Schumann, loco c't
tation z'eves par 1 auteur. C'est alusi que vous arriverez a former votre jugement, et a avoir le droit d'affirmer des admirations et des preferences basees sur autre chose que la mode ou le snobisme du public. A une deuxieme audition, si vous avez la conviction d'avoir bien penetre la pensee de I'auteur et ses procedes, il pourra etre meilleur, au contraire, de venir au theatre sans la partition, et de vous laisser empoigner par Taction. Apres I'analyse, I'emotion. — On pent preconiser I'ordre inverse : s'exposer d'aborda subir I'emotion, et ensuite en recliercher les causes. C'est peut-etre affaire de temperament; vous pouvez en essayer. Je prefere proceder comme je I'ai dit, parce qu'il n'en est pas dans le drame lyrique, ou dans Topera, meme dans lopera-comique, comme dans I'operette ou dans la feerie, oil la surprise et I'inattendu jouent un role important. Une grande oeuvre musicale vraiment belle produit autant d'impression a la dixieme audition qu'a la premiere, quelquefois plus (c'esf meme la la marque des vrais chefs-d'oeuvre), et consequemment il n'y a pas a faire entrer cet element de I'imprevu en ligne de conipte pour sa saine appreciation, a plus forte raison pour I'analyse a titre d'etude dont nous parlous ici.
Les plus difficiles conviendront que notre plan d'etudes du compositeur, s'il a pu un instant leur apparaitre comme plus charge qu'ils ne s'y attendaient, n'est vraiment pas trop penible, et comporte certains bons moments, car, en fin de compte, I'obligation d allcr souvent au theatre ou au concert, meme
avec les moyens de s'y interesser plus intelligeniment que le commun des mortels, ferait envie a bien des etudiants, quelle que soit leur branche d'etude, et n'apparaitra a personne comme une exigence bier cruelle.
II en est de meme d'une petite erudition aussi facile que necessaire a acquerir, comme complement meme de ces auditions instnictives : c'est celle de Yhistoire de la musique. Entendre un auteur et ne pas savoir a quelle epoque il vivait, ni quel homme c'etait, ni a quelle ecole il se rattaclie, ni quelles sont ses principales productions, c'est s'exposer ;i des meprises regrettables, ridicules meme vis-a-vis de soi-meme, et de nature a fausser tout jugement equitable.
Or, en quelques soirees consacrees a la lecture de quelques ouvrages bien ecrits sur ce sujet, de quelques memoires ou recueils de biographies d'artistes celebres, on arrivera rapidement a posseder cette connaissance ou a la completer, si on a eu deja, dans des etudes anterieures, I'occasion de I'effleurer. J'ai dit avec intention quelques ouvxages, et non pas un ouvrage, parce que, pour la plupart, ils sont entaches de partialite ou d'inexactitudes , et qu'en en lisant plusieurs, ils se serviront de correctifs les uns aux autres.
Maintenant je veux parler d'un tout autre genre d'etude, plein d'attrait, lui aussi, parce qu'il est, de sa nature meme, tres varie, et parce qu'il n'est que superficiel, contrairement a tons ceux dont nous avons eu a parler jusqu'ici; aussi parce qu'il est uu
acheminement vers I'etude, seduisante entie toutes, de I'orcliesl ration, dont le tour viendra bientot. II s'agit ici d'acquerir une connaissance simplement sommaire du maniement d'un des instruments appartenant a chacun des trois groupes principaux de Forchestre : les cordes, les bois, les cuivres. Celiii qui saura, pendant le temps que durent ses etudes d'harmonie, de contrepolnt et de fugue, trouver /</?r' lieiive par jour pour etudier, la premiere annee un instrument a cordes, la deuxieme annee un instrument a vent en bois, et la troisieme un instrument en cuivre , quitte a les abandonner totalement I'un apres I'autre, n'aura presque plus rien a apprendre en matiere d'instrumentation; il aura acquis, par ce fait seul, une maitrise incomparable, car, par chaque instrument qu'il aura ainsi pratique, il connaitra tres suffisamment ceux de la meme famille, et, par la reunion des trois, la totalite de I'orchestre. Et, je le repete, une heure par jour pendant trois ans suffit pour realiser cet ideal qui parait prodigieux : posseder la connaissance de tons les organes de I'orchestre !
