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L’ÉQUITATION

Malgré la vogue de plusieurs autres sports, les temps ne sont pas encore venus où l’on cessera de voir, dans les allées du Bois, d’élégantes silhouettes d’amazones. Au contraire, depuis deux ou trois ans, elles sont devenues encore plus nombreuses.

A cheval, une jolie femme paraît doublement gracieuse et séduisante, pour peu qu’elle manie avec aisance une monture bien assouplie, bien « mise » .

Le costume d’amazone — complété par le petit chapeau qui a remplacé l’ancien haut de forme — est d’une élégance spéciale, a son cachet particulier.

En amazone, une jeune fille, une femme gouvernant avec adresse une bête de race, prend tout de suite grand air, évoque des héroïnes de « roman mondain ».

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Longtemps il fut meme impossible de s’imaginer line héroïne qui ne sût parfaitement monter à cheval.

L’école naturaliste demanda sans doute moins de science équestre aux femmes dont elle dépeignit les mœurs.

Mais beaucoup de romans perdraient quelquesunes de leurs plus belles scènes si leurs héroïnes n’étaient de parfaites amazones.

Toute littérature à part, à un point de vue moins romanesque et très pratique, quel exercice plus sain pour une femme, quel 'excellent moyen de fortifier sa santé, comme de donner à son esprit de la fermeté, du sang-froid et du courage?

« L’équitation rend brave » ou développe cette qualité; c’est un axiome de manège. Elle enhardit dans le meilleur sens du mot.

Et quelle distraction plus agréable, lorsque l’amazone sait bien diriger, maîtriser son cheval, le transformer en un serviteur obéissant et doux, ou plutôt en un véritable compagnon et presque un ami? .

Un ami d’espèce inférieure — mais dont on ne suspecte pas la fidélité, et dont la perte arrive à causer de profonds regrets. „

Ce sentiment spécial que l’homme éprouve pour

DES JEUNES FILEES

le « noble coursier », devenu son compagnon, est bien connu aussi des véritables amazones.

Si l’on tentait d’établir la longue liste des principales amazones de tous pays, il faudrait mettre en tète toutes les souveraines, tontes les princesses des maisons impériales et royales : on ne les imagine point, ne sachant pas monter à cheval... d’autant plus qu’elles sont parfois colonelles d’un régiment de cavalerie.

A Paris, parmi les « femmes de cheval » les plus connues, citons celles qui ont pris part aux brillantes reprises de haute école de la société « L'Étrier » : la comtesse de Cossé-Brissac, Mme Aumont, la marquise et Mlle de Movellan, la comtesse de Failly, Mme Oesinger, Mme Vlasto, Mme Sargenton, Mrae de Saint-Léger, Mme G. Hector, Mme et MUe Rodocanachi, MUe Angulo, Mlle de Saint-Amant, etc.

Parmi les élégantes amazones du Bois, citons également : la princesse de Tarente, la duchesse de Brissac, la princesse Murat, la duchesse d’Uzès, la duchesse d’Elchingen, la marquise de Castellane, la comtesse de Mirabeau-Martel , qui a rendu célèbre

