‹ L'éducation physique et sportive des jeunes fillesChapitre 3 sur 33 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

(Éducation physique proprement dite

LA GYMNASTIQUE (d’après la méthode suédoise). LA MARCHE, L’ALPINISME.

LA DANSE (au point de vue sportif).

LA GYMNASTIQUE d’après la méthode suédoise.

Un ensemble d’exercices méthodiques peut donner à l’organisme un heureux développement, et même, à la rigueur, sans le concours des sports.

C’est ce que nous appelons l’éducation physique proprement dite.

Elle est parfaitement complétée par les sports, sauf les exceptions et les réserves à faire : ils offrent, en plus, l’avantage de fournir des distractions variées.

Mais enfin, on peut se passer d’eux, — à la rigueur — et donner une éducation physique suffisante au moyen d’un ensemble d’exercices, constituant la gymnastique vraiment rationnelle.

C’est la méthode suédoise — ou méthode Ling, d’après le nom de, son fondateur — qui remplit le mieux ce programme.

Un tel genre de gymnastique convient à tous et à toutes, aux faibles comme aux forts, au sexe féminin comme à l’autre.

Avant de donner des détails sur la gymnastique suédoise, j’insiste sur ce point que l’éducation physique des filles est encore trop négligée en France.

Et pourtant, la santé de ces futures mères de famille est doublement précieuse.

A ce sujet, voici un passage à citer de la Gymnastique pour tousQ):

Combien leur force, leur santé sera augmentée par un entraînement physique rationnel! Combien cela peut influer sur leur avenir, sur celui de leur famille et de la race tout entière !

Et croient-elles que, même pour se marier à leur convenance, il ne leur sera pas très utile d’avoir ces signes visibles de la santé et de la force ? Plus ira, moins le charme maladif sera recherché chez celles que l’on épouse.

Ce charme peut être passager, et en tous cas, ne compense pas les ennuis d’avoir une femme à santé chancelante et des enfants malingres. ;

Réciproquement, d'ailleurs, avec les idées nouvelles sur l’importance de l’éducation physique, un jeune homme de belle santé, assoupli et fortifié par l’entraînement rationnel, trouvera là, de plus en plus, de sérieux éléments de succès pour les examens... des fiançailles.

Autre passage :

Pour la bonne tenue, il est juste de reconnaître que beaucoup de parents rappellent fréquemment leurs enfants à l’ordre.

(1) Livre publié par M. Kumlien, et auquel j’ai collaboré.

Premiers exercices de plancher : flexion et extension des bras.

« Tiens-toi droit » ou « tiens-toi droite » est un conseil que les mères ne ménagent pas à leurs fils et à leurs filles.

Il arrive même qu’à force de s’entendre répéter cet excellent conseil, beaucoup d’enfants en sont comme agacés et auraient une tendance à faire le contraire, à se voûter exprès, à se tenir encore plus mal, volontairement...

En quoi ils ont doublement tort, et ils auront à le regretter plus tard.

Mais si excellent que soit ce coïiseil de tenue, il ne suffit point, n’est-ce pas, et ne constitue qu’un précepte de la méthode plus complète d’éducation physique qu’il est si regrettable de voir négliger.

Non seulement la santé et la force des jeunes filles s’en ressentent; mais on voit même, chez un certain nombre d’entre elles des imperfections, des défauts physiques tels qu’une hanche « sortie » ou une épaule plus saillante, plus haute que l’autre, une tenue défectueuse, le dos voûté, la tête tombante, etc.

M. Kumlien dit à ce sujet :

« Vo:ci quelques causes entre autres, qui amènent ces fâcheuses conséquences :

1° L’usage du corset amène l’immobilisation des muscles, et par conséquent, atrophie ceux-ci plus ou moins ;

2° Pendant leurs études, les jeunes filles restent courbées, voûtées, prennent des attitudes anormales et peuvent s’habituer a des

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positions défectueuses, qui parfois donnent lieu à des déviations, à des difformités (') ;

3° Leur éducation physique étant négligée, les jeunes filles ne trouvent pas là le remède efficace qu’il leur faudrait pour empêcher ou pour combattre les défectuosités signalées ;

4° Elles pratiquent souvent un sport qui ne favorise pas un développement symétrique du corps, et qui même, trop souvent pratiqué, non symétriquement et à l’excès, peut avoir un résultat contraire. Citons le lawn-tennis, l’escrime, par exemple.

