Fetis, loco cii
lUS L EDUCATION MUSIC ALE
Sax y adapta le systeme des pistons, generaleinent adopts.
La Irompette a pistons a sur la trompette simple I'avantage de faire entendre toutes les notes diatoniques et chromatiques dans son etendue, et par cela est intiniment plus commode pour le compositeur, plus agreable aussi pour I'executant, qui n'est plus, avec celle-la, condamne aux fanfares perpetuelles, et peut s'attaquer aux traits les plus varies; mais, toujours comme pour le cor, ladjonction du mecanisme des pistons modifie le timbre, qui n'est plus aussi etincelant ni aussi pompeux, devient un peu plus lourd.
A I'inverse de ce que nous avons dit pour le cor, les professeurs de trompette sont generalement d'avis qu'il vaut mieux debuter par I'etude de la trompette a pistons, entre douze et dix-huitans, ou meme plus tot, pourvu que la somme d'etude soit proportionnelle a la force physique du sujet. Commencer trop tard, passe vingt-cinq ans environ, serait risque, car il est peu d'instruments plus scabreux que celui-ci; pourtant ceux qui out anterieurement joue du cornet peuvent aborder la trompette a peu pres a n'importe quel age. Quant au temps d'etude convenable, il est difficile a preciser, car il depend entierement du temperament de I'eleve et de la force de resistance de ses levres; sous cette reserve, le plus de temps possible.
Quoique de la meme famille que le cor, la trompette en differe essentiellement par ses effets. Sa sonorite est a la fois moins douce et moins moelleuse, niais
plus argentine, plus claire, strideute et eclatante; ce sont la les qualites que Ton doit recherche r, avec I'altaque nette, franche et precise; menie un peu de rudesse, sans tomber dans Texces, ne messied pas. Toutefois, les elevcs feront bien de s'exercer aussi a produire facilenient les nuances y;m/?o ei piujiissinio, dans lesquelles les compositeurs modernes onttrouve des effets ravissants.
Des douze ans, on pent mettre un Cornet a pistons entre les mains dun enfant, si toutefois il n'cst pas faible de constitution; dans le cas contraire, il vaudrait mleux attendre, car jusqu'a vingt ans, au moins, il sera encore parfaitement temps pour cela.
Conime nous I'avons dcja vu pour la trompette et en general pour tons les instruments en cuivre, la crainte-de la fatigue doit etre le seul guide pour fixer le temps d'etude auquel on peut s'astreindre journellement.
L'embouchure du cornet est infiniment plus facile a attraper que celles du cor ou de la trompette, et c'cst en giande partie a sa facilite d'emission qu'il doit sa vogue.
Son timbre, qui provient de sa construction, manque par lui-meme de distinction. Autant la trompette reste elegante dans son eclat et sa clarte limpide, autant le cor est poetique et sentimental, autant le cornet est, d'essence, trivial et pateux. C'est done a attenuer ces defauts que devra toujours tendre le virtuose cornettiste, et ici, par une exception unique, il y a lieu pour lui de s'attacher a I'imitation
(les instruments volsins et dc mcnie famille clones d'un timbre pins noble : ainsi, avoir un son cle cor^ ou avoir nn sonde trompette, ne serait pas un defaut pour un cornettiste, mais nne qiialite appreciable en bien des circonstances.
II rachete ce defaut de vulgarite, d'abord par sa grande facilite d'etude, puis par una certaine volubilite qui lui est partlculiere, une souplesse pour tout faire, les trilles, les notes repetees, les traits a pen pres de toute forme, comme anssi une aptitude a bien chanter ou a parodier le chant, qu'il faut mettre a son actif.
L'etude du cornet a pistons donne certaines qualites pour la pratique de la trompette; mais l'etude simultanee des deux est inutile si Ton travaille serieusement la trompette; elle pourrait m6me etre nuisible au cornet. Une fois la periode des etudes passee, un trompettiste pent jouer alternativement des deux instruments, s'il ne fait du cornet qu'un usage modere; en abuser I'exposerait a perdre une partie de ses qualites les plus precieuses, notamment la fermete dans I'attaque du son.
L'un des plus beaux et le plus puissant des organes de I'orchestre moderne est le Trombone. Admirable dans I'expression des sentiments nobles et energiques, il devient simplement ridicule quand on le reduit mesquinement a marquer le temps fort ou a renforcer la basse dans les airs de danse, ce qui prouve la noblesse de son caractere.
