandonner les environs de Gênes et à venir au secours de leurs propres pays, en y portant le fer et le feu.
' Daignez enfin vous rappeler, citoyens représentants, que les moyens d'envahir le Piémont et d'y pénétrer avec espérance de succès nous sont assurés par les vallées de la Bormida et du Tanaro et surtout par le col de Tende. Qu'avons-nous besoin d'aller chercher un chemin praticable au canon à SO lieues de nous, taudis que nous en avons un au centre de l'armée, plus large, plus commode, et dont nous sommes absolument les maîtres? il faut qu'une bataille livrée sous les murs de Coni et la prise de cette place, nous ouvrent l'entrée de l'Italie et nous en assurent la possession ; mais je ne cesserai de vous répéter qu'il est temps et plus que temps d'envoyer des renforts h cette armée, en infanterie et cavalerie, pour qu'elle puisse atteindre au but de forcer nos ennemis h nous demander la paix en nous cm|)arant du Piémont et ensuite du 3Iilanez.
Arrêté du 18 mai (29 floréal an lîl).
Le Comité de Salut public de la Convention nationale,
Considérant que les deux armées des Alpes et d'Italie, disséminées sur la vaste frontière qu'elles occupent, sont, par cette raison même, très peu en état de résister aux attaques combinées des Piémontais et Autrichiens qui, se trouvant réunis au centre, peuvent se porter facilement aux extrémités, se prêter une force mutuelle, et par conséquent en déployer une supérieure partout oîi ils voudraient attaquer les armées républicaines ;
Considérant en outre que la position actuelle des deux armées est très décourageante pour le soldat, par l'état d'isolement des corps sur les montagnes des Alpes ; qu'elle n'est pas moins difïicile pour les subsistances, approvisionnements et moyens de transport ; qu'en adoptant le système offensif de guerre pendant la campagne qui va s'ouvrir, le Comité y voit l'avantage inappréciable de réunir les deux armées, de les renforcer l'une par l'autre, de faciliter la communication et de trouver encore dans le pays ennemi une portion de la subsistance du soldat, d'où il résultera une épargne sur les subsistances de l'intérieur et une économie dans les transports ;
Considérant entin que la malveillance se plait à répandre le bruit que la France va restituer au roi de Sardaigne ou laisser reprendre par les troupes coalisées de nos ennemis le mont Blanc et le comté de Nice; que ces bruits répandus à dessein ont pour but de ralentir le courage du soldat et de frapper de terreur les habitants des pays conquis qui ont montré le plus d'attachement pour la République française avant et depuis la réunion ; qu'il importe de les rassurer promplement, et que le moyen le plus efficace pour atteindre le but est d'ouvrir une nouvelle carrière aux courages des républicains pour les préparatifs d'une glorieuse campagne,
Arrête ce qui suit :
Article 1". — Le général en chef commandant les deux
armées des Alpes et d'Italie, fera tous les préparatifs nécessaires pour faire entrer en Piémont ou en Italie, les deux armées qu'il commande aussitôt que la saison pourra le permettre, etc.
(Suivent des prescriptions de délail relatives aux renforts, aux approvisionnements, etc.)
Extrait d'une lettre du citoyen Cacault, agent de .la République en Italie, au Comité de Salut public.
Florence, le 10 prairial au m.
Vous savez que l'Empereur fait arriver des troupes d'Allemagne en Lombardie au nombre d'environ 10,000 hommes. Si notre armée passe le Rhin et menace le Brisgau, cela fera division, et l'on pourra faire rétrograder des régiments destinés pour l'Ilalie. Je suis bien surpris d'entendre dire que les Austro-Sardes menacent de rentrer dans la rivière de Gênes, du côté de Carcare, pour descendre dans la vallée de Loano et d'Oneille, afin de couper la division française, que les troupes campées à Acqui attaqueraient ensuite. L'on est sans doute en garde et en mesure contre un jilan des ennemis si connu. Nos braves armées ont forcé tous les i)assages difficiles des Alpes. Celle du Pelit-Saint- Bernard est à Aoste. celle du Cenis est à Lanslebourg, colle de Barcelonnelte est près de Saluccs, celle de Nice à la vue de Coui, celle de la rivière est à Ormea, àOncille et à Loano. Nous dominons le Piémont, nous sommes partout à l'entrée de la i)laine, mais ne pouvant agir, aucune de nos six armées n'étant assez forte pour entrer en rase campagne et donner bataille aux ennemis qui peuvent se secourir mutuellement avec facilité dans le bassin du Piémont.
11 semble que ces postes n'aient été pris et occupés que pour marquer les limites naturelles de la France de ce côté. Nous sommes maîtres des stériles Alpes et des Alpes-Marilimes. Jamais
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aucun (les conquérants de l'Italie n'a tant possédé de rocliers autour des riches campagnes de cette fertile contrée. Je crois que Nice sera très utile à la France, s'il lui reste à la paix, étant situé pour être l'entrepôt du commerce de la Méditerranée avec le Piémont, la Lombardie et la Suisse, par la grande route de Turin. Il est évident que l'étendue des côtes que nous avons acquises depuis Antibes jusqu'à Loano est indispensablemcnt nécessaire à conserver durant la guerre. Mais la République s'épuise de ce côté en dépenses énormes, sans parvenir jamais à occuper un bon pays comme le Piémont, le Milanais, Bologne, capables de nourrir l'armée, de maintenir nos braves guerriers dans l'aisance et le contentement, tandis qu'ils périssent de misère et d'ennui, coûtent des trésors répartis en six armées sans activité autour des Austro-Sardes. Les forces militaires du roi de Sardaigne sont le boulevard de l'Italie, qui n'a point d'autre défense. Milan, Rome et Napics, sont en sûreté tant que le Piémont résiste et que les flottes coalisées sont supérieures sur la Méditerranée.
La paix de l'Italie doit commencer par Turin, qui en a la clef. L'on y peut déterminer le roi de Sardaigne en lui donnant sur le Milanais une indemnité de la Savoie et des Alpes-Maritimes. L'on y peut forcer le roi de Sardaigne et le châtier par un traité avec l'Empereur, qui désire de rentrer dans les anciennes dépendances de Milan : Alexandrie, Torlone et Acqui. La cour de Vienne vise à s'assurer cette indemnité ; celle de Turin tourne risque d'être dépouillée de tous côtés, réduite au Piémont.
Une campagne contre le roi de Sardaigne, poussée avec la vigueur de celle sur le Rhin, au Nord et en Espagne, nous aurait soumis l'Italie, et pouvait rendre inutile la domination des Anglais sur la Méditerranée. Une armée française qui serait parvenue à Bologne, menacerait plus solidement Rome et Naples, que toutes les flottes triomphantes ne sauraient le faire. Une escadre ne peut rien d'essentiel contre l'État de l'Église. Elle peut avec quelque danger des batteries du golfe, épouvanter Naples par un bombardement, détruire à coups de canon le palais du roi et toutes les maisons qui bordent la mer.
