‹ L'éducation morale dans l'université (enseignement secondaire)Chapitre 7 sur 37 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

autres à une même époque, parce que cet idéal résulte pour une forte part du mouvement général de la civilisation et des besoins instinctifs de la société. Toute grande doctrine apporte au monde une idée ou un sentiment qui est un motif puissant d'action, d'abord nouveau et original, mais qui devient peu à peu comme le patrimoine commun de l'humanité, et qui se glisse, à Tinsu même des dogmatiques, dans les systèmes auxquels il était d'abord étranger. De telle sorte qu'en réalité, sur une foule de points essentiels, tous les hommes d'une même époque, quels que soient leurs systèmes théoriques, pensent à peu près de même. Ils se disputent sur un certain nombre d'abstractions : mais, au fond, ils sont plus semblables les uns aux autres qu'ils ne le croient eux-mêmes, et ils s'unissent à peu près dans une même conception concrète de la vie. Ajoutons que, dans la pratique, ce qui fait qu'on vit bien ou mal, c'est beaucoup moins la nature des principes auxquels on rattache théoriquement ses actions (chose à laquelle peu d'hommes songent ordinairement), que les habitudes acquises, les tendances développées, les sentiments et les idées auxquels on demande conseil, et qui sont, bien plus que les systèmes proprement dits, les causes immédiates et réellement déterminantes de l'action. Or ces habitudes, ces sentiments, ces idées directrices peuvent être fort semblables chez des hommes qui les rattachent, en théorie, à des principes différents. On peut être juif ou chrétien, et avoir ou n'avoir pas l'habitude d'agir selon sa conscience, de se respecter soi-même, d'aimer ses proches, de chercher le bien de ses semblables. Les principes métaphysiques habitent, pour ainsi dire, une région supérieure d'où ils ne descendent que rarement dans le

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