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LA BICYCLETTE

Mesdames, Mesdemoiselles,

Je commence ce chapitre comme une conférence. Mais, rassurez-vous — d’ailleurs, vous en seriez quittes pour ne pas me lire — je n’ai point l’intention de risquer des développements oiseux sur les avantages du sport vélocipédique, sur les mérites comparés de la jupe ou de la culotte, etc.

Le préambule du chapitre sur la bicyclette doit tenir en quelques lignes.

D’abord, cette agréable constatation, que la « petite reine » compte toujours parmi vous beaucoup de ferventes.

Et, pourrait-il en être autrement, si l’on considère à la fois la facilité d’apprendre, de pratiquer

le sport vélocipédique, et les avantages qu’il pro- -

cure, permettant des excursions assez longues et

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encore plus hygiéniques, amenant à se lever de bon matin pour aller respirer à pleins poumons un air frais -et pur. Voilà un remède efficace pour donner même à des neurasthéniques, le goût, la joie de vivre, grâce à une heureuse diversion et à une excellente cure d’oxygène.

Quant au costume, surtout avec les bicyclettes de dames, qui se font depuis quelques années, la jupe l’emporte décidément. Elle est seyante pour toute jeune fille, pour toute femme, quelle que soit la conformation de celle-ci. De plus, elle offre l’avantage pratique de ne pas obliger à un changement de costume qui s’imposerait plus ou moins en mainte occasion, au cours ou à la fin d’une promenade, si l’on portait une culotte. Par exemple, veut-on rendre une visite, ou simplement entrer dans un grand café, dans un grand restaurant, en ville ; veut-on terminer le trajet en chemin de fer ou revenir par ce moyen de locomotion ? La jupe se prête mieux à ces diverses circonstances.

A Paris, surtout, je sais bien, la bicyclette est moins « chic » qu'autre fois.

La vogue de l’automobile lui a nui.

Puis l’abaissement du prix des machines, ayant forcément démocratisé le' sport vélocipédique, a contribué à lui enlever une partie « select » de sa clientèle.

Où sont les temps où des cyclistes aussi élégantes que nombreuses sillonnaient les allées du Bois ?

La Reine Bicyclette, détrônée comme mainte autre souveraine, bénéficiera-t-elle d’une Restauration et retrouvera-t-elle de fidèles sujettes, meme dans le monde « smart » ?

En dehors de toute question de mode, il faut reconnaître que le nombre et la vitesse des automobiles, que l’on croise au Bois et aux alentours, peuvent inquiéter beaucoup de cyclistes des deux sexes.

Pédaler en famille, avec femme et enfants, devient moins tentant en des endroits où il faut avoir l’attention aussi en éveil.

Et cela doit préoccuper plus que la question de savoir si la bicyclette est «chic» ou non.

En province, sauf sur les routes, les voies particulièrement fréquentées par les autos, les mêmes appréhensions n’ont plus leur raison d’être.

Et un peu partout, nous le répétons, la bicyclette a gardé beaucoup de fidèles.

Des Parisiennes même qui laissent leur bécane an rancart tant qu’elles sont à Paris, la retrouvent avec joie une fois en villégiature.

Avant de partir, elles vont parfois s’entraîner dans le manège qui fut le théâtre de leurs premiers débuts vélocipédiques. Elles y conduisent aussi leurs enfants, et l’on voit des garçonnets, de ravissantes fdlettes de six ans, et même moins, — ce qui est un peu excessif — montrer une précoce assurance sur de minuscules bicyclettes à leur usage.

Les professeurs estiment qu’à six ans les enfants peuvent commencer à monter.

(Quant à la limite d’âge, on me dit, dans un manège, avoir mis en selle une débutante de soixante ans, et un novice de soixante-quinze ans.)

Fillettes et garçonnets apprennent rapidement.

Pour les jeunes filles, les femmes, il faut en moyenne une douzaine de séances. (Le prix se traite d’ordinaire à forfait, qu'il faille plus ou moins de leçons.)

Si l’on a des dispositions, on arrive en quelques séances à évoluer toute seule dans le manège ; mais même alors, on ne vous délivre pas tout de suite votre exeat , autrement dit, on ne vous déclare pas encore : « Vous pouvez sortir, circuler à bicyclette dans Paris » .

Fig. 41. — Une famille américaine (famille van Wanamaker), où le goût de la bicyclette et du tricycle n’attend pas

le nombre des années. Cliché Delton.

