PRÉFACE
lailiIcH |iar’ la suicik liàro, cmilrihue à divispi' les ciluyeiis «l'un im iiK' pays sur les li.incs mh'iiic dr l’acolr : le Tort il(^<iai^^ne le lailda; le l'aildc jalouse lo lo]!, iiuaiid il ik; le liait, jias! Hue lioiiiio iiHUliode d’éduealion doit l'acilitci' la mise au jioiut ratioiiuid de toutes les l'oi ees di' l’individu eu vue de relToii moral, iiitellertmd et ]iliysii|ue (|u’il est appidé à pi'oduire. Il faut doue e.ousidiu'er la uature et l'amplitude même de cet elfort [lar ra|iport à eliacuue des résistauei's individuelles pliysii|ues et |isy- (■lui|ues.
Mais e.ommeut doser exactement la (|uai)titê' et la ijualitê de cet elfort sur un orfianisme liumain où la volonté joue le rAle le plus important, et où des |diénomènes psycliii]ues é( lia|iiient à toute' analyse?
tjuels iirofesseuis d’edierf^ie étaient assez instruits pour |uendre la diieetion de la maeliine, si comidexe et si déconcertante! à la lois?(.le ne sont pas les maîtres de! y:ymnasti(]ue actuels, dont le dévelo|)peineul scienlili(|ue est plus epie rudimentaire, sinon aliseduuK'nt nul, (|ui peuvent deve'iiir ces [uol'esseurs! l’as plus, d’ailleurs, (|ue les maîtres de renseif'uement intellectuel! Ils pi'uveni, par l’explication des lions auteurs, |)rovo(]uer des ti'ndanres, mais ils ih! sauraient jamais, avec les livres seuls, eré'er îles éneif^ies, [larce que l’i'iii'r^ie est synonyme d’action et (|ue toute action morale ou intellectuelle n’est comjdète que si elle s(! traduit par l’acte physique. Je m’explique : savoir souffrir, par ex('m[de, en philosophe stoïcien, n’est |ias forciùuent faire leuvre d’éneri,'ie morale complète, car l’énerf^ie consiste à utiliseï- celte soulfrance même en vue d'une tin meilleure [)our l'individu, pour la société ou pour la race, et c’est ici (jue l’acte physique entre en jeu. Sans l’acte de réaction, la soulfrance conduit au fatalisme, qui est la négation de toute énergie.
I.a recherche du plus fort par le championnat n’est qu’une manifestation de la |taresse de l’esprit et de son automatisme. Il est plus facile et plus simple d’applaudir un phénomène que la nature a rendu tel par la constitution spéciale qu’elle lui a donnée iiue d’élahlir des lois i|ui iiennettent d’appliquer à tous une méthode rationnelle soit dans l’ordre physique, soit dans l’ordre intellectuel. I.e i< jdiénoménisme » empêche de penser, il donne à tous, et du premier coup, l'impression de la force, mais cette impression est fausse parce qu’elle n’a rapport qu’avec un seul sujet. I.a collectivité est sacrifiée à l’individualité par paresse d’esprit. Cette paresse provoque des erreurs et des illusions souvent très chères et qu’on entretient avec plaisir. Je dirai même que ces illusions font partie intégrante de notre vie sociale ; elles sont entretenues par le mot dont la puissance est supérieure à celle de l’acte chez les peuples vieux. On ne dira pas assez le mal que peut faire le mot! Lorsqu’un homme d’Etat disait, à propos de nos discordes politiques : « Elles n’empêcheront pas le blé de pousser i>, il faisait un mot; la vérité est que si ces discordes n’empêchent pas le blé de jiousser, ce qui est un mot, elles empêchent de le vendre, ce qui est un acte, et tout à l’avenant !
Le cabolinisme, dont nous sommes atteint, nous vient de l’importance que les mots prennent de plus en plus dans notre vie nationale. Notre enseignement classi(iue encyclopédi(iue développe beaucoup le mal théâtral dont nous sommes victimes par la recherche du mot au détriment de l'aflirmation de l'acte, d’où surenchère du mot en littérature, et surtout en politique. Il faut ramener la jeunesse à une plus juste conception des faits. Le théâtre n’est que le théâtre, le mot n’est que le mot, la seule scène à faire est celle de la vie activement utile, prati(jue et féconde par l’acte et non par le mot.
