‹ L'éducation physique au point de vue historique, scientifique, technique, critique, pratique & esthétiqueChapitre 4 sur 130 · SIRE · texte numérisé non relu

SIRE

C- HARGÉ de mission en Suède par le gouvernement français à l’effet d’étudier, à l’Institut royal de Stockholm, la méthode de gymnastiipie suédoise do Ling, j’eus le très grand honneur d’être reçu par Votre Majesté et d’appeler sa très haute et très bienveillante attention sur les travaux scientifiques poursuivis depuis quelques années en France, eu vue d’une réforme de l’éducation physicjue appliquée à la jeunesse scolaire.

J’exj)osai à Votre Majesté mes idées personnelles sur cette question, d’une importance capitale pour le développement rationnel de l’individu et de la race. Elle daigna s’intéresser à mes travaux autant qu’à ma personne en m’invitant à l’accompagner dans ses inspections royales à l’Institut de gymnastique et dans les casernes de Stockholm; en me décernant Elle-même le titre de chevalier de l’ordre de Wasa et en m’ouvrant largement toutes les portes des établissements d’enseignement scolaire du royaume, je pus ainsi visiter la Suède de Malmô à Lulea.

Quelque temps après, Votre Majesté se rendait en France et daignait me recevoir dans une audience intime.

En dédiant à Votre Majesté ce compendium encyclopédique de l’éducation physique, je ne fais qu’accomplir un devoir bien doux de très profonde et de très respectueuse gratitude à l’égard d’un grand roi qui préside aux destinées de deux États dont j’ai appris à connaître et à aimer l’un : la Suède.

Je signe cette dédicace de Pau, aussi ne puis-je m’empêcher de songer au Béarnais temporisateur qui comprit Ling et qui le soutint dans son œuvre de régénération physique de la jeunesse suédoise, au Français Bernadette, fondateur d’une dynastie qui a donné un siècle de paix féconde et heureuse à sa patrie d’adoption.

En apportant ma contribution à l’œuvre de Ling, lequel eut également un Français pour initiateur, je resserre à nouveau le lien de la tradition qui unit la Suède et la France.

Je suis. Sire,

avec mon plus profond respect, de Votre Majesté,

le très humble et très obéissaut serviteur.

Docteur PHILIPPE TISSIÉ.

Pau, Septembre 1901.

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PréfiLicc.

L’éducation physique est une science d’observation très complexe, car elle re'sume la vie physique et psychique de l’individu, de la société et de la race; comme toutes les sciences, elle a subi une importante évolution dans le cours du XIX® siècle.

L’éducation physique comprend non seulement tout acte musculaire volontaire qui tombe sous les sens, mais aussi tout acte conscient ou inconscient, volontaire ou réflexe qui met en fonction l’agent du mouvement, c’est-à-dire le muscle sous l’action de l’influx nerveux, émis parles centres psycho-moteurs du cerveau, ou réflexo-moteurs de la moelle épinière.

Sous une forme très simple, au premier abord, l’éducation physique est l’étude des fonctions cérébro-spinales dans leurs rapports mutuels entre les localisations psycho-sensorielles et idéo motrices d’une part, et les centres rolandiques des mouvements de l’autre ; c’est dire qu’elle aborde les questions les plus obscures de la physiologie et de la psychologie contemporaines. La simplicité apparente du mouvement cache beaucoup de choses ignorées jusqu'à ce jour.

Un monde nouveau s’ouvre donc aux recherches sur le mouvement et sur la pensée, et cela sous une forme concrète, depuis qu’on peut enregistrer et analyser le mouvement en dissociant la pensée, provocatrice du mouvement lui-même. Grâce à une nouvelle méthode scientifique, dans laquelle l’instrumentation des laboratoires joue un grand rôle, la vieille question du physique et du moral soulevée, au xvm® siècle, par Cabanis est reprise sur des données nouvelles. Uar éducation physique il ne faut plus comprendre seulement l’entraînement musculaire du corps, mais encore, et surtout, l’enlraîiiement des centres psycho-moteurs par les associations mullipies et répétées entre le mouvement et la pensée, et entre la pensée et le mouvement.

Plus les rapports sont nombreux entre les deux fonctions psychique et physiologique, plus grand est l'entraînement des centres psycho-moteurs. Plus l'individu accumule d’impressions, plus grande est la somme des forces dont il peut disposer. Ces forces, selon le développement plus ou moins complet des centres psycho-moteurs, sont d’ordre physique, intellectuel ou moral.