Elle peut faire plus aisément la même chose à Palerme. C'est beaucoup de mal et peu de profit. Il serait bien plus sérieux el solide, de menacer de conquérir Naples comme la Hollande.
Lettre de Kellermann au Comité de Salut public.
17 prairial an iir.
Citoyens Représentants,
Je viens de recevoir votre arrêté du 29 floréal dernier, relatif aux dispositions des armées des Alpes et d'Italie; le considérant qui le précède expose d'une manière bien vraie leur situation et l'avantage du système offensif;
J'activerai toutes les parties administratives et militaires de l'armée, à l'effet d'annoncer le projet d'une invasion prochaine dans la plaine de Piémont par la vallée de Slure ; en même temps des dispositions offensives se feront sur Exilles et Fénestrclies.
A l'armée d'Italie, 6,000 hommes seront placés au col de Tende, oii je fais marcher un équi{)age de siège de 20 bouches à feu; des reconnaissances seront faites le plus en avant possible pour indiquer le siège de Coni et celui de Demont.
Les cols de Terme et d'Inferne, centre de ma ligne, annonceront des mouvements off"ensifs, mais je ne peux y laisser que ce qui est nécessaire pour les défendre.
Toutes mes dispositions seront ordonnées de manière à tromper l'ennemi et lui faire présumer que je réunis de grandes forces à Tournoux et à Tende.
La droite de l'armée sera mon point d'attaque ; avec 12,000 hommes disponibles, je tâcherai d'occuper la forteresse de Savone, soit par négociation ou autrement ; dans tous les cas, j'ai ordonné au général commandant la droite d'y prévenir l'ennemi au premier mouvement qu'il ferait pour s'en emparer. Je ferai marcher le corps de 12,000 hommes en avant, et mes mouvements auront pour but de me porter sur Ccva ; je i)Oiisserai mes avantages aussi loin que les circonstances le permettront sans me compromettre, et si je réussis à exécuter ce plan, j'aurai cmpôciié l'ennemi de rien entreprendre sur l'armée; j'aurai assuré tous mes quartiers d'hiver, et réparé la faute qui a clé faite la campagne dernière, de laisser la droite à découvert, et par là de
nous obliger à occuper des positions qui nous ont coûté beaucoup de soldats qui n'ont pu supporter les rigueurs de la saison.
Mémoire sur la campagne à faire en Italie.
Au quartier général à Nice, le 2i iiruirial de Tan m de la République franraise, une et indivisible.
Je commencerai par présenter : 1° les forces de l'ennemi ; 2° celles nécessaires pour l'attaquer avec succès suivant le plan de campagne proposé.
Tous les renseignements qui paraissent les plus certains sont d'accord avec ceux qui ont molivé le préambule du mémoire présenté au Comité du Salut public par le général Schérer, et auxquels j'ajouterai seulement que les forces ennemies qu'il annonçait, sont dans ce moment en campagne, et partie en présence des postes avancés de l'armée de la République.
Les forces que les ennemis tiennent dans le Piémont, d'après les renseignements les plus certains, s'élèvent à 90,000 hommes d'infanterie et 8,000 de cavalerie ; les forces des enneuiis distribuées dans les places frontières qui peuvent être menacées, montent à environ 30,000 hommes disponibles, y compris les malades ; le nombre de ceux-ci est beaucoup moins considérable que dans l'armée d'Italie ; cette différence provient des localités qu'occupent les troupes respectives des deux armées
Vues générales sur la pacification de l'Italie.
1" floréal an m.
Le système sage que la Convention nationale paraît avoir adopté pour pacifier l'Europe, celui de rompre la grande Confédération pièce par pièce, et l'annonce de la paix conclue avec le roi de Prusse, ont fait naître des vues sur la pacification de l'Italie que le citoyen Tricot de Lalande va exposer très succinctement. Si elles ne sont pas adoptées par le Comité de Salut public, il ne doute pas que ses bonnes intentions n'en soient approuvées.
11 peut être important de retirer le roi de Sardaigne de la grande Confédération ; si petite que soit sa puissance, elle a été utile dans les guerres d'Italie, et quand il faut disperser un faisceau de flèches, il n'y a pas dans les liens de brin à mépriser.
Le nom français était respecté en Piémont, et le ministère de France avait la plus grande influence dans les délibérations du Conseil d'État avant le monstrueux traité de Versailles qui a ôté aux rois de Sardaigne l'espoir de morceler la Lombardie, de manger cet artichaut feuille à feuille, suivant l'expression du feu roi de Sardaigne, qui ne se serait jamais laissé aller îi des insinuations si directement opposées aux intérêts de sa couronne, ainsi que l'événement le fait voir.
Ou assure qu'il y a un plan d'expédition en Lombardie pour contraindre l'Empereur à la paix ; il faudrait offrir au roi de Sardaigne les pays à sa convenance au delà du Tessin et du Pô, dont il possède déjà une partie, s'il voulait entrer en alliance avec nous. Ce serait pour lui une compensation de la perte de la Savoie et du Comté de Nice, compensation qu'il ne serait pas dilTicile, peut-être, de lui faire envisager comme avantageuse.
Les Piémontais n'aiment point les Allemands, qui les méprisent ; et l'on sait avec quelle hauteur il les oui traités aussitôt leur entrée dans celte fertile province des États de la maison de Savoie.
L'alliance contre nature entre les deux puissances a encore des désapprobateurs à Turin, et le conseil du roi de Sardaigne, quoique composé en général de personnes prévenues contre la France, ouvrirait facilement les yeux, actuellement que ses États se trouvent réduits pour toujours à quelques petites provinces.
Ces vues générales seraient approfondies, si le Comité les jugeait dignes d'attention. Le citoyen qui les expose ayant résidé à Turin près de quinze ans comme secrétaire d'ambassade, et fréquemment chargé des affaires de France, y a acquis la connaissance morale des Piémontais.
Mémoire militaire sur l'armée d'Italie
Dans la position actuelle de l'Europe, on peut tirer un grand parti de l'armée d'Italie, et la destiner à porter des coups décisifs pour la paix et très sensibles à la maison d' Autriche.
Elle doit :
1° Chasser l'ennemi de la position de Loano et de Vado, d'où il intercepte l'arrivage de nos subsistances et le cabotage de Gênes à Marseille;
2° Profiler du reste de la campagne pour prendre des positions où elle puisse se maintenir l'hiver, menacer à la fois le Piémont et pouvoir le protéger contre le ressentiment des Autrichiens ; par ce moyen faire accepter la paix au roi de Sardaigne ;
3" Conquérir la Lombardie, détruire l'influence de la maison d'Autriche en Italie, et y offrir au roi de Sardaigne des indemnités pour Nice et la Savoie ;
' Correspondance de Napoléon, W oO.
4° Maître de la Lombardie. s'emparer des gorges de Trente, pénétrer dans l'intérieur du Tyrol, se réunir avec l'armée du Rhin, et obliger l'Empereur, attaqué dans ses États héréditaires, à conclure une paix qui réponde à l'attente de l'Europe et aux sacritices de tous genres que nous avons faits.