L’éducation physique résume toute l’éducation, puisque l’acte est une conclusion pratique, et qu’en toutes choses il faut considérer la lin [iralicjue. L’idi'e peut exister sans l’acte, mais l’acte ne peut exister sans l’idée. L’acte subconscient lui-même fut un acte volontaire au didiut, et on est en droit de se demander, aujourd'hui (jue la science éclaire ces questions, si les actes réllexes n’ont pas été primitivement des actes subconscients chez le fœtus, au cours de son évolution intra-utérine.
Par l’idée, nous pénétrons dans le domaine psychique; par l’acte nous entrons dans le domaine physique, deux domaines à peine exjilorés encore. C’est pourquoi, ayant ri'solu de les parcourir, il était indispensable de groiqier, à l’aide d’un planque, l’avais longuement mûri et établi d'avance, les collaborateurs u'icessaires. Il fallait faire œuvre nouvelle quelque peu hardie, c l Mil t'iut pratique ; modilier bien des idées in éconyues ; atlaijucr une iii'.-lliode centenaire; avoir le courage d’aborder de front
l’empirisme et la routine ; faire comprendre les côtés défectueux d’un enseignement physique troji délaissé malgré de louables efforts; essayer de donner satisfaction aux vœux de l’Académie de médecine, faire naître le doute scientiliipie chez des maîtres qui iusijii’alors se croyaient en possession de la vérité. OEuvre délicate et longue, semée de dilïicullés et fort laborieuse! La publication mensuelle et la direction de la Revue des Jeox sailiiires, (jue j’ai fondée il y a onze ans, m’avaient mis en relations suivies avec un grand nombre de savants, de théoriciens, de praticiens, (ni même temps que de (jiielques artistes (jue les (juestions d’éducation jihysique intéressaient vivement. Il me fut lacile d’obtenir leur collaboration. Je demandai à chacun de vouloir bien traiter en un chajiitre le sujet (ju’il connaissait le mieux et dont je jiris la liberté de leur indi(|uer les grandes lignes. J’ai dû nistreimlre le nombre de mes collaborateurs, car le sujet est si vaste qu’il dépassait les limites que j’ai dû m’irnjioscr, c’est ainsi que le jiatinage, rinstrmnentation dans les recherchesde mécanique pliysiologiijue, la liiologie de l’hérédité, la terminologie des expressions ou des mots sjiortifs, etc., etc., ont dû être éliminés du jiremier jilan gén''ral (jue j’avais établi, comme ne répondant pas au besoin immédiat de ce compendium encyclojiédiijue. J’ai eu la forte satisfaction d’être entendu et d’être compris par de nombreux collaborateurs qui ont bien voulu s’associer à mes elforts etapporler leur haute contribution personnelle à la présente étude que, réduit à mes seuls moyens, il m’eût été impossible de mener à bien.
Cette étude, précédée d’une introduction, est divisée en cinq jiarties.
L’introcluclion est réservée à l’historique de l’éducation physique en France au xix« siècle. J’ai cru devoir rechercher, avant toute chose, la cause de notre infériorité vis-à-vis des autres peujiles de l’Europe, surtout de la Suède et de l’Angleterre. J’ai essayé de démontrer, avec texte à l’apjiui, que les meilleures idées et les meilleurs vouloirs ne sauraient suffire s’ils ne sont guidés par la science.
Le nombre des circulaires ministérielles réglementant l’éducation physiijue en France est grand; il n’est pas en rapport avec les résultats obtenus, on a i)iétiné sur place pendant cent ans. La poussée de l’initiative privée a été intense en ces dernières années, mais, mal guidée encore, cette initiative a commis des erreurs et des fautes.
C’est une des raisons pour lesquelles la cause de l’éducation physique n’est pas encore gagnée chez nous parce que, jusqu’à ce jour, les résultats obtenus sont piètres. IJe nombreux essais ont été tentés, presque tous ont été malheureux. Les à-coups ont été trop répétés; la réaction a suivi l’action. Il faut reconnaître que cette action n'a pas toujours été utile, car l’esprit de parade, l’amour du panache et un chauvinisme malsain l’ont trop souvent alimentée.
