Le secrétaire de la rédaction est M. Leroy
duire en pleine liberté. Nous n'hésitons donc pas à déclarer que la nouvelle Association a toutes nos sympathies. Depuis longtemps nous avons défendu des idées, sinon identiques, du moins analogues à celles dont elle se fait Torgane. La question d'ailleurs est à Tordre du jour un peu partout, en Suisse, en Belgique, en Norvège, en Hongrie, en Allemagne, où la lutte entre les partisans des Gymnases et ceux des Realschulen est fort vive, et où deux sociétés, d'existence déjà assez ancienne, poursuivent à peu près le même but que notre Société française*, h' Association nationale vient donc à son heure, alors que la solution de ce grave problème a été préparée par bien des discussions, qu'une certaine détente commence à se faire dans les esprits, et que, de part et d'autre, les adversaires aussi bien que les partisans de la réforme sont d'accord sur la nécessité de mettre fin à une agitation préjudiciable à la bonne marche des études et d'entrer enfin dans la voie des applications pratiques. 11 faut aboutir; telle est l'opinion générale que nous entendons
1. On trouvera sur ces deux Sociétés et eu général sur la question des Gymnases et des Realschulen dintéreesants détails, dans un livre de M. le professeur docteur Schmeding (Braunschweig, Otto Salle, 1890). L'une d'elles est la Société des Realschulistes, l'autre la Société pour la Réforme de VÈcole qui compte parmi ses adhérents : MM. Peters, Lange, Krumme, Schenkendorf, Vôlker, etc.
exprimer autour de nous. A ce point de vue, la nouvelle Association n'a pas tort d'expliquer qu'il n'a pas dépendu d'elle d'aller plus vite en besogne et qu'elle est prête pour l'action.
11 était moins nécessaire de se défendre du reproche de faire échec à C Université. L'Université, eomme on Ta souvent dit, est VÉtal enseignant. Elle a cessé d'être une corporation privilégiée, et il n'est pas à notre connaissance qu'elle ait jamais appartenu en monopole au personnel spécial qui fait profession d'enseigner le grec et le latin. On sait d'ailleurs qu'à l'origine de l'Université le grec tenait fort peu de place dans les programmes.
Une récente circulaire, assez rigoureuse, dont on trouverait à l'étranger peu d'exemples, a sans doute motivé de la part des rédacteurs du Bulletin une autre explication qui dans les circonstances actuelles n'est pas sans intérêt, et que par ce motif nous croyons devoir reproduire dans les termes mêmes où on nous l'apporte :
'< M. le ministre de l'instruction publique, renouvelant la déclaration de son prédécesseur, a bien voulu nous faire dire qu'il ne saurait voir de mauvais œil se former une association comme la nôtre, et il ne trouve aucun inconvénient à ce que les professeurs de l'Université en fassent partie. »
Il est clair que, si des récriminations contre des actes administratifs et surtout des attaques contre les personnes peuvent offrir certains inconvénients, eu égard au principe hiérarchique, on ne saurait formuler les mêmes objections lorsqu'il s'agit de critiques impersonnelles et théoriques, exprimées parle corps enseignant en vue d'une réforme des méthodes ou des programmes.
Cela dit, il convient d'examiner les projets et le plan de la nouvelle association. Et d'abord, quelle est, pour nos réformistes, l'éducation idéale? Elle doit remplir trois conditions :
« 1**I1 s'agit tout ensemble à^foi^mer l'esprit et de le pourvoir méthodiquement des notions qu'il a besoin d'acquérir. Tout en distinguant ces deux termes d'une bonne instruction, on se gardera de les séparer, et surtout de les sacrifier l'un à l'autre. Ce serait retomber dans l'erreur du moyen âge qui, sous prétexte de gymnastique intellectuelle, condamnait la jeunesse à une dialectique dépourvue de substance.