Le premier et le second but peuvent être remplis avant la fin de la campagne; le troisième dans le cours de l'hiver; et le quatrième aux premiers beaux temps de la campagne prochaine, si les ennemis nous obligent à la faire.
L'on doit renforcer l'armée d'Italie des divisions disponibles des armées des Pyrénées, il sera très facile alors de reprendre sur les ennemis la position intéressante de Vado.
Maître de Vado, l'on doit rétablir les défenses de la rade afin qu'un convoi y soit à l'abri des insultes des vaisseaux ennemis.
Les Autrichiens se retireront sur les positions qui défendent le chemin de la Lombardie ; ils occuperont de préférence la chaîne de montagnes depuis Priéro, Montenotte supérieur, Montenotte inférieur.
Les Piémontais occuperont de préférence les positions qui défendent l'entrée du Piémont, c'est-à-dire les hauteurs de San- Giovanni, la Solta, Biestro et Montezemolo.
L'on doit de préférence, et par un mouvement successif et sans interrompre celui qui nous rendra maîtres de Vado, attaquer ou obliger l'ennemi à évacuer, par une fausse marche sur Sassello, toutes ses positions jusqu'à Montenotte inférieur, et à se retirer sur Acqui ou même sur Alexandrie ; alors par Cairo, Millesimo, s'emparer de la hauteur de Montezemolo qui domine Ceva, dans le même temps que la division restée pour la défense du Tanaro s'avancerait au delà de Batifï'oUo, investirait Ceva du côté de Garessio, et opérerait sa jonction avec la division qui serait sur Montezemolo le plus près possible de Ceva.
Pendant ce temps l'on fera réparer le chemin de la Madone, de Savone à Altare, par oîi passeront les 36 bouches à feu de siège nécessaires pour prendre Ceva.
Dans le temps que l'on aura investi Ceva, une division de l'armée des Alpes se joindra à la gauche de l'armée d'Italie sur la montagne de Sambuco, au delà des Barricades, et, s'il est possible, investira Demont en s'cmparant de la hauteur de Valloria.
L'on fera faire quelques mouvements de grosse artillerie que l'on fera passer dans la vallée de la Slura, afin de faire croire à
Tennemi que l'on veut sérieusement tenter le siège de Demont, et par là l'obliger à prendre des positions où il puisse à la fois surveiller les opérations du siège de Ceva et celui de Demont,
circonstances très favorables pour le siège de Ceva La prise
de Demont n'étant point nécessaire à l'exécution du projet, l'on n'en tentera vérilablement le siège que dans le cas où l'on penserait avoir le temps, les moyens et la force nécessaires pour le prendre sans affaiblir d'aucune manière la division de droite de l'armée d'Italie.
Maître de Ceva, l'on en réparera les fortifications, et l'on mettra cette place dans le meilleur état de défense possible.
Si l'escadre ennemie paraissait dans ces mers, ou si les Autrichiens se renforçaient considérablement après la prise de Ceva l'on ne manquerait pas de mettre un ou deux bons bataillons dans la forteresse de Savone.
C'est autour de Ceva que l'on réunira toule l'armée, en prenant des cantonnements dans tous les villages et bourgs voisins.
L'on fourragera fort avant dans la plaine du Piémont, et l'on offrira au roi de Sardaigne la perspective d'une armée considérable prête à envahir ses États ; il conclura probablement la paix.
Nos armées en Italie ont toutes péri par les maladies pestilentielles produites par la canicule. Le vrai moment d'y faire la guerre et de porter de grands coups, une fois introduits dans les plaines, c'est d'agir dans le courant de février jusqu'en juillet.
Dans cette saison, les neiges obstruant les cols des Alpes, l'on pourra diminuer de moitié les troupes destinées à les garder ou augmenter d'autant l'armée d'Italie et marcher sur Turin, si le roi de Sardaigne n"a point fait la paix, ou sur Milan, si la paix est faite.
iMailresse de la Lombardie jusqu'à Mantoue, l'armée trouverait tout ce qui pourrait lui être nécessaire pour se remonter et pouvoir franchir les gorges de Trente, passer l'Adige et arriver dans l'intérieur du Tyrol, dans le temps que l'armée du Rhin passerait en Bavière et viendrait jusqu'au Tyrol.
Peu de projets de campagne présentent des résultats plus avantageux, à la fois plus dignes du courage de nos soldats cl des hautes destinées de la République.
Mémoire sur l'armée d'Italie V
L'armée des Alpes et d'Italie occupe la crête supérieure des Alpes et quelques positions de l'Apennin. Elle couvrait le département du Mont-Blanc, le comté de Nice, Oneille, Loano, Vado. Par le moyen des batteries de côtes que l'on avait établies dans ces derniers postes, le cabotage de Marseille, Nice et Gênes s'opérait à la vue de l'escadre anglaise, sans qu'elle pût s'y opposer.
L'ennemi s'est emparé de Vado. L'escadre anglaise mouille dans cette superbe rade. Les Austro-Sardes ont armé un grand nombre de corsaires. Toute communication avec Gênes se trouve interceptée.
Le commerce, qui renaissait à Marseille, est suspendu. L'armée d'Italie, notre flotte, l'arsenal de Toulon, la ville de Marseille, ne peuvent plus tirer leurs subsistances que de l'intérieur de la France.
Cependant, l'armée ennemie étant considérablement augmientée, nous sommes obligés de lui opposer des forces égaies. Nous allons donc avoir une armée nombreuse dans la partie de la France la moins abondante en blé, qui, dans les meilleures années, en récolte à peine pour trois mois.
Il est donc indispensable, pour rétablir le cabotage et assurer les subsistances du Midi, de Toulon et de l'année, de reprendre la position de Vado. Puisque la possession des mers est momentanément asservie, il appartient h nos armées de terre de suppléer à l'insuftisance de notre marine.
Depuis le Saint-Bernard jusqu'à Vado, les Alpes, que noire armée occupe, forment une circonférence de yr» lieues. On ne ])Ourrait donc faire circuler nos troupes de la gauche à la droite en moins de deux ou trois décades, tandis que renncmi lient le
' Correspondance de Nupolmn. ii" 4'.t.
diamètre et qu'il communique en trois ou quatre jours. Cette seule circonstance topographique rend toute défense désavantageuse, plus meurtrière pour notre armée, plus destructive pour nos charrois et plus onéreuse au trésor public que la campagne la plus active.
Si la paix avec les Cercles de l'Empire se conclut, l'empereur n'aura plus que le Brisgau et ses États d'Italie à gauche. Il est à croire que l'Italie sera le théâtre des événements les plus importants. Nous éprouverions tous les inconvénients de notre position.
Nous devons donc, même sous le point de vue de la conservation de Vado, porter ailleurs le théâtre de la guerre.
Dans la position de l'Europe, le roi de Sardaigne doit désirer la paix.
Il faut, par des opération offensives :
i° Porter la guerre dans ses Etats, lui faire entrevoir la possibilité d'inquiéter même sa capitale et le décider promptement à la paix ;
2° Obliger les Autrichiens à quitter une partie des positions oîi ils maîtrisent le roi de Sardaigne, et se mettre dans une position où l'on puisse protéger le Piémont et entreprendre des opérations ultérieures.
