MM
Beckek, profes.seur de seconde au lycée Charlemagnc.
Bef-ot, professeur de philosophie au lycée Louis-le-Grand,
Bi.K.NÈs rHenri), professeur de rhétorique supérieure au lycée Lakanal.
Behnês CMarcclj, professeur de philosophie au lycée Louis-le-Grand.
BiocHE, professeur de mathématiques au lycée Louis-lc-Grand.
Bii.LA/, professeur de lettres au lycée BufT'on.
BoiTEL, directeur de l'école Turgot.
BoLDHORs (Ch.-H.), profes.seur de seconde au lycée Henri IN .
BoLii.HAC, répétiteur général au lycée Louis-le-(Jrand.
C.MiEN, professeur de rhétorique supérieure au lycée Louis-le-Grand.
(J/.AïKi.N, professeur de cinquième au lycée Montaigne.
Colomb TG.), sous-directeur du laboratoire de botanique de la Sorbonnf.
Cboiset (.\.lfred), doyen de la Faculté des lettre* de l'Université de l'ari-.
Daki.l, in.S[iecteur général de l'Instruction publique.
Dei.aI'Iekke, professeur de sixième au lycée Carnot.
Fallex (M.), professeur d'histoire au lycée Carnot.
Flot, professeur de septième au lycée Charleraagne.
Galtiek (Jules), inspecteur de l'Académie de Paris.
GiDEL (Philip£>e), professeur d'histoire au lycée Saint-Louis.
Halker, professeur d'histoire à la Faculté des lettres de l'Université de Clermont-Ferratid.
KoRTz, proviseur du lycée Montaigne.
Lala.nde, professeur de philosophie au lycée .Michelet.
Lkcomte, professeur de sciences naturelles au lycée Saint-Louis.
Lévy-Bkuhl, maître de conférences de philosophie à la Faculté des lettres de l'Université de Paris.
Malai-ert, professeur de philosophie au lycée Louis-le-Grand.
Mai.dioiek, professeur de lettres au lycée .Montaigne.
Malet, professeur d'histoire au lycée Voltaire.
PiCAKU, professeur de rhétorique au collège RoUin.
Habalu, professeur de seconde au lycée Charleraagne.
Rabikb, directeur de l'enseignement secondaire au ministère de l'Instruction ]mbUque.
HocAFORT, professeur de lettres au lycée Saint- Louis.
Strowski, professeur de cinquième au lycée Lakanal.
Tmomas, professeur de philosophie au lycée Hoche (Versailles).
\\ EILL (G.), professeur d'hiijtoire au lycée Carnot.
L EDIK^A TION MOUALE
DANS L UNIVEUSITÉ
(enseignement secondaire)
S('nnro du if) nnvonihrc 1900.
THVniTIONS F/r TKM)\NCES DE l/uNlYERSlTÉ
Exposé fa il |inr
M. Lév\-Hi\uiil
Miiîlro (If Conff'rcncos à la l'aciilli'' des Lcllrrs de \'\ i|ihorsit(' (le Piiris.
Si j'ai riionnciir de prendre la |)ai'ole aiijomd liui devant vous, je le dois à l'absence de loraleur désigné, et à lextreine bienveillance du conseil de lEcole qui m'a designé pour le suppléer. M. Tbamin devait traiter devant vous le sujet annoncé pour la réunion d'aujourd'bui. Il l'aurait lait avec le giand talent que vous connaissez, avec une expérience consommée des cpiestioiis pédagogiques. Nommé recteur de l'Académie de Rennes, il est retenu loin de Paiis par ses fonctions. \ous pardonnerez, je I esjjère, à iMisiifrisance de celui qui le remplace, en considération de sa bonne volonté. Au snrj)lns, ceci ne sera pas une conférence, mais un exposé Irrs bref, touchant un jioint de l'ait.