En Suède, les jeunes filles aussi bien que les jeunes gens pratiquent des sports, comme distraction ; mais avant tout et à côté de cela, il est obligatoire pour elles de cultiver le développement symétrique du corps tel que le comprend la gymnastique et ne fût-ce que pour combattre les défectuosités qui peuvent résulter d’un sport aimé jusqu’à l’excès. » *

Voyons donc quels sont les principes généraux de cette méthode Ling, qui donne de si heureux résultats.

; Le but de la gymnastique suédoise n’est pas de former des athlètes, de donner des apparences trompeuses de force et de santé.

Elle ne cherche pas non plus à permettre des tours d’adresse dignes des acrobates de profession.

Elle vise à donner vraiment la santé, la force, la souplesse et la résistance, à faciliter le développe-

(1) On recourt parfois aux corsets orthopédiques, qui, à mon avis, ne font que retarder un redressement.

Comme ils compriment la cage thoracique et empêchent ses mouvements normaux, c’est une cause d’atrophie des muscles : il est préférable de fortifier ceux-ci pour obtenir un redressement réel et durable. (Note de M. Kumlien.)

ment symétrique du corps, ou le fonctionnement normal de l’organisme, en surveillant et en cultivant surtout les parties faibles.

Chaque mouvement enseigné dans la méthode a sa raison d’être : on ne fait que des exercices utiles, nécessaires pour atteindre le but indiqué. On obtient ainsi l’équilibre parfait de l’organisme et l’on améliore, puis l’on maintient dans le meilleur état les fondions principales, telles que la circulation du sang, la respiration, la digestion, etc.

Les appareils — il y a des appareils spéciaux à la méthode suédoise — ne sont employés que pour faciliter et corriger l’exécution des mouvements, pour augmenter le travail musculaire dans la mesure voulue, et pour rendre la gymnastique plus variée, plus récréative.

Pas de barre fixe ni de barres parallèles, pas de trapèze, pas d'anneaux : ces engins permettent aux artistes de cirque des prouesses auxquelles ne vise point une gymnastique vraiment rationnelle — d’autant plus qu’elles causent parfois des accidents. Puis, beaucoup d’exercices qui se font avec ces appareils provoquent de trop grands efforts musculaires locaux, exercent trop telle ou telle partie du corps au détriment des autres, et amènent môme de petites difformités, ou ont des résultats peu

esthétiques, qui seraient particulièrement regrettables pour le « beau sexe ».

Comme appareils, la gymnastique suédoise emploie notamment une poutre horizontale mobile appelée homme — une série de barreaux horizontaux appliqués contre les murs des gymnases et que l’on appelle des espaliers ; des bancs, des « cadres », etc.

Les appareils indispensables dans les gymnases suédois, sont les hommes, les espaliers et les bancs, avec lesquels les mouvements les plus importants peuvent être exécutés.

Quant aux petits engins employés en diverses méthodes, soit pour les séances de gymnase, soit pour les exercices que l’on fait chez soi comme « gymnastique de chambre », les continuateurs de Ling font à ce sujet les critiques suivantes :

Avec les appareils à ressorts, la résistance opposée aux muscles n’est pas graduée, puis diminuée comme il faudrait suivant la force du muscle.

L’appareil peut opposer une résistance qui oblige à mal exécuter les mouvements.

On peut faire une objection analogue contre l’exercice des poids.

Beaucoup, parmi ceux qui en préconisent l’emploi, y renonceraient s’ils connaissaient mieux l’effi-

Fig. 2. — Appareils et Agrès principaux de la Gymnastique pédagogique suédoise : Espaliers, Bomme, Cheval, Banc, Perche, Cordes (verticale et transversale), Échelles,' Cadre, etc..

cacité des mouvements que le corps peut exécuter sans l’aide d’aucun objet plus ou moins lourd.

À l'âge de la croissance, il est évident que celleci est aidée, favorisée par un pareil ensemble d’exercices rationnels.

Les enfants, les jeunes gens des deux sexes, après les heures d’études, les grandes personnes, à la suite d’un travail de bureau ou après des occupations diverses, variables suivant la profession, ont particulièrement besoin de mouvements décongestionnant le cerveau et d’autres exercices permettant de surveiller, d’équilibrer l’organisme tout entier.