Le Français est, avant tout, un paysan pratique, pondéré et tenace qui, sous des apparences frivoles et sceptiques, cache un sens très profond de la vie utile. Il n’accorde sa conliauce qu’à bon escient. Il fait largement crédit, car il est généreux, mais il entend ne pas être toujours dupé. Or, jusqu’à ce jour, le crédit illimité qu’il a ouvert en faveur des tentatives d’iùlucation physique ne lui a pas donné de résultats pratiques jiarce que l’ignorance, la routine et l’empirisme se sont toujours dressés contre le progrès. Voilà la raison pour laijuelle j’ai es.sayé de grouper dans un compendium ( ncyclopédicjue des théories scienlilhjues nouvelles, des faits vécus, des notions d’art et des travaux jua tiques.
Dans la première partie de cette étude, j’envisage l’éducation physique au point de vue scientilique, d’après les récentes découvertes de psycho-physiologie, de jisycho-dynamie et de jisychopalhologie. J’ai pensé qu’avant d'aborder la pratique même du mouvement je devais en rechercher les causes initiales cérébromotrices. Les travaux divers qui ont vu le jour au cours de ces dernières années dans les laboratoires, les cliniques, les stations physiologiques, etc., ont permis de mieux aborder la question du mouvement dans ses rapports avec la pensée; c'est pourquoi j’ai essayé de resserrer, dès le début de cette étude, les liens intimes et réciproijues (jui unissent la ccréhrutioti et la musculation, c'est-à-dire le jisychisme et le dynamisme dans tout acte humain, (ju'il soit intellectuel, moral ou physique.
Ces rajqiorts, je les ai considérés au point de vue de la physiologie, de la psychologie, de la mécanique, de l’hygiène, de la pathologie générale, de la pathologie mentale, de la pathologie
UÉDIJCATION PHYSIQUE
exoliiiue, car je ne devais pas onMier que la France est une puissance coloniale, de la pédagogie et de la sociologie.
Dans la seconde partie, j’ai étudié l’éducation pliysi(|iie au point de vue teclmique, dans les sports et lesjeu.x, avec le concours de s|)écialistes (]ui ont, tour ù tour, traité les (luestions de pcdestrianisine , d’alpinisme, de natation, d’athlétisme (lutte, boxe et chausson, poids), de danse, de jeux de iiaume, de football, de barette, de ballon au pied, de tir, d’escrime, de vélocijtédie, d'aviron, d’équitation.
Dans la troisième partie, qui est la partie crilique réservée à la gymnasti(iue aux agrès, j’ai éluclié l’éducation physique au point de vue des méthodes d’application de la gymnastique (luélhode allemande, méthode suédoise, méthode française).
Dans les chapitres consacrés aux sociétés de gymnastique de France, à la gymnasli(iue allemande, à la gymnastique suédoise, à la gymnastique française, à l’entraînement et à la gymnastique au régiment, à l’Ecole normale de gymnastique militaire de Joinville-le-Dont, j’ai exposé les diverses méthodes d’application aux agrès, mises en usage en Europe. Le lecteur peut ainsi se rendre compte de la défectuosité ou de la sûreté de chaque système de gymnastique. Un chapitre biographique sur l’éducation en France est consacré aux promoteurs de l’éducation physique technique en France.
Après avoir exposé des faits scientilîques et techniques, et aprèsavoir critiqué, je devais conclure. Cette conclusion est contenue dans la quatrième et la cinquième partie, que j’ai consacrées à l’application pratique des exercices physiques. Me plaçant au point de vue de l’état actuel de l’éducation physique en France, où tout est à faire encore, des besoins immédiats et des réformes facilement réalisables, je me suis appliqué à fournir des éléments simples et assimilables à la pédagogie, estimant que c’est par l’école et par l’enfant que la réforme aboutira un jour.
J’ai voulu délimiter le champ d’action , laisser à l’athlétisme la place qui lui convient dans l’âge adulte, et donner à l’éducation physique pédagogique la place qu’elle doit posséder dans l'enseignement, par des jeux simples, des exercices sportifs, c’est-à-dire des sports atténués et des exercices de gymnastique d’assouplissement rendus agréables et gais, en même temps qu'utiles, grâce à l’union de la science et de l’art.
La quatrième partie comprend : l’architecture, la gymnastique pédagogique, la gymnastique dansée et la gymnastique médicale.
