‹ L'éducation physique et sportive des jeunes fillesChapitre 2 sur 33 · Ô, RUE RACINE · texte numérisé non relu

Ô, RUE RACINE

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WELLCOME INSTITUTE LIBRARY

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Lettres

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Avant=Propos

Ce livre n’est pas consacré uniquement aux sports. Il a trait, tout d’abord, à l’éducation physique proprement dite, dont la base est formée par une méthode de gymnastique vraiment rationnelle.

Les sports pouvant convenir plus ou moins aux jeunes filles, aux femmes, ont été déjà l’objet de petites « enquêtes ».

C’est ainsi qu’à l’occasion d’une enquête faite par la Revue (*), Mme la duchesse douairière d’Uzès écrivit une première réponse sur ce sujet :

Lettres de Mme la duchesse d’UZÉS.

Certainement, Monsieur, que tous les sports sont hygiéniques du moment qu’ils n’entraînent pas à une fatigue exagérée.

Je crois, comme vous, que ce genre n’est pas la conséquence d’une simple mode ou chic, mais l’engrenage de mœurs nouvelles...

Tout se modifie: le temps n’est plus aux femmelettes de chaise longue qui ne sont pas des femmes, mais des objets d’étagères !

(1) Le questionnaire suivant avait été proposé par M. E. Le Céiissel d’Arnavilh', pour la Revue :

« 1° La Femme cesse-t-elle d’ôfre Femme en s’adonnant aux exercices physiques rangés sous la dénomination générale de sports ?

« 2° Ces récréations sont-elles pour la Femme moderne une diversicn salutaire ou faut-il les considérer comme une sorte d’engouement nuisible pour son avenir ? »

LETTRES

Je ne parle pas de la courtisane (vulgo cocotte) pour laquelle j’ai toujours professé le plus profond mépris.

Je suis féministe, mais, je le crois du moins, dans le bon sens, parce que la femme étant la gardienne du foyer, plus vous élevez la femme, plus vous élevez la famille.

Voilà pourquoi je ne crains pas, au contraire, qu’une mère, une épouse, une sœur, une fille suive plus ou moins ses fils, mari, frère ou père dans ses sports.

Voyons, une femme qui sait affronter tous les dangers pourrait-elle avoir un fils qui connaisse la peur ?

Vous m’avez demandé mon sentiment, le voilà, Monsieur, avec l’assurance de mes sentiments distingués.

Duchesse d’Uzès, Douairière.

Désirant avoir quelques impressions complémentaires... et inédites de Mme la duchesse d’Uzès, je pris la liberté de lui adresser deux ou trois questions dans le même ordre d’idées.

Je demandai, par exemple, pourquoi certains sports tels que l’équitation, l’escrime, etc., comptent moins de ferventes parmi les Françaises que parmi les Anglaises ?

Autre question proposée : « Certains sports n’ont-ils pas, outre leur utilité comme exercices physiques, l’avantage d’étendre les relations mondaines des jeunes filles, et de mieux permettre à celles-ci d’étudier le caractère des jeunes gens prenant part aux mêmes distractions sportives. En somme, n’amènent-ils pas des mariages en meilleure connaissance de cause de part et d’autre? »

Mme la duchesse d’Uzès a bien voulu me répondre en ces termes:

Je n’ai pas grand'chose à ajouter à ce que j’ai déjà dit sur ce sujet, Monsieur, je n’ai pas changé de sentiment et continue à croire que l’exercice physique est une bien

LETTRES

meilleure condition de santé pour la femme que la chaise longue, ou les veillées quotidiennes.

Vous me demandez pourquoi l’équitation et l’escrime trouvent moins de ferventes parmi les Françaises que parmi les Anglaises; mais tje crois que cette question est en retard de 50 ans !

Les Françaises montent à présent à cheval autant que les Anglaises ; quant à l’escrime, je l’ignore, ayant trouvé ce sport parfaitement ridicule pour une femme, je ne l’ai jamais pratiqué.