On obtiendra ce double avantage en s'emparant de la forteresse de Ceva, en y rassemblant la plus grande partie de l'armée à mesure que les neiges obstrueront les cols des Alpes, en mettant à contribution toutes les petites villes voisines et en menaçant de là Turin et la Lombard ie.
Par les attaques que les Autrichiens ont entreprises sur la droite de l'armée, il ne nous reste aucun doute que leur intention ne soit de porter le théâtre de la guerre sur la Rivière de Gênes, et de menacer le département des Alpes-Maritimes de ce côté-là. Nous serions alors obligés de maintenir une armée nombreuse en campagne, c'est-à-dire à force de numéraire ; ce qui la rendrait extrêmement onéreuse à nos finances. Nous devons, au contraire, dans la direction de nos armées, être conduits par le principe que la guerre doit nourrir la guerre.
Il est indispensable de reprendre promptement Vado, de changer le théâtre de la guerre, de pénétrer en Piémont, de profiter du reste de la belle saison pour s'y procurer un point d'appui où l'on puisse réunir nos armées, menacer de partager le Piémont et dès lors décider promptement le roi de Sardaigne à la paix, en lui offrant les conditions pour la conclure.
Les Alpes, depuis le mont Saint-Bernard, le mont Cenis, le mont Viso, vont toujours en s'abaissant jusqu'à ]*onte-di-Nava; en sorte que le col de Tende est le plus facile et le moins élevé. L'Apennin, qui commence ;\ Ponte-di-Nava et qui est moins élevé, s'abaisse plus sensiblement vers V^ado, Altare, Carcare et par delà, pour s'élever; de sorte que plus on s'enfonce dans l'Italie, plus on gagne les hauteurs. Les vallées des Alpes sont toutes dans le sens de la frontière; de sorte qu'on ne peut pénétrer en Piémont qu'en s'élevant considérablement. L'Apennin a ses vallées plus régulièrement placées, de sorte qu'on les passe sans être obligé de s'élever et en suivant les ouvertures qui s'y rencontrent.
Dans la saison actuelle, il serait imprudent d'essayer d'entreprendre rien de considérable par les Alpes; mais on a tout le temps de pénétrer par l'Apennin, c'est-à-dire par la droite de l'armée d'Italie.
DeVado à Ceva, première place frontière de Sardaigne sur le Tanaro, il y a buit lieues, sans jamais s'élever de plus de 200 à 300 toises au-dessus du niveau de la mer.
Ce ne sont donc pas proprement des montagnes, mais des monticules couverts de terre végétale, d'arbres fruitiers et de vignes. Les neiges n'y encombrent jamais les passages; les hauteurs en sont couvertes pendant l'hiver mais sans qu'il yen ait même une grande quantité.
Dès le moment que les renforts de l'armée des Pyrénées seront arrivés, il sera facile de rc[)rendre les opérations de Saint-Bernard et de San-Gioanni.
Dès le moment qu'on se sera emparé de Vado, les Autrichiens se porteront de préférence sur les points qui défendent la Lombardie. Les Piémonlais défendront l'issue du Piémont. On détaillera, dans les instructions qui seront données les moyens d'accélérer cette séparation. Pendant le siège de (>eva, les Piémonlais pourraient prendre des positions très rapprocliécs de celles des Autrichiens pour, de concert, inquiéter les mouvements du siège. Pour les en éloigner, l'armée des Alpes se réunira dans la vallée de la Stura, à la gauche de l'armée d'Italie, et investira Demont, en s'emparantde la hauteur de Valloria. On fera toutes les démonstrations qui pourront j)er.suader l'ennemi que l'on veut véritablement faire le siège de Demont. Parce moyen il sera obligé de prendre des positions intermédiaires, afin de surveiller également les deux sièges.
L'opération sur Demont est préférable à toute aulrc, parce que
c'est celle où nous pourrons réunir le plus de troupes, puisque toute la gauche de l'armée d'Italie s'y trouvera naturellement employée; elle inquiétera d'ailleurs davantage l'ennemi, parce que le succès se lie à celui de Ceva et serait d'autant plus funeste au Piémont.
Nos armées en Italie ont toutes péri par les maladies pestilentielles produites par la canicule.
Le vrai moment d'y faire la guerre et de porter de grands coups, une fois introduits dans la plaine, c'est d'agir depuis le mois de février jusqu'en juillet. Si alors le roi de Sardaigne n'a pas conclu la paix, nous pourrons continuer nos succès en Piémont et assiéger Turin.
Si, comme il est probable, la paix est faite, nous pourrons avant qu'elle soit publiée, d'intelligence avec le Piémont, de Ceva nous assurer d'Alexandrie, et aller en Lombardie conquérir les indemnités que nous donnerions au roi de Sardaigne pour Nice et la Savoie.
Le théâtre de la guerre serait alors dans un pays abondant, semé de grandes villes, offrant partout de grandes ressources pour nos charrois, pour remonter notre cavalerie et habiller nos troupes.
Si la campagne de février est heureuse, nous nous trouverons, aux premiers jours du printemps, maîtres de Mantoue, prêts à nous emparer des gorges de Trente et à porter la guejre, de concert avec l'armée qui aurait passé le Rhin, dans le Brisgau, jusque dans le cœur des Etats héréditaires de la maison d'Autriche.
La nature a borné la France aux Alpes, mais elle a aussi borné l'Empire au Tyrol.
Pour remplir le but que nous venons de parcourir dans ce mémoire, nous proposons au Comité :
1° De ne pas trop activer la paix avec les cercles d'Allemagne, et de ne la conclure que lorsque l'armée d'Italie sera considérablement renforcée;
2° De faire tenir garnison à Toulon par les troupes embarquées sur l'escadre, et restituer k l'armée une partie de la garnison de cette place, qui sera remplacée lorsque la paix avec l'Espagne sera ratitiée ;
3° De faire passer de suite 15,000 hommes des armées des Pyrénées à l'armée d'Italie;
4° D'en faire passer 15,000 autres au moment de la ratification delà paix avec l'Espagne;
5° De faire passer 43,000 ou 20,000 hommes des armées d'Allemagne à l'armée d'Italie, au moment de la paix avec les Cercles ;
6" De prendre l'arrêté suivant :
Le Comité de Salut public arrête :
1° L'armée d'Italie attaquera les ennemis, s'emparera de Vado, y rétablira la défense de la rade, investira Ceva, fera le siège de la forteresse et s'en emparera ;
2° Dès l'instant que les Autrichiens seront éloignés, on obligera le commandant du fort à recevoir deux bataillons et deux compagnies d'artillerie pour garnison, en forme d'auxiliaires ;
3° La droite de l'année des Alpes se réunira avec la gauche de l'année d'Italie dans la vallée de la Stura, investira Demont en s'emparant de la hauteur de Valloria ;
4° Le commandant d'armes du port de Toulon, enverra à Antibes 4 tartanes armées et 4 chaloupes canonnières ou felouques, à la disposition du général commandant en chef l'artillerie de l'armée d'Italie, pour servir à l'escorte des convois d'artillerie ;
5° Il sera embarque 36 bouches à feu de siège, avec un approvisionnement pour siège, sur des bateaux à rames, qui seront débarqués à Vado, pour le siège de la forteresse de Ceva ;
6° L'on réunira le plus près possible du camp de ïournoux 40 bouches à feu de siège pour le siège de Demont;
7° La 9« commission fera passer quatre cent milliers de poudre à Avignon, où ils seront aux ordres du général d'artillerie de l'armée d'Italie, et deux cent milliers à Grenoble ; elle prendra ses mesures pour qu'ils soient rendus avant la fin du mois ;
8° L'agence des subsistances militaires se procurera à Gênes, oîi elle les laissera en dépôt, des blés pour nourrir 60,000 hommes pendant trois mois ;
9° La 9* commission fera passer ;\ l'armée d'Italie tout ce qui est nécessaire pour compléter l'équipage de pont demandé au commencement de la campagne par le général d'artillerie ;
10° La commission des transports militaires fera remplacer à l'armée d'Italie les 1500 mulets qui en ont été tirés pour servir aux transports des subsistances à Paris.