Celte vérité, que nous commençons à mieux connaître, grâce aux apports des sciences nouvelles, écloses en ce magnifique XIX® siècle qui projettera sur l’humanité ses rayons lumineux à travers les âges, cette vérité, dis-je, a été soupçonnée de tout temps; elle a été mise empiriquement en pratique par tous les conducteurs de peuples; car, chez les peuples comme chez les individus, l’enfance est caractérisée par le mouvement et par la multiplicité des actes physiques; l’àge mûr, par une répartition plus ou moins précise entre la pensée et le mouvement; la vieillesse, par une prédominance à la spéculation de la pensée, avec un alfaiblissement des actes physiques.

On constate que les races vraiment fortes sont celles qui pensent et qui agissent avec esprit de suite et dont la volonté s'étend à longue échéance. Pour que les faits ainsi escomptés se produisent dans les meilleures conditions, il faut que cette échéance s’impose par un acte; or, tout acte se traduit par le mouvement. Le lait brutal est la lutle, le combat ou la guerre.

L’apogée de la grandeur de tout peuple a coïncidé avec le moment précis de son complet développement intellectuel, moral et physique. Par le développement intellectuel, le cerveau acquiert la puissance dans le jugement, dans le caractère et dans la volonté; par le développement moral, le tempérament se modifie et s’équilibre en vue de fins voulues auxquelles la volonté et le caractère ont également largement contribué; par le développement physique, le corps se fortifie, la machine humaine est entraînée aux longues résistances contre la fatigue et contre la douleur.

Une nation dont toutes les unités seraient ainsi entraînées serait toujours invincible sur tous les champs de bataille sociaux, économiques ou guerriers. D’ailleurs Yullima ralio de tous les peuples est l’armée, car elle résumera toutes ses forces tant que l’humanité possédera un estomac avec un appétit, et un cerveau avec des appétits. Cependant il convient de ne pas éduquer spécialement en vue de la force brutale, dernier argument, mais en vue de la force intellectuelle et morale qui dominera et qui dirigera toujours la force brutale.

Ces considérations générales m’ont amené à envisager l’éducation physique au point de vue de la psycho-dynamie, c’està-dire des rapports intimes qui existent entre la pensée et le mouvement.

J’avais été frappé depuis longtemps du peu de résultats vraiment pratiques obtenus par l’enseignement physique en France, et cela malgré toute la lionne volonté de bien faire. J’ai voulu en rechercher les causes et, après les avoir découvertes, essayer de mettre la question au point en faisant appel à la science et à l’art. J’ai commencé mes recherches en ISbfi. Je les ai poursuivies au double point de vue théorique et pratique : passant des salles de clinique des maladies nerveuses et mentales aux pistes des vélodromes; des bibliothèques aux gymnases et aux pelouses, j’observai sur moi-même et sur les autres, sur des sujets malades et sur des sujets sains, sur des enfants et sur des athlètes, sur des cerveaux purement « intellectuels » et sur des cerveaux purement « musculaires ». Je pratiquai personnellement les exercices de gymnastique de la méthode française et de la méthode suédoise, parallèlement aux exercices du plein air, les jeux et les sports avec la méthode anglaise. Ayant recueilli mes auto-observations, je les comparai aux observations prises sur d’autres sujets fort nombreux, car étant médecin de sociétés sportives, ayant fondé une œuvre régionale d’éducation physique et étant chargé d’inspection de celte même éducation dans les lycées et collèges de l’académie de Bordeaux, je pus ainsi grouper des faits, les contrôler et en dégager la vérité. Je constatai tout d’abord qu’on sacrifiait la réalité à l'apparence et que, sous prétexte d’entraînement, l’institution des records et des championnats avait pour efl'et d’exalter la force de quelques rares sujets spécialement organisés pour ces sortes de concours, mais d’éliminer la masse de tous ceux qui auraient di'i bénéficier d’une éducation mieux comprise et surtout mieux appliquée. Une des causes du piétinement sur place était donc l’installation des records et des championnats dans les concours de gymnastique aux agrès, dans les jeux et dans les sports. Toute méthode qui, dans l’ordre pliysique et dans l’oidre intellectuel, s'applique à faire prévaloir les forts au détriment des

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