Mais où les Françaises sont en avance sur les Anglaises, c’est à la chasse à tir. Je connais des jeunes femmes, et même quelques jeunes fdles, qui tirent réellement ï rès bien.

Il est possible, puisque vous me demandez mon avis sur ce dernier point de vue, que les sports soient un moyen de se connaître davantage afin de consacrer des unions, consenties autrefois sur de simples convenances, et en ceci je ne pourrais qu’en apprécier et en recommander l’usage à la jeunesse.

Croyez âmes sentiments distingués.

Mortemart, duchesse d’UzÈs.

17 février 1907.

Mme Aumont, femme du docteur, — si connu non seulemenlcomme médecin, mais comme sportsman, spécialement dans le monde des armes, — est elle-même une sportswoman accomplie. Impossible de porter plus élégamment le costume des amazones de la Société h L’Étrier » où elle a dirigé de brillantes reprises avec une véritable science équestre. Plusieurs autres sports lui sont également familiers. Elle a bien voulu m’adresser la lettre suivante:

Lettre de Mm0 AUMONT.

Monsieur,

Vous me demandez mon appréciation sur les qualités sportives de la femme.

On a dit que le monde « tournait autour de son sourire».

C’est dire qu’en matière de sport elle devra conserver le charme de la faiblesse native. A cheval, par exemple, la position du califourchon à laquelle sa conformation ne semble pas l’avoir destinée, me choque, et me ferait presque regretter les vieilles traditions françaises qui nous la représentaient chevauchant noblement sur de blanches haquenées.

Ce temps d’allures paisibles a disparu, et cependant, suivant une chasse à courre et sautant tous les obstacles sur un pur sang, l’amazone se trouve très bien de l’ancienne posture à peine modifiée.

LETTRES

A califourchon, elle perd certainement de sa solidité et de son esthétisme.

Le costume, sous l’influence anglaise, a été suffisamment masculinisé, pour que nous ne cherchions pas à nous rapprocher davantage de la tenue du sexe fort. Dans tous les cas ce sport est certainement le plus noble et le plus gracieux que puisse pratiquer la femme.

Quant aux autres sur lesquels vous me demandez mon avis, tennis... golf..., je les considère d’une pratique plus facile, mais également très agréable. Ils ont, avant tout, la grande vertu de nous faire prendre un exercice salutaire dans un site charmant, d’être un but de réunion, et de nous offrir l’intérêt du jeu.

L’absence de brutalité de ces sports nous permet d’y briller suffisamment pour nous les faire aimer.

Le hockey, dont vous me parlez, me semble d’allures trop garçonnières pour avoir un réel succès parmi les Françaises.

Croyez, Monsieur, à mes sentiments distingués.

B. Aumont.

Sur l’importance de l’éducation physique vraiment rationnelle pour la femme, je tenais à avoir quelques consultations médicales.

Il s’agit là de questions d’ordre social en même temps que d’ordre scientifique.

Je ne pouvais mieux m’adresser, à ce double point de vue, qu’à MM. le Dr Blanchier, sénateur de la Charente, et le Dr Clément Clament, député de 1a. Dordogne.

Lettre de M. le Dr BLANCHIER,

Sénateur de la Charente.

Mon cher ami,

Poursuivant tes intéressantes études sur les divers exercices physiques qui sont en honneur dans nos sociétés modernes, tu te proposes de faire un livre sur 1 ’ éducation sportive des jeunes filles , et tu veux connaître mon sentiment sur l’utilité qu’il peut y avoir à introduire la gymnastique et les sports dans l’éducation des jeunes filles.

Je pense, mon cher ami, que le mens sana in corpore sano des anciens s’applique tout aussi bien à la femme qu’à l’homme, et j’estime en conséquence que tout ce qui peut développer et fortifier le corps est également utile à l’un et à l’autre sexe.