« 2^11 est nécessaire do tenir compte du temps dont on dispose, ainsi que des exigences de V époque et du milieu où l'on vit. Le temps, nous avons moins que jamais droit de le perdre, depuis que nous com-
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premms qa'îl faut en donner une part à réducatîoii physiqne et éviter le surmenage. Quant à T utilité relative des connaissances, elle n'est évidemment plus la même qu'autrefois.
« 3^ Enfin Tinstruction doit être distribuée de teUe sorte que TÉtat, en la donnant, tire le meilleur parti possible des forces vives de la nation, qu'il utilise à son profit les diverses aptitudes, sans en laisser perdre aucune, qu'il procure à chaque intelligence les moyens de se développer selon sa nature et de suivre sa voie. »
Après avoir ainsi établi les principes d'une bonne éducation, on examine dans quelle mesure l'organisation actuelle s'en rapproche ou plutôt s'en éloigne.
a L'enseignement secondaire classique, fondé sor l'étude de l'antiquité grecque et latine, satisfait-il à ces trois conditions?
« Sans doute l'étude de l'antiquité fournit en m^ne temps une nourriture pour l'esprit et un moyen de le former. Reste à savoir si cette nourriture convient à des enfants qui n'ont reçu que la culture primaire, et si ce procédé de formation a, pour la moyenne des intelligences, toute l'efficacité qu'on lui attribue. Les bons juges estiment que les plus belles langue
modernes peuvent suppléer le latin et le grec comme instrument de culture...
« Exigera-t-on que les en&mts apprennent tout à la fois les langues et les littératures de la Grèce, de Rome et de quelques nations modernes, sans parler d'autres connaissances dont on ne saurait se dispenser de nos jours? Conunent leur enseigner tant de matières diverses en évitant la surcharge, en observant les prescriptions de Thygiène qui limite le temps attribué au travail cérébral ?
« Nous commençons par imposer à tous des études qui ne sont nécessaires qu'au petit nombre. Beaucoup ne les poussent pas assez loin pour qu'elles profitent à leur développement intellectuel; les autres les abordent trop tôt et sans préparation suffisante. On a pu dire que notre enseignement piiblic semble organisé tout d'abord en vue d'assurer son propre recrutement, et de former, par surcroit, des écrivains, des érudits, des amateurs de belle littérature. Une telle préoccupation est beaucoup trop étroite, et il suffit d'ouvrir les yeux pour en apercevoir les fâcheux effets. Il y en a un véritablement désastreux, qu'on a signalé depuis longtemps, qui subsiste toujours. Une instruction secondaire ainsi orientée, dès la première adolescence, vers la haute culture littéraire, âf^^^iirne les jeunes Français
des professions agricoles, industrielles et commerciales qui font la prospérité matérielle d'une nation; elle les attire en proportion beaucoup trop forte vers les fonctions publiques ou dans quelques carrières, toujours encombrées, auxquelles préparent de préférence les études qui sont seules en honneur. Ceux qui manquent l'entrée de ces carrières, ou qui n'y réussissent pas — ce sont forcément les plus nombreux — viennent grossir la tourbe des solliciteurs, des mécontents, des déclassés. »
L'enseignement spécial ne répond pas mieux (pour les rédacteurs du Bulletin) aux exigences de notre civilisation. On en a exclu les langues anciennes et on y a restreint, dans les classes supérieures, la part des études littéraires au profit des sciences. Il présente donc des lacunes qui ne lui permettent pas de favoriser toutes les vocations, de suffire à tous les besoins.
On le voit, c'est un réquisitoire en règle contre l'organisation actuelle de l'enseignement secondaire sous toutes ses formes. Mais ce n'est pas un plaidoyer exclusif en faveur des « humanités modernes ». Chacun de ces enseignements a sa raison d'être et répond à des besoins particuliers. Mais dans le sys-
tëme ea vigueur, loin de se compléter, ils se nuisent réciproquement.
