‹ L'éducation poétiqueChapitre 3 sur 26 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

étudiant en médecine. Il n'avait pas encore conquis tous ses grades, il n'avait que vingt-trois ans, quand il ressentit les premières atteintes d'un mal qui devait se révéler implacable. Il s'en fut vers des climats plus doux, en France, puis en Suisse, puis au Nouveau Mexique, cherchant la guérison et revenant chaque fois plus affaibli vers les bords aimés du Saint-Laurent. Mais il cultivait l'art des vers : tandis qu'il endurait un long martyre, ce fut sa sauvegarde et son réconfort.. Il se réfugiait dans cet asile que savent les poètes, au jardin mystérieux de l'âme, en ce parc de lumière et d'eaux vives d'où se lèvent pour l'expression du sentiment, les images, les parfums, les tons mouvants des reflets qui s'animent. Un rêve le hantait, le haut désir « de donner à DIEU, dès icibas, le spectacle d'une âme avide de son image et capable de la lui présenter ». Ne nunc dimitlas servum luum ! implorait-il. Hélas ! L'ombre de la nuit a vite envahi le parc enchanté :

ce Où le soleil ? oh la lumière ?

« Où le jet d'eau ? où ma chimère ?. . . »

Hélas ! Il est mort à trente et un ans, en 1920.

Certes le pathétique de sa brève destinée suffit à expliquer qu'on ne puisse feuilleter sans émoi le recueil des petits poèmes qu'il a laissés : comme les quaddri d'André CHENIER comme les piécettes d'Emile NELLIGAN, ils ont le charme triste de l'interrompu.

Mais quand même ils seraient d'un inconnu, d'un anonyme, tout lettré de France les aimerait encore. Des vers ingénus et néanmoins subtils, tendres, obscurs, aériens, infîniments doux !...

Ce ne sont, à vrai dire, que des essais, fugitifs, incertains, qu'il faut accueillir comme tels. Les fruits auraient-ils tenu la promesse des fleurs ? Vaine question : Paul QUINTAL-DUBÉ est mort trop tôt.

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