AVANT-PROPOS VII
souci constant de pénétrer toutes leurs paroles et tous leurs actes des idées et des sentiments qui font qu'on agit sur les âmes? La première leçon de morale, et la plus efficace, qu'un maître puisse donner à ses élèves, c'est son propre exemple ; c'est le sérieux de sa vie et de sa pensée; c'est l'action lente, mais d'autant plus sûre, qu'exerce sur un jeune auditoire le contact d'une nature morale élevée, créant autour d'elle son atmosphère propre, dans laquelle germent naturellement les ,bons instincts. Ayez des maîtres vraiment dignes de ce nom, et, quoi qu'ils disent, quoi qu'ils fassent, il y aura en eux une vertu qui se communiquera ; ils exerceront cette influence mystérieuse qui est le don particulier des véritables éducateurs. Or, dans l'Université, ces maîtres-là sont légion. J'ose dire que, s'il avait été nécessaire d'en fournir une nouvelle preuve, cette preuve eût été donnée par l'intérêt vraiment passionné avec lequel tant de maîtres des lycées de Paris se sont associés à la recherche ainsi poursuivie.
Un autre point non moins remarquable, c'est l'esprit qui a constamment animé ces discussions. Comme il était naturel et nécessaire, des nuances d'opinions se sont manifestées dans ces échanges de vues. Les professeurs de l'Université, en entrant dans ce grand corps, n'abdiquent pas leur personnalité. Ils restent eux-mêmes, et c'est encore là un bon exemple qu'ils donnent à leurs élèves. Chacun deux tient à honneur de préserver la liberté de sa pensée et de sa conscience. Ils peuvent donc différer d'avis sur des points de grande importance. Quelques-unes de ces divergences n'ont pas manqué de se produire. Elles ont eu ce grand avantage de mettre en lumière l'esprit de tolérance et d'incoercible libéralisme qui est, lui aussi, l'un