‹ L'éducation musicaleChapitre 3 sur 46 · ELLE CALME ET ELLE EXCITE · texte numérisé non relu

ELLE CALME ET ELLE EXCITE

Le rôle de la musique doit donc, si on s’en pénètre bien, tenir une très grande place dans l’éducation. L’éducation, c’est par quoi on forme l’esprit, l’âme de l'enfant : l’enfant, plus tard, qui, grandi, tiendra sa place dans la société humaine, où la musique joue un tel rôle. Que dis-je? Mais Tentant déjà ne fait-il pas partie de cette société?

Oh! tranquillisez-vous, je ne vais pas rééditer les vers du poète et prétendre que tout est pour le mieux dans la vie de l’enfant. Car, entre nous,

— et ceci tout bas — l’enfant est. capricieux,

têtu, volontaire, mais d’une volonté sans règle; il est accessible, sinon à l’orgueil, du moins à la

vanité; l’enfant est souvent.méchant. Ce n’est

pas vrai ? Et pour les petits enfants aussi bien que pour les grands.

Voyez donc par là ce que doivent supporter, ce que doivent faire ceux qui vous entourent. Eh bien! régler tout cela, harmoniser, dironsnous, en accords ingénieux toutes ces dissonances; organiser, en un mot, la vie de l’enfant, c’est cela qui est l’éducation. Et, en organisant la vie de l’enfant, c’est la future vie de l’homme que Ton prépare. Votre éducation, enfants, doit donc dépendre tout autant de vous-mêmes, de votre volonté d’abord, de votre application, que des* soins des parents et des maîtres.

l’éducation musicale

Or, regardez comment la musique va nous aider là-dedans.

C’est saint Paul, je crois, qui, dans une de ses admirables épîtres, conseille précisément l’usage de la musique à la fois dans la bonne et la mauvaise humeur : dans le premier cas, elle est une expansion toute naturelle; dans le second, elle aide à vaincre la mélancolie.

On se rappelle suffisamment l’histoire de David calmant par le doux son de son kinnor les transports frénétiques de Saül.

Tout près de nous, il s’est passé à Paris un» fait bien curieux de cette puissance de la musique* et on peut en ajouter le récit aux faits analogues, plus ou moins vrais, que nous ont racontés les anciens.

C’était, dans un théâtre de musique, l’exécution d’un drame lyrique, l’après-midi d’un jeudi de mars 1909. Tout à coup, un bruit effroyable retentit : le tonnerre, un coup de tonnerre formidable, rare en cette saison, accompagné d’un éclair terrifiant et d’une chute de grêle intense. Plusieurs assistants, pris de panique, croient à l’explosion d’un moteur et à l’incendie; la moitié de la salle cherche à sortir : on se presse, on se foule aux pieds. En vain le commissaire de police de service, de sa loge, cherche à rassurer les spectateurs éperdus : la représentation était arrêtée lorsque le chef d’orchestre, se souvenant à propos des vieilles légendes musicales, ordonne à ses instrumentistes d’attaquer la Marseillaise.

L’effet fut magique : à la deuxième mesure, les fuyards s’arrêtaient; à la quatrième, ils se calmaient. La phrase n’était pas finie que chacun avait regagné sa place. On prétend — à tort — que certaines personnes s’excusèrent près de leurs voisins d’être sorties si rapidement : « J’avais

totalement oublié une certaine commission à faire à l’ouvreuse! »

Je pourrais aussi bien raconter comment, il y a quelques années, au moment des manifestations antireligieuses faites dans les églises, les catholiques, dans une paroisse de Paris, étaient, à certain office, sur le qui-vive, et plutôt timorés et timides, anxieux de savoir s’il n’y avait pas au milieu d’eux des faux frères. La meilleure partie regardait d’un œil distrait la distance qui les séparait de la porte au cas d’une attaque soudaine. Le maître de chapelle fit alors entonner un cantique que je ne recommande certes pas comme modèle de chant religieux, mais il était de circonstance et sonnait comme une marche militaire menant des soldats au feu : Je suis chrétien. Au second couplet, l’assistance suivait la maîtrise, électrisée, et, lorsqu’après un instant de silence, l’attaque qu’on craignait eut lieu, nos moutons étaient devenus des lions. L’église, je vous prie de le croire, ne fut pas longue à ctre déblayée, et les assaillants n’eurent plus aucune envie de recommencer.

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