Tout comme pour le cor et la trompette, nous
nous troiivons ici en face de deux instruments qui, bicMi que portant Ic meme nom, sont fort dlfferents I'un de I'autre, et possedent des qualites particulieres : le trombone a coulisse, qui est le vrai trombone, I'instrument pompeux et majestuenx par excellence, et le trombone a pistons, dont le seul avantage est d'etre plus facile a apprendre et plus aisc a manier, de mieux se preter a Texecution de traits rapides qui ne conviennent pas a son caractere solennel, et, par leur velocite meme, lui retirent une grande partie, la plus belle, de son prestige et de sa dignite.
Tout tromboniste consciencieux et desireux d'agir en artiste doit done tout d'abord se rendre maitre des difficultes assez grandes que presente la pratique du trombone a coulisse. Siensuite ilveut acqucrir celle du trombone a pistons, ce sera pour lul I'affaire de six semaines ou deux mois tout au plus.
On ne peufc guere entreprendre I'etude du trombone, le plus dur des instruments de cuivre, avant d'avoir atteint son plein developpement ; il est done difficile de preciser un age. On pent pourtant admettre comme limite extreme inferieure qninze ans, car il existe des exemples d'eleves de cet age ayant fait leurs etudes dans d'assez bonnes conditions, et comme limite extreme superieure vingt-cinq ans, au dela desquels il parail difficile d'habituer les levres a exercer avec la force voulue la pression necessaire pour obtenir une belle sonorite, a la fois souple et ferme. Pourtant, si on a deja joue d'un autre instrument de cuivre, quel qu'il soit, et si Ton
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a par ce moyen acquis la facillte de rembouchure, on peut se mettre a I'etude du trombone a iin age quelconque.
A cause de la fatigue qui en resulte,' on ne doit jamais, meme y etant deja bien habitue, travailler que fort pen de temps de suite, et jamais plus de quatre heures par jour ; au debut, deux heures suffisent largement.
Des levres fermes et resistantes, une machoire solide et bien conformee, sont necessaires.
II existe, aussi bien pour le trombone a coulisse que pour celui a pistons, des instruments de trois grandeurs differentes, qu'on appelle tromhone-allo , tromh one -tenor et tromhone-basse^ , toutes trois egalement usitees a I'orchestre, et presque toujours simultanemenf.
Les trombones s'ecrivant tantot en clef de soly tantot en clefde fa, tantot en clef d'«i 4™", la connaissance de ces trois clefs est utile au tromboniste.
L'habitude est de s'exercer tout d'abord sur le trombone-tenor; quand on sait se servir de celui-la, on n'eprouve que neu de dilFiculte a jouer sur les autres; c'est Tallaire de quelques jours.
II nous a paru tout a fait superflu de nous occuper ici de ccrta'iis instruments de fantaisle, etrangers a I'orchestre symphonique, qui, bien qu'ayant parfaitement caractere musical, ne se rattachent a I'art que par leur cote pittoresque et leur couleur locale ^
\. Plus rare est le trombone-contrebasse.
etn'ont jamais etc utilises par les compositeurs qu'a titre exceptionnel ou comme des liors-d'ceuvre. Tels sent, autre autres, la guitarc et la mandoline, instruments de seiierades, charmants a entendre dans le milieu qui leur convient, dans les rues de Seville ou sur les canaux de Venise, deplaces partout ailleurs; la balalaika russe, et le cembalo hongrois
Disons pourtant que la guitare, si on veut en faire autre chose que I'accompagnement banal du chant italien ou espagnol, est excessivement ditficile a apprendre, mais aussi dune etude tres attachante; dans Tintimite, au milieu d'un cercle tres reduit d'amateurs attentifs, un artiste habile peut en tirer des effets charmants, quoique pen varies et toujours un pen les memes; mais il est tres difficile de se procurer un bon professeur de guitare, cet instrument demode tombant chaque jour en desuetude, ce qu'on doit considerer comnie regrettable. En Italic et en Espagne, la guitare joue le role d'instrument accompagnateur du chant ou de la mandoline; celle-ci lait constamment entendre la melodic, et des guitares I'accompagnent ; parTois s'y adjoint une flute ou un violon... Dans son cadre pittoresque, par un beau clair de lune ou un ciel etoile, un tel petit orchestre en miniature berce delicieusement le touriste, et produit parfois des effets ravissants.
