DES ÉCOLES
J'ai supposé des écoles complètes où l'on aurait à souhait tous les maîtres, je n'ai donc parlé que pour les grandes villes. Mais les petites villes, mais les bourgs et les villages
i. Comparer avec la Lettre d'un citoyen zélé qui n*€st ni chirun^ gien ni médecin; 1748 (Édition Garnier, t. IX, p. 213 et suivantes). — Le titre est exactement : Première lettre d*un citoyen zélé qui n'est ni chirurgien nimédeciny A. M. D. M... maître chirurgien, ancien professeur à Saint-Côme, de l'Académie royale des sciences et de l'Académie de chirurgie, où l'on propose un moyen d'apaiser les troubles qui divisent depuis si longtemps la médecine et la chirurgie (avec cette épigraphe : Semper ego auditor tantum?) On lit dans l'édition Garnier, où ce titre est reproduit d'une façon incomplète : « Nous ne savons à qui la lettre est adressée. » Si les éditeurs avaient jugé utile de se reporter au texte original, ils y auraient vu, par l'indication des titres du destinataire, que ce dernier est le chirurgien Morand. Diderot, d'ailleurs, le désigne en toutes lettres dans ce passage : « Pourquoi nos neveux ne pourraient-ils
sont aussi des parties de l'État. Les enfants les plus paurres n'en soiit pas moins les enfants de Ja patrie, c'est de là que Tiennent les artisans, les laboureurs, et les soldats sans lesquels il n'y a ni État ni patrie. D'ailleurs, Dieu voit ayec la même complaisance la chaumière du pauvre et les lambris du riche, et la Proridenee suprême n'a point d'égard à nos petites distinctions de rang et de naissance dans la distribution des talents.
L'expérience a démontré depuis longtemps que c'est l'éducation et les premières habitudes de voir et d'entendre qui distinguent les hommes beaucoup plus que le sang et le nom de leurs pères. Sortons donc de l'enceinte étroite de nos nrars, et étendons nos regards sur cette multitude de sujets dispersés dans les bourgs et les campagnes. Ceux qui en ont approché et qui ont une Ame gémissent de voir tant d'enfants, toujours et en dépit de notre orgueil, nos compatriotes, et nos frères, si négligés, si dénués des secours auxquels ils ont droit comme les autres en raison de leurs besoins, et plus que les autres parce qu'ils ont moins de moyens. Il ne s'agit pas de les dégoûter des travaux auxquels ils se trouvent comme naturellement destinés, mais de les en rendre plus capables. Il convient d'augmenter le nombre des cultivateurs, plutôt que d'en diminuer le nombre. Il faut donc les former à ce qu'ils doivent être et, s'il en est qui annoncent quelque talent supérieur, il faut des ressources pour les seconder. Je demande ici la permission de faire un petit calcul.
L'on compte en France au moins dix-huit millions d'habitants, c'est environ deux millions de garçons à instruire depuis sept ans jusqu'à seize. Que l'on compte trois cents collèges fondés et en règle, grands ou petits, que l'on y suppose, l'un dans l'autre, jusqu'à cinq cents étudiants, ce sera
pas ce qu'ont bien fait Hippocrate et Morand? La lettre est signée: « Votre très humble et très obéissant serviteur, U.D.E.D. L.E. P. A Paris, 16 décembre 1748. »>
cent cinquante mille ; que Ton y ajoate, si Ton veut, trente mille enfants enseignés dans les petites écoles par les Frères ou autres également fondés, pe sera sûrement trop et Ton aura au plus cent quatre-vingt mille garçons que Ton instruit. Il reste donc un million et huit cent vingt mille, c'est-à-dire plus des trois quarts et demi, qui soi;it absolument sans maîtres, ou qui n'ont que des instructions achetées, arbitraires, défectueuses et incertaines.
L'on ne sera pas étonné de ce résultat si l'on considère qu'il y a en France au moins trente-six mille paroisses, et qu'il n'y en a guère plus de mille dans les villes ; qu'il y a environ trois cents villes, grandes ou petites, et qu'elles ne comprennent peut-être pas trois millions d'àmes; tout le reste est bourgs ou villages; mais Ton s'étonnera sans doute que l'éducation publique, ayant toujours passé aux yeux des sages comme une affaire d'État de premier ordre, et de la plus haute considération, nous ayons en France si peu d'enfants qui y aient part ^