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Rubinstain, loco cit

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ter la difTiciilte en supprimant I'auclition prealal)le a I'orchestre et en cherchant a deviner, sans autre guide que le sentiment musical, les timbres que I'auteur a du desirer. Et toujours on comparera avee la partition.

L'exercice inverse peut aussi etre recommande : prendre une partition d'orchestre, et en faire une reduction fidele et respectueuse pour piano a deux ou a quatre mains, ou pour deux pianos, ou meme pour un petit nombre d'instruments choisis ad Itoc ; ce travail de transcription, analogue a celui du graveur qui reproduit un tableau, et qui, ne pouvant en rendre les couleurs, en fait neanmoins deviner les nuances par des valeurs relatives, oblige I'eleve a fouiller a fond I'orchestration, dont aucun detail ne peut lui echapper. C'est done tres instructif.

C'est une des rares branches du savoir musical que Ton puisse etudier seul, par Tobservation et la comparaison. Cela n'empeche pas que, si Ton peut avoir les conseils d'un compositeur de talent, expert en la matiere, on devra les rechercher avec le plus grand empressement.

II existe aussi des traites d'orchestration, et Ton devra d'autant plus les lire, qu'ils sont presque toujours ecrits par des hommes d'une competence indiscutable. On y apprendra la theorie de Torchestration, on v verra analyses et expliques les procedes employes par les maitres, et cette lecture completera I'instruction deja acquise par de frequentes auditions svmphoniques. C'est maintenant plus que jamais qu'il ne faut pas aller au concert sans etre muni

d'autant cle pai'tltions qu'on en peut porter avec I'aide cle qiielques amis devoues; car a present qu'on a subi toutes les Initiations, II n'y a plus de raison pour que rien vous demeure cache. Et si Ton comprend tout, tout devient sujet d'etude.

La lecon ideale, pourcet art si subtil et si delicat, veritable coloris de la musique, ce serait de pouvoir entendre ses propres cssais dans une salle de concert, afin de juger de TefFet par soi-meme, comme le peintre qui se recule pour voir son tableau. Quelques amateurs richissimes, ou quelques rares jeunes artistes blen servis par leurs relations avec un chef d'orchestre, peuvent seuls se payer ce luxe oriental ou obtenir de loin en loin une telle faveur ; la palette de couleurs vivantes qu'est un orchestre symphonique ne coute pas bon marche. Pourtant, on arrive a orchestrer convenablement, sinon encore savamment et avec toute la delicatesse desirable, avec de I'esprit d'observation et en multipliant les occasions d'assister non seuleinent a des executions, mals peut-etre encore plus a des repetitions partielles, oil un chef habile fait repeter isolement les divers groupes avant de les reunir, dissequant ainsi, pour ainsi dire, la partition. II est nieme encore plus avantageux, pour acquerlr la pratique, de penetrer personnellenient dans le sein de I'orchestre et d'en faire partie ; 11 est rare qu'un musicien d'orchestre, ne conslderant pas trop ses fonctions comme un metier, ne devlenne pas, par simple routine, capable d'orchestrer lul-meme dune facon parfaltement logique. Si done on possede sufiisamment le meca-

nisme d'un instrument, on dcvra considerer comnie tres instruclif de tenir sa purtie, fiit-ce a titre d' amateur surnumeraire, dans un bon orchestre de concert ou de theatre ; on y apprendra meme des ficelles et des tours de main, des trues, que ni traites ni professeurs ne peuvent enseigner ; et si un jour on est appele a conduire soi-meme un orchestre, on appreciera vivement d'avoir appris a obeir avant d'avoir a commander.

L'emploi de timbalier, pour etre bien tenu, exige un musicien consomme, ainsi que tons ceux de la batterie (c'est ainsi qu'on appelle le groupe des instruments a percussion : timbales, grosse caisse, cymbales, tambour, triangle), en raison de la responsabilite qui leur incombe. Un coup de timbale donne mal a propos peut mettre tout I'orchestre en desarroi. Tous ces instruments a percussion s'apprennent en un laps de temps de quelques jours ou quelques minutes; si done on nest pas suffisamment habile sur le violon ou le hautbois, on peut toujours briguer un de ces postes de confiance, et etre certain de voir sa candidature bien accueillie par tout directeur d'orchestre, si on se presente a lui avec le titre d'harmoniste et de fuguiste. J'etonnerais beaucoup de gens en citant ici tous les grands compositeurs qui ont tenu pendant bien des annees des emplois de timbaliers, seulement a la Societe des Concerts et dans les grands theatres de Paris, et leur ont du en partie le developpement de leur talent dans Tart de I'instrumentation et de I'orchestration.

