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INSTRUMENTS SIMPLES : INSTRUMENTS CHROMATIQUES

Cor ordinaire (ou d'harmonie). Cor a pistons. TrompeUe ordinaire. Trompctte a pistons.

Trombone a coulisse. Trombone a pistons.

On pourrait croire que, les instruments chromatiques etant en somme des instruments perfectionnes, capables de faire entendre la gamme dans tons les tons, de moduler, de lournir des traits plus rapides et plus varies que les autres, pouvant faire, en un mot, tout ce que font les instruments simples et beaucoup d'autres choses, on pourrait croire, dlsonsnous, que le mieux est de n'etudier que ceux-la.

Quelque logique que soit en apparence ce raisonnement, il n'est exactement vrai que pour ceux qui ne cherchent a acquerir qu'un talent tres relatif. Les autres, ceux qui veulent pouvoir en toute circonstance faire acte d artiste, doivent posseder les deux instruments et savoir se servir, selon les cas, de Tun ou I'autre, car ce n'est jamais indifTerent. L'ins-

trument chromatique ne doit etre employe que lortique c'est rlgoureusement indispensable, c'est-a-dii-e qiiand I'oeuvre a interpreter a ete ecrite en vue Je ses moyens speciaux; dans toute autre musique, <e4 jiotamment dans celle anterieure a I'invention des. pistons, les instruments simples seront toujour^ incomparablement superieurs.

En eflet, radjonction du mecanisme des pistorts, sur les avantages reels duquel nous n'avons pas a discuter, a pour efTet regrettable de retirer a ehaquir instrument son cnractere personnel, et de donnei* aux divers individus du groupe des cuivres un air d<; famille par trop prononce. II arrive parfois a Tauditeur de ne pouvoir distinguer si le son est emis pai' un cor ou un trombone, etcomme la variete des timbres est ce qui fait la richese de I'orchestratioEi, celle-ci y perd beaucoup. On dessert done la v» lonte de I'auteur et ses intentions si Ton substilut., comme on le fait trop souvent par paresse ou par mm indifference indigne d'un interprete intelligent, asi timbre qu'il a demande un autre timbre ayant uiie trop grande parente avec les timbres voisins. C'sflt un manque de fidelite et une faute de gout qu'wu chef d'orcliestre consciencieux ne devrait jamais tolerer.

Autre consideration resultant du meme fait. Toiates les fois qu'on fait usage des instruments chromatiques, cjue ce soit a tort ou a raison, il faut s'efforcer d'attenuer, par I'adresse de I'execution, leur delaut de construction, penser a I'instrument type et taclier de se rapprocher le plus possible de sa qua-

lite de son; c'est ainsi qu'on leur donneradu charme, et qu'on arrivera a en tirer le meilleur parti.

Les cuivres sont, de tous les instruments, ccux qui souffrent le moins d'une etude entreprise tardivement; une structure robuste s'impose plus pour eux que pour les autres, en raison de leur poids assez considerable ; et ce sont aussi ceux qui exigent le plus d'efTorts des muscles de la poitrine, de souffle energique et soutenu, et il semblerait inconsequent de mettre des outils si encombrants et si fatigants entre les mains de trop jeunes gens. Pourtant, tout le monde n'a pas toujours pense ainsi : le celebre facteur Adolphe Sax, auquel nous sommes redevables de I'invention des saxophones, des saxhoi'iis, des saa-tuhas, des saxtrombas et autres engins sonores, etait d'un avis contraire; il affirmait que la pratique constante des plus gros instruments de cuivre constituait une excellente gymnastique des poumons. A I'appui de sa these, et pour demontrer Taction de cet exercice sur le developpement de la poitrine, il avait recrute un orchestre de femmes qui en avait de superbes, qu'on pouvait voir. Est-ce bien a cela qu'elles le devaient? Je I'ignore; mais il est certain que cela ne paraissait pas leur faire de mal.