La gymnastique suédoise remplit ce but de la façon la plus rationnelle.

Que de malaises, que de maladies même, l’on peut éviter ou combattre ainsi sans médicaments! Que de difformités l'on peut prévenir ou faire disparaître sans ces appareils orthopédiques, qui ne sont pas efficaces, ou dont tout au moins l’efficacité n’est pas durable !

Lorsque l’on ne cultive qu’un sport, qu’un exercice faisant travailler surtout certaines parties du corps, les résultats en sont forcément insuffisants, défectueux, tandis que la gymnastique vraiment

Fig. 3. — Mouvements des bras et desijambes, et, en même temps.Uravail des muscles dorsaux.

rationnelle fait travailler tout l’organisme et surveille les parties faible-s, formant ainsi à elle seule un système complet d’éducation physique.

Et si l’on a le temps de pratiquer à la fois la gymnastique suédoise et les sports, elle facilite ceux-ci j loin de leur nuire; car elle assouplit tout l’organisme.

Ces remarques générales faites sur le but et sur l’utilité de la méthode Ling dans son ensemble, indiquons quelles en sont les divisions, les parties principales :

C’est d’abord la gymnastique pedagogique ou éducatrice, partie de la méthode qui s’applique aux enfants et grandes personnes bien portantes des deux sexes. Elle maintieut la santé et développe la force d'une façon normale. Elle surveille le développement symétrique de l’enfant pendant sa croissance. Elle conserve chez les adultes les effets déjà obtenus et augmente graduellement leur force; chez les vieillards, elle équilibre la force et la santé.

On peut l’appeler aussi gymnastique esthétique , parce qu’elle permet d’avoir une bonne tenue, une démarche aisée, alerte, et, chez les jeunes filles, facilite des exercices de maintien et de grâce.

La méthode suédoise comprend aussi la gymnastique militaire , basée sur la gymnastique pédagogique et complétée par des exercices tels que l’escrime, le tir et divers mouvements d’application.

La méthode comprend enfin la gymnastique médicale et orthopédique , complétée ou non, suivant les cas, par le massage.

On confond parfois cette gymnastique médicale et orthopédique avec l’ensemble de la méthode suédoise, tandis qu'elle n’en forme, répétons-le, qu’une partie, qui est employée avec grand succès contre beaucoup de maladies, de déviations et de difformités^).

Dans le livre : La Gymnastique Suédoise (en collaboration avec M. Kumlien), nous avons indiqué un grand nombre de mouvements, les uns s’exécutant sans appareils, les autres à l’aide des appareils spéciaux de la méthode Ling.

(1) Elle se compose de mouvements progressifs, et l’on commence par les plus faciles qui sont les mouvements^assi'/s, dispensant le malade de tout travail, de tout effort. Suivant l’état du malade et le résultat cherché, on utilise aussi les mouvements actifs.

Les mouvements de la gymnastique médicale et orthopédique'sont souvent combinés avec le massage et le complètent.

Certaines personnes ont une tendance à ne vouloir que le massage, d’autres que le mouvement.

Or, tantôt il faut l’un, tantôt l’autre, tantôt tous les deux. Autrement dit, il faut distinguer selon les cas.

Autres exercices de plancher.

Les premiers forment ce que l’on appelle des « exercices de plancher ».

Avant d’exécuter un de ces exercices, on doit apprendre avec soin la « position réglementaire » et les diverses « positions de départ » ou « initiales ».

La position réglementaire (*) doit être bien précisée : c’est très important. Expliquons-la en détail.

On se tient debout, les bras tombant naturellement, les doigts joints et allongés sur les cuisses, les talons joints, les pieds ouverts, le ventre rentré, les épaules reculées et effacées; on lève bien la tête, en rentrant le menton pour allonger la partie cervicale de la colonne vertébrale et pour s’habituer à tenir la tête droite. Rentrer le menton, faire le « double menton », cela donne une apparence de raideur; mais cette raideur est vite perdue dans le port habituel de la tête . On vise à redresser la colonne vertébrale, on s’allonge, on se grandit, comme il est facile de le constater sous une toise. Par le double menton, en somme, tout en exécutant un mouvement un peu exagéré, en faisant le plus pour obtenir le moins, on s’habitue à bien tenir la tête.