Quel est maintenant le système nouveau préconisé par l'Association?
« A ce dualisme nous demandons qu'on substitue une organisation nouvelle, établie sur des bases que nous allons indiquer :
« 1® On donnerait à tous indistinctement une même culture générale^ destinée tout ensemble à développer les facultés, à en assurer l'équilibre, et à jeter les premières assises du savoir qui convient au citoyen moderne : instruction morale et civique, langue et littérature françaises, langues étrangères, histoire, géographie, premiers éléments des sciences.
« 2<* A cette culture générale viendraient se superposer des enseignements spéciaux (cette qualification serait alors exacte), qui donneraient lieu, non plus à des classes , mais à des cours littéraires et scientifiques, distribués par groupes entre lesquels les élèves seraient répartis en raison de leurs visées et de leurs aptitudes précédemment reconnues. C'est là que les langues anciennes trouveraient naturellement place, et qu'elles auraient chance, cette fois, d'être véritablement apprises,
« Autre chose est, en effet, d'adopter les langues
mortes comme instniment de culture intellectuelle pendant toute la durée des études, sans trop se soucier que la plupart des élèves soient un jour en état de lire les auteurs anciens, autre chose d'enseigner ces langues à ceux-là seulement qui ont besoin de les savoir et qui en tireront un profit sérieux. Il y aura tout avantage pour ces derniers à tes aborder plus tard qu'ils ne l'ont fait jusqu'à présent, et à les apprendre par une méthode appropriée à un âge plus avancé.
« On constituerait ainsi un enseignement secondaire à deux degrés : V enseignement secondaire proprement dit, qui serait uniforme pour tous, et Venseifffiement secondaire supérieur, diversifié selon les besoins.
« Dans le système proposé, les études ne dureraient pas plus longtemps qu'aujourd'hui, mais elles seraient mieux réparties, et les procédés d'enseignement pourraient être plus rationnels et plus éxpéditifs.
« A l'issue de l'enseignement secondaire du premier degré, les élèves subiraient un examen à l'effet d'obtenir un certificat d'études qui leur permettrait de passer dans renseignement secondaire supérieur. Cette seconde série d'études aurait pour sanctions les trois baccalauréats existants, en at-
tendant qu'on les supprime ou qu'au les transforme comme tout le monde en reconnaît la nécessité. »
Il nous a paru néoessaire, pour éviter tout malentendu, toute fausse interprétation, de publier ces extraits où le f^lan apparaît sous le jour même où ses «nteurs ont voulu le placer. Il est en pleine lumière, et cependant (qu'il nous soit permis de le dire) nous ne l'apercevons pas avec une entière netteté. Sur l'idéal d'éducation qui nous est proposé, nous partageons absolument les vues des auteurs du projet. Nous n'insisterons pas d'ailleurs sunr des considérations qui ont été présentées si souvent et qui sont familières à tous nos lecteurs. A la vérité, après Diderot et Condorcet, pour ne parler que des morts, il ne restait presque plus rien à dire de décisif sur ces questions. Les théories de ces illustres philosophes gagnent chaque jour en évidence lumineuse et en impérieuse nécessité. Mais c'est à l'application que commencent les difficultés; c'est là où se trouve véritablement le nœud du problème.
Une réforme, bien ou mal conçue, peut tout régénérer ou tout compromettre. Nous nous trouvons en face d'une tradition vieille de plusieurs
siècles et nous avons un personnel en majorité (nous parlons surtout des hommes d'âge et d'autorité) favorable aux anciennes idées. Ceux-ci sont, si je peux dire, au pouvoir, et on comprend combien il est difficile de faire une réforme générale des études dans un aussi grand pays, quand on a la force publique contre soi. Qu'on prononce le mot ou non, c'est une véritable révolution qu'on médite dans le domaine de l'enseignement secondaire; pour l'accomplir il faut des esprits vaillants et résolus, il faut surtout une conception nette du but à atteindre et des moyens à employer. Or, nous Tavons dit, le plan de campagne qu'on nous propose ne nous oriente pas suffisamment; nous demandons plus de lumière.
