VERS
De beaux vers ? Je veux bien, pour ta gloire ; Mais voilà, ce serait, à t'en croire, Dans mon verre, accepter boire...
Ne dis pas que je t'ai fait des vers ; Ma belle, ils t'aimeront de travers, Qu'ils soient mûrs ou qu'ils soient verts !
SILHOUETTE
Silhouette
Un baiser dans un rêve N'est pas plus doux, ni moins fugace, hélas! Que ta rencontre brève.
Me diras-tu si le cœur te brûla
Et si tu ne fus prise Du désir fou que nul ne s'en allât?
SILHOUETTE
Ne fais point la surprise ; Autant que moi, des choses du passé, Le souvenir te grise.
Dans cette rue, où nous avons passé L'un comme sans voir l'autre, Un bel hiver nous allions enlacés.
L'amour qui était nôtre, Le jeune Amour égrenait dans nos cœurs Sa douce patenôtre.
J'entends encor sa voix, j'entends le chœur
Des oiseaux en démence Qui babillaient dans ton parler moqueur ;
Et je revois, qui danse Dans tes yeux noirs, comme un point d'or sur l'eau, La divine Espérance...
Ce matin-là, je tremblais pour ma peau,
C'est facile d'écrire Et de paraître un dieu sous l'oripeau,
SILHOUETTE
Mais quand il faut sourire Sous le regard d'une enfant, lui offrir L'or, l'encens et la myrrhe
Qu'elle est gentille, et qu'on ne peut ouvrir
Ni la main, ni la bouche, Sans être gauche à l'en faire souffrir,
Ah ! ... — Mon bel oiseau-mouche, Gomment fis-tu pour percher sur mon doigt, Ce matin d'escarmouche?
Gomme tu vins, tu partis... Une fois,
Pour revenir encore ; Puis, sans retour, tu t'envolas tout droit.
C'est un rayon qui dore Nos premiers jours jusque dans leur couchant, Douce, éternelle aurore !
Tu resplendis, à l'autre bout du champ,
O grand amour qu'on rêve, Que nous allons dans le lointain, cherchants ;
SILHOUETTE
Et quand nous faisons trêve, Que nos pas sont déçus, que notre cœur De dépit se soulève,
Nous regardons longuement ta lueur !