LA PÊCHE
La pêche d’agrément est comptée d’ordinaire au nombre des sports; on peut l’admettre, car certaines pêches demandent beaucoup de force, d’agilité et d’adresse. La pêche à la ligne, elle-même, tant plaisantée, est à la fois un art et un sport. Seulement il y a pêcheurs et pécheurs : les maladroits sont en forte majorité.
Je n’irai pas jusqu’à répéter, à leur intention, la définition célèbre : « Une ligne est un instrument terminé d’un côté par un imbécile et de l’autre par une bête » . Cette définition est d’autant plus inexacte que souvent, il n’y a rien au bout de l’hameçon.
On peut dire du moins que beaucoup de pêcheurs à la ligne n’entendent presque rien à cet art, qui demande une pratique longue et raisonnée.
Savoir ou va le poisson, ou va telle espèce plutôt que telle autre, quel appât attire les uns et non les
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autres, quelle époque, quelle heure convient pour telle sorte de pêche, tout cela constitue une science et un art très compliqués. ... plus difficile souvent que la chasse ; car il faut deviner là ce qui se passe au fond de l’eau, dans le « lit mystérieux» de la rivière.
Ces difficultés de la pêche, la science et l’adresse qu’elle demande justifient le goût très vif qu’elle inspire aux pêcheurs comme aux pêcheuses habiles.
On a dit, il est vrai, que la pêche à la ligne comportait beaucoup de patience, et que, par conséquent, elle ne convenait guère aux femmes.
En réalité, elle demande sans doute de la patience; mais surtout pour ceux qui, ne s’y connaissant pas, restent des journées entières sans rien prendre.
Pour les autres, il n’en est pas ainsi. Puis, c’est un sport où il faut de la ruse, de la finesse.
Les pêcheuses ne manquent point, par exemple, sur les prés fleuris qui bordent la Seine et la Marne.
Si des passants ou des passagers narquois répètent sur tous les tons : « Eh bien, çà mord-il ? » elles font bonne contenance, et le moindre goujon qui frétille au bout de l’hameçon les a vite consolées.
D’aucunes finissent par avoir la passion de la
pêche, comme les vieux écumeurs de Marne ou de Seine, et, de même, rivalisent d’habileté avec eux.
Elles connaissent, comme eux, les habitudes du poisson, les bons endroits reconnus avec la sonde, les « falaises » chères aux carpes ou les remous fréquentés par les chevaines.
On sait d’ailleurs que dans ces concours de pêche qui ont pris une curieuse extension, nombre de pêcheuses viennent bravement s’aligner ; — le coup d’œil est amusant. — Dans un des premiers concours que nous avons vus, Mme Couraud, forte femme, prompte à riposter aux loustics, obtint le troisième prix, qui lui valut un revolver et un lapin!
On a fait souvent la physiologie du pêcheur à la ligne. Celle de la pêcheuse est moins banale.
Certes, parmi les femmes qui, le jour de l’ouverture, braquent leurs lignes tout le long de la Seine, des types bien différents se rencontrent.
Il en est de tous les âges; puis, il y a des pêcheuses improvisées à telle ou telle occasion.
Mais, d’une façon générale, la véritable pêcheuse offre ce caractère distinctif : c’est une femme d’intérieur, à la conscience pure.
En général, elle appartient à la petite bourgeoisie,
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est petite rentière, retirée des affaires après fortune faite.
Calme clans son modeste ménage, la voici, en revanche, facilement nerveuse dès qu'elle pratique son sport favori.
Ne lui parlez pas, ne la troublez pas, ne troublez pas le poisson ! Je plains le mari qui trempe du bouchon près d’elle, surtout si sa pêche est plus heureuse. Rien de tel que la pêche à la ligne pour amener la discorde entre les Philémon et Baucis des bords de rivière.
La pêche à la ligne ne compte pas seulement parmi ses fidèles de petites boutiquières en retraite.