La mandoline, au contraire, s'apprend avec une extreme facilite; I'irritant tremolo de ses cordes doublees, supportable seulement en plein air, est a la portee de tons; pour les violonistes notamment, ce n'est qu'un jouet : I'accord et le dolgte etant iden-
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tiquement les mcnics que siir leur instrument, il ne leur leste a acqucrir que ce ti'cpa!>lement perpetuel de la main droite, qui semble avoir fourni aux voix, dont nous allons bientot parler, le deplorable exemple du chevrotement.
D'apres I'ensemble d'informations qui precede, on pent juger, bien qu'il n'en ait pas ete question directement, que tons les instruments ne sont pas egalement aises ou difficiles a apprendre, et qu'il en est qui reclamentun temps d'etude infiniment plus long que d'autres, pour arriver a des resultats relativemeat equivalents.
C'est cliose facile a comprendre, mais plus diflicile a liiesurer et a preciser aA^ec exactitude. On ne pent prendre pour terme de comparaison le moment ou I'artiste est arrive au degre de perfection, car ce moment est insaisissable, ce que I'un appelle la perfection en etant bien loin pour I'autre. Nul ne pent jamais dire : Je sais le violon, ou : Je sais la harpe; pas plus qu'on ne pent jamais dire : Je sais I'histoire, ou : Je sais I'astronomie. JMais on peut dire : Je sais joiier du violon; Je sais me ser^i/- d'une harpe; J'ai etudie I'histoire; J'ai des connaissances en astronomie, parce que ces differentes facons de s'exprimer ne comportent pas avec elles I'idee d'un savoir complet et fini, dont la seule pr»Hention meriterait un brevet d'absurdite. Le plus habile virtuose d'aujourd'hui cherchera encore demain des efTets ou des procedes nouveaux; done il se perfectionnera encore, de meme que le plus savant historien, en fouillant
plus avantdans cles documents ou en les compninnt, fcra encore faire des pas a sa science. La peilcrlion absolue n'existe pas, et ce que nous appelons de cc nom, c'est ce qui nous apparait comine s'en approchant le plus, tout en restant perlectiljle. Done ce n'est pas a ce point toujours fuyant que nous pouvons planter un jalon fixe. Mais il en est un autre qui pent etre precise d'une facon sullisante pour la recherche qui nous occupe : c'est celui oil I'eleve a acquis la connaissance complete de tons les precedes d'execution applicables a son instrument et sait les employer avec discernement.
En admqttant ce niveau nioyen comme terme de comparaison, on peut d'abord etablir, procedant par iamilles, que les instruments qui deniandent les plus loni^cues etudes sont les instruments ii cordes et le piano; en second lieu, les instruments a vent en bois et la harpe ; en troisieme, les cuivres. (On remarquera qu'il n'est question ici ni de I'orgue ni de I'harmonium, ces deux instruments exigeant imperieusement I'etude prealable du piano, sur laquelle les.leurs, Tune tres courte, I'autre tres longue, viennent ensuite se greffer, comme on I'a vu precedemment.)
Si maintenant nous examinons a part chacune des trois categories groupees ci-dessus, on peut considerer qu'a egalite d'aptitudes speciales, I'eleve qui etxxdiera le violon ou le piano sera le plus long a atteindre notre niveau moyen de convention ; le violoucelliste y arrivera avant lui, et sera precede de plusieurs longueurs d'archet par le contrebassiste, dont
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rinstrument, inalgie ses dimensions, on plutot a cause de ses dimensions, exige infiniment moins de iinesse et de precision. — Passant au deuxieme groupe, et toujours en supposant des eleves egalement bien doues et diriges, cest le flutiste qui devra arriver premier, ensuite le clarinettiste et le bassoniste, puis en dernier lieu le hautboiste, car le bautbois est le plus delicat a manier des instruments de cette famille. J'ai oublie la harpe, qui pourrait peutetre disputer a la flute la premiere place, car, une fois les premieres dilficultes vaincues, les progres sont souvent tres rapides. — Enfin, parmi les cuivres, le cor est sans contredit celui qui reclame les etudes les plus prolongees, surtout a cause des sons bouches; le trombone et la trompette s'apprennent a peu pres en le meme laps de temps Fun que I'autre; et enfin le cornet peut etre considere comme le plus facile de tons.