Ce n’est pas que je veuille conseiller aux jeunes Françaises de se livrer à certains jeux ou sports fort en vogue chez un peuple voisin. Non ; je me garderai bien de préco-

LETTRES

niser pour nos jeunes filles les exercices violents qui ne sont réellement utiles à personne. En dehors des accidents graves auxquels ils exposent tous ceux qui s’y livrent, ces exercices sont trop souvent nuisibles à la santé même des jeunes gens, et ils le seraient encore plus à la santé des jeunes filles.

Mais il est des exercices de plein air qui demandent moins de force réelle que d’adresse ; il est une gymnastique qui, sans présenter aucun danger, peut entretenir le corps dans un excellent et désirable état de santé. Ces divers exercices sont d’autant plus nécessaires à la santé de la jeunesse que celle-ci vit davantage dans les villes et se livre de moins en moins à la marche et à tout travail physique.

C’est sans doute cette gymnastique rationnelle que tu te proposes de faire connaître et d’encourager, et je ne puis que t’approuver et t’applaudir ; car j’estime qu’il est nécessaire de l’introduire dans tous nos lycées et collèges — ceux des filles aussi bien que ceux des garçons — si nous tenons à ce que notre race ne dégénère pas et résiste aux divers surmenages que nous lui imposons.

Poussé par une sorte d’égoïsme inconscient, l’homme a trop de tendance à oublier qu’il est né de la femme, et qu’il lui doit en somme la majeure partie de ses qualités et de ses défauts. Mais en négligeant l’éducation de sa compagne, en négligeant le corps et l’esprit de celle-ci, c’est son propre corps, c’est son propre esprit qu’il néglige et compromet. Cette négligence coupable a souvent eu des conséquences funestes dont l’homme a été la première victime, et il est grand temps qu’il reconnaisse son erreur.

LETTRES

Puisque partout aujourd’hui on crée des lycées et collèges de jeunes filles, qu’on y fasse pénétrer largement, avec le grand air et la grande lumière, un peu de bonne et franche gaieté ; et si l’on ne peut les bâtir au milieu des grands parcs, qu’on y aménage au moins de vastes préaux couverts sous lesquels les jeunes filles pourront se livrer, en toute sécurité, aux divers exercices physiques qui entretiendront leur corps dans un bon état de santé et leur permettront ainsi de mieux supporter les fatigues d’un travail intellectuel trop souvent exagéré par les programmes.

J’envisage surtout, comme tu le vois, mon cher ami, les exercices de gymnastique proprement dite, c’est-à-dire les exercices qui peuvent convenir à tous, pauvres et riches, puisqu’ils n’exigent, ou à peu près, aucune mise de fonds ; mais je ne suis point l’ennemi des sports, surtout de ceux qui no présentent pas trop de dangers. La bicyclette et le cheval, par exemple, se prêtent à des exercices que je suis

loin de blâmer ; mais ils ne conviennent pas toujours et en

toutes circonstances à la femme, et, d’autre part, le cheval est un luxe qu’un très petit nombre seulement peut se permettre.

Ton bien dévoué.

Dr Blanchier.

Lettre de M. le D1 Clément CLAMENT,

Député de la Dordogne.

Mon cher ami,

Il y a quelque cinquante ans, le philosophe Spencer écrivait : « A table, en voyage, la manière d’améliorer la race chevaline, de dresser les chiens, fait l’objet de la plupart des conversations; mais qui donc a jamais entendu dire un mot de l’élevage des enfants? » Cette boutade est aujourd’hui encore toute d’actualité; en effet, on continue à cultiver l’esprit, mais on néglige le corps; c’est tout le contraire de ce que l’on faisait dans les temps primitifs : les deux conceptions de l’éducation, l’ancienne et la moderne, doivent se combiner ensemble.

L’enseignement secondaire des filles esta l’ordre du jour, et des fêtes récentes ont fourni l’occasion de constater les heureux progrès réalisés. Rien de mieux que l’extension de l’éducation intellectuelle de la femme, à la condition que l’éducation physique soit développée d’une façon parallèle et d’après une méthode vraiment rationnelle.