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le pseudonyme de Gyp, Mme Jean Stern, la comtesse Jean de Castellane, Mme Ridgway, la marquise de Pracomtal, Mlle de Malakoff, Mlle de Choiseul, Mme E. Delagarde, Mme Pierre Lebaudy, Mme du Souzy, la baronne de Sancy de Rolland, Mme Froment-Meurice, la comtesse de Griffon -Sénéjac, M,ne Leganville, Mme Fischoff, Mme de Parseval, Mme Desprez, Mme Andrieu, la baronne de Ralorre, M"6 Kousnetzoff, la comtesse Werlé, la comtesse de Ganay, MUe Lejeune, la comtesse de Murat, Mlle Ascbkevasy, Mlle de Laborde, Mme Georges Hugo, la baronne Narducci, la comtesse Pillet-Will, Mme Lecomte, Mme de La Fauconnerie, la princesse d’Isenburg, la comtesse Reille, Mmo Kulp, la comtesse du Luart, Mlle Gould, Mlle Terriaux-Gompans, MUe de Lesseps, Mlle d’Aunay, Mme Russon-Billault, la comtesse de Bérulle, M1Ie de Maupeou, Mlle Desnos, Mme Gagneur, la comtesse Edouard de Fitz-James, la comtesse de Tanlay, M",e Davilliers , la princesse Wolkonska, la comtesse de Durfort, la baronne de Neuflize, MUe Juliette Dietz-Monnin, la vicomtesse de Savigny- Moncorps, Mnie Dollfus, Mme Bouteiller, Mlle Fould, Mlle de Beaucorps, Mmo G. Mahler, etc., etc.

Cliché D olten.

Fig. 44. — MUe KettyfHensman.

Sur les principales questions intéressant l’équitation féminine, nous avons la bonne fortune de publier la lettre suivante de M. Molier.

Nous exprimons de nouveau au renommé sportsman toute notre reconnaissance pour le document sportif qu’il a eu la gracieuseté, de détacher d’un livre en préparation, — en résumant diverses idées, qu’il doit développer dans cet ouvrage.

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« Cher Monsieur et Ami

« Vous avez bien voulu me demander quelques renseignements sur l’équitation des femmes : quel est le meilleur système à employer pour leur apprendre à monter en amazone en un temps relativement court? Ce que je pense des femmes montant en homme, c’est-à-dire à califourchon ?

« Pour procéder par ordre, je répondrai d’abord à votre première question. Mais, comme votre intention n’est certainement pas de me demander un traité complet d’équitation, je vais tâcher, le plus brièvement possible, de vous satisfaire.

« Les trois principales conditions pour obtenir un bon résultat, conditions essentielles, sont :

« 1° Un professeur expérimenté et excessivement prudent ;

r 2° Un cheval très doux, incapable d’aucune malice, pas trop jeune, bien sellé, bien bridé;

« 3° Une élève- jeune, mince et vigoureuse — qualités essentielles pour entreprendre n’importe quel exercice- sportif.

« Le professeur expérimenté dont je viens- die vous montrer la nécessité, devra procéder graduellement, par leçons très- courtes, afin de donner de

la confiance à son élève et, pour cela, éviter pendant ces premières leçons, tout accident et môme le moindre accroc qui pourraient retirer pour toujours le courage à son élève. En somme, la première leçon consistera à apprendre à la débutante à monter sur son cheval, avec l'aide de l’homme, à s’asseoir et à s’installer sur la selle. Plusieurs leçons peut-être seront nécessaires pour obtenir ce résultat, qui n’est pas sans difficulté, la position de la femme à cheval étant beaucoup plus compliquée, beaucoup plus instable que celle de l’homme à califourchon.

« Voyons donc, en détail, cette position de l’amazone :

« Assise d’abord de travers sur la selle, elle doit fixer ses jambes dans deux crochets placés à gauche de ladite selle. Comme, dans cette position, les jambes pendent du côté gauche du cheval, entraînant l’assiette et le bassin à gauche, il faut que, par un effort, une contraction du torse, la femme tourne le haut du buste à droite de façon à ce que ses deux épaules, comme celles du cavalier, se trouvent parallèles aux hanches et aux épaules du cheval. Une fois le buste ainsi placé, il s’agira d’allonger la jambe gauche de façon a ce que le pied vienne chausser l’étrier et y reposer naturellement.

« D’après cette description abrégée, vous voyez

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combien paraît fausse la position de l’amazone. Je dois dire cependant que la femme, ainsi accrochée, arrive à être très solide, presque indécrochable et, chose plus étonnante encore, cette position contournée, pénible même, arrive à donner un aspect très gracieux à celle qui en a la pratique. En somme, c’est la femme en amazone.