Il faut quelques séance^ complémentaires pour achever de vous donner de la sûreté, de la facilité dans la façon de diriger votre bécane, d’augmenter et de ralentir l’allure, de tourner, d’arrêter, de descendre.

En somme, le nombre des leçons, la durée du

stage varie suivant les aptitudes et le sang-froid

ou la nervosité de l’élève.

Principes généraux pour apprendre à monter à bicyclette :

N’être pas trop nerveuse, mettre dans les mouvements autant de souplesse que possible, tâcher de faire cela comme si c’était très facile ; cela devient tel.

Dans les premières leçons, on donne à l’élève une ceinture en cuir épais, munie d'une boucle spéciale par où le professeur puisse la tenir.

Le professeur, restant à pied et tenant l’élève par cette boucle, lui apprend à manier le guidon pour se diriger, pour se maintenir en équilibre, puis à appuyer sur les pédales tout en maniant le guidon.

L’élè\e doit agir sur les pédales sans trop engager le pied et en tenant la pointe aussi élevée et le

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talon aussi bas que possible, pour avoir plus d’appui et de sûreté, — surtout au début.

Lorsque le professeur voit que la. débutante commence à manier le guidon avec aisance, à se bien diriger, non seulement en ligne droite, mais aussi aux tournants, aux virages, en gardant bien l’équilibre, il lâche la boucle, — sans prévenir l’élève, pour ne pas lui enlever la confiance que loi donne la croyance d’être tenue par la ceinture.

11 le lui dit après qu’elle vient d’aller à bicyclette toute seule.

11 remet la main à la boucle, et au besoin soutient l’élève par un bras, par les épaules, s’it voit qu’elle perd l’équilibre.

Les progrès continuant, la débutante fait un tour de manège, sans être tenue par la boucle, puis plusieurs tours, tandis que le professeur la suit au pas gymnastique, prêt à la soutenir.

Dans les leçons suivantes, il accompagne l’élève en se tenant lui-même à bicyclette, et en prenant d’abord d’une main le guidon de son élève, tandis qu’il se dirige de l’autre main.

De temps en temps, il lâche le guidon de son élève qui achève de prendre confiance en ellemême.

Bientôt elle évolue toute seule dans le manège.

DES JE LA ES FILLES

Lorsque les professeurs vous déclarent capable de vous promener au dehors, ils vous recommandent, bien entendu, la prudence, le calme, le sang-froid, et ils ajoutent : « Les premières fois que vous rencontrerez une voiture, habituez-vous à ne pas la fixer. Regardez plutôt le côté de la route ou de la rue que tous devez suivre. »

Il ne faut pas qn’il y ait « attraction » de la bicyclette vers la voiture !

On s’habitue vite d’ailleurs, à circuler aisément, sans accroc.

Très connues sont les prouesses que pent exécuter une femme à bicyclette.

Nous ne conseillons nullement à nos lectrices de chercher à battre des records de vitesse ou de fond.

Pas d’allure excessive et pas de courses trop longues, trop fatigantes.

En fait d’exploits féminins, rappelons que des courses de femmes furent quelque temps à la mode

dans les vélodromes, et que des professionnelles rivalisèrent même avec des coureurs.

Dans les music-halls, on sait quels miracles

acrobates, femmes et enfants compris, évoluant sur des pistes minuscules.

Le genre « casse-cou » a valu une notoriété spéciale à Mlle Hélène Dutrieu, entre autres, la créatrice du fameux exercice dit : « La Flèche Humaine » (1).

Voilà qui ne rentre pas du tout dans « l’éducation physique et sportive des jeunes filles ».

(1) Rappelons comment cet exercice était exécuté à l'Olympia. On l’a décrit ainsi :

« L’appareil se compose d’une piste descendant à pic pendant trente mètres, se relevant dans le bas comme pour décrire un V, puis coupée court. A quinze mètres de là, une plate-forme se continuant en pente douce aboutit à une sangle à laquelle sont attachés deux sacs de sable.

« Attention ! A peine ai-je le temps de lever la tête que j’aperçois une forme blanche dévalant sur une bicyclette, remontant un peu et telle une flèche humaine, droite et d’aplomb sur sa machine, l’intrépide et toute gracieuse cycliste franchit le vide en un bond formidable ; puis, retombant sur la seconde plate-forme, va s’arrêter au bas de la pente. Le tour complet a duré 4 secondes. »

accomplissent des familles de cyclistes

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