Instructions données par le Comité de Salut public à Kellermann, général en chef de l'armée des Alpes \
Le Comité fait observer au général Kellermann, que l'armée ne s'était étendue, en 1794, au delà des hauteurs du Tanaro et n'avait prolongé sa droite par Bardinetto, Melogno, Saint-Jacques, que pour empêcher l'armée autrichienne de se concerter avec l'escadre anglaise, et pour pouvoir accourir au secours de Gênes si l'ennemi se portait sur cette ville, soit par mer, soit par le col de la Bocchetta; qu'elle n'occupait pas Vado comme une position défensive mais comme une position offensive, mais pour être à portée de déboucher sur l'ennemi, s'il se présentait dans la Rivière ; qu'aussitôt que les Autrichiens s'étaient portés sur Savone, il aurait dû marcher pour les combattre, pour empêcher qu'ils ne s'emparassent de cette ville et ne lui interceptassent sa communication avec Gênes ; mais que puisqu'il ne l'avait pu faire : 1° il eût dû évacuer Vado, pour appuyer sa droite sur Saint-Jacques ; 2" lorsque, par le résultat de la journée du 2o, l'ennemi s'était emparé de Melogno et de la crête Saint-Jacques, il devait dans la nuit protiter de l'avantage qu'avait obtenu à sa droite le général Laharpe, pour évacuer Vado, et se servir des troupes de Laharpe pour renforcer l'attaque sur Saint-Jacques et Melogno; elle eût été couronnée d'un plein succès; 3° lorsque, le 27, il avait résolu d'attaquer Melogno, il était encore temps de ployer sa droite pour qu'elle se trouvât à cette attaque profitant du nouvel avantage qu'elle avait obtenu le 26 sur la gauche de l'ennemi ; cette manœuvre eût encore décidé de la victoire.
* Correspondance de Napoléon, n" 51.
Instruction militaire pour le Général en chef de l'armée des Alpes et d'Italie'.
Le premier mouvement à opérer à la droite de l'armée d'Italie, dès l'instant qu'elle aura reçu des renforts qui doivent la rendre supérieure en nombre à l'armée autrichienne, c'est de s'emparer de Saint-Bernard et de Rocca-Barbena; l'on pourra alors, par Bardinetto, se porter à Notre-Dame-de-la-Neve, dans le temps que, par les hauteurs de Loano, on se portera à Mclogno, que l'ennemi se trouverait obligé d'évacuer.
L'on pourrait également se porter |)ar Murialdo sur les hauteurs de Bieslro, intercepter le grand chemin de Savone à Allare, Carcare, Coni et à Alexandrie.
Si l'ennemi avait transporté de l'artillerie de siège devant Savone, il se trouverait dans l'impossibililé de la retirer. De Biestro on pousserait une tête sur Montezemolo pour donner l'alarme aux Piémonlais, dans te temps que l'on occuperait véritablement les hauteurs de Pallare, de Carcare. L'ennemi serait obligé d'évacuer Saint-Jacques et Vado, il ne pourrait le taire que par Montenolte et Sassello, où il n'y a pas de grands chemins.
Il serait i)0ssible alors qu'il se décide à forcer le passage d'Altare, entreprise extrêmement hardie.
La position de notre armée serait donc Rocca-Barbena, Meloguo, Notre-Dame-de-la-Ncve, Biestro, les hauteurs de F'allare et de Carcare.
A la |)ointe du jour il faut se i)orter sur Allare, Mallare, Savone et Saint-Jacques.
Ou l'ennemi évacuera par le chemin de Sassello et par Montenotte, pour courir au secours de ses magasins ou il se disposera
' Correupondance lie Napoiroii, ii» 'if .
à marcher sur Altare à la rencontre de notre armée, ou il l'attendra et prendra des positions sur Altare et Savone : dans tous les cas l'attaquer, le vaincre et le poursuivre. La division qui serait à Melogno, Notre-Dame-de-la-Neve et Finale, pendant la nuit et le jour suivant, doit le talonner, se porter sur Saint-Jacques, chercher à faire des prisonniers ou à recueillir des déserteurs, afin que dès l'instant que l'ennemi affaiblirait Saint-Jacques, elle s'y portât et s'y plaçât. Son artillerie doit se tenir toujours près de l'ennemi, afin de pouvoir attaquer, si celui-ci se dirige pour se porter sur Biestro.
Le 3* jour, nous sommes maîtres de toutes nos anciennes positions et de tous les bagages de l'ennemi.
Le 4« jour, pousser l'ennemi et l'obliger à s'éloigner le plus possible sur Alexandrie ; et il est bien facile de pousser des tètes de colonnes sur IMontenotte, et de s'emparer du château de Sassello.
Si cette opération est exécutée avec beaucoup de résolution et d'ardeur, elle peut décider le sort de la campagne. L'ennemi poussé sur Aqui, ou plus loin, l'on doit se porter sur Montezemolo, dans le temps que la division de Bardinetto se portera sur San-Gioanniet celle du Tanaro sur Ceva, au delà de Batiffollo, et ce jour on passera le Tanaro avec le reste de l'armée.
Maître de Montezemolo, il faut forcer le camp retranché de Ceva, prendre la ville immédiatement après, diriger un corps de troupes pour bloquer le port de Ceva.
L'armée d'observation serait occupée, selon les circonstances, à poursuivre les Autrichiens ou même à se replier par la plaine, par une marche secrète, et à se porter sur l'armée piémontaise qui se réunirait à Mondovi, à Coni ou à toute autre position. L'artillerie de siège se trouvera à Oneille le jour de l'affaire et se rendra à Vado, lorsque nous serons maîtres de Montezemolo. A l'instant que l'équipage de siège sera débarqué à Vado, il faudra forcer le commandant du fort à recevoir deux compagnies d'artillerie et deux bataillons de garnison comme auxiliaires, et aussitôt pourvoir à l'approvisionnement de ce fort en munitions de guerre et faire faire à l'artillerie les autres ouvrages et les défenses nécessaires.