(Je n'ai parle ici ni de I'alto ni du cor anglais, qui sont aussi aises a apprendre I'un que I'autre, des qu'on salt jouer du violon ou du hautbois.) Quant aux instruments speciaux a la musique militaire, il suflira de savoir qu'au regiment, lorsqu'un homme se montre incapable de balayer la cour ou de panser son cheval, on le met dans la musique, et qu'en quelques mois il est apte a tenir, Dieu salt comme, sa partie.
II y a encore a envisager, au point de vue de I'etude, une autre classification des instruments : il est indispensable de faire une difference entre ceux qui appellent imperieusement la virtuosite, la maestria,
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et ceux qui peuvent s'en passer. II suffit de joueiconvenablement du violon pour tenir remploi de second violon dans un orchestre ; il en est de memo de I'alto, de la contrebasse, de la trompette, du trombone, et menie du basson, parce qu'il leur est rare d'avoir a y faire acte de soliste; avec un talent de second ordre, ils peuvent dejii, a la rlgueur, se rendre utiles. Une autrement grande habilete est requise pour les premiers violons, les violoncelles, les flutes, hautbois, clarinettes et cors, dont la partie est toujours beaucoup plus en evidence. Dans I'execution de la musique de chambre, un degre egal de perfection est a reclamer de tons les partlci- , pants, quel que soit leur instrument; aucune mediocrite n'y est tolerable. II en est de meme, a plus forte raison, lorsqu'on entend attirer sur sol seul I'attention de I'auditoire par I'interpretation dun concerto ou meme d'un autre solo instrumental moins developpe; on serait simplement ridicule si on s'attaquait a ces choses sans posseder un talent veritable et complet, sans etre assez sur de soi pour etre bien certain de ne pas faire naitre ce sentiment angoissant de crainte et d'anxiete qui enleve au public tout le plaisir qu'il est en droit d'attendre de I'execution dune cBuvre attachante. Le veritable virtuose doit inspirer ia confiance des les premieres notes, paraitre a son aise au milieu des plus grandes difficultes, et laisser a chacun I'impression qu'il fait cela en se jouant.
li y a quelques annees, un de nos plus merveilleux jeunes pianistes, se trouvant incognito en villegiature dans un grand hotel suisse, avait profite d'un
moment du matin ou le salon etait solitaire pour se derouiller les doigts et repasser quelques-uns des plus beaux morceaux de son repertoire sur un magnifique piano de Steinway qui s'y trouvait. II allait se retirer, lorsqu'un autre voyageur, age, qu'il n'avait pas apercu, s'approche de lui et lui demande la permission de lui exprimer son admiration, « Je suis la depuis le commencement, lui dit-il, et vous m'avez tellement tenu sous le charme, que si vous aviez continue je serais certainement reste la toute la journee; i'ai entendu Liszt, Chopin, Thalberg, et aucun ne m'a produitune telle emotion... Voulez-vous me perniettre de vous adresser une question?
— Avec plaisir, Monsieur, si je puis y repondre.
— Oh ! oui, certainement. Je voudrais vous demander Si Vo«s c/pez appris, ou si c'est naturelP »
Eclat de rire du jeune pianiste, qui ne s'est rendu compte que plus tard cjue ce naif venait de lui faire le plus beau comme le plus ingenu des compliments. En effet, lorsqu'on entend un grand virtuose, le premier sentiment est que cela ne lui coiite rien, il semble qu'on pourrait en faire autant, et il faut que la raison intervienne pour qu'on se rende compte que c'est le resultat de bien des annees de labeur ardu.
Toutefois, et pour ne pas parler uniquement des talents exceptionnels, il est certain qu'en petit comite, clans des reunions intimes, un amateur modeste et sans pretention pourra etre infiniment agreable et se rendre utile s'il rachete ses imperfections par des qualites d'intelligence artistique, s'il
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est bon lecteur et bon musiclen. C'est pourquol nous iusistons de nouveau ici, pour la derniere fois, sur la necessite qui s'impose a tout instrumentlste, aussi bien amateur qu'artiste de profession, de faire preceder ou escorter ses etudes instrumentales de solides etudes de solterre longuement et patiemment poursulvics, ainsi que d'une etude sommaire du piano; ol si c'est le piano qui est son instrument, d'une etude serieuse de I'harmonie etdu dechiffrage. Avant d'etre virtuose, il faut etre musicien.