(hielle est la Iraditifui de I Université, en matici'e d'édiicatidn morale, dans nos établissemenls dnislinction secondan'e !' — Pour donner à cette question une réponse précise et assez complète, il ne faudrait [)as moins qu'une enquête approfondie, portant sur nn grand nond)i(' de lycées et de collèges de l'arisel delà
L IDLCA I l(J.\ MOHAI.r. J
'2 L KIUCATION Mon ALR DANS L IMVERSITE
])i'()\incc. j)iès des luaîlics qui y ont donné l'enseignenienl. près des élèves qui l'y ont reçu. Cette enquête sest faite ailleurs, du moins en partie. Je n'ai j)u songer à l'entreprendre à mon tour, ne disposant ni du temps, ni des ressources qui seraient nécessaires. Je me bornerai donc à vous exposer brièvement quelle me paraît être la tradition univcrsilaire en matière d'éducation morale, d'après mon expérience personnelle. A défaut d'une élude d ensemble, ce sera un document, ou, plus simplcmenl, un lémoignage pour servir aux discussions qui doivent avoir lieu ici. Chacun pourra comparer sa propre expérience à la mienne, et dire jusqu'à quel point, selon lui, l'esquisse que j aurai tracée correspond à la réalité moyenne ou s'en écarte.
Mon expérience porte sur une période relativement longue. Pendant dix ans j ai appartenu comme élève à un lycée d exierncs de Paris. PendanI Ninglans, ensuite, je me suis elï'orcé. comme professeur, d'imiter les maîtres doni l'avais «ardé le meilleur souvenir, et de continuer leur tradition dans la mesure de mes forces. J'ai vu l>ien des générations d'élèves se succéder sur les bancs de ma classe; j ai vu d'assez près un grand nombre de mes coUè2:ues. dans les dilléreiits ordres d'ensei^nemenl. pour me faire une idée précise de leurs tendances et de leurs méthodes liabiluelles. Ce que j ai observé ainsi, tous les universitaires de ma génération ont pu 1 observer comme moi, et je ne crois pas téméraire de le présenter comme une expression approximative de la réalité des choses.
Eh bien ! si je cherche dans mes souvenirs de lycéen, (qui sont restés très vifs), quel enseignement moral propreinentdit mes camarades et moi nous a^ons reçu de nos maîties, je constate, après mûre léllexion, cpiils ne nous en ont donné aucun. — Aucun ('iiseir/neincnl moral, dis-je, et non ])as aucune ('iliu-alion morale : ce sont deux [)oinls (pi il ne faut pas confondre. Sans
THADITIONS ET TENDANCES ,S
doute, le pioiesseur de philosophie nous fit des leçons de morale, comme le programme du cours l'y invitait. Mais il les Ht d'un point de vue strictement philosophique, et dans le même esprit que les leçons de logique ou de psychologie : aussi préoccupé, semhlailil, des dilïlcultés théoriques qui enveloppent les principes de la morale, que des applications pratiques où elle ahoulit. Plus lard, quand j ai dii entreprendre à mon tour renseignement philosophique de la morale, j'ai compris la portée du mot de Schopenhauer : « Il est facile de prêcher la moi'ale : il est diihcile de la fonder. )) Il est juste d'ajouter que cette partie du cours, et surloul la morale sociale, intéressait [)arficulièrement les élèves.
Hors de la classe de philosophie, je n'ai pas souvenir que jamais un de nos professeurs de lettres ou d'histoire nous ail donné une leçon de morale proprement dite. Ils s'en tenaient à leurs programmes, qui ne comportaient point de telles leçons. L'esprit de leur enseignement était d'un désintéressement absolu, en ce sens cpi on ne le faisait pas servir à un objet extérieur à lui. et qu il paraissait avoir sa fin en lui-même. Nous vivions vraiment, de notre mieux, pendanl les classes, avec Homère et Sophocle, avec ^ irgile et Tite-Live : nous tâchions de nous transporter dans le monde de leurs idées, sans songer en même temps à la vie contemporaine. Même elVort au sujet des classiques français du \vn'' siècle, cpii sont déjà si loin pour notre élat d espril. Quant au wni' siècle^ on ne nous en parlait guère: du NiN'^^ encore moins. A oltaire et Diderot étaient suspects, \ ictor Jlugo ef Michclel, pres(pie ignorés, ih-ef, classique et esthétique avant tout, renseignement littéraire avait pour but à peu près exclusif de former et de développer le goût, de nons habituer à discerner et à aimer le beau. D'un rnscKinciiu'iil moral |)i(>[)rein('nl dit, il n'v a\ait pas trace.