Sur un point cependant, et capital, le programme est précis. On repousse le dualisme^ on adopte l'idée de Vécole unique. Nous sommes d'autant plus heureux de le constater pour notre part, que nous avons depuis longtemps combattu contre de redoutables champions la solution qui a semblé prévaloir un moment et qui nous paraissait néfaste, celle de l'importation en France des deux catégories d'écoles : gymnase et realschule, telles qu'elles existent en Allemagne et dans plusieurs autres pays. On nous permettra de reproduire ici
quelques-uns des arguments que nous opposions alors à un système préconisé, défendu avec une incontestable autorité, par M. Bréal* :
« M. Bréal est trop avisé pour ne pas se rendre compte de Timportance de plus en plus grande que les sciences prennent dans les besoins sociaux et de la faveur croissante qu'elles acquièrent dans l'opinion ; aussi se propose-t-il de sacrifier à renseignement scientifique et utilitaire un type particulier d'établissement. Pour l'organisation générale de l'instruction secondaire aussi bien que pour les méthodes, il est Allemand décidé; il veut établir ici comme là-bas deux sortes d'écoles, des gymnases presque entièrement consacrés à l'enseignement classique, et des realschulen où, avec quelques bribes de latin, on enseignerait surtout les connaissances pratiques, sciences et langues vivantes. »
Nous ajoutions plus loin : « 11 est démontré par l'expérience que cette dualité de l'enseignement secondaire tend à détruire l'harmonie des études plutôt qu'à y introduire la variété; que ces deux types d'établissements, qui devraient se compléter, ne font guère que se faire concurrence; que cette
1. VÉducation nouvelle, par Edmond Drbyfus-Brisac, pages 144 et suivantes, tome I, Masson éditeur, 1882.
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divmion en deux catégories d'écoles coaduisant à des carrières différentes des jeunes gens qui y entrent avant que leur vocation ait pu se produire, fait naître chez les uns et les autres des regrets assez vifs, de sérieux mécomptes, et cause souvent une grande perte de forces aux dépens de la culture générale du pays... »
Je poursuis la citation, car,^ quoi bon se répéter en d'autres termes ?
« Au fond, lorsque AL Bréal demande la création de deux types d'établissements, c'est nu)ins parce qu'il est frappé de la nécessité d'introduire une certaine variété dans l'enseignement secondaire que parce qu'il désire conserver aux lycées leur caractère presque exclusivement classique. Je reconnais qu'il y a des intelligences plus modestes et des intelligences plus ambitieuses, des esprits plus idéalistes et des esprits plus utilitaires; je sais bien que la société a besoin de tous les états et de toutes les professions, et qu'il n'est pas bon de jeter tous les cerveaux dans le même moule.
« Je comprends que chez les uns il vaille mieux développer les aptitudes professionnelles et mettre au jour chez les autres les hautes facultés de l'esprit, offrir à ceux-ci un enseignement plus littéraire et plus théorique et à ceux-là une instruction plus
pratique et plus scientifique, de manière à former des corps d'industrie et de métier et des corps de savants et d'hommes d'Etat. Mais est-il nécessaire que ces futurs hommes d'Etat et ces futurs savants n'apprennent à penser et à écrire qu'en grec et en latin, qu'ils ferment les yeux aux splendides horizons que la science ouvre à l'iniagination et à la raison et que pour les connaissances usuelles ils soient au-dessous du dernier des artisans? Faut-il d'autre part que les commerçants, les industriels, les architectes soient entièrement privés de la haute culture littéraire, et ne vaut-il pas mieux les élever tous en commun et faire, suivant les indications de la nature, l'éducation de leur vue, de leur mémoire, de leur imagination, de leur jugement et de leur goût jusqu'à cette fameuse bifurcation qui a été tant décriée et qui nous semble indispensable? Car le défaut de notre éducation scolaire ne provient pas seulement de ce que nous avons mal appris dans les classes supérieures, il tient surtout à ce que nous n'avons pas assez appris dans les classes élémentaires et dans les classes de grammaire. »
Nous sommes donc partisan de V école uniquCy et pour des raisons qui se rapprochent très sensiblement de celles que nous trouvons exposées dans le
Bulletin. Il nous paraît d'autant plus opportun d'insister sur cette solution, que M. Bréal n'a pas désarmé ; nous favons entendu l'an dernier, au Congrès du haut enseignement, émettre, en termes ingénieux, les mêmes idées. Si, disait-il, on se décide à réorganiser l'instruction secondaire dans le sens utilitaire, il faudrait procéder, non par voie de suppression des enseignements classiques dans les écoles actuelles, mais par voie d'introduction de programmes réformés dans des écoles nouvelles.