Soit pour elles-mêmes, soit pour l’avenir de la race, il est à souhaiter que les futures mères de famille bénéficient de plus en plus, dès l’école, dès le lycée, des avantages d’un entraînement physique approprié à leur usage d’une façon méthodique, scientifique; en insistant sur ces ques-

LETTRES

tions primordiales, en expliquant avec clarté et précision les principes à suivre, tu fais vraiment une œuvre utile et saine et je t’en félicite.

A l’éducation physique proprement dite que constitue une gymnastique vraiment rationnelle, tu as joint des aperçus très intéressants sur divers sports. Certains chapitres forment même de véritables petits manuels pratiques, très ingénieux.

Avec raison, tu conseilles à tes lectrices de ne chercher à battre aucun record, d’être sportives sans excès, en sachant faire une sélection parmi les exercices qui leur vaudront : distraction, bonne humeur et santé.

Le choix parmi les sports est souvent imposé par le manque de fortune; heureusement il en est de peu coûteux, et ce ne sont pas ceux sur lesquels tu as le moins insisté. A cet égard tu rends service à un grand nombre de lectrices méritant bien, elles aussi, que l’on s’intéresse à elles et que l’on mette à leur portée des distractions sportives.

Bravo, pour ton excellent livre, et c’est encore le vieil Horace qui a raison : Mens sana in corpore sano.

Bien cordialement à toi.

Dr Clément Clament,

Député de la Dordogne,

Le Lieutenant-Colonel Coste qui, en quelques années passées à 1 ecole de Joinville, aura donné une si énergique et si heureuse impulsion, féconde en résultats, a la rénovation de l’éducation physique en France, a bien voulu m’adresser la lettre suivante :

Lettre de M. le Lieutenant-Colonel COSTE, ancien Directeur de 1 Ecole de Joinville.

Mon cher ami,

Vous me demandez mon avis sur l’éducation physique des jeunes filles.

Je ne puis mieux faire que de vous communiquer quelques feuillets des épreuves d’un livre que je vais publier

sous ce titre : « U Education phijsique en France — ce qu'elle est — ce qu’elle devrait être. »

Choisissez à votre gré dans les pages ci-jointes.

Bien cordialement à vous.

Lieutenant-Colonel Coste.

Je suis tenté de choisir... tout dans les feuillets aimablement communiqués.

Le livre dont ils sont détachés traite généralement de l'éducation physique masculine; mais il contient d’excellentes pages sur la « gymnastique Ling(l) et 1a. femme ».

(1) Ling, créateur de la méthode suédoise.

LETTRES

Le Lieutenant-Colonel Coste explique d’abord les inconvénients d’une méthode défectueuse, telle que celle qui a été trop longtemps la seule pratiquée dans nos gymnases.

A ce point de vue, il ne fallait donc pas trop regretter que l’enseignement de la gymnastique pour les jeunes filles fût délaissé.

On a commencé à réagir; mais on est encore dans une période de transition, et l'on ne pratique pas un système d’éducation physique vraiment rationnel.

L’ancien directeur de l’École de Joinville écrit à ce sujet :

Depuis l’apparition (le certains Manuels, s’inspirant peu ou prou des principes suédois, un mouvement contraire se dessine.

On commence à enseigner la gymnastique dans les écoles de jeunes filles, et nous avons pu, depuis deux ans, aux examens pour l’obtention du certificat d’aptitude à l’enseignement de la gymnastique, nous faire une idée précise de la valeur pédagogique des futurs professeurs de nos enfants.

Ces examens, plus encore que ceux des hommes, furent caractéristiques de l’insuffisance absolue de la nouvelle méthode employée. Impossible, en effet, de distinguer en la plupart de ces jeunes femmes la moindre marque d’un essai quelconque de culture physique.

Elles avaient, évidemment, fait de la gymnastique pendant un certain nombre d’années, puisqu’elles prétendaient l’enseigner — et elles ne savaient ni courir, ni sauter, ni même marcher... ni surtout respirer!