Autres remarques : On rentre le ventre pour éviter de trop cambrer le dos.

(1) La jeune fille faisant fonction de moniteur dans la figure 4 a pris Ja position réglementaire. Voir aussi la figure 7 (page 61).

On recule les épaules pour faire rentrer les omoplates et pour élargir la poitrine.

On fait travailler tous les muscles qui peuvent maintenir le corps droit.

Le fait seul de prendre cette position réglementaire et de la garder quelque temps constitue déjà un exercice rationnel très utile.

Et l’on s’habitue à prendre une attitude qui se rapproche de la meilleure tenue du corps.

Dans toutes les positions de la méthode suédoise, en faisant un mouvement avec une partie du corps ou une autre, il faut conserver, autant que possible, la position réglementaire pour les autres parties.

Par exemple, en mettant les mains sur les hanches, on ne doit changer l’attitude que pour les bras.

La première série d’exercices dans la méthode suédoise comprend, en somme, outre la position réglementaire, les positions de départ et quelques mouvements, choisis parmi les plus simples, de la tête, du tronc, des bras et des jambes.

On peut varier beaucoup les mouvements.

On les fait suivre de marches, qui servent à décongestionner.

Fig. 5. — Exercices à la bomme.

Une remarque importante sur l’exécution des mouvements.

11 faut veiller à ce que les bras et les doigts soient bien allongés, car les muscles qui contractent sont plus forts que les autres par suite d’un travail plus fréquent; il faut donc que les muscles extenseurs soient exercés avec soin, pour que l’on obtienne un développement harmonieux. Par exemple, l’enfant est amené souvent à se pencher sur son pupitre, sur sa table : il a donc besoin de redresser son corps.

Et ce n’est pas seulement dans le jeune âge qu’il faut prendre les mêmes précautions.

Les mouvements simples font travailler les mêmes muscles que les mouvements dits fondamentaux, avec cette différence qu’ils demandent moins de force. Ils préparent le corps à des mouvements plus vigoureux.

La deuxième sérié d’exercices — mouvements fondamentaux — peut être divisée en plusieurs groupes :

1° Mouvements des jambes, destinés non seulement à exercer les jambes, mais aussi à décongestionner les parties supérieures.

Ces mouvements sont subdivisés par degrés d’efficacité plus ou moins grands, suivant l’effet que l’on veut en obtenir.

2° Mouvements d' extension de la colonne vertébrale. — Par une contraction des muscles dorsaux, on obtient une extension de la colonne vertébrale, un élargissement de la cage thoracique et une compression des muscles abdominaux qui facilite leurs fonctions.

3° Suspension par les bras. — Non seulement ces mouvements font travailler les muscles des bras, mais, d’autre part, en portant les coudes en arrière, on développe la cage thoracique; on recule les épaules et l’on rentre les omoplates.

Mais ces exercices ne conviennent pas, en général, aux jeunes filles déjà grandes.

4° Mouvements d'équilibre. — Ils ont pour but de faire travailler spécialement le cerveau et le système nerveux.

Le cerveau donne là l’impulsion exacte, particulièrement bien réglée, de l’effort à faire pour garder l’équilibre.

5° Mouvements des muscles dorsaux. — Ils ont une action spéciale sur la nuque, les omoplates, le dos — et sur la tenue du corps.

G0 Mouvements des muscles abdominaux. — Rappelons qu’ils exercent une pression sur les organes

Mouvements d’équilibre sur la bomme.

de l’abdomen, qu’ils facilitent leurs fondions, et rectifient la position de la partie inférieure de la colonne vertébrale, en évitant ainsi une cambrure exagérée.

7° Mouvements latéraux du tronc. — Ils exercent une action, par les muscles obliques, sur les organes abdominaux, ainsi que sur la moelle épinière.

8° Sauts. — Les sauts exercent une action physique et morale en augmentant le degré d’observation, de calcul et en donnant, dans une certaine mesure, de l’entrain, de la confiance en soi.

Mais ils conviennent moins, en général, aux jeunes fuies déjà grandes.

9° Mouvements respiratoires . — Outre leurinfluence sur les poumons, ils calment le fonctionnement du cœur. Par conséquent, ils sont d’une importance capitale pour tout l’organisme.

Une troisième série d’exercices consiste en mouvements d' application.