Les architectes français construisent généralement pour eux plus souvent que pour les besoins pratiques auquel l’édifice est appelé à répondre. J’ai donc tenté d’établir un plan schématique d’un établissement scolaire avec ses classes, ses dortoirs, son gymnase, son installalion des jeux de plein air, ses cours de récréation, son jardin d’enfants, son jardin potager et botanique, son verger, sa piscine, son tir, sa piste vélocipédique, etc. Cette étude fait l’objet d’un chapitre sur l’architecture scolaire dans lequel je décris les principaux appareils de gymnastique (1).
Dans le chapitre consacré à la gymnastique pédagogique, j’ai mis en présence les deux méthodes de gymnastique pédagogique française et suédoise. Ce chapitre ne fait pas double emploi avec les deux chapitres précédents de la troisième partie crilique; il les complète par une exposition pratique (2).
De même que la maladie est provoquée par l’hypertrophie ou l’atrophie d’une fonction physiologique normale, c’est-à-dire par la rupture de l’équilibre fonctionnel, de même la gymnastique médicale prend ses racines dans la gymnastique physiologique, si bien qu’il est impossible de délimiter exactement ce qui revient à la physiologie ou à la pathologie dans l’application du mouvement. D’autre part, j’ai pensé qu’il était bon d’indiquer le pourquoi et la raison d’une méthode thérapeutique nouvelle qui donne d’excellents résultats en Suède, où elle
(1) M. ïouzin, architecte à Bordeaux, a bien voulu m’accorder sa précieuse collaboration.
(2) Ce chapitre de gymnasti((ue est suivi d’une étude très originale et toute nouvelle sur la « gymnastique dansée » que M. Emmmuel a documentée au moyen de figures schématiques du plus grand intérêt. Elles font comprendre la réelle utilité qu'il y a pour l’éducation physique des jeunes gens et surtout des jeunes filles à se livrer aux exercices de la danse pédagogique telle que la préconise l'auteur, en vue d’un but physiologique et morphologique à atteindre. Ce chapitre coraplèto celui de l’orchestique scolaire, qui forme la cinquième partie de l’ouvrage. La danse eurythmique provoque le beau geste; c’est pourquoi je remercie mon excellent collaborateur M. Emmanuel d’avoir apporté une contribution autorisée à des idées qui me sont particulièrement chères.
ost appliquée depuis un siècle, et qui tend à s'implanter en France. C’est [lourtjuoi j’ai consacré un chapitre à b'i «ymnasti(|ue médicale, au point de vue de son ajiplication jiratiipie en hygiène et en thérapeutique. Le sujet est, vaste; je l’ai traité aussi succinctement tjue [iossihle,eu m’ai>iiliquant surtout à ex[)Oser le pourquoi psycho-pathologique, mécano-physiologique et mécano-thérapeutique du mouvement dans le trailement des maladies de la nutrition et de celle des priuci[iales fonctions organiques. J’ai accordé quebjue dévelofipement au traitement des maladies du cœur par la gymnastique médicale, estimant qu’il y a quebjue chose d’utile et de bon à dire au grand public pour leiiuel cette œuvre de vulgarisation est écrite.
F. es mouvements d’assouplissement sont généralement mal exécutés par les enfants parce qu’ils sont imposés et rythmés. Si l’on ajoute à cela la valeur du caporal ou du sergent de gymnastique qui les commande, on aura une explication du peu de goût que montrent les exécutants pour de tels exercices. J’ai voulu rendre ces exercices agréables et utiles à la fois par le mouvement chanté sur un scénario composé pour les jeunes hiles et un scénario composé pour les jeunes gens sous forme d'orchestiqne scolaire. J’ai repris l’orchestique antique et je l’ai adaptée à l’école moderne en composant pour chaque scénario une série de mouvements qui entrent tous dans le plan d’une leçon type de gymnastique pédagogique. J’ai composé les scénarios et les dessins des mouvements, des gestes et des attitudes, chaque mouvement faisant fonctionner des groupes musculaires bien déterminés. Le scénario des mouvements de gymnastique pour les jeunes filles est le récit vécu et chanté de la journée d’une fermière; celui des jeunes gens est le même récit vécu et chanté de la journée d’un bûcheron. J’ai voulu éduquer en récréant. Les mouvements de gymnastique ont été composés d’après l’âge et le sexe des exécutants : les attitudes appliquées aux jeunes filles sont plus plastiques et moins violentes que celles qui sont imposées aux jeunes gens. La musique règle le rythme des mouvements, selon les effets que j’ai voulu obtenir sur la respiration et sur la circulation.