Qu'on choisisse, dans chaque groupe, un instrument ou un autre, me semble a peu pres indifferent; pourtant, de preference, je prendrais le violoncelle, la clarinette et le cor. Le violoncelle, parce qu'il me parait un peu moins irritant pour les nerfs que le violon dans les premiers mois d'etude, oil necessairement on joue un peu faux; la clarinette, a cause de ses divers registres si bien tranches; le cor, parce que c'est sans contredit le plus noble de la famille,
et aussi a cause des sons bouches qui lui sont speciaux. Si on trouve plus aisement des professeurs pour le violon, la flute et la tiompette, je n'y voi& pas grand inconvenient, mais les voisins seront un peu plus a plaindre.
II Taut que le professeur comprenne bien ce que nous cherchons, et qu'il donne la lecon tout autrement que lorsqu'il s'agit de former un virtuose; que ce qu on lui demande est beaucoup moins d'apprendre a jouer de I'instrument que d'expliquer comment on en joue; et surtout de tenir conipte qu'en raison du programme general d'etudes qu'on a adopte, on ne pent consacrer a cela qu'une annee environ.
En un an de violon ou de violoncelle, un eleve a I'intelligence ouverte pent aisement arriver a connaitre : le doigte des gamnies et des arpeges usuels,. celui des accords en doubles, triples et quadruples cordes, la facon de produire les sons harmoniques naturels et artificiels, et par-dessus tout, ce qui a le plus d'importance, les efFets divert qui resultent de la variete des coups d'archet. Tout cela, il l"; xccutera gaucbement, maladroitement, mais peu importe, il saura distinguer ce qui est possible, facile, difficile ou impossible; c'est tout ce qu'il lui faut. En un an de clarinette, il pourra arriver a attraper Tembouchure, a connaitre la tablature et les divers doigtes de toutes les notes, le timbre des trois registres et les formes de traits les plus familieres. En un an de cor simple, il saura comment se produisent les sons naturels et les sons bouches, et la encore, s'il n'arrive a les faire sortir que difficilement et en y met-
tant beaucoup de temps, il se rendra un compte exact du fonctionnement des instruments de cuivre et de ce qu'on pent leur demander. Quelques leoons pourront etre consacrees au cor a pistons, comme complement.
Tout cela pent se laire aisement pendant le courant des etudes de contrepoint et de fugue, car elles sont moins envahissantes que celle de I'liarmonie ; au lieu de quatre heures par jour, il en suflira de deux bien employees ; c'est ici surtout qu'il convient d'appliquer I'adage latin : Festina lente, hate-toi lentement.
Done, I'une des deux lieures reprises sur le travail ecrit pourra etre utilisee a cette etude sommaire des instruments. II nous en reste une; qu'allozis-nous en faire? L'emploi le plus interessant pour celui qui s'est deja initio par la lecture a I'liistoire de la musique : prendre un auteur quelcouque, selon ses propres sympathies, et en dechiffrer toutes les oeuvres qu'on pourra se procurer, chronologiquement, en commencant par la premiere, de facon a le suivre pas a pas, a le voir se developper comme on tente de se developper soi-meme. Apres celui-la, un autre, puis d'autres, tant qu'on voudra, en relisant pendant ce temps, si c'est possible, leurs biographies (il y en a qui ont laisse des autobiographies, des memoires) et en tachant de se rendre compte de I'epoque a laquelle a ete ecrite telle ou telle oeuvre, sous quelle influence, etc.
Ici, comme partout, I'etude des grands classiques est toujours la mfeilleurej la plus importante, et doit
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passer en premiei'; mais cela ne veut pas dire qu'on dolve negllger les modernes et les contcmporalns : ce serait une grosse faute, une veritable laciine dans Teducation. Dans rimpossibilite matericllc, faute de temps, de les etudier tous I'lin apres I'autre, il vaut mienx en choisir qnelques-uns, ceux vers lesquels on se sent le plus attire, et en faire la connaissance intime, que s'eparpiller en papillonnant sur un grand nombre. -
Pour avoir reellement la connaissance intime et complete d'un auteur, il faudrait le lire Iroi's fois avec une attention toujours soutenue : \di premiere fois, d'un bout a I'autre, de son commencement a sa fin, dans I'ordre oil les oeuvres se sont produites; la deuxieme, par categories d'oeuvres : symphoniques, theatrales, religieuses, vocales, instrnmentales,... toujours chronologiquement dans chaque categoric; la troisieme, en ne s'attachant plus qu'aux points culminants, aux grands chefs-d'oeuvre, et en les soumettant a une~ etude approfondie.