C'est aussi par la participation aiix executions symphoniques qu'on apprend le mieiix I'art de dirlger, de t'oramuniquer sa volonte et de se faire comprendre par des gestes presque imperceptibles ; il pent se presenter tel cas oil le chef, solt pour aller juger d'un effet au fond de la salle, soit pour faire repeter des groupes isolement, sera dispose a ceder un instant sa baguette a un membre dc Torchestre qu'il considere comme un solide musicien. II faut saisir de telles occasions avec le plus grand empressemenl, comme aussi celles de diriger des auditions intinies de chceurs d'amateurs on de petits orchestras. En un mot, ne jamais laisser echapper une occasion de raettre la main a la pate, et faire, de facon on d'autre, acte de musicien.

Et la composition? me dira-t-on, il n'en a pas encore ete question. Quand en parlerons-nous ?

Nous n'en parlerons jamais, si vous le voulez Men, parce que c'est absolument inutile apres ce que nous avons dit.

Si celui qui aura fait, selon notre conseil, de solides etudes litteraires, scientifiques et philosophiques; qui se sera livre a la lecture serieuse de poetes et de prosateurs, aura frequente les musees, y apprenant a admirer peintres, sculpteurs et architectes; qui aura vccu dans un milieu intellectuel et artistique; qui aura voyage, vu et etudie les beautes de la nature et les civilisations de divers pays; qui <>ura etudie I'histoire, la mythologie, quelque peu le latin, I'acoustique et Thistoire de la musique; celui

qui aura pousse a fond les etudes de solfege, piano, harmonic, contrepoint, fugue, lecture de partition^ analyse musicale, orchestration, ebauche celles du violoncelle, de la clarinette et du cor; qui aura assiste intelligemmeut a beaucoup de concerts, de representations theatrales lyriques et dramatiques ; qui se sera nourri de la seve des maitres,... si celui-la, disje, n'est pas encore mur pour faire de la composition, c'est qu'il manquait reellement d'aptitudes, et il fera bien d'y renoncer. Mais qu'allait-il done faire dans cette galere?

Ce n'est pas ainsi qu'il en sera, et on n'a pas a le craindre. Voici, au contraire, ce qui se sera tres probablement passe, sans que j'aie eu, ni aucun autre, besoin de le conseiller. A pen pres des le debut desetudes, si ce n'est avant, le jeune homme aura ete pris du iracasson de composer, et il aura compose, peut-ccre meme en cachette, s'il est d'uue nature timide, ou en montrant ses essais a ses maitres, ce en quoi il aurait eu grandement raison. En effet, ces premiers essais, quels qu'ils soient, doivent toujours etre encourages, a la condition qu'ils ne consistent qu'en pieces de courte duree, de I'importance dun menuet, d'une romance sans paroles ou d'une petite melodic sur un texte poetique, d'un motet, et qu'ils n'empietent pas sur le temps normalement consacre aux etudes, qui doivent passer avant tout.

De plus, ces essais, il faut les dater et les conserver, afin qu'ils puissent servir de type de comparaison, plus tard, pour la constatation des progres et du developpement intellectuel. Et il faut continuer

ainsi, pendant toute la cluree cles travaux cFhai'monie, de fugue et d'orchestration, a produire de petites pieces breves et suns pretention, cela tant qu'on le voudra, pourvu que cela ne porte en rien atteinte aux etudes quotidiennes regulieres, et que cela ne leur enleve pas un instant.

On pent aussi prendre les huit ou dix premieres mesures d'une oeuvre de maitre, et s'exercer a les developper sans en alterer le caractere, et en conservant le plus possible, dans tout le morceau, le style et Tallure du debut. C'est un tres bon exercice, amusant et instructif, qui pent etre varie de bien des manieres, faciles a imaofiner. Puis 11 arrivera enfin un moment oil, ayant acquis tout son outillage piece par piece, ayant appris de plus, par la lecture assidue des grands maitres, la forme et la structure d'une sonate, d'une symphonic, d'un oratorio,... qui sont des formes classlcjues, comme aussi les formes plus modernes de I'opera, de la tragedie lyrique, du poeme symphonique,... on se sentira arme pour se lancer dans le domaine de la grande composition et y voler de ses propres ailes, en inventant a son tour. En ce jour trois fois heureux, la composition deviendra la seule et unique etude, dans laquelle se confondront toutes les autres, ainsi que toutes les connaissances annexes laborieusement, mais combien agreablement, acquises; il n'y aura plus de raisons pour se limiter a de petits ouvrages d'envergure mcsquine; on pourra au contraire elargir son cadre de jour en jour, se livrer a son inspiration (toujours SI on en a) et a tons ses caprices, certain que le