« Lorsque la femme aura l’habitude de monter et de s’installer sur sa selle, il faudra lui mettre en mains rênes et cravache. Comme pour Chomme, le maniement des rênes doit être fait par les mains et par les bras qui, eux-mêmes doivent être très indépendants du corps. Rien donc de particulier dans l’enseignement du maniement de la bride pour l’équitation féminine. Mais là où est le côté bien particulier à l’éducation des femmes, c’est dans le maniement de la jambe et de la cravache. La femme n’ayant à sa disposition que la jambe gauche agissant sur le flanc gauche du cheval, c’est la cravache, tenue dans la main droite, qui doit remplacer la jambe droite, et la remplacer complètement, de façon à obtenir, sur le flanc droit, des effets semblables à ceux que la jambe gauche obtient sur le flanc gauche. Vous le voyez donc, dans l’équitation en amazone, la cravache est bien plutôt une aide, une seconde jambe, qu’un instrument de correction.

« À la seconde leçon, à la troisième,, à la quatrième meme, le professeur, menant son élève au pas, devra l'habituer à se servir de sa main, de sa jambe, de sa cravache. Il exigera d'elle une bonne position et ne la portera jamais aux allures vives avant qu’elle soit capable d’exécuter, avec une grande facilité, les mouvements les plus simples de manège, tels que : départ en avant, temps d’arrêt, reculé, cercle, changement de main, volte, demivolte, etc. . .

« Lorsqu’au bout de quelques leçons, plus ou moins nombreuses selon la facilité des moyens de l’élève, il se trouvera satisfait de l’assiette et de la direction, il pourra commencer à la faire aller au petit trot sur un cheval sans réactions. J’insiste sur ces deux points et je m’explique : la femme, je vous l’ai dit, a une fausse position à cheval; d’un autre côté, j’ai entendu dire qu’elle avait, dans sa constitution, quelque chose de plus compliqué et de plus délicat que dans la nôtre : on l’exposerait donc à toutes sortes d’inconvénients plus ou moins graves en la faisant trotter un certain temps à la française sur un cheval, même très doux d’allures. Comme, d’un autre côté, il est impossible d’obtenir de la solidité chez un cavalier, quel qu’il soit, sans le faire trotter à la française, voilà, à mon avis, une des grandes

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difficultés pour celui qui entreprend de mettre une jeune fille à cheval. 11 lui faudra donc beaucoup de tact et beaucoup d’habitude dans le choix de son cheval, dans la durée de ses leçons au trot à la française ; avec une grande habitude même, il pourra les supprimer presque et mettre rapidement son élève à l’anglaise, se réservant d’achever de lui donner de l’aplomb par le galop et surtout par le saut; car, avec le saut, vous enlevez toute raideur, toute contraction inutile, et vous donnez grande confiance. Le saut, en effet, a cet avantage sur le trot à la française, qu’il est un mouvement en avant, au lieu que le trot est un mouvement presque sur place avec des effets perpendiculaires dont les secousses répétées sont brutales et capables d’ébranler des organes délicats comme ceux de la femme; ils sont aussi néfastes au cœur qu’aux intestins.

« Lorsqu’une jeune fille possède les éléments d’équitation par les exercices gradués dont j’ai parlé plus haut, il faut, le plus tôt possible, arrêter les leçons au manège et la mener dehors. C’est à la promenade qu’elle finira de prendre son aisance et sa facilité; physiquement aussi elle s’en trouvera mieux, car, non seulement elle aura le bénéfice du plein air, mais son cheval, dont les allures 11e seront pins restreintes par l’espace raccourci du manège,

lui semblera beaucoup plus souple et beaucoup plus élastique. Elle se sentira mieux portée par lui, et éprouvera dehors un bien-être dont elle n’aurait pu se rendre compte au manège.