Sous la rubrique : La Science du geste, je consacre une introduction à l’orchestique scolaire, qui constitue la cinquième partie du livre. Je désigne sous ce nom les moyens qui consistent à ennoblir la beauté de la forme humaine par analogie avec l’art nécessaire dans lequel on comprend aujourd’hui l’art décoratif de la demeure.
L’art décoratif embellit la demeure par l’architecture nouvelle et par la composition artistique du meuble et de l’ustensile usuels.
Le bon goût de la masse populaire s’affine, le peuple commence à mieux comprendre les sensations d’art; c’est pourquoi j’ai pensé qu’à la beauté de la demeure devait correspondre la beauté plastique de celui qui l’habite. 11 appartenait au médecin d’entrer dans cette voie nouvelle, et de servir de conseil au pédagogue et à l’artiste.
La science du geste contribuera à mieux façonner le corps de l’enfant, et à lui donner des formes plus pures qui s’harmoniseront avec les formes heureuses et belles que l’art décoratif a introduites dans la demeure de pierre. L’école doit créer des tendances au beau; c’est contribuer à cette création que d’habituer l’œil de l’enfant à rechercher la beauté pour son corps par les beaux mouvements, par les gestes et les attitudes dans ce qu’ils ont de plus récréatif, comme le jeu d’une scène vécue dans un chant de métier. On se préoccupe, avec juste raison, de développer le sens de la beauté chez l’enfant par les belles et artistiques illustrations murales dans les écoles. L’orchestique scolaire facilitera d’autant mieux l’évolution de ce sens qu’elle souligne et renforce la sensation d’art et les pensées qu’elle éveille par le geste adéquat à cette sensation.
L’orchestique scolaire ainsi comprise aura, je crois, une influence psycho-physiologique marquée sur le développement intellectuel de l’enfant. Les méthodes changent, le besoin d’un nouvel enseignement plus scientifique, et surtout plus artistique, en gymnastique se fait vivement sentir. C’est pourquoi il est urgent, avant toute chose, de former un corps enseignant qui soit à la hauteur de sa tâche. On n’aboutira jamais tant qu’on n’aura pas de bons maîtres.
En résumant tout ce qui a été fait, observé ou écr i. jusqu’à ce jour dans un domaine très vaste et à peine explore, fai lente de melire au point la question de l’éducation physique en brance, à la lin du xix“ siècle.
! smoinjcri (>.\
.l(! ii’aiii'.iis |iu alIfMiiilri' ci- tml --aiis la ('oiil i ilniruin îles savanls ('(illalMiialciirs i|iii oui liicii voulu urari'oriloi’ leur coucoursaussi élevé i]ue |ii é•l■il•u^ . Jo leiii' ailiesse ici mes plus siticèi(îs ii'iuercieineiils. l’uisse la campaptH! iiue nous avons enlreprise eu coimiiuii coulre l’(!i'r(!ur, coiiliiUa loiiliiie et coii- (l'e reinpii'isine poiler un Jour s(;s l'niils! (aille eaïupaj^uui a été l'acilili'e par la collalioralioii des grands édileurs MM. Ilollierl.aroussii, (il parliculiéreiuenl par celle de M. .Moi'eau, le direcleur disliiigué' de la Itrrnr I ' ni n-rscl/e, (|ui consacra en 1899 un nnnii''ro spé'cial de la llrviii’ /é//c//c/o/;é(//V/ac à la jmldicalion des Irois pi'eini('ires pai lies d(' cellci élud(i.