Ce sont des mouvements qui ont reçu une application pratique, tout en étant basés sur les mêmes

52 l’éducation physique et sportive

principes que les autres, avec les memes effets physiologiques, mais en demandant une force plus grande.

A ces mouvements on peut ajouter divers sports qui, lorsqu’ils sont pratiqués avec modération, sans excès, peuvent donner de bons résultats, en dehors même de la distraction qu’ils procurent.

Des jeux complètent chaque séance dans un gymnase suédois.

Les jeux sont excellents, même au point de vue gymnastique. Ils stimulent le corps et l’esprit, et, à divers titres, sont très utiles comme moyen d’éducation.

11 faut leur attacher une grande importance; ils suppléent à la gymnastique; mais ils ne peuvent jamais la remplacer.

Pour les jeux, le plus sage est de suivre les traditions de chaque pays.

Il ne manque pas, en France, de jeux amusants et faisant prendre un utile exercice.

Revenons à la gymnastique proprement dite. Nous avons déjà noté que certains mouvements ne convenaient pas aux jeunes filles.

Jusqu’à l’âge de la puberté, les enfants des deux sexes peuvent pratiquer la même gymnastique.

Mais un peu plus tard, lorsque les fillettes ont grandi, deviennent des jeunes filles, il ne leur faut pas entièrement le même programme d’exercices qu’aux garçons.

Certains mouvements doivent être faits avec modération et d’autres doivent être supprimés.

Il ne faut pas pour les jeunes filles et les femmes d’exercices susceptibles de congestionner le bassin.

Elles ne doivent pas faire de mouvements en arrière trop prononcés.

Les mouvements de suspension, les courses et les sauts conviennent moins aux jeunes filles, aux femmes.

Elles ont naturellement à s’abstenir de gymnastique à certaines époques.

Mais, en observant ces principes, en prenant ces précautions, elles doivent tirer un grand profit de la méthode Ling, nous le répétons.

A défaut des exercices qui ne leur conviennent

L’ÉDUCATION PHYSIQUE ET SrORTIVE

pas, elles peuvent pratiquer divers jeux. Des exercices de danse peuvent aussi être considérés comme un complément de la gymnastique pédagogique, et l’expression de « gymnastique de grâce » leur serait spécialement applicable.

Des leçons de maintien complètent cet enseignement.

En Suède, les pensionnats de jeunes filles de toutes classes possèdent un gymnase.

Les élèves s’exercent chaque jour par divisions, parfois très nombreuses, et, môme en pareil cas, toutes peuvent s’exercer simultanément, grâce h la méthode Ling.

Une fois sorties de pensionnat, beaucoup de jeunes filles continuent à pratiquer cette méthode.

Il y a de nombreuses sociétés de gymnastique de femmes.

Les unes ont des locaux spéciaux; d’autres profitent des salles que l’Institut central de Stockholm met à leur disposition, en leur fournissant des professeurs.

Surtout après un travail sédentaire de toute une journée dans les magasins, dans les ateliers, beaucoup de jeunes filles sont heureuses de venir ainsi à des cours du soir pratiquer un exercice hygiénique -qui les maintient en bonne santé.

Un costume à la fois décent et coquet, n’ayant rien de masculin, mais permettant bien tous les mouvements gymnastiques, est généralement adopté. C’est le môme pour toutes les sociétés et tous les pensionnats de Stockholm. Une robe de flanelle, à corsage bouffant, à jupe ample, mais très courte, de couleur noire ou bleue, avec culotte et grands bas de même couleur, tel est le costume devenu classique.

La pratique de la méthode Ling a d’heureux effets, au moral comme au physique, sur ses adeptes du sexe dit faible. De même qu’elle leur donne une démarche souple, élégante, une parfaite tenue de corps, de l’aisance dans tous les mouvements, elle contribue à leur enlever de la gaucherie, de la timidité, à leur inspirer plus d’assurance, plus de décision, sans rien d’excessif, sans aucune allure « garçonnière » .

On remarque, chez beaucoup de jeunes filles ainsi formées un esprit d’initiative leur permettant de mieux affronter les luttes de l’existence, d’occuper divers emplois réservés aux hommes en d’autres pays ; et souvent elles montrent une activité remarquable qui, plus tard, profitera à leur ménage, à leur pays.