« Il est donc possible à un bon professeur, enseignant une élève ayant quelques moyens, de mettre une femme à cheval en très peu de leçons : dix ou douze, si vous voulez. Il est bien entendu que je parle d’adapter une femme sur un cheval, simplement, et non pas de faire une écuyère. D’ailleurs, une écuyère comme je l’entends — aussi bien qu’un écuyer — n’est digne de porter ce nom que lorsqu’elle a fait, depuis son enfance, un très long apprentissage de ce métier difficile.

« Excusez-moi, cher Monsieur, de ne pas m’étendre plus longuement : cela nous entraînerait trop loin.

« Passons à votre seconde question : Que puis-je bien penser de la femme à califourchon?

« Plus que personne je puis avoir une opinion sur ce genre spécial d’équitation, car, sans remonter aux amazones de l’antiquité ni à Jeanne d’Arc, je crois avoir été un des premiers, sinon le premier, à avoir mis une femme à califourchon sur un cheval. Cela ne date pas d’hier, mais d’il y a vingt-sept ans ! Mon élève ne fut pas une simple commençante ; j’en fis

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une écuyère de cirque qui fut engagée et parut dans les grands établissements de France, de Russie, d’Espagne, etc. . . Elle présentait à califourchon un cheval de haute école qui finissait son travail par des sauts de Versailles et des lançades. C’est vous dire que j’avais eu la chance de produire une artiste. Depuis — vous le savez mieux que personne, ayant, dans vos écrits, prodigué en maintes occasions vos précieux encouragements , à mes élèves, avec une amabilité dont je vous serai toujours reconnaissant — j’ai présenté, dans mon cirque, plusieurs jeunes filles à califourchon; elles ont même été, elles aussi, engagées à Paris, à l’étranger, dans les cirques et dans les music-halls.

« Une chose me prouve que ce genre d’équitation a eu un certain succès : le nombre des imitatrices que j’ai eues depuis plus de vingt-cinq ans. On a vu, dès lors, en tous les cirques, des femmes monter à califourchon. Un certain costume de Saumur, très seyant du reste, porté par une de mes élèves en 1880, a fait, on peut le dire, le tour du monde : on ne voyait partout que des femmes en Saumur.

« Après tout cela, vous vous figurez peut-être que je suis un admirateur de la femme à califourchon?

« Eli bien, détrompez-vous ! Je ne trouve rien de plus laid ni de plus disgracieux.

« Mais, expliquons-nous pour que mes actes ne semblent pas en contradiction avec mes paroles.

« Si j’ai mis des femmes en hommes, c’est pour faire une variété dans le travail de mes écuyères et leur faire exécuter une manière de tour de force en public.

« Voilà quel a été mon but, mon seul but; et ces élèves, que j’avais éduquées avec un si grand soin pour le cirque, je me serais bien gardé de les envoyer promener à califourchon au Bois, ne voulant pas les rendre ridicules et les exposer par leur posture grotesque à la risée des promeneurs.

« Telle est, cher Monsieur, et en toute franchise, mon opinion. Peut-être est-elle un peu brutale, mais tant pis ! c’est un homme de cheval qui vous parle et à qui vous auriez dû prêter votre plume souple et habile pour exprimer sa pensée.

« Pour en finir sur l’équitation de la femme à califourchon, permettez-moi de vous faire une petite confession, confession qui ne vous étonnera pas à titre d’ancien camarade : je suis un fervent admirateur de la grâce féminine; aussi je ne puis supporter la femme qui se donne des allures masculines. Je dois dire môme que, pour moi, chaque fois qu’elle se fait homme d’une manière quelconque, je la renie complètement, et la grande attraction que

j’ai pour son sexe se transforme en répulsion. Ainsi, pas plus de femmes à califourchon que de femmes députés, notaires, avoués, cochères, etc. . .

« Veuillez agréer, cher Monsieur et Ami, l’expression des meilleurs sentiments de votre dévoué.

« E. Molier. »

Fig. 44. — Départ d'amazones pour la chasse à courre. (Équipage de Gramont.)

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