/j l'iîDUCATION MOI'.ALr: dans l'iNH EKSlTl':
El pourtant Vcdiicnlio/i morale, qui semblait négligée dans ce programme d instruction toute classique, nous l'avons reçue en même tenqjs ; et, je n'hésite pas à le proclamer, nous l'avons i-eçue aussi conqDlèle, aussi riche, aussi excellente qu'on puisse l'imaginer. Elle ne nous était pas distribuée, il est Arai, sous forme de, leçons. Mais cette forme est-elle indispensable? Il est d'autres voies que les leçons ex professa pour pénétrer dans les jeunes âmes. Ce que les enfants apprennent le plus sijrement au collège, c est ce qu'on ne leur enseigne pas.
En premiei" lieu, nos maîtres croyaient sincèrement à la vertu éducalrice des chefs-d'œuvre littéraires, et leur foi élail communicative. Gomme ils ne doutaient pas de lidentilé foncière du bien et du beau, létude des classiques demeurait, à leurs yeux, la meilleure école de la vertu. Et, de fait, l'explication des auteurs classiques, soit ancicjis. soit modernes, éveillait constammenl la l'éllexion morale. H ne se passait pas de semaine qu un morceau d Euri])i(le. de Thucydide, de Jinénal. de Pascal ou de Coi'neille ne vhit soulever un problème devant la conscience. Les Grecs surtout ont été dadmirables moralistes, et leur connaissance de la nature humaine n'a pas été surpassée. Sans être des philosophes professionnels, sans se douter même qu ils nous enseignaient la morale, nos bons maîtres de seconde et de rhétorique, ((ui nous commenlaient un morceau d'A/ilif/one ou un passage du Phédoit. louches euxmêmes de la sublimité des idées, nous en ouvraient le sens, et nous les faisaient conqirendre [lar sympathie. M. Fouillée demande qu'un enseignement philosophique soit donné dans toutes les hautes classes de nos lycées. C'est peut-être beaucoup : et je ne sais si tous les jeunes esprits se trouveraient bien de cette culture philosophitpie inlensi\e. Afais. au tenqis de ma jeunesse, une bonne paît de ce (pi il désire se trouvait réalisée,
TR\nn'IO>S ET TKNDANCF.S
sans programiiic spécial, cl pour ainsi chrc sans elTort. Dès la Iroisicnic, par la i'orct; des choses, par la seule vertu des textes antiques, nous étions peu à peu initiés aux grandes questions de la. philosophie morale : c'est une tache dont nos professeurs de lettres s'acquittaient dans la perfection. presc[ue sans y penser. l']t fjuand nous arrivions .'i la classe de philosophie, nous v étions aussi hien [)réparés (pi on j)cul l'être, en ce qui louche la morale. lois(|u'on a sci/c ou dix-sept ans. Hegel, f(ui fut longtemps directeur d un g\mnase en lîavicre, avait une grande expérience de lenseignement secondaire. Selon lui. (( la meilleure classe de philosophie, c'est la leclure d une tragédie de Sophocle ».
Outre les leçons (pu iiaissaienl ainsi de robjcl constant de nos études, nous recevions une éducation morale continue, si je puis dire, dont le principe élait dans la personne, dans le caractèie, dans toute la manière d'être de nos maîlies. Je suis hieu peu versé dans cet art difficile et très délicat ([iie Ton appelle pédagogie: il me semble pourtant que cette question : (( Donnons-nous une éducation morale à nos élèves? » ne vaut guère la peine d'être posée. Bonne, médiocre ou pire, des enfants réunis sous un maître reçoi\ent toujours une éducation morale. Passant chaque jour plusieurs heures avec eux. il agit nécessairement sur leur nature encore tendre, par sa parole, par sa tenue, par son tour d'esprit, par son caractère, quel que soit d ailleurs le sentiment quil leur inspire. Tant vaut le maître, tant vaut l'éducation morale de ses élèves. J'ai entendu un des oliservaleurs les plus péiiétranlH de ce temps, M. l'xHilmv. risquer ce paradoxe : « Peuimpoi'te la matière (ju lin hommc! supérieur enseigneà des jeunes gens, L essentiel, c est (|ue l lujmme soit supérieur. » S il s agit de l'enseignement secondaire, ce n'est presque plus un paradoxe. Les enfants sont, pour ainsi dire, dans la main du professeur. L'ascendant qu'il peut
C) LKDI CATION MOUALC DANS LLMM:hSlTÉ
prendre sur eux, s'il en est digne, n'a pas de limites, et leur éducation morale, en tant qu'elle dépend du collèa:e. se lait ainsi d une manière insensible à la fois et irrésistible. Elle est affaire d'autorité personnelle et je dirais presque de suggestion. C'est une action subtile, qui sexerce sans relâche, qui continue même hors de la présence du maître, et dautanl plus forte qu'elle n'a pas besoin de s'exprimer formellement par des leçons. ^uUepart. mieux qu'entre maîtres et élèves, ne sexerce l'attraction des âmes, dont pailc le poète américain :
Suiclv, Avlloe^e^ speaks to nie in llie ii,L;!il voice,
liini or her ! -Ii.ill f'ollow .