L'art du général qui commandera le siège de Ceva, c'est de tenir les ennemis le plus éloignés possible et de tomber quelques fois sur les rassemblements qui se formeraient dans la plaine.
L'armée qui assiège Ceva communique avec Oneille par Ormea et avec Vado par Carcare et Cairo.
Si l'on obtient quelques succès, il sera facile d'enlever Acqui, Alba, Altare, afin de se tenir maître jusqu'au Tanaro, ayant l'air de menacer Alexandrie.
Dans la supposition que l'on suivra en tout les instructions cidessus, il est indispensable que l'on attaque les postes qu'a l'ennemi, comme on le propose, en les tournant tous.
Il serait indispensable que l'attaque de la gauche de l'ennemi précède de trois jours ; si, au contraire, on attaque tout simplement San-Giacomo et pour le prendre de force, il faut alors que l'attaque de la gauche ne se fasse que deux jours après.
La gauche de l'armée d'Italie et la droite de l'armée des Alpes se réuniront et investiront Demont. L'opération pour tourner la Brunette a déjà été faite l'année passée. Se porter, de concert, par les hauteurs de Sambuco, après quoi attaquer Valloria par les deux côtés ; maître de cette hauteur, on se trouvera avoir trois marches d'avance.
La division du centre surveillera le mouvement des troupes qui lui seront opposées, afin de pouvoir, par une attaque faite à propos, faire une diversion.
Si l'attaque de Demont précède celle de Ceva, il faudra avoir beaucoup de circonspection et marcher dans la règle, ayant toujours les cols de gauche et de droite bien gardés.
Le service de l'artillerie consiste dans un service d'équipages de montagne et un service de siège. Celui de montagne sera peu nombreux. On se servira bien de pièces de 3 à dos de mulets qui sont tous prêts, et d'obus de six pouces qui produisent un grand effet.
L'équipage de siège de l'armée des Alpes se réunira auprès du Tanaro le plus tôt possible ; celui pour Ceva s'embarquera à Antibes sur des bateaux à rames, comme cela s'est déjà passé l'année passée.
L'on armera la petite ville de Bredis et d'Albenga et l'on y mettra quelques compagnies de garnison et quelques escouades d'artillerie.
L'on ne fatiguera pas la cavalerie pour la conduire dans ces montagnes. Un seul régiment de hussards peut suivre la marche des colonnes ; le reste de la cavalerie se rendra d'Ormea sur le Tanaro, pour pouvoir mettre des contributions dans la plaine et faire des prisonniers piémontais.
Maître de Ceva, l'on en établira la défciiso. L'on prendra conseil de la saison et des circonstances qu'il n'est jamais possible de prévoir à la guerre. Le but de l'art après sera de se pro-
curer des quartiers d'hiver commodes en Piémont, et de se préparer à entrer en campagne au mois de janvier ou de février.
L'on écoutera alors toute proposition de paix et l'on suivra tout pourparler qui aura l'air d'y conduire.
L'on affectera beaucoup de prédilection pour les officiers et soldats piémontais. Si l'on faisait quelques prisonniers de marque, les représentants et les généraux leur feront des civilités et leur garantiront qu'ils peuvent disposer de leur solde d'activité.
L'on ne fera le siège de Dcmonl que dans le cas où l'on pourrait avoir le temps de prendre cette place.
Lorsque la saison sera avancée et que le col d'Argentière sera difficile et menacera de se fermer si Demont n'était pas pris, on fera tenir la division de D... sur Ceva en opérant la jonction au delà de Carcare.
Le but de la campagne d'été sera de prendre Turin ou de marcher en Lombardie.
L'on doit faire tous les préparatifs, soit en équipage de pont, soit en équipage d'artillerie ou de vivres pour entreprendre cette campagne avec succès.
Si l'on entre en Lombardie, le but devra être de pénétrer dans le Mantouan pour s'emparer, au commencement de la campagne prochaine, des gorges de Trente ; l'on cherchera à pratiquer des intelligences utiles, à donner l'alarme et à être au fait des mouvements qui se passent dans cette ville. L'on n'entreprendra pas le siège, parce que l'on croit la saison trop avancée, même pour passer les débouchés du Tanaro. Au reste, les circonstances de l'hiver ou des négociations pourront décider à celte opération ou du moins au blocus.
No 33.
Instructions pour les représentants du peuple et le Général en chef de l'armée d'Italie *.
Le Comité de Salut public, ayant pris en considération la situation politique de l'Europe et la position militaire de l'armée des Alpes et d'Italie, a senti :
1° Qu'après la paix conclue entre la République et les rois de Prusse et d'Espagne, après les succès que toutes nos armées ont obtenus sur les ennemis, il n'était plus possible que le roi de Sardaigne conservât l'espoir de reprendre les départements du Mont-Blanc et des Alpes-Maritimes, et que, dès lors, il n'y a plus aucun intérêt à continuer la guerre ;
2° Que la crainte des armes de l'Empereur et les troupes qu'il a en Piémont peuvent retarder une paix utile aux deux Etats;
3° Que les renforts que l'armée autrichienne de Lombardie a reçus, les attaques qu'elle a tentées sur plusieurs positions de la droite de l'armée d'Italie, ne laissent aucun doute sur sns intentions d'établir le théâtre de la guerre sur les États tle Gènes et de menacer le déparlement des Alpes-Maritimes ; que le premier principe qui doit nous animer dans la direction des armées de la République, c'est qu'elles doivent se nourrir par la guerre aux dépens des pays ennemis; que si l'armée d'Italie ne changeait pas au plus vile le théâtre de la guerre, elle deviendrait extrêmement onéreuse au Trésor public, ne pouvant être entretenue sur un pays neutre qu'à force de numéraire ;
4° Que l'occupation de Vado par les ennemis, en interceptant le cabotage avec l'Italie, a suspendu notre commerce, a arrêté l'arrivage de nos ajjprovisionnoments et nous oblige à substanter, par l'intérieur de la République, la marine de Toulon, l'armée d'Italie, la ville de Marseille et les départements circonvoisins qui
' Correspondance de Napoléon, n' o3.
ne récoltent pas ordinairement pour trois mois, et que, si des circonstances momentanées nous empéclient de tenir la mer, il appartient à nos armées de terre de suppléer à l'insuffisance de notre marine ;
5" Que les Alpes, que notre armée ocrupc depuis Genève jusqu'à Vado, forment une demi-circonférence de 95 lieues, d'une communication extrêmement difficile, de sorte qu'il nous faut au moins deux décades pour communiquer de la droite à la gauche; tandis que l'ennemi, occupant un diamètre dans une belle plaine, peut faire circuler ses troupes dans trois ou quatre jours; cette seule circonstance topographique rendant la défensive extrêmement désavantageuse, plus meurtrière pour nos soldats et plus destructive de nos charrois que la campagne la plus sanglante ;
6° Que nos armées, en Italie, ont toutes péri par les maladies pestilentielles produites par la canicule ; le vrai moment d'y faire la guerre et d'obtenir de grands succès, une fois introduits dans la plaine, c'est d'agir depuis février jusqu'en juillet;
7° Que si la nature a borné la France aux Alpes, elle a aussi borné l'empire aux montagnes du Tyrol. L'on peut, dans la Lombardie, offrir au roi de Sardaigne des indemnités pour la Savoie et le comté de Nice ;
8" Que le moment peut venir de combiner les opérations de l'armée du Rhin avec celles de l'armée d'Italie et d'aller, de concert, dicter une paix glorieuse, digne à la fois du courage de nos soldats et des destins de la République, jusque dans le cœur des États héréditaires de la maison d'Autriche.