On sent toute la portée de cette réserve diplomatique, elle montre combien les demi-mesures seraient insuffisantes, avec quelle ténacité les partisans de l'ordre actuel se retranchent dans la forteresse des vieux programmes.
Mais notre école unique, comment l'organiser? Nous touchons ici au point délicat et sur lequel le Bulletin ne nous offre que des renseignements insuffisants. Nous voyons bien qu'en gros on adopte, sous une forme simplifiée, le système si souvent présenté, et avec une si louable persévérance, par M. Ferneuil; à la base, une sorte d'éducation générale et commune pour tous, à laquelle viendraient se superposer un certain nombre d'enseignements spéciaux. C'est une bifurcation, à la vérité, triple ou quadruple. L'organiser d'une façon pratique dans
un même établissement, peut paraître malaisé. Mais quelle sera la durée du premier enseignement, que sanctionnerait une sorte de baccalauréat élémentaire? A vrai dire, toute la question est là. Faut-il souhaiter qu'un baccalauréat nouveau vienne s'ajouter aux baccalauréats existants? Il serait bien tard, après ce premier baccalauréat, pour commencer l'étude du grec et du latin si, comme il faut le supposer, cette première partie de l'éducation se prolongeait assez longtemps. Pour les sciences aussi, on serait, semble- l-il, exposé à un surmenage dans les classes supérieures.
Je sais bien que le haut enseignement secondaire serait réparti non en classes, mais en course mécanisme qui paraît assez ingénieux au premier abords et qui permettrait aux jeunes gens de faire un choix d'études conforme à leurs aptitudes. Tel enseignement, par exemple celui du grec, pourrait être ainsi rendu facultatif. Ce système se rapproche assez (on nous l'apprend d'ailleurs) de celui qui fonctionne aux Etats-Unis d'Aînérique. Malheureusement les établissements de ces pays lointains, oîi règne la liberté presque illimitée d'enseignement, nous sont mal connus, et ont une valeur très inégale en même
1. Le mol cours peut être entendu en des sens très différents et a besoin d'étré" expliqué.
temps qu'une organisation variée à Tinfini ; il serait bien difficile d'y relever d'une façon sûre une moyenne à peu près constante de résultats.
Nous tenons à le répéter, théoriquement nous partageons les vues de la nouvelle Association. Sur la question de V école unique nous adoptons en principe la solution qu'elle nous propose. Nous demandons simplement quelques renseignements cob^ plémentaires sur l'organisation éventuelle de cette école. Le succès d'une aussi importante tentative dépend, à notre avis, de la durée de l'enseignement secondaire commun à tous (qui dans le projet ressemble plutôt à une sorte d'enseignement primaire renforcé), et de l'organisation des degrés su-^ périeurs d'enseignement. Or, ce sont précisément ces deux points que nous apercevons le moins nettement et qui restent encore (à ne considérer que le programme placé sous nos yeux) dans une obscurité inquiétante.
