‹ L'éducation musicaleChapitre 65 sur 114 · Victor Hug-o · texte numérisé non relu

Victor Hug-o

Or done, lorsque le temps sera arrive on Ton aura ete capable d'ecrire d'une facoii satisTalsante une fugue a quatre parlies, on pourra, tout en continuant a pratiquer cet admirable exercice, commencer a s'occuper un peu d'instrumentation et d'orchestration, ce qui constitue un nouveau chevauchement dans les etudes, et consequemment fait gagner du temps.

Pour beaucoup, les deux mots : instrumentation et orchestration, sont synonymes. II y a pourtant une nuance : I'instrumentation a proprement parler, c'est la connaissance personnelle de chaque instrument considere individuellement, c"est-a-dire de tout ce qu'on pent lui demander et de tons les efFets qu'on en pent obtenir; Torchestration, c'est I'art de les grouper, de jouer avec eux, d'obtenir par leurs inepuisables combinaisons des timbres variant a I'infini, de les melanger entre eux comme le peintre melange les couleurs de sa palette.

L'instrumentation est une science: I'orchestration est un art.

Comment apprend-on l'instrumentation? D'abora dans les traites speciaux, puis en lisant des methodes d'instruments, surtout en mettant la main a la pate et ens'essayant a jouer de quelques-uns d'entre eux : beaucoup aussi en lisant des clioses bien ecrites, et en observant comment les maitres les plus savants en la matiere out traite chaque organe de I'orchestre, les effets speciaux qu'ils lui ont demandes, la nature et la forme des traits qui lui sont faciles ou plus familiers. Comme toutes les sciences, elle s'acquiert par la lecture, I'observation et I'expcrimentation.

Comment apprend-on a orchestrer? En orchestrant.

« L'orchestration d'un morceau musical est comme « la peinture d'un tableau; la combinaison des instru- « ments est comme le melange des couleurs selon le « coloris qu'on veut obtenir. Et de plus, il y a aussi « Jans I'instrumentation la lumiere et rombre*. «

L'exerelce le plus simple consiste a prendre une Isonne reduction au piano, a deux ou a quatre mains, dune ouverture ou d'un fragment de symphonic, d'aller I'entendre exccuter par 1 orchestre, en observant de son mieux, en notant au vol, par les veux comme par les oreilles, a quels instruments I'auteur a confie tel ou tel passage, phrase de chant, trait, etc., et de tenter ensuite de reorchestrer ce mcme morceau de la meme maniere. Quand ce travail sera termine et qu'on le confrontera avec la partition originale, on eprouvera un prodigleux etonnement. Cela ne lui ressemblera en rien. Alors, en comparant les deux textes, celui de I'auteur et le sien, note par note, partie par partie, en recherchant dans tous les plus petits details la cause de la superiorlte de celui-ci sur celui-la (remarquez que j'ai la politesse de ne pas dire lequel!), on se donnera a soi-meme et tout seul la meilleure et la plus profitable des lecons d'orchestration.

Apres avoir renouvele plusieurs fois cette experience et etre arrive a une reconstitution a peu pres satisfaisante, on pourra, on devra meme augmen-

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