I.e livr(‘, ayaiil élé composi' on deu.x blocs, renrerine (]U(di)nes r('diles, d'ailleurs peu imporlanles. .le signale égalenionl une coniradiclion au sni(‘l de l'emploi des ageés. Dans la Iroisiénie parlie, parue an mois de se|il(imbre 1899, el (pii lui imprimé’e dé'linili vemenl à celle ('poijue, je disais, [lage 79 : « Il n'y a pas de bons el de mauvais agrès (ui gymnastique, il n’y a que de bons el de mauvais maîtres. » (Jnebiue lem|)S [ilus lard, ajirès avoir- ('-tudié- de plirs près celte question im|iorlanle dans les r-f'clier ciies (pre Je lis pour la r édaction dir cliapilr-e Lu (li/iniiasiii/iir im'dirnic, je conclirais « ijir’il y a de bons el de nrauvais agr ès ». .l'ai écr it, d’airir e par t, au sujet de la res|)ii alion dans les exercices |diysi(]ues, qrre l'inspiration, doit se l'aire ]>ar- le ne/, et rex[)ir-alion jiar- la boirche. (î’esl l’idéal de la marneuvre r i'spiraloire; mais la r é-alili'- n’y répond pas lonjorrr's, parce (jvre cette rnanœuvr-e demande un ell'ort de volonté- constanl pour- le jeir combiné de la r-espiralion nasale el buci-ale. Or- tout exerci(-e tant soit peu intense de la lespiration atténue le pouvoir d'altenlion; il ar-r ive qrre, si l.liéor iquenrent la respiration nasobnccale est excellente, pi atiqiu'inent elle est diriicile à régler, à moins (|ire l’acte n'ar(|uière, par rentrainernent, la valeur d’un acte automatique réllexe, ce qui fait entrevoir une longue éducation, .le crois donc ([u’il faut s’accommoder simplement de la r-es|iir-alion nasale, iiui paraît êtr e la plirs pratique. Tout cela (b'-montre combien la (prestion de l’éducation jihysique est encore |ieu connue, luiisque ceux-là mêmes qui s’en occuperrt depuis de longues années sont appelés à modilier leur manière de voir au fur et à mesure qu’ils progr essent dans cette étude.
A l'aube du xx' siècle, l’horizon se découvre, les grarrdes lignes apparaissent sous la projection lumineuse des sciences biologiques. 1. 'éducation pbysiijue, comme toutes les sciences, — car- l’éducation pdiysique est urre science très complexe, — bénéticie à cette heure même de toutes les observations, de tous les essais, de toutes les erreurs, de toutes les vieilleries renouv(‘!ées, qui constituent pour elle un caiiital documentaire précieux. .V la copie servile la science a opposé l’élude des lois de la vie dans leurs manifestations mécaniques, physiologiques et psycbobigiques. Au ptblolr ibe antique et à l’entraîneur contemporain, elle oppose l'ingénieur biologiste, l'homme de science capable de mettre le mouvement en équation; de calculer algébriquement la valeur des forces mécani()ues humaines; d’analyser les phénomènes psychiques produits par le système cérébro-spinal, producteur et accumulateur d’énergies; de lixer sur le papier, par l'appareil enregistreur, le graphique des manifestations de la pensée sur la circulation sanguine, dans le plaisir et dans la douleur, dans le repos et dans l'action, dans l’état de santé et dans l’état de maladie; de révéler par des réactions I himiques les elfels de la nutrition sur la constitution du tempérament el, par celte constitution même, d’atteindre au << pourquoi » du caractère et de la volonté.
Que de chemin parcouru! Par quel saut de géant la science nous a permis de franchir en ces dix dernières années l’amoncellement d’erreurs déposé sur nos pas par les tiiècles passés!
(Jù l’empirisme et le snobisme avaient mis du désordre, nous avons voulu mettre un jieu d’ordre par l’esprit de méthode, l.’emjiiiismo procède aveuglément, par à-coups et par bonds; la science ]iro(-ède lentement el avec esprit de suite. Nous avons sérié- les iiuestions pour les mieux résoudre; dans cette œuvre nous avons eu le grand honneur d’être compris par des hommes éminents, et la joie jirofonde d’être suivi ]iar la jeunesse du sud-ouest de la France.
Les livres ont leur sort. (Quel sera le sort de celui-ci'? Puisse ce livre, résumé de quinze ans de recherches, servir un jour de contribution à une étude plus approfondie encore du mouvement et de la pensée dans leurs rapports indissolubles avec 1 individu, avec la société, avec la race!
D< l'Iiilipiie l'ISSIÉ.
Introduction.
Cent ans d’erreur. — L’éducation physique en France au XIX" siècle. — Le rôle de l État. — Le rôle de l’initiative privée.
Avant d’abordei- le pi-oblfune si délicat et si complexe du mouvement physique dans ses rapports avec le développement de la volonté, du caractère et de l’intelligence, selon le tempérament, la race de l’individu et le milieu dans lequel il évolue, j’ai cru indispensable, puisqu’il s’agit d’une n-uvre française, de fixer tout d’abord un point de l'iiistoire de l’évolution physique en France, dans le xix" siècle.