Sous leurs fins et jolis minois de Parisiennes — lumière d’un tableau où se voyaient trop d’ombres ! — elles étaient gauches, empruntées, d’une timidité ignorante et mala-

LETTRES

droite devant l’exercice le plus rudimentaire, le plus inoffensif.

Nous sera-t-il permis d’ajouter qu’elles n’avaient pas de poitrine, ce qui était doublement fâcheux en l’espèce! — et qu’elles se distinguaient par le teint pâle, anémié des jeunes filles dont rien n’est venu corriger le labeur intellectuel et la vie sédentaire?

Et, malgré nous, nos souvenirs se reportaient aux groupes de jeunes filles et femmes suédoises (*) que nous avons vues dans leurs gymnases marcher, courir, sauter, évoluer, danser, chanter même (car le chant et la danse sont, on le sait, d’excellents moyens d’éducation physique), avec une souplesse, une aisance, une grâce parfaite.

Et nous pensions aux nouvelles élèves de l’Institut belge de Vilvorde, dirigé par M1Ies Lefébure, dont nous avions, en janvier 1906, salué les débuts dans la gymnastique de Ling, et que nous retrouvions, six mois après, extraordinairement développées en force, en souplesse, en santé, transformées sous tous les rapports par la pratique quotidienne d’exercices rationnels.

Et nous nous rappelions surtout ces superbes jeunes filles de l'École normale de Pau qui, toutes, professeurs et élèves, suivent avec un enthousiasme dont nous fûmes témoin, les leçons purement suédoises du docteur Tissié, et fixèrent en notre esprit, avec le souvenir de leurs gracieux ébats, l’impression nette de ce que pourrait produire

(1) Le Lieutenant-Colonel Coste cite, en note, un passage du docteur Kaisin relatif à l’heureuse influence d’une gymnastique vraiment rationnelle sur les petites indispositions périodiques des femmes, des jeunes filles déjà grandes.

LETTRES

de santé, de beauté, de force et d’art, pour l’avenir de la race, l’éducation physique de la femme française, enfin confiée à des hommes de savoir, d’expérience et de foi !

Surtout qu’on ne vienne pas nous dire contre toute évidence que cette gymnastique essentiellement esthétique, faite d’attitudes de rythme, de danse et de chant — sorte de chorégraphie dont les figures et les pas auraient une raison d’être, une vertu physiologique! — rebute la femme, comme on a prétendu qu’elle ennuyait l’enfant !

Il existe en Suède de nombreuses sociétés de femmes s’adonnant à la gymnastique. Et parmi, les plus assidues aux leçons, lesquelles leçons deviennent de temps à autre des occasions de réunions et de fêtes, nous n’avons pas été peu surpris de compter nombre de sociétaires dépassant la quarantaine.

IS’est-ce pas caractéristique de la valeur — de l’attrait tout au moins — de la méthode ? Comparez cette observation à ce qui a été dit plus haut des effets de la gymnastique amorosienne sur les hommes d’âge mûr (*).

Faut-il craindre que ces pratiques essentiellement hygiéniques, mais incompatibles avec l'usage du corset, n’aient pour conséquence de déformer cette taille de guêpe, si chère à nos Parisiennes, et si laborieusement acquise en dépit de la nature, au prix souvent de la santé? Pas le moins du monde. Ceci, d’ailleurs, devrait-il tuer cela, nous ramener à une notion plus vraie — physiologiquement — de la beauté féminine... l’art n’y perdrait rien. Et quelle

(1) Allusion à un autre passage du livre du Lieutenant-Colonel Goste, où il précise divers inconvénients d’une gymnastique non rationnelle.

LETTRES

merveilleuse aubaine pour la santé de nos descendants!

Au point de vue esthétique, la compagne de l’homme a fait bien du chemin depuis la Vénus de Milo... Toute la distance qui sépare la femme de Phidias d’une cocotte de Grévin !

La gymnastique suédoise, supérieure en cela à toutes les autres, délasse et ne fatigue pas. Et c’est pourquoi elle convient tout particulièrement à la femme, à l’enfant, aux jeunes gens, garçons et filles, assujettis à un travail scolaire (1).