Après toutes ces considérations, le Comité de Salut public a donné les ordres les plus pressants pour faire filer des armées des Pyrénées toutes les troupes qui y étaient disponibles; il a porté ses sollicitudes sur toutes les parties administratives de l'armée pour y faire passer tout ce qui peut lui être nécessaire. Il reste aux généraux à prendre leurs mesures, h combiner leurs opérations avec cette précision, cette résolution et le secret qui sont le sur garant de la victoire.
Lorsque les renforts seront arrivés à l'armée d'Italie, elle s'emparera des positions de Saint-Bernard, Saint-Jacques, Vado.
Les Autrichiens se retireront alors sur Montenotte inférieur, Montenotte supérieur, afin de protéger l'évacuation de leurs magasins et d'observer les mouvements ultérieurs de nos armées. Il est indispensable de les chasser de ces positions intéressantes, soit en les y attaquant de vive force, soit par une fausse marche
sur Sassello, menacer leur communication avec Alexandrie. La promptitude à suivre la victoire que l'on aurait remportée en les chassant de Saint-Jacques et de Vado sera le sûr garant du succès que l'on obtiendra à l'attaque de Montenotte.
Lorsque l'on aura obligé les Autrichiens à se retirer du côté d'Alexandrie, le plus vite qu'il sera possible, l'on se portera par Millesimo sur Biestro et Montezemolo, dans le temps que la division, restée à Saint-Bernard pour tenir en échec les Piémontais, se portera par Saint-Gioanni et Montezemolo.
La division restée sur le Tanaro opérera sa jonction le plus près possible de Ceva avec le reste de l'armée, et tous, de concert, enlèveront le camp retranché de Ceva, investiront la citadelle pour en commencer le siège.
La cavalerie campera aux pieds des montagnes, dans la vallée du Tanaro, et de là fera des courses, mettra k contribution une partie de la plaine.
L'artillerie nécessaire au siège de la forteresse de Ceva mouillera dans la rade d'Oneille, au commencement de l'action. Lorsque l'on sera maître de Montezemolo, elle débarquera à Vado.
Dès l'instant que l'on sera maître d'Altare, un bataillon de pionniers raccommodera le chemin d'Altare à la Madone de Savone.
Le général commandant l'artillerie fera rétablir les batteries qui défendaient la rade de Vado; il prendra de l'artillerie à Finale, à Savone et en tout autre j)oint de la rivière de Gênes où elle serait inutile à notre défensive.
Lorsque l'artillerie de siège sera arrivée à Vado et que nous serons maîtres de Montenotte, l'on obligera le commandant du fort de Savone à recevoir dans le fort deux bataillons et deux compagnies d'artillerie, afin de protéger notre retraite en cas d'événements malheureux. Nos troupes y resteront en qualité d'auxiliaires.
Cependant les Piémontais, dès l'instant qu'ils verront que nous nous fixons au siège de Ceva, pourraient prendre des positions très rapprochées de celles des Aulricliiens pour pouvoir, de concert, inquiéter les opérations du siège. C'est afin de les éloigner de cette réunion, que la droite de l'armée des Alpes se réunira dans la vallée de la Stura avec la gauche de l'armée d'ilalic; maîtres des Barricades, les Français s'empareront de la position de Sambuco et, enfin, investiront Domonl en s'cmparant de la hauteur de Valloria.
L'on commencera dès lors les travaux comme si on voulait véritablement faire le siège de Deniont. L'on y fera môme venir quelques pièces de grosse artillerie, sans cependant trop s'embarrasser afin de pouvoir, si la saison devenait très mauvaise, repasser le col d'Argentière, ou faire toute autre opération que des succès plus rapides que nous ne l'imaginons et dont l'histoire de notre guerre offre plusieurs exemples, rendraient nécessaires.
Maître de Ceva, l'on en réparera les fortifications, l'on y réunira toute l'armée à mesure que les neiges obstrueront les cols des Alpes.
On lèvera des contributions dans toute la plaine du Piémont; on fera tous les préparatifs pour entrer en campagne immédiatement après la saison des pluies.
L'on accueillera toutes les propositions de paix qui seraient faites par le roi de Sardaigne.
Les représentants et les généraux mettront la plus grande affectation à traiter les prisonniers piémontais avec plus d'égards, plus de civilités et des soins plus marques, n'oubliant aucune circo)istance qui pourrait le faire remarquer par les Autrichiens et accroître la mésintelligence qui existera nécessairement entre ces deux puissances.
Le général d'artillerie complétera l'équipage de siège de l'armée, pour que, réuni à celui de l'armée des Alpes, l'on puisse attaquer Turin ou Alexandrie, ou toute autre place de la Lombardie, en faisant deux attaques. II fera en sorte de compléter, avant le mois de janvier, un équipage de pont pour la grande campagne d'Italie, consistant :
1° Dans les cordages, outils tranchants et ancres propres à pouvoir construire deux ponts de bateaux de 200 toises chacun, en deux décades, l'on trouve assez ordinairement, sur le Pô, une partie des bateaux nécessaires ;
2° Un équipage de SO nacelles en bois, des dimensions de 22 pieds sur 6 1/2, sur baquets, afin de pouvoir promptement passer l'Oglio et le Mincio.
Le commandant du génie tiendra prêt, à la suite de l'équipage de siège, un équipage pour une compagnie de mineurs.
Le commissaire ordonnateur prendra les mesures pour avoir, à la même époque, les ambulances et les caissons de vivres nécessaires pour l'armée.
Au mois de février, si la paix est conclue avec le roi de Sardaigne, l'on aura soin qu'Alexandrie ne soit pas occupée avec
les Autrichiens, et l'on entrera en Lombardic dont on s'emparera.
Aux premiers beaux temps de la campagne prochaine, l'on francliira les gorges de Trente et les montagnes du Tyrol.
Si la paix n'était point faite avec le roi de Sardaigne, l'on porterait jusque dans sa capitale les horreurs de la guerre.
L'on indique aux représentants du peuple et aux généraux le but que le Gouvernement se propose, afin de les mettre à même de se décider et de prendre le parti le plus conforme dans les cas qui ne seraient pas prévus.
Observations de Kellermann en réponse au Mémoire sur les moyens d'exécution du système de guerre adopté pour l'armée d'Italie par le Comité de Salut public.