Celte élude rapide pourra peut-être servir de jalon indicateur fi ceux qui, plus tard, voudront jeter un regard sur le passé atin de le mieux comparer avec le présent.
.Je me suis appliqué h rechercher quelles ont été les causes qui nous ont mis, jusqu'à ce jour, en état d’infériorité vis-à-vis des autres nations en ce qui concerne l’éducation physique; quel a été le rôle de l’État et celui de l’initiative privée. Pour cela j’ai résumé les principaux rapports officiels, les circulaires ministérielles, les lois et les décrets, et j’ai mentionné les diverses manifestations de l’initiative privée dans les Congrès, les dissertations académiques, les concours physiques, les livres, lesjournaux, les fondations d'associations d’exercices pliysiques, etc. Ce travail d’ensemble m’a amené à diviser le xi.x® siècle en sept périodes bien distinctes, se rappoi-tant chacune à un état d’esprit différent dans la façon de comprendre et d’appliquer l’éducation physique.
L’évolution des idées à cet égard a subi bien des heurts et bien des arrêts.
La première période, celle de l’Epopée napoléonienne et des combats, s’étend du commencement du siècle jusqu’aux Cent-.Jours. L’éducation physique est toute militaire, la marche, l’escrime el le tir en sont la base. Napoléon ne saisit pas l’importance d’une éducation physique bien appliquée à la jeunesse, les lycées ne sont pour lui que l’antichambre de la caserne; des marcheurs et des tireurs lui suffisent. En soldat, il avait si mal compris l’éducation de la jeunesse scolaire que, même jusqu’à ce joui-, le proviseur est plutôt considéré comme le colonel d’un régiment que comme le père des enfants qui lui sont confiés et l’ami des professeurs chargés de l’enseignement. Le tambour résonne encore dans les cours comme au régiment ; quant aux répétiteurs, ce sont des adjudants de quartier plutôt que les frères aînés des élèves. P'acés entre ceux-ci et leurs chefs, leur situation est ([uelquefois peu enviable. Elle l’était bien moins jadis! il fallait qu’elle fi’it bien triste pour avoir inspiré en 1842, à 'Victor Hugo sa poésie Le Maître d'études:
Ne le tourmentez pas, il souffre. Il est celui Sur qui, jusqu'à ce jour, pas un rayon n'a lui ;
Oh ! ne confondez pas l'esclave avec le maître I
(th I (]ue votre pensée aime, console, encense Ce sublime forçat du bagne d’innocence!
Ce forçat des Contemplations, d’il y a cinquante ans, est aujourd'hui un homme libre, car une pédagogie nouvelle mieux comprise tend à lui accorder une place plus grande, plus personnelle et plus indépendante dans la direction de la jeunesse. Le maître d’études ne doit plus êire l'adjudant, le « chien de quartier», le pion vuitu barbaro, il doit devenir de plus en plus le collaborateur intelligent, dévoué el précieux de ses chefs, c’est-à-dire de ses amis hiérarchiques, en même temps que le frère aillé des élèves dont il a la garde. C’est d’ailleurs ce qui commence à ( xisler.
La seconde période s’étend de 1815 à 18'(5, c’est la période Arnorosienne. Une réaction va s’opérer. Après la grande tourmente guerrière, las de combattre, on aspirera au repos, on délaissera les exercices physiques. Cependant l’arrêt ne se produira pas tout à coup. La somme d’énergie est encore triqi élevée, la machine mise en train par Napoléon continue à marcher. Ce besoin éphémère d’action s'accuse par l'importance donnée à la gymnastique d’.-Vmoros, directeur d'un Institut gymnastique à Madrid. Colonel de l'année espagnole, il s’était attaché à la fortune du roi .losepli, et vint s’établir à Paris, où il fonda un gymnase en 1815. Sa méthode athlétique est devenue la méthode française. En transformant le triangle de Clias (//y. 1) en trapèze, il ouvrit la porte à tous les abus et à toutes les acrobaties. Très soutenu par les pouvoirs publics, son succès fut cependant de courte durée, car sa méthode trop athlétiiiue ne donna pas de bons résultats dans l’enseignement secondaire. Elle fut introduite dans l’armée. Elle y fut d'autant mieux acceptée que Napoléon avait créé de fortes tendances militaires. Aujourd’hui encore on ne ])eut comprendre la gymnastique sans l’armée. C’est pouripioi nous verrons depuis .àinoros jus(|u'à nos jours tous les elïorts et toutes les tendances di-
f/EDUCA TI ON PHYSIQUE
riper l’éducation (ihysique vers un seul but : le régiment. L’école militaire de gymnastique de .ioinville-le-l’ont, giirilienne des traditions amorosieunes, fournira des iustriicteiirs aux lycées, collèges et écoles primaires pendant tout un siècle et compromettra ainsi la santé du pays par une mauvaise métliode d’enseignement pédagogique. 11 ue saurait être question encore do l'éduealion pliysique. Nous assisterons è de grandes manifestations et îi des parades ; nous applaudirons le généreux dévouement de patriotes clierchant à bien faire, mais faisant mal à cause de l’erreur amorosienne que ses successeurs et disciples ne feront ([u’aggraver. La dominante que la guerre de 1870 renforcera davantage sera toujours l’armée par l’athlétisme militaire.