Depuis quelques années surtout, elle devient à la mode dans les milieux mondains.
Avant d’insister sur ce point, je constate que plusieurs, parmi nos plus charmantes artistes, ont émaillé les berges de la Seine.
Je me rappelle que Mnie Grisier-Montbazon faisait souvent des pêches abondantes près de l’écluse d’Asnières, au beau temps où ces parages étaient encore poissonneux.
Elle était d’ailleurs à bonne école et rencontrait
là des pêcheurs émérites, tels que le regretté professeur d’escrime Jacob, ^président de l’Académie d’armes. Jacob connaissait à merveille son fond de Seine, et excellait à « ferrer » le poisson d’un petit mouvement sec qu’un de ses élèves appelait « un contre de carpe » .
Mme Marguerite Ugalde est une fervente de la pêche.
Mme Tarride, alias Mlle Marthe Régnier, l’exquise « Josette » du Gymnase, est la terreur des poissons, à Bois-le-Roi.
Citons aussi Mme Segond-AVeber ; cependant il paraît que tout en trempant le bout de sa ligne dans les flots de la Marne, elle pense aux rôles de sa brillante carrière, ou se laisse aller à diverses rêveries plutôt qu’elle ne se préoccupe sérieusement de prendre du poisson.
Dans la pêche, elle voit surtout l’occasion de se reposer agréablement au frais, loin des tracas de Paris, et de réfléchir avec calme aux vicissitudes des choses de ce monde. Ce n’est point un cas isolé — et les poissons ne peuvent que s’en réjouir.
Plus redoutable pour eux est Mme Jeanne B. , plantureuse artiste qui fit gémir les planches du Châtelet.
Elle n’a guère de rivales pour captiver le pois-
son avec des appâts divers. Non seulement elle n’ignore pas la dextérité, la légèreté de poignet nécessaires pour que les secousses d’une belle pièce ne vous « cassent » pas ! Mais elle possède même ces qualités à un haut degré et le montre bien lorsqu’il s’agit de prendre un beau poisson. Elle sait qu’il faut le fatiguer avant de pouvoir l’amener dans l’épuisette (*), sous peine de voir la ligne se briser.
On conte qu’un beau jour, une brème superbe, pesant je ne sais combien de livres, ayant entraîné en Marne la ligne de Mme Jeanne B..., la vaillante pêcheuse, doublée d’une nageuse émérite, sauta dans la Marne et repêcha la ligne et la brème après une poursuite épique sous le viaduc de Nogent.
Mais tout porte à croire que c’est une histoire de canotiers ou de pêcheurs, destinée à faire pendant à ces histoires de chasseurs, qui témoignent de plus d’imagination que d’amour de la vérité.
Dans les milieux mondains, il ne manque pas de jeunes filles et de femmes élégantes qui mettent la pêche au programme des plaisirs de leurs villé-
(1) L’épuisette est indispensable, dès que l’on pêche un poisson de quelque poids, à partir d'une demi-livre.
giatures; et ce mouvement s’accentue depuis quatre ou cinq ans.
Quelques-unes vont même jusqu’en Écosse et en Irlande pêcher la truite. C’est un peu loin, et, d’ailleurs, que de jolies vallées l’on trouve en France où l’on peut pratiquer ce sport !
La pêche à la truite à la mouche art ificielle comporte de sérieuses difficultés.
A une grande souplesse de poignet, à une remarquable justesse de coup d’œil pour lancer l’appât avec précision à l’endroit voulu, il faut joindre une parfaite connaissance de la mouche à employer suivant les heures de la journée, et aussi selon le temps qu’il fait. Dn reste, c’est une pêche si complexe qu’elle fait l’objet de livres spéciaux.
Elle forme un sport à la mode, parmi les grandes dames d’outre -Manche.