A mon arrivée à l'année, j'ai envoyé au Comité de Salut public un plan de campagne qui avait pour but l'invasion du Piémont, ce qui me conduisait au plan adopté aujourd'hui, de pénétrer dans les États de l'empereur en Italie.
Aussitôt que j'ai été instruit de l'arrivée des forces autrichiennes dans l'Alexandrin, et que j'ai vu que la saison serait trop avancée lorsque je pourrais obtenir des renforts, j'ai conçu le pian adopté par le Comité et j'ai continuellement sollicité les moyens nécessaires à son exécution.
J'ai examiné avec attention le mémoire ci-conirc et j'y réponds.
Le Comité verra, dans les dispositions que j'avais ordonnées, en faisant embarquer un équipage complet de siège iV Anlibes, où il est prêt à mettre k la voile depuis un mois, cl dans celles que j'ai faites pour l'emploi des renforts (jui me sont annoncés,
que j'avais prévu ses intentions et que les premiers mouvements indiqués dans le mémoire sont dans leur ensemble ceux que je m'étais proposé d'exécuter.
J'observe que si j'occupais Pallare et Carcare, sans être maître des hauteurs de San-Giacomo, j'e.xposerais mon armée à avoir elle-même ses communications coupées et à être attaquée avec un grand avantage; il faut observer que, malgré les renforts qui arrivent, l'armée républicaine sera toujours inférieure en nombre à celle des Autrichiens, qui reçoivent chaque jour de nouvelles troupes. Je persiste dans le projet de m'emparer de iMelogno et de San-Giacomo, ce qui ne m'empêchera pas, dans le cas où mes attaques réussiraient, de pousser un corps pour intercepter, par les hauteurs de Biestro, le grand chemin de Savone à Alexandrie.
Si j'avais deux mois de campagne devant moi et 60,000 hommes disponibles à la droite au lieu de 30,000, je pourrais, en même temps que je tiendrais les Autrichiens en échec, tenter une opération dans le bassin du Piémont; mais je ne peux calculer sur cette opération qui tiendra à des succès qui amèneraient la déroute totale de l'ennemi, puisque les cols des montagnes commencent déjà à devenir difficiles et qu'ils seront bientôt impraticables.
Le projet d'embarquer l'artillerie de siège tenait aux miens, et un équipage complet est prêt à partir depuis plus d'un mois; mais, dans la position actuelle de la mer, dont les Anglais sont entièrement maîtres, je regarde comme impraticable de faire marcher l'artillerie à Oneglia, d'autant qu'aux premiers succès que je dois espérer, elle peut partir d'Antibes comme d'Oneglia et alors elle ne courrait pas le risque d'être enlevée.
Les succès de l'attaque de droite et la position de l'armée peuvent seuls déterminer les mouvements des t.-oupes à cheval, qui sont très difficiles à cause de la pénurie des fourrages et la difficulté des chemins, jusqu'au débouché de Garcssio sur le Tanaro.
J'ai toujours senti l'utilité de Savone, puisque, malgré l'infériorité de mes forces, j'ai fait tout ce qui a été en mon pouvoir pour l'occuper au commencement de la campagne.
La saison et le peu de forces qui restera, tant au corps d'armée des Alpes qu'à la gauche du corps d'armée d'Italie, ne peuvent pas faire espérer de réussir dans la prise de Démonte, et de déboucher des montagnes. Pour s'y maintenir on doit se borner, à cet égard, à donner de grandes inquiétudes à l'ennemi.
L'avantage de s'emparer de Démonte serait certainement inappréciable, si le temps et les moyens le permettaient, et cette opé-
ration a toujours fait partie de mes projets, en faisant déboucher les troupes qui sont à Tende.
La suite du mémoire contient des dispositions pour suivre la campagne, qui seraient bien dans mes vues si le temps et la force m'en donnaient la possibilité.
Alexandrie est une citadelle des plus fortes de l'Europe, et exigerait un siège et une armée d'observation.
Au reste, mes projets seraient subordonnés à la conduite du roi de Sardaigne.
Le projet pour la prochaine campagne tiendrait au renfort que le Comité enverra; et avec 100,000 hommes disponibles on peut chasser les Autrichiens de l'Italie et s'emparer du Piémont, si nos ennemis persistent dans la coalition.
Kellermann.
No 35.
Note sur la direction que l'on doit donner à l'armée d'Italie ^
L'on a commis une faute essentielle en ne forçant pas le camp retranché de Ceva tandis que les Autrichiens battus étaient acculés au delà d'Acqui. Toute notre armée se trouvait disponible [)0ur cette attaque. Le succès ne pouvait pas être douteux, puisque nous aurions, avec 30,000 homnics, attaqué 16,000 à 20,0U0 Piémonlais.
Pourquoi la division du général Scrurier, qui s'est trouvée, le 3, à Garcssio et à San-Gioanni, c'est-Ji-dirc à moins de quatre heures de Ceva, et la division du général Masséna, qui a éié jusqu'à Cairo, à peu près à la même distance, n'ont-elles pas
' Correspondance de Napoléon, n° Tô,
profité de leur victoire? L'on ne pouvait pas cependant ignorer que la prise de Ceva mettait à notre disposition une partie du Piémont, procurait à l'armée des souliers, des vêtements, des subsistances et des moyens de cliarrois. La prise de Ceva seule peut procurer à l'armée des cantonnements sains, et terminer ce jeu de barres perpétuel que nous faisons depuis plusieurs années sur les pitons des Alpes et de l'Apennin.
La prise de Ceva, la réunion de notre armée autour de cette place forte, sont d'une telle considération qu'elles peuvent déterminer la cour de Turin à la paix et diminuer considérablement les dépenses énormes que coûte au Trésor public l'armée d'Italie.
Les Autrichiens, en se repliant sur Alexandrie, ont abandonné les Piémonlais à eux-mêmes. Ils doivent s'être ravisés; s'ils ne l'avaient pas fait, l'on devrait sans délai marcher à Ceva par Millésime, Montezemolo et par San-Gioanni, dans le temps qu'une division se jetterait au delà de Batiffollo. Maître du camp retranché, l'on doit faire marcher l'artillerie de siège et se servir des voitures qui sont en abondance dans les environs de Ceva pour transporter les fers coulés.
Ceva à nous, nos armées s'y réunissent; nous nous trouvons maîtres d'une partie du Piémont, menaçant Coni, Turin et Alexandrie.
La division qui garde le col de Tende, Briga et le centre, investira Coni, ou du moins se portera à Borgo * pour surveiller les mouvements de la garnison de Coni.
L'armée tout entière, renforcée de ce qu'elle attend des Pyrénées, se porterait sur Turin dans février; une division de l'armée des Alpes, de 4,000 à 5,000 hommes, passerait par le mont Genèvre et viendrait renforcer l'armée sous Turin. Les neiges qui obstruent les cols des Alpes ne s'opposent pas au passage d'une colonne lorsqu'elle est sûre de trouver des amis et des secours de l'autre côté des monts.