‹ L'éducation nouvelle: études de pédagogie comparée (volume 2)Chapitre 24 sur 43 · MOUVEMENT DU PERSONNEL UNIVERSITAIRE · texte numérisé non relu

MOUVEMENT DU PERSONNEL UNIVERSITAIRE

PIOfESSEOIS

BOfESSEDRS

PllYiT DOCENTBN.

Facultés de théologie

ORDINAl&BS.

■XTRAORDIN.

catholique

Facultés de théologie

protestante

(sensiblement.)

Facultés de droit . .

(sensiblement.)

— de médecine.

— de philoso-

phie

(léghement.)

= État stationnai

pe 4- Augn

tentation —

Diminution.

Partout où ce tableau accuse des diminutions, il s'agit, bien entendu, d'une diminution relative, et non d'une diminution absolue.

Nous avons essayé de dégager les principaux résultats de Tenquête de M. Conrad. Si notre analyse est muette sur les traitements et les honoraires des maîtres, sur la statistique des cours et conférences, sur les chaires de création nouvelle, sur la durée moyenne des études des étudiants de chaque Faculté, sur la proportion des étudiants qui se font inscrire à des cours étrangers à leur branche spéciale d'études, c'est que le travail du professeur de Halle ne nous fournit aucun renseignement sur tous ces points. Le savant calculateur s'effraye du nombre croissant des étudiants, bien qu'il remarque luimême qu'une pareille augmentation s'est déjà produite au commencement de ce siècle. 11 conclut à l'opportunité d'exclure des carrières universitaires les Abiiurienten des Realschulen. Cette solution nous paraît peu libérale. L'auteur est mieux inspiré en appelant l'attention sur la situation exlraordinairement privilégiée des gymnases. Il résulte, en effet, des données statistiques fournies par M. Wiese que plus de la moitié des gymnases en Prusse sont tout à fait isolés, c'est-à-dire que les parents qui veulent donner à leurs enfants une éducation un peu

supérieure à celle des écoles primaires ne trouvent pas d'autres établissements où ils puissent envoyer leurs enfants. Il est clair que, dans ces conditions, la fréquence des gymnases est tout à fait anormale et ne répond pas aux besoins réels des populations. S'ensuit-il que le nombre des élèves des gymnases qui se destinent aux études universitaires se trouve accru? C'est ce qu'il est permis^ de contester, puisqu'un tiers à peine des élèves des gymnases parvient au terme de ses études. On pourrait soutenir tout aussi bien le contraire et se demander si l'encombrement des gymnases, en même temps qu'il est une cause d'affaiblissement pour les études, ne tend pas à diminuer le nombre des bacheliers.

M. Conrad voudrait confiner les classes pauvres dans les écoles élémentaires et les écoles spéciales, et réserver aux classes riches l'accès des gymnases, des Universités, et, par suite, de tous les emplois publics. Ses conclusions sont d'autant plus regrettables qu'elles semblent se déguiser sous un beau zèle pour les intérêts des classes populaires. Il paraît faire un reproche à l'État de dépenser 464 marks pour chaque étudiant des Universités, et 78 ou 80 marks pour chaque élève de gymnase, alors qu'il ne paye que 18 marks l'éducation de l'enfant dans les écoles primaires. Ce raisonnement nous pariât

spécieux. Le total des dépenses publiques est en somme de 78 millions de marks pour les écoles primaires et de 6 millions seulement pour les Universités. Que rÉtat crée et subventionne de nouvelles écoles spéciales, cela nous parait très désirable, mais l'accroissement du nombre des étudiants dans les dernières années n'est pas un motif suffisant pour fermer d'une façon absolue à ceux qui fréquentent les écoles autres que les gymnases, c'està-dire à l'immense majorité de la population, le chemin de l'Université et des bautes fonctions de l'État.

Avec M. Camille Sée, nous changeons de pays et d'idées. Nous avons déjà rendu hommage plus d'une fois à l'intelligent et tenace promoteur de la loi sur l'enseignement secondaire des jeunes filles. Ce nouvel ordre d'enseignement n'est pas encore représenté au Conseil supérieur de l'instruction publique*. Si cette lacune devait être comblée, l'ancien député de Saint-Denis, aujourd'hui conseiller d'État, se trouverait désigné tout naturellement à la confiance des professeurs ou du ministre.

En attendant, M. Camille Sée a voulu rendre un nouveau service à l'institution naissante qui sera l'honneur de sa vie parlementaire. Sous le titre :

Lycées et collèges de jeunes filles (4), il publie une nouvelle édition de son rapport si remarqué, en le faisant suivre de documents nombreux (rapports et discours à la Chambre des députés et au Sénat, décrets, arrêtés, circulaires), et précéder d'une préface où il rappelle l'histoire de la loi qui porte son nom et où il attaque avec vigueur et franchise le plan d'études que le Conseil supérieur a ^élaboré pour en assurer l'exécution.

Nous croyons qu'il n'y a rien à répondre aux arguments que M. Camille Sée fait valoir une fois de plus en faveur de la création nouvelle. Sans doute il y a toujours eu un enseignement secondaire pour les jeunes filles, mais ce n'était pas un enseignement national, garanti par l'État, ayant ses traditions, ses méthodes, son personnel. M. Dupanloup ne disait-il pas lui-même, en 1869 : « L'instruction parmi les femmes est une exception. » Au point de vue politique comme au point de vue pédagogique, la création des collèges de jeunes filles répondait à un réel besoin. Est-ce à dire que les nouveaux collèges auraient dû être des internats, comme le soutient avec opiniâtreté M. Camille Sée? Et faut-il ré-

1. Lycées et Collèges de jeunes filles, documents, rapports et discours avec une préface de M. Camille Sée, conseiller d'État. Paris, Léopold Cerf, éditeur 1884 (in-octavo, 580 pages).

péter avec lui « que rinternat organisé par la puissance publique peut seul donner à la famille entière sécurité » ? Nous sommes de Tavis diamétralement contraire, et lorsque M. Sée ajoute : « C'est Tensemble des rapports, les parents, les amis, les compagnies dont la famille se préoccupe à juste titre au moment de se séparerde la jeune fille», il nous semble que ce passage plaide pour notre cause et que toutes les garanties de relations et de moralité auxquelles il fait allusion se trouveront plutôt réunies dans des institutions privées, convenablement choisies, que dans les établissements de TËtat, ouverts à tout le monde.