En France, on cite parmi nos pêcheuses mondaines, la duchesse d’Uzès, la comtesse de Bryas, la vicomtesse de Larochefoucauld, la baronne Roger, Mrae Pierre Lebaudy, la comtesse de Fels, etc.
Une autre pêche « active » plus facile et très simple, pour prendre des brochets, se pralique avec l’engin spécial, dit « cuiller », en bateau.
Elle n’est pas autorisée parlout.
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Les genres de pêche les plus ordinaires comporteraient eux-mêmes de nombreux détails qui ne rentrent pas dans le cadre de ce livre.
La pêche est un sujet trop complexe, pour que nous puissions le traiter en un chapitre.
Ajoutons simplement quelques indications générales à l’usage de nos aimables lectrices, au sujet de la pêche à la ligne flottante, et, en nous en tenant à la pêche sédentaire, qui peut se pratiquer soit au bord de l’eau, soit dans un bateau solidement immobilisé par des pieux.
Si l’on pêche dans une petite rivière, il n’est pas besoin de bateau ; autrement il est préférable de s’installer en bateau pour se mettre à 3 ou 4 mètres du bord, — ce qui vous dispensera d’avoir une gaule aussi longue et vous évitera aussi des fatigues.
La première précaution à prendre est de reconnaître le fond de la rivière au moyen de la sonde pour choisir une place où sur une dizaine de mètres carrés .à peu près vous ayez un fond aussi égal que possible. Connaître le fond, c’est un point essentiel : beaucoup ignorent cela, ne pêchent pas à la profondeur voulue et s’étonnent de revenir si souvent bredouilles.
Sauf l’ablette, que vous rechercherez entre deux eaux, pêchez à fond les poissons que nous signalons à vos coups.
Pour le goujon, qu’il y ait même une légère traîne de i ou 2 centimètres, et, pour ce poisson, choisissez des fonds de lm,50 à 2m,50.
Pour legardon et le chevaine(ouchevaune),des fonds de2 à 3,n,50.
Dans les fonds de 4 à 5 mètres, ce sont les gros poissons que l’on pêche. Cela devient un sport plutôt masculin, nécessitant plus de patience, un amorçage compliqué, réitéré; il demande plus de tranquillité, exige une certaine force de poignet et peut amener une fatigue qui ne serait pas toujours de votre goût.
Cependant, un certain nombre de ferventes pratiquent ce sport, avec d’excellents résullats.
Pour pêcher avec succès, il faut employer des amorces et des appâts bien choisis, variant selon les saisons et époques de l’année, suivant l’espèce de poisson que l’on veut prendre et aussi, selon les endroits où l’on pêche.
Les amorces ont pour but d’attirer et de réunir le poisson à l’endroit choisi, ou plutôt aux endroits choisis; car il est bon d'amorcer à plusieurs places à quelques distances les unes des autres (1j.
Les appâts, qui se divisent en deux grandes catégories, appâts naturels et appâts artificiels (2), se placent ou s’accrochent à l’hameçon.
La plupart des éléments qui composent les amorces se mettent aussi à l’hameçon comme appâts.
Quant aux moments où l’on doit employer les amorces, cela varie.
Il en est que l’on met dès la veille au soir et le matin avant
(1) La capture d’un poisson qui s’est vivement débattu, ou sa fuite après une résistance couronnée de succès, peut éloigner au moins un instant ses congénères, troublés, effrayés. En attendant que le calme se rétablisse en cet endroit, on va pêcher un peu plus loin, à une autre place amorcée.
(2) Pa. exemple, des vers de terre, des grains de blé, forment des appâts naturels, tandis que des imitations d’insectes, diversement fabriquées, forment des appâts artificiels.
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de commencer, puis de temps en temps, en rivière, — et avec lesquels on attire toute espèce de poissons.
D'autres se mettent une ou deux heures avant de pécher, en rivière, sans que l’on ait besoin de renouveler la dose pendant la partie projetée, et conviennent plus spécialement à tel ou tel genre de poisson.
