AVANT-PROPOS
On répète souvent que l'Université sait enseigner, mais qu'elle est incapable de donner l'éducation. Des écrivains universitaires, dans leur zèle pour améliorer nos lycées, en ont dit les défauts avec tant de courageuse sincérité que le public les a pris au mot, et que cette manière de voir a conquis, pour ainsi dire, l'autorité de la chose jugée, aux yeux des adversaires d'abord, ensuite aux yeux mêmes des juges non prévenus. Quelques professeurs ont pensé que la question méritait un examen plus approfondi. Ils résolurent de tenir des réunions où ils convoqueraient leurs collègues, et où l'on rechercherait en toute sincérité, dans un esprit vraiment scientifique, d'abord si le mal existe, et, ttu cas où il existerait réellement, quels remèdes on peut y apporter. Un programme arrêté d'avance avait déterminé la nature précise et l'ordre des questions à étudier. Chaque question faisait l'objet d'une conférence, qui était suivie d'une libre discussion entre tous les assistants. Certaines de ces discussions ont duré deux séances. La première réunioh eut lieu en novembre, la dernière en mars.
L'intention primitive des organisateurs et des pre-
VI AVANT-PROPÔS
miers adhérents avait été simplement de s'éclairer les uns les autres par un échange cordial d'idées. Pour en garder le souvenir, des notes avaient été prises par quelques-uns des assistants. A mesure que les discussions se déroulèrent, l'intérêt en parut plus vif. Des conversations les signalèrent à des collègues absents, qui s'y intéressèrent à leur tour. On fut ainsi amené à croire qu'il pouvait être utile d'en publier un compte rendu, de manière à faire connaître à un plus grand nombre de professeurs et au public les sentiments qui semblaient dominer dans le personnel universitaire sur un sujet d'importance capitale. On voudra bien permettre à un témoin très assidu de ces réunions, en présentant ce compte rendu au public, d'indiquer quelquesunes des impressions qu'il en a retirées.
Et d'abord, n'est-ce pas un fait remarquable que l'empressement de tant d'hommes fort occupés, et fort ennemis des vains discours, à prendre de nombreuses heures sur leurs rares loisirs pour venir étudier ensemble le problème proposé à leurs réflexions? Administrateurs, v professeurs, maîtres répétiteurs se rencontraient à ces réunions, tour à tour écoutant ou prenant la parole. Pendant quatre mois, l'empressement des adhérents n'a jamais faibli. Quelle meilleure preuve que l'Université, quoi qu'on en dise, loin d'être indifférente à l'éducation, s'en préoccupe avec ardeur et qu'elle comprend toute l'étendue de son devoir à cet égard? Et quelle meilleure garantie que cette éducation sera réellement donnée? Car, en pareille matière, si les solutions théoriques ont leur importance, qui ne voit que la première condition du succès n'est pas tant dans l'application de telle ou telle règle que dans la bonne volonté unanime des collaborateurs, dans leur