Dans la devise Litchis pro Patna, on ne verra que le champ de bataille, au lieu d’y voir la grandeur de la Patrie par la santé publique, appliquée non aux travaux de la guerre mais à ceux de la paix. Cette fausse conception du Jeu pour la Patrie a poussé à un chauvinisme fulgurant, à des manifestations souvent regrettables; quebiues-unes ont été grotesques, comme les bataillons scolaires, ()our ne citer que celle-là. ün a joué au soldat au lieu de jouer à l’homme libre et fort dans l’indépendance et dans la responsabilité que la caserne atténue forcément.
La troisième période, celle de VImitation, va de I845 à l8ti8; on s’aperçoit que la gymnastique prend une grande importance en Europe, on imite sans trop de conviction. Divers systèmes de gymnastique sont essayés, on rédige de beaux rapports, mais en pratique rien de sérieux n’est tenté.
La quatrième période, celle des Réformes udminislratives, brève mais importante, va de 1868 à 1870. Le grand homme qu’était Duruy avait compris la valeur de l’éducation physique. Le rapport du D'' Hillairetet la circulaire ministérielle du 3 février 1867 fixent un point important de l’histoire des exercices.
La cinquième période s’étend de 1871 à 1887, c’est celle de la Revanche. Plus que jamais les tendances sont guerrières, plus que jamais la caserne p'nèlre dans l’école, plus que jamais l’enfant et l’adolescent jouent au soldat. Plus que jamais le cerveau est mis à contribution, car le vainqueur est « l'instituteur allemand ». Un mot!... Le mot a tant de puissance en France !
La sixième période, celle de la Science médicale, va de 1887 à 1890 ; l’Académie de médecine y attache superbement son nom en protestant contre le surmenage intellectuel et eu réclamant une plus large part pour les exercices physiques en plein air et pour les récréations libres et actives. La circulaire ministérielle du 7 juillet 1890, avec celle du 3 février 1869, sont les deux grandes circulaires du siècle en ce qui concerne l'application de l’éducation physique; elles fixent toutes les deux un point de l’histoire pédagogique en France. Mais l’inocu'ation napoléonienne, renforcée par le souvenir de 1870, est telle que les savants euxmêmes s’adressent encore à l’armée pour fournir des instructeurs de gymnastique. Ces instructeurs ne possédant que peu d’instruction et une éducation rudimentaire vont compromettre la réforme.
La septième période s’étend de 1890 à 1900, c’est celle de la Renaissance physique, ou mieux de Vlniliative privée. Jusqu’en 1887 l’initiative privée avait somnolé; son réveil est dû à plusieurs causes : la première, entre toutes, est l’apparition de la bicyclette, qui donne des leçons de choses vécues, d’exercices en plein air. Cette période est féconde en travaux sérieux. Une réaction s’opère : on donne plus de liberté à l'enfant, on provoque son initiative, de très nombreuses associations de jeux scolaires ou post-scolaires sont fondées. Plusieurs Congrès sont organisés. A la suite du premier Congrès international de l'éducation physique tenu à Paris pendant l’Exposition universelle, et comme conclusion pratique à des travaux qui sont très importants, des réformes sont apportées aux programmes de l’enseignement physique de l'Université et de l’armée, ün commence à mieux y voir et à mieux comprendre. La science éclaire et aère tout. Une ère nouvelle est ouverte.