Il y aurait de nombreux détails à donner à ce sujet, en distinguant divers cas.
Quant aux éléments simples ou composés, car il y a de savants mélanges, — qui forment les diverses amorces, — nous chercherons d’autant moins à les énumérer que beaucoup d’entre eux pourraient répugner à nos aimables lectrices. Ils ne sont certes pas tous, Mesdemoiselles, d'un maniement seyant à vos blanches mains (*). Le poisson n’est pas toujours très délicat dans ses goûts, bien au contraire. J’hésite même à vous parler des vers de vase et des vulgaires asticots. Puis, vous ne pouvez guère pétrir des pelotes d’amorces.
Ce que je puis me permettre, à coup sur, de vous recommander, c’est le blé cuit, le pain de chènevis, que vous trouverez tout prêt chez les marchands d’ustensiles de pêche, où il est appelé « noquette ». C’est encore le fromage de gruyère...
Et avec ces amorces, vous pouvez déjà prendre beaucoup de belles pièces.
L’espoir de rapporter un barbillon de six livres, grâce audit fromage, dont il est très friand, ne vous est point défendu.
Le grain de blé cuit attire le gardon, le chevaine, la brème, etc.
(1) Il est vrai que vous pouvez faire amorcer par d'autres personnes, par des mains masculines, qui, notamment, prépareront les pelotes de terre grasse que l’on triture avec des asticots, du blé cuit et du sang de bœuf caillé. (D’autres recettes spéciales, trop nombreuses, pourraient être indiquées.)
On jette ces pelotes en amont, à quelques mètres de l’endroit où l’on veut pêcher. Elles vont au fond, se désagrègent par l’action de l’eau, et les amorces entraînées par le courant attirent en foule les poissons.
La noquette est bonne pour les mêmes poissons.
Bornons là nos explications sur les amorces : en tout cas, le principe de la nécessité de tendre ve premier piège, préparatoire, est bien établi, n’est-ce pas. Mesdemoiselles? Songez donc : si jolies que vous soyez, cela ne suffit pas à attirer le poisson, à le grouper aux alentours de votre ligne. Et, de même que les moineaux n’accourent auprès de vous que si vous leur jetez de la mie de pain, les poissons ne viennent se grouper à l’endroit choisi que si vous y avez jeté ou fait jeter assez abondamment les « friandises » indiquées.
Cela dit sur la préparation de la pêche, arrivons à l’exécution, en prenant simplement, à titre d’exemples, quelques pêches faciles pour jeunes filles.
Vous voulez u taquiner » le goujon, ou plutôt faire mieux, le prendre bel et bien. Vous en voulez aussi aux ablettes.
Prenez une ligne montée sur crin léger. A propos des lignes, des hameçons, des cannes à pêche de divers genres, et de tous les engins accessoires employés par les pêcheurs, que d’explications il y aurait à donner, en distinguant un grand nombre de cas!
Pour le plombage des lignes, rappelons simplement que la flotte doit se tenir verticale dans l’eau et enfoncée des deux tiers; on mettra donc autant de grains de plomb qu’il est nécessaire pour obtenir ce résultat.
Ayez deux et même trois hameçons à votre ligne pour l’ablette, deux pour le goujon; quant au gardon, un seul.
Pour la façon d’accrocher les appâts, il faudrait aussi d’assez longs détails. A notre avis, pour le grain de blé, la pointe de l’hameçon doit légèrement dépasser (mais à peine, bien entendu). Le poisson se ferre ainsi beaucoup plus vite, et vous aurez moins de ratés .
La façon de ferrer peut varier non seulement suivant le genre de poisson, mais aussi selon le genre d’appât. Si c'est un ver de
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terre que l’on a accroché à l’hameçon, on laissera bien mordre avant de ferrer. Au blé, au pain, au sang caillé, il faut ferrer vivement dès que la plume s’enfonce.
