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C’est alors que vont être utiles les cours complémentaires, que nous pouvons répartir sous deux rubriques : exercices d'ensemble , étude de l'histoire musicale.

Et d’abord, que l’on comprenne bien l’importance des exercices d’ensemble. Ils ont à la fois un résultat technique , musicalement parlant, et un résultat moral. La musique d’ensemble forme à la discipline, la musique en solo pousse à une virtuosité souvent vaine, et chatouille agréablement l’amour-propre. On peut parfois dissimuler certains défauts avec l’exécution en solo : avec un ensemble, on est forcé d’aller en mesure et de suivre les nuances de mouvement ou d’expression. L’exercice d’ensemble oblige à s’effacer, à rentrer dans le rang. Ainsi, voyez comme se confirme ce que nous venons de voir touchant le résultat moral d’un cours d’ensemble bien fait. Il faut que chacun y accepte patiemment la direction et les observations du chef sans prendre prétexte de s’en offusquer, sans chercher à se mettre en avant.

Donc, pratiquons la musique d’ensemble. A ces points de vue plus utilitaires, ajoutons que la musique d’ensemble seule nous ouvre l’accès de tant d’œuvres musicales qui resteraient autrement en grande partie lettre morte : combien de trios, de quatuors (vocaux ou instrumentaux), d’œuvres chorales, dont nous serions privés? Il y a là un moyen remarquable d’initiation dans l’art.

Et c’est justement pourquoi je serais heureux de voir tant de personnes musiciennes se livrer plus qu’elles ne le font à l’étude du chant, à l’étude

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d’un instrument autre que le violon ou le piano. Pourquoi n’étudie-t-on pas plus les autres instruments du quatuor à cordes: alto et violoncelle? Pourquoi pas plus la flûte ou le hautbois? Serait-ce parce que ces instruments sont un peu moins faciles? Ne serait-ce pas plutôt parce qu’ils paraissent offrir à ceux qui les jouent une moins belle occasion de briller?

Je crois, au fond, que cela vient d’une seule chose : on cherche trop dans la musique un art de vain agrément. On veut de la musique pour se distraire, pour s’amuser, et l’on ne sait pas que la musique, tout comme la littérature, exprime de fortes pensées.

Est-ce qu’on aime la littérature pour les monologues comiques ou quelques sonnets fadasses? Aime-t-on le dessin et la peinture pour la caricature ou les charges humoristiques? N’aime-t-on ces deux arts que parce qu’ils flattent plus ou moins agréablement notre œil ou notre entendement? Non, n’est-ce pas. Or, dans la musique, comme l’a fait remarquer un excellent écrivain, Bach et Beethoven, les chantres grégoriens et les anciens musiciens populaires, Palestrina ou llændel, Mozart ou Wagner, tiennent exactement la même place que Homère ou Virgile, Shakespeare ou Racine, Corneille ou Victor Hugo dans la littérature ; ou encore qu’un Raphaël, un Michel-Ange, un Rembrandt, dans les arts du dessin.

Retenons-le donc, la musique est un art propre à rendre les plus grandes pensées et à nous émouvoir, non pas en nous faisant vibrer par de brusques rythmes ou des harmonies passionnées, mais par le charme avec lequel elle opère, mais par les sentiments élevés qu’elle doit faire naître en nous. On me rapporte le mot d’une enfant de treize ans qui venait d’assister à une remarquable

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audition d’œuvres des grands maîtres; on lui demandait quelle impression elle en avait rapportée, elle répondit : « Il me semblait être revenue au jour de ma Première Communion. »

A celle-là, la musique parlait comme elle doit parler : elle s’adressait à la partie la plus élevée de 1 être. Et c’est le propre d’une véritable éducation musicale, au sens le plus réel de ce mot, que de rendre apte à goûter ces sentiments. Il faut qu’on apprenne à laisser naître la pensée sous le vêtement sonore, au lieu d’applaudir à de vains exercices de virtuosité, concertos ou morceaux de concours, pour la plupart insipides de forme et ineptes de fond.

La fillette dont je parlais plus haut retrouvait dans la musique le charme et l’émotion de sa Première Communion. C’est qu’aussi bien l’art musical, à un degré bien plus élevé que les autres arts, agit sur nous et nous fait goûter les effets d une véritable union de tous, d’une véritable communion, non pas au sens sacramentel, sans doute, mais dans celui du Symbole : « Je crois en la communion des saints. » Il y a, dans les effluves de l’art musical, une réciprocité de sentiments qui opéré immédiatement son efFet sur tous ceux qui y participent. Et, si nous recherchons pourquoi l’Eglise a fait sa place à la musique dans le culte religieux, il n’y a pas d’autre raison que celle-là : l’effet mystique de la musique religieuse. Que cette simple réflexion nous rende donc difficiles et circonspects sur le choix de la musique à admettre dans l’église.

Or, si la musique crée ainsi un ensemble, une entente, une communion entre ces participants, elle les crée aussi dans toute l’étendue des temps, et non pas seulement entre ceux qui la goûtent actuellement. Notre art a pu revêtir diverses

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formes, au cours des Ages, ou sous le contact de diverses civilisations : c’est A l’éducation musicale de nous rendre aptes à les saisir. L’étude de l’histoire de la musique est donc un complément nécessaire de cette éducation.

Je voyais récemment un programme de cours de jeunes filles; on y annonçait une série de conférences, avec auditions, sur la musique à travers ies âges. Bravo! On donne bien des conférences, des projections, sur l’histoire de la peinture, sur la sculpture ou l’architecture : la musique a bien droit, ce me semble, à être traitée aussi bien — je n’ose pas dire mieux — que ses sœurs. Et ainsi nous connaîtrons et nous admirerons, avec ses multiples sources et ses grands courants, ce fleuve immense qui roule jusqu’à nous et transmettra à la postérité l’apport de tant de civilisations, le résultat de tant de pensées, que l’art moderne aspire à fondre — y parviendra-t-il? — dans les formes les plus complexes auxquelles on soit jamais parvenu.

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