11 ne faudrait pas cependant qu'on pût accuser ce programme de n'être qu'un trompe-l'œil. Les solutions claires et simples sont les seules qui ont chance de prévaloir dans notre pays. Nous en avons, dans des ordres d'idées très divers, assez de preuves.
Pour nous, en parcourant la liste des maîtres si
distingués qui ont leur nom inscrit dans le conseil d'administration S et dont le concours actif et libre d'allures serait si précieux et si efficace pour l'organisation d'un enseignement moderne, nous
1. Voici les noms des membres du conseil d'administration: Président: M. OeorgesBerger, député, directeur général de TExposillon universelle de 1889. Vice-présidents: MM. Gaufrés, membre du Conseil municipal de Paris ; Grousset, secrétaire général de la Ligue nationale de l'éducation physique; Jacquemart, inspecteur général de rEnseigncment technique; Jamais, député; Frédéric Passy, membre de l'Institut ; Poirrier, sénateur, ancien président de la Chambre de commerce de Paris. Secrétaire général: M.(h*andjean, ancien membre de l'École française de Rome, secrétairerédacteur du Sénat. Trésorier ^é/tera/ : M. Mayrargues, ancien professeur de rUniyersité, trésorier général de TAlliance française. Membres : MM. Aymonier, directeur de l'Ëcole coloniale ; Bourgine, agrégé de grammaire, professeur de cinquième au lycée Condorcet ; Cousté, président de la Chambre de commerce de Paris; Frenndet, docteur en droit, professeu]! de législation et d'économie politique au lycée Charlemagne ; Izoulet, agrégé de philosophie, professeur de philosophie au lycée Condorcet; Jablonskif agrégé des sciences mathématiques, professeur de mathématiques spéciales au lycée Charlemagne ; André Lebon, chef du cabinet du président du Sénat, professeur à l'École libre des scieuces politiques ; Lecomte, agrégé des sciences naturelles, docteur es sciences, professeur au lycée Saint-Louis; Lelorieux, agrégé des sciences physiques, professeur au lycée Lakanal; Ligniéres, agrégé des sciences mathématiques, professeur au lycée Louis-le- Grand ; Martine, agrégé d'histoire, professeur au lycée Condorcet; Mention, docteur es lettres, examinateur à l'École militaire de Saint-Cyp; Mossot, agrégé des lettres, professeur de rhétorique au lycée Condorcet; Edouard Petit, agrégé de l'enseignement spécial, docteur -es lettres, professeur au lycée Janson-de-Sailly ; Poincaré, député ; Rosenzweig, agi'égé des langues vivantes, proiesseur d'anglais au lycée Charlemagne ; Salomc, agrégé de renseignement spécial, professeur au lycée Charlemagne, ancien dé-
nous demandons — puisqu'il ne s'agit, pour le moment, que d'une modeste expérience — s'il ne serait pas préférable, ou du moins plus pratique, de leur confier, à titre d'essai, l'enseignement dans un ou deux établissements avec un programme d'où le grec serait exclu, où le latin serait conservé, et où l'éducation civique, l'histoire, la géographie, les langues modernes et les sciences, tiendraient une place absolument prépondérante. Dans les classes supérieures de ces instituts, les élèves, au gré de leurs aptitudes, consacreraient leur temps plus spécialement, soit aux lettres, soit aux sciences. Un diplôme unique couronnerait le cours général, qui serait terminé à seize ans\ et qui, complété au besoin par une ou deux années d'études supérieures assez semblables à celles des Facultés, pourrait préparer une petite élite soit aux écoles
légué dans l'inspection générale ; Seignettc, agrégé des sciences^ naturelles, docteur es sciences, professeur au lycée Condorcet ; Sigwalt, agrégé des langues vivantes, professeur d'allemand au lycée Condorcet et à l'École normale de Saint-Cloud ; Stropcno, agrégé des lettres, professeur de troisième au lycée Janson-dc- Sailly; Villard, ingénieur civil, président de la Société centrale du travail professionnel. Secrétaires du Bureau : MM. Albert Benoît avocat, et Treney, professeur au lycée Janson-de-Sailly.