Un mode d’éducation physique bien compris

l’éducation physique et sportive

n’est certes pas étranger à ces diverses qualités.

Souhaitons qu’en France se fonde bientôt un Institut spécial formant beaucoup de femmes professeurs d’après la véritable méthode Ling, et non pas d’après des méthodes pseudo-suédoises — car le simili se trouve en toutes choses, hélas !

Actuellement, un département se trouve privilégié à ce point de vue : c’est celui des Basses-Pyrénées, où le docteur Philippe Tissié, président de la Ligue Girondine de l’Education physique, a organisé l’enseignement de la méthode suédoise avec autant de zèle que de compétence.

Citons une lettre adressée par le docteur Tissié à un rédacteur de ia Dépêche de Toulouse , qui venait de signaler les services rendus par le commandant Coste, directeur de l’École de Joinville (depuis nommé lieutenant-colonel et détaché au Ministère de la Guerre).

L’École formera un grand nombre d'instructeurs lorsque, conformément au projet du commandant, les instituteurs y auront fait un stage, au cours de leur service militaire (I).

Le docteur Tissié fait allusion à cette innovation si utile, avant de dire ce qu’il a fait personnelle-

(1) Un premier groupe d’instituteurs est arrive à l’École en mai 1907.

ment en faveur de l’enseignement de la méthode suédoise pour les jeunes fdles.

Voici la fin de sa lettre :

Vous dites encore que le conseil général de la Charente a émis le vœu P) que tous les instituteurs passent par l’École de Joinville. Tant mieux !

Voulez-vous me permettre de vous dire que le conseil général des Basses-Pyrénées est allé plus loin en dotant l’École normale des instituteurs de Pau des agrès suédois nécessaires à la bonne application de la gymnastique rationnelle ?

Voilà trois ans que bénévolement je professe un cours de gymnastique suédoise féminine à l’École normale. Les résultats obtenus sont excellents, ainsi que le constate la très distinguée directrice, Mme Dollé, dans son rapport adressé au ministre de l’instruction publique : diminution des maladies, suppression d’accidents périodiques, rendement intellectuel plus grand, etc.

L’édition régionale de la Dépêche a publié, en juin dernier, les questions posées aux élèves-maîtresses, aux examens du certificat d’aptitude à l’enseignement de la gymnastique.

Le département des Basses-Pyrénées est le premier en France à posséder un enseignement complet de la gymnastique pédagogique suédoise, pour les deux sexes , dans toutes les écoles du département.

Depuis trois ans, trois promotions de jeunes institutrices portent dans les villages les plus reculés des principes sûrs d’éducation physique.

Posséder la femme, c’est posséder la race. Puisque vous avez intitulé votre excellent article : « Pour la Race», je me permets

(!) Sur l’initiative d’un distingué avocat du barreau d’Angoulême, Valory Le Ricolais.

Le Conseil général du Var émit ensuite le môme vœu.

l’éducation physique et sportive

d’appeler l’atlention des lecteurs sur ce qui se passe dans les Basses- Py rénées.

Je me résume : « La gymnastique rationnelle sera féminine ou ne sera pas. » Elle doit entrer au foyer par la mère.

La Suède doit la beauté de sa race à la femme suédoise, superbement développée dès l’école.

Veuillez agréer, etc.

Docteur Tissié.

Généraliser l’enseignement de la méthode vrai-

ment rationnelle pour les jeunes filles, ce serait d’autant plus utile que, de divers côtés, on pousse des cris d’alarme sur l’état de santé de beaucoup d’entre elles, et même sur de nombreux cas de déviations qu’elles présentent.

11 est à désirer aussi qu’en dehors même des directrices de gymnases et des professeurs-femmes d’éducation physique, on trouve un nombre croissant d’institutrices et de gouvernantes pouvant faire exécuter, soit à l’école, soit à la maison, un choix de mouvements corrects, simples et utiles.

Plusieurs familles pourraient, d’ailleurs, s’entendre pour confier à la même heure leurs garçons et leurs fillettes à une gouvernante expérimentée. Et cela, d’autant plus que les enfants profitent mieux d’une leçon ainsi prise en commun, sous

forme de petit cours, que s’ils la prenaient isolément.

Dans les deux cas, qu’il s’agisse, à la maison, d’un petit cours pour un groupe d’élèves ou simplement qu’un ou deux enfants soient exercés à part, — les mères de famille feront bien de surveiller, au moins de temps en temps, ces petites séances.