Elle est trop calmante — disent ceux qui l’ignorent — bonne peut-être pour les gens du Nord, non pour nous. N’est-ce pas précisément une raison pour l’adopter, après lui avoir fait subir au besoin quelques légères modifications en vue de la plier à notre tempérament spécial?

Le calme, qui équilibre et fortifie les facultés morales autant que les moyens physiques, quel merveilleux remède pour notre organisme de Latins, débilité, empoisonné par les rivalités de partis et les haines de classes !

Lieutenant-Colonel Coste.

(1) Jamais, nous dirent la Directrice de l’Institut de Vilvorde et la Directrice de l’Ecole Normale des Filles des Basses-Pyrénées, jamais nos élèves ne se sont appliquées autant à. leurs études que depuis qu’elles font régulièrement des exercices rationnels. (Note du Lieutenant-Colonel Coste.)

Lettre de M. MOLIER

La lettre que M. Ernest Molier, le sporstman si connu, a bien voulu m’adresser concerne spécialement l’équitation, et non un ensemble de sports.

Aussi ai-je pensé devoir la placer en tête de la deuxième partie, dans le chapitre consacré à l’équitation, où elle forme un véritable document sportif, en raison de la compétence et de l’autorité de celui qui l’a écrite.

Ajoutons que M. Molier y exprime plusieurs idées qu’il développera dans un livre très attendu sur l’Équitation et le Sport.

AYANT-PROPOS

Ecrire un livre d’éducation physique et sportive pour les jeunes filles , c'est une tâche dont je sens toute la responsabilité.

Si l'on peut dire , en parlant des jeunes hommes d'une nation , qu'ils en sont la fleur , pourrais-je

ajouter en parlant des jeunes Françaises ?

Je crains de ne pas trouver de comparaison assez printanière pour mes lectrices.

D’ailleurs, faudrait-il me risquer sur la pente de la banalité , en leur adressant tous les compliments qu'elles méritent ?

Pourtant, au début de ce livre — malgré son caractère de Manuel et l'utilité pratique à laquelle il prétend — je voudrais encore moins prendre un ton a pédagogique » et rappeler la sévérité de tel ou tel « bouquin » classique.

AVANT-PROPOS

Surtout, je désirerais que ma prose fût aussi agréable à lire qu’utile.

Heureusement pour elle, et encore plus pour mes lectrices, cette prose n'est pas la seule à figurer en ce livre.

Des collaborations précieuses atténuent ma responsabilité et varient la lecture de l'ouvrage.

Sur l' utilité d'exercer , en même temps que l'esprit, son enveloppe corporelle, presque tout a été dit.

Ceux même qui voudraient jusqu'à l'excès mener une vie cérébrale, intellectuelle, ne doivent pas oublier la fameuse « influence du physique sur le moral ». On ne peut juger les choses sainement avec une mauvaise santé ou même simplement avec un excès de nervosité, ou sous l'influence d'une dépression nerveuse plus ou moins grande.

Et puis, que devient la vie , en de pareilles conditions ?

Ne justifions pas trop le pessimiste qui l'a comparée à une « vallée de larmes » !

Ce n'est même pas vivre, c'est traîner la vie, que de n avoir pas /'entraînement et /'entrain voulus.

AVANT-PROPOS

Les deux mots se ressemblent , et les deux choses dépendent beaucoup h une de l'autre.

Bien entendu , V entrain ne comporte pas une exubérance excessive , déplacée , mais une aisance , zme facilité , zme /o/e ûfe o/ore /

Yows surtout , Mesdemoiselles , la vue seule

doit être un rayon de soleil et de joie pour la famille qui vous a élevées — e/ ym/r celle que vous élèverez — songez que c'est un devoir pour vous-mêmes et pour d’autres êtres que vous aurez à chérir , d’apparaître fortes , vaillantes autant que gracieuses.