Nous ne parlous Ici que pour memoire de ces instruments qui ne trouvent guere leur emploi que dans I'orchestre militaire, comme au.ssi le bugle et le clairon d'ordonnance. Seul d'enlre eux, le saxophone fait parfois apparition dans I'orchestre symphonique et theittral, auquel il apporte le charme d'un timbre mysterieux, ctrange et penetrant; un

clai'inettiste s'en assimilc tres rapidement le mecanisme, son embouchure etant a peu pres la meme, a auche simple, et plus facile, moins delicate. Quant aux saxhorns et aux tubas, ils s'apprenncnt ties vite par tous ceux qui ont deja etudie un autre instrument de cuivre. Nous n'en parlerons pas davuntage, mais au sujet de I'etude du cor et de celle de la trompette, nous devons revenir avec phis de details sur la question dejii ebauchee, et a laquelle on ne saurait attacher trop d'importance, des instruments chromatiques et de leur emploi judicieux.

11 y a done deux especes de Cors, le coj^ cV harmoiiie, ou cor simple, et le cor a Pistons, d'invention plus recente, qui tend de plus en plus a se substituer a I'ancien dans les orchestres.

II ne rentre pas dans le cadre de cet ouvrage d'examiner jusqu'a quel point cette substitution est heureuse; elle a ses partisans et ses detracteurs, mais nous devons nous borner ici a faire connaitre ce qui est necessaire a I'etude de I'un et I'autre des deux instruments.

Disons d'abord que, dans I'etat actuel des choses, un corniste, pour etre complet, doit savoir jouer des deux ; car si, dans I'execution des oeuvres modernes, I'emploi du cor a pistons est indispensable, puisqu'elles sont ecrites pour lui et injouables sur I'autre, ce qui tranche la question, il y a avantage a revenir au cor simple dans tout le repertoire classique, sous peine de trahir les intentions de I'auteur en lui enlevant une partie des effets cherclies.

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Ceci demande, pour etre bien compris, quelques explicahons sur le mode de fonctionnement des deux instruments, explications que je vais essayei do donner aussi brievement que possible et en les degageant, autant que faire se pourra, des termes techniques. II reste bien entendu que je n'exprime aucune preference.

Le cor d'harmonie derive exactement du m^me principe que le cor de chasse; c'est un simple tube enroulc sur lui-meme, et qui n'est aptc a faire entendre natiirellement, sous I'elTortdu souffle humain, mocfifie par la pression des levres, qu'un nombre tees- restreint de sons', qu'on appelle pour cette raison so?is naturels, et qui sonnent avec eclat. Pour fisbtenir les sons intercalaires, le corniste introduil ia main droite dans le pavilion de I'instrument, et ®B obstrue plus on moins I'orifice, avec des precauii^ns infinies; par cet artifice, il modifie, en leur laisant obstacle, les vibrations de I'air contenu dans le lube, ce dont resultent de nouveaux sons, qui out TCf'u le nom de sons boiiches^ et qui n'ont plus du tout le jneme timbre que les premiers; autant les sons naturels resonnent clairs, viijoureux et eclalants, autant les autres sont voiles, incertains, timides et comme lointains. De ce manque d'homogeselte, qui semble d priori un defaut capital, les aiiciens compositeurs (je parle ici surtout de ceux de la belle periode comprise entre Beethoven et Men- •lelssohn) et leurs interpretes out su tirer des sons

\. Cp sont les !isni) oniqvies d'une fondamentale cjueiconque, soil : aij sol uIq mi sol si bc-mol tii^ re mi fa sol.

L' ETUDE DES INSTRUMENTS 'iSi

d'un charme exquis; le passage iriiti son oin>c?'t h un son houche, ou vice versa, loin d'etre disparate malgre sa dilUculte et la gaucherie qui en result^ peut-etre meme a cause de cela, est simplcmeut; etrange, d'une etrangete essentiellement sympathique, et donne a une phrase chantee par le cor ur caractere d'emotion tout a fait particulier. Mais ies sons bouches ne peuvent etre emis que dans de certaines conditions, precedes ou suivis de soas ouverts, sans trop de precipitation aussi, et pout" cela exigent autant d'art de la part du compositeur qui Ies demande, que d'habilete et d'adresse dsi cote de I'executant.