Répétons, une dernière fois, que nous ne prétendons point faire une sorte de traité d’un sport aussi complexe.
Et revenons. . . à nos goujons.
Ils forment, vous le savez, une excellente friture. Puis c’est une pèche très facile. Ils mordent au petit ver de terreau ; et plus vous troublerez l’eau au moyen d’une perche, d’un rateau, plus le goujon viendra sur votre coup. En effet, il se nourrit de petits vers, d’animalcules, que l’agitation de l’eau fait remonter.
Par exception, c’est un poisson que le bruit n’effraie pas.
Si vous voulez une bonne place pour cette pêche, choisissez les abreuvoirs où viennent se baigner les chevaux et où le fond de l’eau est constamment troublé.
Le goujon se trouve ainsi tout amorcé. Il mord franchement après quelques secousses, puis entraîne vivement la flotte qui disparaît. Ferrer alors franchement par un petit mouvement sec du poignet (1).
Pour la pêche à l'ablette, on emploie les cannes les plus fines,
(1) Un genre de pèche amusant pour ce poisson se fait à l’aide d’une carafe spéciale, dite « à goujons » pouvant contenir plusieurs litres d’eau.
Le fond de ce récipient est renforcé on forme d’entonnoir avec un trou qui ne doit pas avoir plus de trois centimètres.
Fermer le goulot avec un bouchon au milieu duquel on pratique un petit trou où passera un tuyau de plume ou de pipe très mince destiné à maintenir ce trou ouvert afin d’établir un courant d’eau.
Mettre dans la carafe du son et un peu de pain de chènevis en proportion suffisante et la placer au fond de l’eau, le goulot contre le courant.
De la carafe s’échappe un peu d’eau mêlée de son et de pain qui sert d’amorce; le goujon entre par l’entonnoir dans le récipient. II ne peut sortir, à cause des aspérités pratiquées sur les bords ou des pointes saillantes qui y ont été placées.
Lorsque le récipient est rempli, on le tire de l’eau, on ôte le bouchon, et après avoir enlevé es oissons, on remet dans l’eau la carafe ou « goujonnière
comme pour les poissons du même genre ; on prend les plumes les plus légères, les plus minces. La flotte obéira au moindre toucher de l’ablette qui s’enfuit après avoir mordu très légèrement. On ferre rapidement, mais sans effort, d’un petit coup sec du poignet.
Un moyen très simple d’amorcer est de jeter toutes les dix minutes une poignée de son dans la rivière; vous verrez alors les ablettes abonder.
Ajoutons qu’elles sont très nombreuses dans les rivières peu profondes, mais ayant quelque courant.
Pour la pêche au gardon, il est préférable d’avoir une ligne montée sur crin ; néanmoins, comme beaucoup de jeunes filles, de femmes, sont plutôt nerveuses à la pêche, on peut leur recommander de monter leurs lignes avec de la racine anglaise très fine et teintée.
On obtient, pour ainsi dire, d’aussi bons résultats. Et vous éviterez ainsi, Mesdemoiselles, la surprise désagréable d'aêtre cassées » par une belle brème ou par un chevaine.
Vous n’aurez pas l’ennui de remonter tout le bas de vos lignes plusieurs fois au courant d’une partie de pêche (*).
Rappelez-vous, d’autre part, que pour ne pas donner trop de prise aux efforts, aux secousses d’un poisson vigoureux qui se débat et cherche à briser la ligne, rappelez-vous qu’il faut remonter alors la canne dans une position demi-verticale, pour éviter qu’il y ait tension directe II faut qu’il y ait de la flexibilité, du balancement, que le scion (1 2) se courbe sans arrêt brusque.
Au sujet du gardon, ajoutons qu’il demande une amorce sérieuse.
(1) Les fanatiques de la pêche préfèrent « être cassés », remonter leurs lignes, et P’ oir l’immense joie d’amener sur un simple crin, grâce à la dextérité de leur poignet, un poisson d’une livre dans l’épuisette.