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talent est la pour la iiiaintenir, s'il y a lieu, dans ses ecarts, ses debordements illicltes, et la faire rentrer dans le droit chemin en lui parlant le Iangage de la raison. On aura ce sentiment heureux qu'on a conquis la maitrise de son art, qu'on en a penetre tons Ics procedes, qu'aucun de ses secrets ne vous est plus cache, qua present toutes les audaccs vous sont permises. A ce sentiment se melera souvent un autre sentiment non moins noble, encore plus eleve et surtout plus fertile : c'est que, lors~ qu'on sail tout, on nc sail rien encore, que tout cela n'etait qu'un preambule, et que ce n'est qu'a partir du jour ou tous les materiaux sont reunis a pied d'ojuvre, classes, numerotes et etiquetes, que I'edifice commence a s'elever et sortir de terre.

C'est done ici que commencent les veritables etudes du compositeur, et c'est ici aussi que nous devons I'abandonner, puisqu'il a desormais en main tout ce qu'il lui faut pour devenir son propre et unique maitre. A lui seul appartient dorenavant de decider dans quel sens il devra orienter les rameaux de I'arbre dont nous Tavons aide a implanter solidement les racines, de choisir I'ecole sous la banniere de laquelle il lui sera doux de se ranger (car il faut toujours appartenir a une ecole ou au moins s'y rattacher avant de songer a devenir chef d'ecole soini(ime !), de juger quelles sont, parmi les bases de son erudition, celles qui manquent de solidite et qu'il convient d'etayer ou de reprendre en sousoeuvre.

Comme un veritable Juif-Errant, il aura toujours

a marcher X'ers la connaissance du Beau, toiijours a etudier et toiijours a chercher. Mais les conditions sent chanof es, et ici il ne lui serait plus guere possible d'assi^ner pour lui-menie ct pour chaque jour, comnic autrefois, uneheure precise et invariable a chaque nature de travail. L'idee est capricieuse, il faut la jMcndre quand elle vent l>ien venir. Un jour, on no lera rien ; le lendemain, on travaillera toute la join nee. On aura de longues periodes sans i'ombre d inspiration, puis tout a coup les idees bouillonnei i>nt... C'est du moins ce qu'on a toujours entendu tin ^' !

CertainoFiient il y a une part de vrai la dedans : on n'est pas toujours egalement dispose a composer; mais cela ii est entlerement et rio()ui(Hisement vrai

que pour les esprits paresseux et nouchalants; les autres savcnt se secouer, solliciter Tinspiration et la forcer \\ venir collaborer avec eux quand cela leur plait. Ah! par exemple, lorsqu'on la tient, la matine, il ne faut i»as la laisser echapper, il faut la saisir auxcheveux, s'enfernier avec elle, interdire sa porte a ses meiiieurs amis, et I'obliger a vider son sac jusques au fond. Ce qui prouve blen, j'y reviens, qu'on pent obliger sa muse a rendre ses vidtes a heures fixi^s, c'est que — le fait est notoire — beaucoup de glands artistes ont leurs heures de predilection pour composer, qui, le »lus souvent, leur sont imposees par les exigences de leur vie, aassi bien que par leurs conditions d'habitation; les uns sont du matin, les autres du soil', comma d'ailleurs presque tous les travailleurs de la pensee; il y en

u pcu de rapres-micli; chacun d'ailleurs a sa maniere de travailler.

Haydn etait tres matinal, et pourtant il ne travaillait jamais qn'en grande toilette, semblable en cela a Buffon ; il commencait par se raser soigneusement, se poudrait, et se passait au doigt une certaine bague, un saphir, je crois, entoure de brillants, que lui avait doiine le grand Frederic, a moins que ce ne soit le prince Esterhazy; cela fait, il s'enfermait dans une piece silencieuse, et ecrivait pendant plusieurs heures consecutives, cinq ou six, sans discontinuer.

Mozart, le doux et pieux Mozart, etait parfois moins precieux. et composait un peu partout, et dans toutes les conditions : « Lorsque je me trouve « bien dispose, de bonne humeur, livre tout a fait a « moi-meme; lorsque je suis seul et que j'ai Tame « calme et satisfaite; que, par exemple, je suis en « voyage dans une bonne voiture, ou que je me pro- « mene a pied apres un bon repas, ou que, la nuit, je « me suis couche sans avoir sommeil, c'est alors que (( les idees me viennent et qu'elles s'ofFrent en foule « a mon esprit. Celles qui me plaisent, je les retiens, <( et meme je les fredonne, comme d'autres m'ont dit « du moins. Dire d'oii elles me viennent et comment (c elles arrivent, cela me parait impossible; ce qui « est certain, c'est que je ne les fais pas venir quand « je veux\ » Elles venaient heureusement assez souvent sans cela, et le poursuivaient jusque dans

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