As llie waler lulluws tlie uioon, silcnlly,
Avilh fliiid steps anywhere around the globe.
La meilleure récompense d un bon maître n'esl-elle pas dans l'abandon généreux, dans l'enthousiasme avec lequel les jeunes à'mes se donnent à qui a su les conquérir;^ Et comment les a-t-il conquises? En étant sincère et généreux lui-même, en ne les sollicitant jamais, en ménageant leur pudeur souvent ombrageuse. Quand un courant de sympathie durable s'est établi entre le professeur et les élèves, il n'a presque plus besoin de leur dire ce qu'il pense et ce qu'il sent, pour qu'ils le pensent et le sentent comme lui. D'elles-mêmes, les âmes juvéniles se façonnent à l'image de l'àme virile. L'éducation morale est là tout entière. Cet âge est sans pitié, et souvent il abuse cruellement, pour s'amuser, d une faiblesse trop indulgente. Mais il n'est pas sans clairvovance. Mis en présence d un nouveau maître, l'élève le juge, non seulement sur son savoir, mais sur son caractère, sa loyauté, sa droiture, son esj)rit de devoir, sa conscience, sa nature intime, sur mille indices |)rcs(|ut' insaisissables, mais significatifs, .lugcinenl plus ou moins rapide, mais en général sans ;i|)|H'1. et en général aussi, il faut bien l'avouer, é(juilable et bien
T1{A1)JTI()>S Kl' TKNDANCFS
fonde. Je doule forl que les notes administralives donnent une appréciation des professeurs plus juste, — tout bien pesé, — (pie le sentiment vrai de leurs élèves sur eux.
Des leçons proprement dites de morale sont bien peu de chose à coté de ces rapports décisifs qui s'établissent entre la personne du maître et celles des élèves. Supposez ces leçons fort bien faites, mais par un miiîlre pour cpii les jeunes gens, à tort ou à raison, ont peu d'estime. 11 est certain (pielles n'auront pas la moindre action sur eux. H aura beau leur exposer le mieux du monde (piels sont leurs de\oirs, et comment il faut les remplir. 11 ne leur inspirera pas le désir de faire ce qu'il dit. Peut-ètie même leur aversion pour son caractère rejailli la l-elle sur ce qu'il enseigne. Le moindre soupçon d liNpocrisie suffit à rendre la leçon morale intolérable. S agit-il au contraire d'un maître admiré et aimé? Sans doute ses leçons seront écoutées avec respect et avec joie. Niais, à vrai dire, il n'est pas besoin de leçons. Le progrès moral des entants se fait alors naturellement comme leur croissance. Pour se hausser jusqu'au modèle qu'ils ont adopté, ils font, sans s'en apercevoir, un ellort continue^ qui ne leur coûte pas.
On voit combien est injuste une critique que l'on entend souvent diriger contre les établissements universilaires. Tous les soins, dit-on, y sont donnés à 1 insiruclion : mais on se préoccupe peu de l'éducation morale, et elle y esl l(trl négligée. Le reproche pourrait paraître fondé, si lédncalion morale faisait nécessairement l'objet de leçons spéciales, ou si elle devait occuper certaines heures dciinies, comme les mathématiques ou les langues vivantes. Il est vrai qu'elle ne figure pas dans rem|)loi du temps de nos lycées. Mais cela ne prouve |)oinl du tout (pi'cllo soit absente, et j'en appelle au li'inoigtiagc de tous ceux (|ui oui reçu c(jmnie moi la discipluic uni\ersilaiie.