(2) Scion : partie la plus légère, à l’extrémité d’une canne à pêche.
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Il est fort défiant, frôle à peine l'appât et le quitte dès qu’il sent de la résistance.
11 faut donc suivre du bras le mouvement de la flotte (qui doit être très légère), sans bouger le corps, en évitant de faire sentir de la résistance au poisson, que l’on prend ainsi et que l’on doit ferrer rapidement.
Le grain de blé (cuit) forme en juin, juillet et août un excellent appât pour le gardon.
Quelques détails sur la pèche à la tanche, poisson qui habite surtout les lacs et les étangs ; les eaux dormantes lui conviennent, et comme il vit très bien sur les fonds vaseux, on le trouve dans des fossés, dans de petits étangs ou serves. Aussi y a-t-il là une ressource pour les pêcheurs et les pêcheuses se trouvant dans une propriété rurale éloignée d’un cours d’eau.
Ajoutons que l’on peut le nourrir dans des viviers ou de petits réservoirs.
Pour ferrer la tanche, il vaut mieux attendre que le bouchon disparaisse sous l’eau : donner alors un bon coup de poignet, et ramener la tanche que l’on prend dans l’épuisette. En rivière, il ne faudrait pas essayer de prendre les tanches à l’hameçon, car elles mordent très rarement.
De même, en rivière, la carpe offre de sérieuses difficultés, tandis qu’en étang, vous la prendrez plus aisément.
Pêchez la tanche et la carpe au ver rouge ou au pain. Il est utile d’avoir amorcé la place dès la veille au soir avec du blé, des fèves cuites ou du pain de chènevis.
Avec le pain, pêchez à 2 ou 3 centimètres du fond; avec le ver, on pêchera à fond et même avec une traîne de 3 à 4 centimètres.
Dans les rivières où se trouvent de gros chevaines, une pêche fort amusante est celle qui se fait, suivant la saison, avec des
cerises ou des grains de raisin (mis à l’hameçon de la même façon que le grain de blé).
Il faut se monter très fortement, — avoir fait amorcer avec des boules, — pêcher à 5 centimètres du fond, — et ferrer sitôt que la plume s’enfonce.
Tous les quarts d’heure, jetez quelques cerises ou grains de raisin pour entretenir l’amorce.
- La pêche au barbillon avec du fromage de gruyère (on met à l’hameçon de petits morceaux de la grosseur d’une noisette) est également à signaler.
N’oublions pas la pêche au poisson d’étain qui convient très bien aux jeunes filles. Dans les rivières où il y a beaucoup de perches, elle est fort amusante. Elle se pratique surtout dans l’arrière-saison, en bateau fixe ou au bord de l’eau.
Les mois où la pêche est le plus fructueuse et où il est le plus agréable de cultiver ce sport sont précisément ceux de la saison des villégiatures : juillet, août et septembre.
Mais, par les fortes chaleurs, il faut être très matinales Mesdemoiselles, si vous voulez prendre du poisson, ou bien alors vous devrez attendre les heures précédant le coucher du soleil (*). Le reste de la journée, les poissons cherchent les recoins les plus frais, font la sieste, si j’ose m’exprimer ainsi — à moins qu'il n’y ait de l’orage, auquel cas ils ont leurs nerfs et mordent toute la journée.
(1) Les vrais amateurs commencent alors à pêcher vers 4 h. 1/2, interrompent à 9 heures et recommencent vers 4 heures.
Il nous reste à dire que la pêche au filet ne vous convient point, Mesdemoiselles : elle demande trop de force, et c’est surtout l'affaire des pêcheurs de profession.
Quant aux pêches « de plage », comme celles aux crevettes et aux équilles, elles ne conviennent guère qu’à vos petites sœurs, ne craignant point d’endommager leurs jolis bras ni d’offrir leurs jambes au hâle de la brise marine.