Qu’elles n'aient pas trop de faiblesse maternelle, et que les enfants montrent une véritable application dans ces séances encore plus utiles et moins coûteuses que les leçons d’ « arts d’agrément » — dont nous ne voulons point médire !

Sur la façon de composer des programmes d’exercices complets dans des séances de gymnase, en observant la progression voulue et en « dosant » chaque exercice comme il convient, nous avons donné des explications détaillées dansZ,a Gymnastique Suédoise. Du reste, si l’on fréquente un gymnase, un cours dirigé par un professeur bien au courant de la méthode Ling, on n’aura qu’à s’en remettre à ses bons soins pour les programmes d'exercices.

Nous nous bornerons, ici, à détailler un choix de mouvements que l’on peut exécuter chez soi,

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sans appareils, ou en utilisant des meubles. Quant aux exercices qui se font à l’aide d’appareils spéciaux aux gymnases suédois, nous en donnons simplement quelques spécimens dans plusieurs de nos .illustrations.

Parmi les exercices que nous allons indiquer, les huit premiers surtout sont d’une exécution facile, et des femmes de tout âge peuvent les exécuter chez elles avec profit pour leur sanie.

SÉRIE D'EXERCICES qu’une jeune fille peut exécuter à la maison.

1° En partant de la position A :

Élever les bras latéralement, puis au-dessus de la tête, en faisant une profonde inspiration ; puis les abaisser latéralement et les replacer dans leur position première, en faisant une expiration Q);

2° Position de départ : les mains sur les hanches (1 2) :

(1) Lorsque les bras élevés arrivent à hauteur des épaules, il faut tourner les mains les paumes en dessus.

Lorsqu’on les abaisse et qu’ils reviennent à hauteur des épaules, on doit tourner les paumes en dessous.

(2) Lorsque l’on met les mains sur les hanches, les mains ne doivent pas être trop portées en arrière, les coudes seront simplement un peu reculés. Le pouce de chaque main doit être placé en arrière, les autres doigts joints en avant.

Flexion des jambes en quatre temps : a, élévation sur la pointe des pieds; b, flexion des genoux; c, extension des genoux; cl, sur les talons;

Fig 7. ' Fig. 8.

Position réglementaire Les mains sur les hanches, élévation

ou position A. sur la pointe des pieds.

On garde bien la tête levée, en faisant ce mouvement;

3° Position de départ : flexion des bras, mains aux épaules (1).

Mouvement à exécuter : extension des bras en avant, latéralement et au-dessus de la tête, en reve-

(1) En mettant les mains aux épaules, on s’efforce de rapprocher les coudes du corps autant que possible, les mains en arrière, pour augmenter la difficulté et l’efficacité du mouvement.

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Fig. P.

Lrs mains aux épaules; élévation sur la pointe des pieds.

(Pour exécuter le 3' exercice de notre série, on met les mains aux épaules, mais on laisse reposer les talons à terre.)

nant dans la position « mains aux épaules » entre chaque extension;

4° Position de départ : les pieds écartés, les mains sur les hanches.

Mouvement à exécuter : flexions du corps en avant et en arrière ;

5° Même position de départ que précédemment.

Mouvement à exécuter : flexions du corps à gauche et à droite;

6° Position de départ : les pieds fermés, les mains sur la nuque (j).

Mouvement à exécuter : rotation du buste à .

gauche et à droite (sans déplacer les pieds) ;

7° Flexion des jambes en quatre temps, comme au deuxième exercice;

8° En partant de la position A, élever les bras latéralement en faisant une profonde inspiration, puis les abaisser en faisant une expiration.

Pour exécuter les flexions du corps en arrière par un mouvement plus fort qu’au quatrième exercice, on pourra faire ceci :

(1) Lorsque l’on met les mains sur la nuque, les doigts ne doivent être ni fermes, ni croisés. Ils sont joints, allongés dans chaque main et les extrémités des deux mains se touchent. On ne fléchit pas les poignets, et les coudes sont bien portés en arrière, sans que l’on baisse la tète.

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Assise sur une chaise (j), ou encore mieux sur un tabouret, les pieds arc-boutés sous un meuble (assez lourd, naturellement), on s’exercera, les mains aux

Fig. 12.

