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LES DIVERS MODES D' E N SE IGN EM EN T 42'J

remunei'es, s'ils acceptent et recherchont ces fonctions, c'est beaucoup plus pour I'honneur et pour I'amour cle I'art que par calcul lucratif, car elles apportent le plus souvent avec elles un encombrement a leur carrlere personnelle, et leurs appointements ne peuvent guere elre consideres que comme des indemnites. Les Etats, les Munlcipalites ou les societes protectriees y trouveraient-ils quelque large profit? Non, car ils subventionnent ou fournissent des bourses, et ne touchent rien en retour.

A quoi done attribuer leur accroissement et Icur vltalile, si ce n'est a des resultats artlstiques d'abord esperes, realises et constates ensuite?

Puis, il faut bien considerer que I'enseignement dans les grands Conservatoires, j'entends par la ceux qui sont parvenus a leur complet epanouissement, est loin de proceder avec la rigldite que lui attribuent, dans le public, des gens qui n'y sont jamais venus voir, et se sont fait cette idee a eux tout seuls; en dehors de certains principes, aussi immuables que les lois de la logique ou de la geometric, chacun y conserve son libre arbitre, au moins dans les classes de composition et celles qui y confluent, et si les classes instrumentales, qui pourtant produisent des virtuosos ayant chacun leur personnalite bien distincte, peuvent quelquefois etre traitees de « fabriques de musiciens » ou d' « ecoles de dressage «, il n'y a a cela que demi-mal, le musicien d'orchestre pouvant parfaitement, sans que cela constitue un amoindrissement, sans que cela porta atteinte a la dignite de sa modeste carriere, etre assimilc a un

soldat, et comme lui soumis a une discipline rigoureuse. Interrogez a ce sujet des musicieiis d'orchestre, et vous verrez que les meilleurs et les plus recherches, ceux sur lesquels un chef sent le mieux qu il pent compter, sont des produits de Consei'vatoires.

Mais il y a encore autre chose a considerer, et de tres important, dans la plupart des grands Conservatoires dont nous venons de parler : c'cbL I'esprit sincere de bonne camaraderie et de cordiale confraternite qui y regne, et les rend essentiellement sympathiques; en laissant de cote quelques rivalites aigres et mesquines qui ne se produisent guere que dans certaines classes purement feminines et ne les honorent pas, on voit, au contraire, avec plaisir s'etablir entre condisciples ou camarades de promotion une sorte de lien maconnique tacite et de bon aloi, analogue a celui qui existe entre les eleves des autres Ecoles de Beaux-Arts, comme aussi entre normaliens ou polytechniciens, qui les porte a se rechercher et a s'entr'aider dans la vie^ comme de bons et loyaux freres d'armes qu'ils sont.

La grande objection des detracteurs de I'enseignement oificiel est celle-ci, qui leur parait d'un grand poids : Les aiiciens grands maitres que nous i>enc'rons se sont formes sans le secours d'aucun Conservatoire. C'est la leur principal clieval de bataille, leur argument sans replique.

Voici pourtant ce qu'on pent leur repondre : « II « faut bien reconnaitre que nos grands maitres ne (( sont pas sortis des Conservatoires, mais cela ne

LES DIVERS MODES D' ENS E IGX EM EN T Ml

« prouve pas qu'ils soient inutiles, ni qu'ils n'aient « rien fait pour le progres de Tart musical. Le devoir « principal d'une ecole de musique est d'augmenter « le nonibre des musiciens instruits. La diffusion tou- « jours plus grande de I'art musical rend necessaire « la fondation des Conservatoires et des ecoles de « musique. Quand on pens:; quelle veritable armee « (choeurs, orchestres, solistes, chefs d'orchestre, pro- « fesseurs de musique, etc.) i'art musical demandc ii « present pour ses besoins, on comprend que I'ensei- « gnement prive serait tout a fait insuffisant a y pour- « voir. En outre, les Conservatoires et les ecoles de « musique offrent des avantages incontestables. Aiusi. « rien que I'atmosphere musicale des Conservatoires « est deja utile a la jeunesse, de meme que le stinui- « lant qu'on trouve dans tout enseignement collec- « tif. ))Ceci, nous I'avons deja dit; inutile d'vrevenir. II est bien certain que Bach, Haydn, Mozart, Beethoven, Mendelssohn et Weber ne sont pas issus de Conservatoires allemands, mais cela s'expliqi.ie si Ton considere qu'il n'y en avait pas en leur temps, puisque le plus ancien en date est celui de Leipzig, cree en 1843 ; cela n'a pas empeche Mendelssohn d'y professor brillamment, ni Rossini et Iiubinstein d'en fonder deux autres, par des movens differents, I'un a Pesaro, I'aulrea Saint-Petersboui'^'', montrant bien en cela qu'ils ne meprisaient nullement le principe, et qu'ils auraient peut-etre aiine qu'on eiit fait pour eux dans leur jeunesse ceque

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