Passons au cor a pistons. Grace a un tres ingenieux systenie mecanique analogue acelui du cornet, qui allonge ou raccourcit a voloute le circuit de Fair dans le tube, il pent produire avec une egale facilite tous Ies sons de la gamme chromatique (ce qui fait qu'on I'appelle aussi cor chromatique), «£ tous avec le meme timbre, qui est a pen pres ceiisi des sons ouverts du cor ordinaire. De la, pour le compositeur, la facilite de I'employer dans Ies modulations Ies plus rapides, d'user de toutes Ies notes sans precautions aucunes, et pour I'executant, une securite qui lui etait inconnue avec I'ancien instrument, jointe a la laculte d'aborder des traits de toute sorte. Mais, en revanche, suppression des sonorites mysterieuses et voilees des sons bouches. On pourralt bien, a la verite, produire des s©ns bouches sur le cor chromatique par le meme artifice que sur le cor simple, en mettant la main daiki

le pavilion; mais comiiie il est beaucoup plus aise de produirc les m^mes notes au moyen des pistons, on ne le fait pour ainsi dire jamais; ajoutons que, lorsqii'on le fait, ils n'ont pas entierement, pour quelque raison tenant a la construction de I'instrumcnt, le meme caractere poetique et la meme seduction que sur le cor simple.

A present que les deux instruments sont connus, avec leurs qualites et leurs defouts, on concevra aisement qu'un corniste habile doit pouvoir jouer I'un ou I'autre alternativement, selon les circonstances.

Au surplus, cette double etude n'entraine aucune complication. II faut toujours commencer par le cor simple, et y acquerir vine bonne embouchure, une -belle sonorite Tranche, a la iois vioouieuse et onctueuse, puis y faire I'etude des sons bouches. Ensuite on passera au cor a pistons, qui paraitra relativement aise, et en fin on arrivera a s'exercer tantot sur I'un, tantot sur Tautre, et a les posseder egalement tous les deux.

On peut commencer a travailler ce bel instrument des I'age de quatorze ou quinze ans, si Ton a la poitrine assez forte; mais on peut aussi s'y mettre beaucoup plus tard, a pen pres a n'importe quel age, sans inconvenient tres marque.

Le temps d'etude pour chaque jour doit etre fractionne en seances d'une demi-heure au debut, et dune heure au plus quand on est sufiisamment entraine. Huit seances d'une demi-heure chacune sont ce qu'il y a de mieux, en ayant soin toutefois de les

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ecourter ou d'en supprimer quelques-unes s'il apparaissalt cles symptomes de fatigue, coinme nous I'avons precedemment etabll d'une facon generale.

II en est de la Trompette comme du cor; le meme nom designe deux instruments : la trompette simple et la trompette a pistons ou chromatique.

Le principe de la trompette simple est le meme que celui du cor; mais comme on n'y fait pas usage de sons bouches, son echelle se trouve reduite aux seuls sons naturels, une dizaine de sons environ, ce qui est vraiment pen. Neanmoins, par son eclat et sa puissance, c'est un magniiique instrument, dun caractcre heroique et heraldique.

Pour remedier a I'inconvenient de disposer d'un si petit nombre de sons, les facteurs s'ingenierent de diverses manieres : on essaya d'abord d'une coulisse a ressort, qui, s'allongeant a volonte, abaissait toute I'echelle naturelle dun, deux ou trois demitons; plus tard, un Anglais dont le nom ne nous est pas parvenu imagina d ajouter a la trompette des clefs, comme aux clarinettes ou hautbois, et ses i^echerches pour y parvenir ont ete couronnees de succes; mais il s'est trouve qu'il avait cree ainsi un nouvel instrument dont la qualite de son a pen de rapport avec le son typique de la trompette; « c'etait « une acquisition, mais non un perfectionnement* )). L'inventeur designa sa trompette a clefs sous le nom de horn-bugle. Puis le facteur francais Adolphe

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