Flexion du corps en arrière, les pieds arc-boutés à un meuble. — On fait d'abord cet exercice les mains sur les hanches, avant de l’exécuter les mains sur la nuque.

hanches, ou, plus tard, à la nuque, à faire des flexions du corps en arrière.

Elles peuvent être plus ou moins prononcées; mais on gardera les épaules et la tête en arrière, même en se relevant, et l’on tiendra les jambes tendues. Dans cet exercice, les muscles abdominaux travaillent spécialement.

Autre exercice, pour l’extension de la colonne vertébrale : On se place à un pas d’un mur, en lui tournant le dos, les pieds écartés, les bras étendus verticalement.

Mouvement à exécuter : on élève, pour ainsi

(1) En travers, pour n’être pas gônée par le dos de la chaise.

dire, le buste avec les bras que l’on porte en arrière,

de façon a atteindre le mur avec les extrémités des doigts, sans que le dos touche.

Puis on se relève, ou bien, l’on exécute dans la même position, quelques élévations sur la pointe des pieds.

Immédiatement après, pour compléter cet exercice,et en partant de la position où les doigts touchent le mur, on exécute des flexions du corps en avant et en bas,

Le dos tourné au mur, porter le haut i m . 1 „ . i 1

du corps en arrière, de façon à en S eUOlÇUnt de tOUCher le atteindre le mur avec les extrémités des doigts, sans que le dos touche.

sol (ou le plancher) avec les pointes des doigts, puis on se relève sans voûter le dos.

On ne doit point plier les genoux, en faisant les flexions en avant et en bas.

Fig. l'j.

En partant de la position précédente, flexions du corps en avant et en bas.

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Au début, on peut se borner à Taire chaque exercice deux ou trois fois ; on les exécutera ensuite un plus grand nombre de fois.

On fera la série de préférence le matin, après un petit déjeuner, et les fenêtres ouvertes.

Dans la journée, on peut encore faire quelques exercices, plus brièvement. Ils sont notamment utiles après une trop longue lecture ou un travail cérébral fatigant; ils forment une diversion et décongestionnent le cerveau.

A tous points de vue, on tirera grand profit de ces exercices qui ne prennent que quelques minutes par jour : ce sera du temps très bien employé.

HYDROTHÉ RAPIE

Des soins d’hydrothérapie complètent émerveille l’effet de la série d’exercices.

On prendra à ce sujet l’avis de son médecin; mais d’une façon générale, disons ceci :

Une fois que l’on a pris le goût de l’eau froide, en ayant commencé pendant la saison chaude, on continue même en hiver, ou bien l’on commence avec de l’eau tiède et l’on s’accoutume progressivement à l’eau froide.

Comme l’explique la Gymnastique pour tous , il faut acquérir le goût de l’eau froide, même en se forçant un peu au début.

On en retire de grands avantages, et ce sera même un plaisir que formeront bientôt ces habitudes hygiéniques qui effrayaient d’abord les personnes élevées... dans du coton!

On devient alors moins frileux.

« En s’habillant trop chaudement, en s'accoutumant à vivre dans une atmosphère surchauffée, on s’expose à prendre froid plus facilement, à êh’e plus sujet aux refroidissements, que si l'on s'est habitué à moins redouter les variations de la température. Il faut s'èlre «enhardi le corps ».

L’hydrothérapie est nécessaire non seulement pour la propreté, pour la bonne tenue du corps, mais aussi pour le bon fonctionnement de la peau.

Rappelons que par la peau on élimine du corps des produits nuisibles qui pourraient l’intoxiquer....

Si l’on n'a pas de baignoire ou d’installation de douche à sa disposition, on emploiera une éponge mouillée et un tub. A défaut de tub et d’éponge, on se servira d’une serviette mouillée. On prend ensuite une serviette sèche, avec laquelle on se frictionne vivement. »

De l’eau et deux serviettes , voilà qui est très simple.

Les frictions sont destinées à faciliter la réaction et à activer la circulation du sang.

Les ablutions d’eau froide suivant la série quotidienne (sauf exceptions) d’exercices gymnastiques ne dispensent pas de prendre un bain hebdomadaire... comme le repos.

L’hydrothérapie, le goût de l’eau froide et celui du grand air, de la lumière, sont des parties essentielles de l’hygiène.

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