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Lavignac, I'Ecole de la pedale

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Un revirement de la mode s'est produit, car la mode se ni6le de tout, et maintenant on ne prelude plus, ce qui, au demeurant, vaut mieux.

II est pourtant trois cas ou il reste necessaire de savoir improviser quelques accords :

Le premier se preseiite toujours dans la muslque de chambre, au moment precis oil, apres avoir donne le la, on va commencer le morceau.

Donner le la est une necessite pour que les instruments s'accordent. Si, apres I'horrible cacophonie qui resulte de cette formalite, qu'on n'a pas encore trouve le moyen d'eviter, on s'envient attaquer directement le premier accord d'un morceau, en mi beinol, je suppose, il en resulte pour I'auditeur delicat une impression discordante tres momentanee, c'est certain, mais qui est plutot une souffrance. Done, il est bien mieux de le preparer a la tonalite par quelques accords discrets, qui efFacent de son souvenir 1 inevitable charivari de Taccordagedes instruments.

Deuxieme cas : on doit faire entendre a la suite Tune de I'autre plusieurs pieces dans des tons tres differents formant disparate (chose qu'il eut ete mieux d'eviter en constituant le programme) ; il est judicieux alors de les souder ou separer par une rapide modulation qui empeche le souvenir du premier morceau de nuire au debut du second (ce sera un peu moins choquant).

Troisieme cas : pour donner le ton au chanteur que Ton accompagne, surtout s'il doit commencer a chanter des la premiere mesure.

Reduit a sa plus simple expression, a quelques

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accords ou quelques arpeges, le prelude peut encore etre utile pour se rendre compte du degre de sonorite, resonance ou matite, d'une salle ou d'un instrument que Ton ne connait pas encore, aussi pour reclamer le silence et faire taire les conversations genantes.

Dans toutes ces circonstances, et quelque breve que soit la suite d'accords a improviser, pour qu'elle soil corrccte et non deplaisante, pour qu'elle n'ait rien de heurte ovi de maladroit, il est necessaire que le pianiste soit verse dans la pratique de riiarmonie a un tout autre degre que ceux de ses confreres instrumentistes qui n'ont jamais, ou presque jamais, a manier des sons simultanes.

Tout lui est bon qui developpe I'esprit musical et le sens de I'initiative : chanter dans des choeurs, y servir de chef d'attaque, meme s'il n'a pas de voix, les accompagner, faire repeter des chanteurs, lire la partition, en faire des transcriptions, faire en toutes choses acte de vrai musicien... Je veux resumer tout cela en une formule aussi simple que vraie : Le pianiste qui n'esL que bon pianiste est un mauvais pianiste.

Si j'ai cru devoir donner une si grande extension ii ce qui concerne le piano, ce n'est pas seulement parce que cet instrument est le plus repandu dans les salons. C'est surtout en raison du role preponderant qu'il joue dans la civilisation musicale de nos jours.

Le celebre pianiste et compositeur russe A, Ru-

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binstein ne craint pas dadirmer ses csjiivictions a ce siijet:

« La musique instriimentale, tllt-il, est lamie la « plus intime de rhomnie, plus proche que ses pa- <( rents, ses soeurs, ou ses eamarades (?). On le cons- « tate surtout dans Ic nialheur, et de tous les ins- « truments, celui qui repond le mieux a son role « d'ami, e'est le piano. Aussi je considere I'ensei- « gnement du piano comme un grand bienfait pour « riiumanite, et je ne serais pas loin de le rendre « obligatoire (peut-etre un pen excessif), en le con- « siderant, bien entendu, comme une consolation « intime pour I'eleve, et non comme un moyen de « hriller en societc^. »

Rubinstein connaissait-il cette pensee de Chateaubriand, qu'il semble avoir voulu paraphraser :

« La musique endort le chagrin dans les coeurs « ascites? »

C'est I'instrument de tous ; comme cela a ete deja etabli precedemment, sa connaissance est utile, a divers degres et pour des raisons differentes, a tous les instruraentistes sans exception ; elle est indispensable aux chantcurs et aux professeurs de chant; de plus, le piano est, encore pour d'autres raisons, d'une extreme commodite pour le compositeur, ce que nous verrons plus tard; souvent meme c'est par le piano, qui vous met en qnelque sorte une partition sous les yeux et sous les doigts, qu'on dcvient compositeur. Temoin le grand nombre de composi-

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