M. Camille Sée nous objectera que les faits sont contre nous, que sur les trente lycées et collèges de création nouvelle, dix-huit au moins, sur la demande des municipalités, auront des internats; nous répondrons que nous connaissons parfaitement les raisons financières ou politiques auxquelles les communes ont obéi et que leur détermination nous fait regretter que la loi ait admis Tintèrnat, même facultatif.

Nous n'avons pas mission de défendre ici l'œuvre du Conseil supérieur de l'instruction publique; nous n'approuvons pas dans toutes ses parties le plan d'études qu'il a rédigé pour l'enseignement secondaire des jeunes filles; nous estimons avec M. Ca-

mille Sée qu'il aurait pu davanlage féminiser ces programmes; mais nous nous demandons à quoi servirait d'établir des lycées pour les jeunes filles, si elles ne devaient y trouver une instruction à la fois plus variée et plus solide que dans les couvents ou les pensionnats. C'est ici que se trahit la pensée, peut-être un peu exclusive, qui a inspiré M. Camille Sée lors de la présentation de son projet de loi, et qui explique aussi sa prédilection siogulière pour cette déplorable institution de Tinternat.

M. Camille Sée fait au Conseil supérieur un autre reproche qui semblerait en contradiction avec celuilà même que nous venons de discuter, s'il n'apparaissait jusqu'à l'évidence que, pour l'honorable conseiller d'État, la question d'éducation prime toutes les autres. Les cinq années d'études insliluées par le Conseil, avec adjonction facultative de classes primaires, ne seraient pas suffisantes, selon lui, pour répondre aux besoins du nouvel enseignement. Le Conseil aurait même, sur ce point, violé les dispositions formelles de la loi. Cette critique nous parait empreinte de quelque exagération. Nous lisons bien dans l'excellent travail du rapporteur de la Chambre des députés que la durée du cours pour les lycées de jeunes filles doit être la même que pour les lycées de garçons, mais le texte législatif voté par les

Chambres ne reproduit nulle part cette disposition. Cette réserve faite, nous reconnaissons volontiers que, sans copier littéralement les règlements d'études relatifs aux garçons, il eût été peut-être plus conforme à l'esprit de l'institution nouvelle de mesurer sur une période de temps plus longue les nouveaux programmes.

On le voit, nous ne sommes pas d'accord avec M. Camille Sée sur tous les points. Nous n'applaudissons pas moins à ses généreux efforts, à ses patriotiques intentions: sa cause est la nôtre, mais nous chercherions parfois à la faire triompher par d'autres moyens que ceux qu'il préconise. Ajoutons que la fin de la préface, dont nous n'avons pas encore parlé, est d'un vif intérêt. Elle donne l'énumération des villes qui ont déjà créé des lycées et des collèges de jeunes filles ou qui en projettent la création. La loi, remarque M. Camille Sée, est acceptée par les villes avec une sorte d'unanimité.

Un article très remarquable ' a déjà appelé Tattention de nos lecteurs sur une publication nouvelle du ministère de l'instruction publique, qui a pour titre : Enquêtes relatives à P Enseignement supérieur. Nous n'avons donc plus à louer M. Dumont de son heureuse initiative. L'opinion réclame depuis longtemps d'utiles réformes, et elle se plaint parfois de la lenteur que met à les réaliser l'administration qu'elle juge toute-puissante. Celle-ci cependant s'informe partout des besoins de notre haut enseignement et sur tous les projets dont elle va saisir le Conseil supérieur, consulte préalablement les Facultés compétentes. Elle agit aujourd'hui avec sagesse en publiant les principaux résultats de ces consultations et de ces recherches. C'est pour elle encore le

1. A propos de Venquéle sur le doctorat es sciences médicales j par Qaudier (tome V de la Revue ^ pp. 345 et suiv.).

meilleur moyen de contenir les impatiences les plus légitimes, de prouver qu'elle ne peut ni faire à la fois tout ce qu'il faudrait, ni faire du coup tout ce qu'elle voudrait.

Nous avons sous les yeux les sept premiers fascicules des Enquêtes, Voici leurs titres :

1** Doctorat es sciences médicales (122 pages);

2"* Baccalauréat es sciences restreint (66 pages) ;

3** Régime des écoles de plein exercice et des écoles préparatoires de médecine et de pharmacie (243 pages);

4** Cours libres (200 pages) ;

5"* Discipline dans les Facultés et les Écoles (172 pages);

6° Documents divers (74 pages);

7'' État des études dans les Facultés des sciences et des lettres. Situation matérielle des Facultés des lettres. Bibliothèques universitaires (115 pages).

Nous nous réservons de porter, quand le moment sera venu, un jugement d'ensemble sur ces enquêtes diverses. Pour aujourd'hui nous nous bornerons à extraire de trois de ces fascicules quelques renseignements sur les cours libres^ sur Yétat des études dans les Facultés des sciences et des lettres^ sur les bibliothèques universitaires et sur la situation matérielle des Facultés des lettres.

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