Un tel procede d'investigation, si on voulait I'appliquer a Bach, a Haydn ou a BeethovCn, pourrait absorber la vie d'un homme. Nous I'indiquons sans le conseiller, car il serait vraiment trop envahissant, et seulement pour faire comprendre comment peuvent etre conduites des etudes moins approfondies, tout en conservant pour base le meme principe methodique, ou s'attaquant a des producteurs moins prolifiques.
Nous entendons surtout dire par cela qu'on ne peut vraiment avoir la conviction de connaitre a fond
uii homme de genie que si I'on a suivi la marche de son developpement et etudie jiisque dans leurs moindres details ses oeuvres maitresses.
C'est en lisant ainsi beaucoup de bonne musique, et en apportant dans cette lecture I'esprit d'analyse et d'observation, qu'on arrivera le plus sLuement a se penetrer de I'lmportance de la forme, comme aussi a connaitre les formes niusicales, la coupe et les proportions normales a donner a une 0:?uvre de genre quelconque, telles que les grands maitres classiques ou romantiques les ont etablies, soit a I'aide de longs latonnements, soit par les puissantes deductions de leur logique geniale. On observera que ces formes, qui varient dans de larges liniites selon les epoques, les ecoles, les styles, et aussi selon la fantaisie de chaque compositeur, laquelle ne perd jamais ses droits, ont toutcs une partie ferme, fixe et immuable, qui leur est caracteristique, et a cote de cela, une souplesse et une elasticite dans les proportions qui leur enleve toute rigidite pedagogique et laisse Timagination s'exercer llbrement.
L'art des formes, qui a une importance considerable en matiere de composition, c'est l'art des proportions harmonieuses, c'est Vharmonic des formes, telle qu'on la comprend en architecture.
Son importance se fait sentir dans tons les details comme sur I'ensemble, depuis la structure dun simple motif jusqu'aux grandes divisions d'un ouvrage de longue haleine. « Ce n'est pas le caprice d'un « compositeur qui a etabli les difPerentes formes et les « exigences esthetiques : c'est ainsi que vous ne pour-
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« rez pas changer les formes de la senate sans faire « alors simplement de la fantaisie, quelque chose qui « ne sera ni une symphonic, ni line sonate, ni un con- « certo. L'architecture, dans ses lois elementaires, est « I'art qui se rapproche le plus de la musique ; peut-on « se representer une maison,une eglise ou un edifice « quelconque sans une forme arretee? Peut-on ima- « giner un edifice dont la facade serait d'une eglise, (( dont une autre face serait d'un pavilion, et les cotes « d'une gare ou d'une usine^? »
Une oeuvre musicale ne pent pas plus se passer de logique dans ses dimensions et dans son equilibre, qu'un discours ou une oeuvre poetique. Les poetes out leurs formes : le sonnet, le madrigal, la ballade, I'ode, la meditation, les stances, strophes, couplets, etc., sont autant de formes poetiques. Les musiciens out les leurs, qu il n'v a pas lieu d'enumerer ici au complet, mais dans lesquelles on reconnait comme principales et typiques : la melodie, la romance, I'air, le lied, le glee, la chanson, la canzonetta, le recitatif; la fugue, la symphonic, la sonate, le concerto (ces trois dernieres proches parentes), I'ouverture, les marches de divers caracteres, les airs de danse ou de ballet, etc. Sans la forme, I'oeuvre manque d'homogeneite ; le genie doit savoir s'y asservir; c'est au talent qu'il appartient dc I'y contraindre, tout en y introduisant I'autre element indispensable, la variete.
c( La variete dans I'unite, » c'est la lormule de