A l'agrément d'un joli visage , auquel contribue , d'ailleurs , /e rayonnement d'une belle santé , joignez la souplesse et même la force — sons n'en e/e /roy? masculin — ywe donne ou développe un entrainement méthodique.

Un personnage de comédie , sems se croire mal partagé par dame Nature, au point de vue physique, a pu dire , en parlant de son enveloppe corporelle :

Guenille si l’on veut, ma guenille m'est chère !

Ce n’est certes pas en parlant de votre enveloppe corporelle que l' on peut risquer de telles comparaisons.

Mais autrement , ?n’e//e eons soi/ awssi e/^ère yne Pétait au « bonhomme Chrysale » sa fameuse « ^nenille » /

AVANT-PROPOS

Fortifiez-la , développez-la harmonieusement au moyen (l'une éducation physique vraiment rationnelle , complétée si faire se peut , par un ou plusieurs sports.

Des cris d'alarme sont poussés un peu partout par les médecins , au sujet de la santé de leurs jeunes clientes. Ils signalent aussi chez elles d'assez nombreux cas de déviations.

Décidément, il est temps de réagir.

Sur la nécessité d'organiser partout l'éducation physique féminine d'une façon plus complète et plus méthodique, en suivant les principes de gymnastique de Ling , j'insisterai dans la première partie de ce livre.

Les sports complètent l'effet hygiénique de la gymnastique et vous offrent de plus , Mesdemoiselles, des distractions variées.

L'exercice rationnel et les sports fournissent souvent le meilleur remède contre ce mal trop répandu qu'on appelle la neurasthénie , qui peut être causé par l'excès de travail, le surmenage , par les difficultés variées de ï existence, par les déceptions dont les plus heureuses elles-mêmes ne sont pas toujours exemptes.

Les sports ont aussi l'avantage d'étendre les relations mondaines, comme nous l'avons indiqué.

AVANT-PROPOS

Vous ne pouvez cultiver à la fois tous ceux dont il est question en ce livre : le temps matériel manquerait , et puis , quelques-uns ont le tort , pour beaucoup de lectrices , d’être trop coûteux.

Heureusement , il reste encore un joli lot de distractions sportives à la portée des a bourses modestes », comme on dit vulgairement.

Celles de mes lectrices qui ne peuvent pratiquer des sports de luxe , liront cependant avec intérêt , j’espère , les chapitres qui en traitent, ne fût-ce que pour se familiariser avec les principaux termes des vocabulaires sportifs.

En terminant cet Avant-Propos, il me paraît inutile d’insister sur la façon prudente, mesurée, opposée à toute excentricité , dont les jeunes filles doivent comprendre , soit l’éducation physique proprement dite, soit la pratique des sports.

Il ne s’agit pas pour elles de chercher à « battre des records », à triompher en des concours.

Qu’elles puissent accomplir des prouesses éton-

AVANT-PROPOS

nantcs , nous ne l'ignorons point ; mais tel n'est pas le but proposé.

Elles ne doivent rechercher cpie des exercices utiles , agréables , et ne diminuant en rien la grâce , l'esthétique de leur sexe, mais au contraire la développant encore.

Soit dans le choix des sports, soit quant à la façon de les pratiquer , évitez ce qui pourrait vous donner une allure garçonnière .

Du reste , il est dans le tempérament des Françaises({), sauf de rares exceptions, d'éviter instinctivement ce défaut.

Bien entendu, que le goût des sports ne vous prenne pas trop de temps au détriment de votre culture intellectuelle et artistique.

S'il ne faut pas tomber dans l'excès des Femmes savantes, il convient d'éviter celui des Femmes trop sportives.

Soyez donc sportives dans la mesure voulue pour votre santé , pour votre agrément, pour le développement de la grâce féminine innée en vous !

(1) En Angleterre et encore plus aux États-Unis, divers sports et jeux sportifs qui nous semblent plutôt masculins sont volontiers pratiqués par beaucoup de jeunes filles; mais chaque nation a son tempéramment, chaque peuple ses usages....

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