8 LÉDl CATION MORALE DANS LLMVERSITÉ
Linstruclioii qui nous a élc donnée élait bonne, l'éclucaiion morale élait meilleure encore. L'Lniversilé Y avait pourvu en nous mettant entre les rnains de maîtres dignes d'affection et de respect, à qui nous étions sincèrement attachés, et qui exerçaient sur nous la plus heureuse iniluencc. Le personnel enseignant des lycées n'était pas moins remarquable par ses qualités morales que par sa valeur intellectuelle. Les hommes de ma génération Font vu, ce personnel, dans des circonstances tragiques, où le fond des âmes se révélait. En 1871. pendant le siège de Paris et pendant la Commune, je suivais la classe de quatrième au lycée Charlemagne. Les cours eurent lieu sans interruption : seulement, les jours où le canon des forts de A anves et d'Issy donnait, on se bornait à des exercices écrits, parce que les voix ne pouvaient se faire entendre. Parmi les maîtres qui nous ont fait la classe pendant ce long hiver, combien étaient la proie du malheur public et privé, combien étaient dévorés dinquiétude, pour un fils, pour un frère sous les drapeaux en province, pour un enfant malade à la maison ! Tous ont rempli leur devoir professionnel, stoïquement, sans phrases, sans attendrissement oratoire. La déclamation patriotique n était pas à la mode. Elle eut choqué tout le monde, professeurs et élèves, comme un manque de goùl. comme une faiblesse de caractère. On continuait à étudier la grammaire française et l'histoire romaine. Nous comprenions confusément, comme peuvent faire des enfants, ce qu'il y avait de grandeur simple dans l'altitude de nos maîtres, et je ne crois pas que les leçons les plus éloquentes eussent pu produire plus d'effet que leur exemple silencieux. Jamais éducation moiale ne fut plus eiîicace que celle-là.
La même tradition s'est mainlenuc dans les années plus calmes qui suivirent, et il me semble quelle dure encore, l^lle repose sur celte vue psNchologique très
TRADITIONS F,T TF.MIANCES f)
juste, à mon sens, selon laquelle réchicatiou morale se réalise iialuieliement et eonunc (relle-iuème. quand les enfanls sonl confiés à des uiaîtres d'cspril dioil et de earaelèie sur. Je ne prétends pas. cependant, que cette méthode de suggestion sulFise toujours, ni quelle rende snperllues toutes les autres. Notre temps est de plus en. plus préoccupé des questions de morale sociale. Il peut èlre bon (|ue les jeunes gens, dès que leur i-éllc\ion séveille. soient initiés aux pjincipales de ces cpieslions: ([uc leurs maîtres leur donnent de honne hem-e Tidée claire et le sentiment vif delà solidarité sociale, le goût de la justice, la haine du mensonge et de Ihypocrisie. A (piel moment de leurs études, sous quelle l'orme, par ([uel professeur cet enseignement devrait-il être donné;' Ouestions délicates de pédagogie pratique, qui seront sans doute soumises l)ienlot à votre expérience, et dont vos discussions lourniront la solution la plus satisfaisante.
Après l'exposé de M. l^évy-Bruhi. M. le président CuoisKr demande s il convient de commencer la discussion sur les questions qui ont été indi(|uées. ou s il ne serait pas préférable d'attendre l exposé que doit faire M. J3arlu sur les a conditions et les movens de l éducation morale».
M. Dahi.i . — Certains points mis en lumière jiar M. Lé\y-Hruhl mériteraient d'être examinés. M.Lé\v- Ihuhl a très nettement distingué et même op[)osé la morale théorique, renseignementde la morale pratique et l'enseignement moral proprement dit : il a paru conclure que l'enseignement de la morale n aNait guère d'clficacilé et (|ue l'enseignement moial. action exercée
lo L i;m cvrioN -MoiiMi. dans i. lmvkissiti:
sur les sentimcnls cl sur lu volonté, était alTairc do suggestion, que l'agent de l éducation morale c'est proprement 1 autorité, l exemple du professeur. Mais les lliéories n ont-elles pas un lien très étroit avec les scnlmients ? Ne tendent-elles pas à produire lellort moral ? N'agissent-elles pas profondément sur la volonté? Le jeune homme a besoin d'idées pour soutenir son sentiment, l'élever, donner un j^oint d'appui à son enthousiasme. On pourrait d'ailleurs contester que la science morale doive être regardée comme n'étant pas faite, comme inchoative : elle n'est pas une science comme les autres et ne porte pas sur des iails, elle repose sur les sentiments éternels qui sont le fond même de la conscience humaine.