1. Le service militaire, devenu à peu prés égal pour tous, aura tôt ou tard pour résultat une certaine réduction du temps d'études dans les collège?, ce qui, à notre avis, présenterait moins d'inconvénients que d'avantages.
spéciales, soit aux carrières libérales et universitaires.
Dans ce collège des trois langues ' le temps d'études qui est absorbé actuellement par les littératures anciennes, serait désormais réservé à Tallemand et à l'anglais, qui deviendraient obligatoires comme aujourd'hui le grec et le latin. Mais, il est bon de le dire, nous nous plaçons à un point de vue très différent de ceux qui, comme M. Dietz ou M. Frary, sacrifient complètement la culture scientifique à la culture littéraire. Notre programme permet de tenir compte des aptitudes personnelles, mais en principe il assigne aux sciences et aux lettres un rôle égal dans l'éducation.
On voit que quelques-unes des données de ce projet sont communes à celles qui sont proposées dans le plan de l'Association. Nous nous en réjouissons, et nous pouvons ajouter qu'en les recommandant, nous ne faisons que reproduire des idées déjà exprimées par nous dans les discussions de la Société d! enseignement supérieur. Nous nous réservons d'entrer dans des explications plus détaillées sur un système dont nous ne revendiquons nullement la
1. Il ya sans dire qu'à ces trois langues anciennes ou modernes mais étrangères, il faudrait joindre l'étude très approfondie de la langue maternelle.
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paternité exclusive, mais qui nous parait du moins avoir l'avantage d'ofifrir aux partisans convaincus de Tenseignenent moderne un champ bien délimité d'expériences.
Constatons en terminant, et pour prendre courage, que la Hongrie vient de nous donner tout récemment une leçon et un exemple à méditer. Le ministre de l'instruction publique, comte Czaky, qui semble déployer dans ses nouvelles fonctions une sagacité et une énergie peu communes, a pris l'initiative d'une série de mesures sur lesquelles nous aurons plus d'une fois à revenir. Pour l'enseignement supérieur il a préparé, avec une habileté à laquelle les hommes de tous les partis rendent hom« mage, une réforme capitale qui aura pour résultat, en ménageant tout les intérêts légitimes, de substituer au système des honoraires payés pour chaque leçon, à la manière allemande, le système français des inscriptions générales pour l'ensemble des cours. En ce qui concerne l'enseignement secondaire, il s'est déclaré partisan de Vécoletf nique et pour la suppression du nombre relativement restreint des rea/schulen qui existent en Hongrie, et il a préparé cette unification des études, en faisant adopter par le Parlement, à une forte majorité et malgré la résistance d'un assez grand nombre de membres du
corps enseignant, une résolution tendant à Télimination progressive du grec des gymnases classiques. Honneur à l'éminent ministre qui a compris que la réforme de l'enseignement secondaire est une affaire d'État dont la solution — nous l'avons dit ailleurs* — ne doit pas être abandonnée aux conseils universitaires, qui ont toute compétence pour réformer le détail des programmes et faire prévaloir les meilleures méthodes, mais qui dépasseraient leurs attributions en arrêtant dans leurs grandes lignes les plans généraux de nos écoles secondaires. C'est là, on ne saurait trop le répéter, une question, non pas seulement pédagogique, mais véritablement nationale, que le Parlement seul a qualité pour trancher et qui devrait être résolue non par arrêtés, pris en Conseil, mais par des lois et des décrets'.
1, ^Éducation nouvelle, tome II, page x de la préface. Masson, éditeur, 1888.
2. U Association nationale a cru devoir interrompre ses travaux après Torganisation officielle de l'Enseignement secondaire moderne.