-M. le Président Croiset fait remarquer que la question (|ui a été posée est exactement la suivante : quelle est la situation c/e/V«7 ? Gomment, jusqu'à présent, a été comprise et réalisée l'éducation morale au lycée !'
-M. DvKLL. — Je pense précisément sur ce point que, en l'ait, le proi'esseur agit sur les sentiments et les volontés par l'exposé des théories, des idées. Si je fais appel à mes souvenirs personnels, je constate qu'une impression morale très forte résultait de l'exposé théorifpic des principes de la morale, bien que ces priîicipes ne fussent guère que ceux qui servent de fondement à la « morale des pères de famille ». C'était la (loclniic de Cousin, et son exposition systématique avail une iiiconteslahle eiricacilé.
M. JÎKLor appuie les observations précédentes. C est un fait, que le professeiu" qui a le plus d'action est, sans doule. celui qui imjiose le plus le respect de son caraclrre et (jiu a la plus giaudc aiiliMilt'. mais est aussi celui (jiii a une dociriiic très ferme, très nette, très cohérente. Il y a lieu d ailleurs, pour apprécier les
TU AT>n if)\s i;t tendances 1 1
choses, de tenir coiiiplc d'un changement notable qui sest opéré dans la situation du proi'essenr de pliihjsophic. Il A' a y 5 ou ,So ans, l'enseignement de la morale élall élroilemcnl lié à un programme cjui laissait au proresseui- peu de liberté : aujourd'hui, celte indépendance inlcUecluelle du proibsseur est complète, et son enseignement est plus personnel.
M. Galtieu. — J ai très précisémeut présent à la mémoire le sentiment de joie cpie j'ai éprouvé en trouvant, dans la classe de [)hilosophie, codifiés en un système, les sentiments moraux cpii m'animaient, (à'tte transformation des aspirations de la conscience en lois rationnellement enchaînées a une portée morale, considérable par son efTicacilé. Les sentiments moraux et la Ibrmule de la morale doivent donc être lort intimement liés. — 11 iinporlc au sinplus de noter cpi'aujourd'hui jilus quautrelois le professeur a la préoccupation d'attirer expressément l'attention de ses élèves sur les problèmes moraux, (V \ retenir leur esprit, de rattacher à la morale les idées, les faits que la littérature, l'histoire, etc.. font passer devant les esprits des jeunes gens.
M. le président Ckoiset lésume en ([uelcpies mots les observations précédentes: il expose qu'au total les opinions sur ce qui se passe en fait dans 11 niveisité ne sont pas bien d'accord entre elles: dune part on estime que l'enseignement moral s est exercé jnes- (|ue uni([uenient sons forme de suggestion, tandis cpie (1 antre [)art on pense (pie cette action morale s est exercée aussi, et avec une force égale au moins. [)ar
I exposition dogniali<pie des doctrines et des systèmes.
II renvoie la disenssion générale après la conlérence de M. Darlu. (pii indupiera, pense-l-il. ce iiiii se doil
faire, l'ulcal vers lecpicl il faut tendre.
Sranco du 3() nnvombro 1900.
CONDITIONS ET MOYENS DE l'ÉDUCATION MORALE AU LYCÉE
Exposé fait par
M. Darll
Professeur à lEcolo nornialo snijorioiiro de Sèvres.
M. Darll lit un programme de questions qui lui paraissent pouvoir se rapporter à ce sujet : i" Les condifions de Véducalioii moridr. a) Pour les internes en général :
1° L'internat et le régime tutorial ; 2" L'étude : action des répétiteurs :
3" Le dortoir :
4" La cour et les promenades : jeux et exercices physiques.
/>) Externes et internes réunis :
5*" L'action du professeur ; G" L'action du proviseur et du censeur: 7" Les fètcs :
8" Les œuvres sociales aux([uelles les élève> peuvent éli'e associés.